L. 435.  >
À Charles Spon, le 3 mars 1656

< Monsieur, > [a][1]

Nous apprenons que notre Saint-Père Alexandre vii [2] est en grande colère contre le Mazarin [3] de ce qu’il a fait sa paix avec Cromwell ; [4] et qu’en dépit de cela, il s’en va faire tout ce qu’il pourra contre lui en faveur du cardinal de Retz. [5] Pour moi, je crois qu’ils s’accorderont ensemble pour leur profit et à notre perte.

Le comté de Foix est en armes, [1][6] il s’est soulevé contre les garnisons qui le mangeaient. Mme de Guise, [7] la bonne femme, âgée d’environ 72 ans, est ici morte le 25e de février, accablée d’ennuis, de maladie et de vieillesse. Elle a laissé à son fils, M. de Guise, [8] tout ce qu’elle ne lui pouvait ôter et a laissé à Mlle de Guise, [9] sa fille, tout ce qu’elle lui pouvait donner. [2]

On persécute fort ici les pauvres jansénistes [10] à cause de M. Arnauld. [11] Le roi [12] a envoyé une lettre de cachet [13] à M. de Sainte-Beuve, [14] professeur en Sorbonne, [15] par laquelle on lui défend de plus enseigner, et ordre d’assembler la Faculté afin de procéder à une nouvelle élection de professeur du roi en théologie. Ce M. de Sainte-Beuve est un très excellent personnage qui souffre persécution pour la justice et pour la vérité. C’est un des martyrs du jansénisme et de la doctrine de saint Augustin. [3][16]

On imprime ici la Pucelle d’Orléans de M. Chapelain [17] en un petit volume, afin que ceux qui la trouvent fort chère in‑fo l’aient et la puissent lire en quelque façon. On imprime aussi un Abrégé de l’Histoire romaine in‑8o [18] de la traduction de M. le duc d’Anjou, [19] il y a des commentaires du même ; je pense que tout cela vient de M. La Mothe Le Vayer [20] qui est son précepteur. [4] Un de nos compagnons nommé M. Le Soubz [21] mourut le 26e de février, c’était un homme qui ne s’est jamais guère remué de son métier, je crois que personne ne perd ni ne gagne à sa mort.

On parle d’un jubilé, [22] cela viendra fort bien à tant de bons compagnons qui en ont besoin. Vos libraires de Lyon ressemblent donc aux nôtres : je ne connais point de plus grands et plus puants menteurs que ces gens-là. [23] Pour M. Chanet, [24] médecin de La Rochelle, [25] il y a longtemps qu’il est mort, je pense qu’il y a plus de quatre ans. Il était mon bon et cher ami, je l’avais connu dès qu’il étudiait ici et puis je l’ai vu en deux autres voyages, dont le dernier fut celui de son mariage pour lequel il eut un procès que je sollicitai chez quelques juges, et entre autres chez M. Pithou, [26] qui est aujourd’hui exilé, [5] et chez feu M. l’avocat général Talon ; [27] il le gagna tout du long. Il était mon bon ami, nous avons autrefois bien devisé ensemble et en avons dit de bonnes. Il était fort savant, fort retenu et de bonne compagnie. Feu son père avait été ministre en l’île de Ré [28] ou à Marans. [29] Il avait bien voyagé et bien étudié, il parlait sobrement de tout, il disait que homo est animal natura superstitiosum vel religiosum[6] et qu’il avait envie de faire un livre de cela. Je ne me suis pas étonné de sa mort car il était délicat, malsain et le visage fort pâle ; il avait un mauvais foie, il me semble que l’on m’a dit qu’il avait eu quelques atteintes de goutte [30] et que tandem obierat ex illa suppressa podagra[7][31]

Pour le chirurgien Martel, [32] je ne le connaissais point. Pour le jeune Sanche [33] que j’ai vu ici, c’est un jeune levron qui est bien affamé, [8] aussi bien que fort écervelé et grand vantard.

Pour les œuvres de Varanda, [34] je sais bon gré à M. Gras [35] d’en avoir soin ; mais quelque chose qu’il y ajoute, il faut en bien corriger la copie car les deux in‑8o de Genève sont pleins de fautes, principalement son traité de Morbis mulierum, et ses Formules[9] Du reste, il est bon auteur, je le mets au rang des trois premiers hommes de Montpellier [36] après Rondelet [37] et Joubert. [38] Il est mort l’an 1617, fort hépatique et picrochole. [10] Je pense que tout remis ensemble fera un bon in‑4o avec vos additions. Ce bon M. Varanda était bien un autre homme que Lazarus Rivière, [39] qui n’a jamais été savant ni bon médecin : cet homme n’était qu’un emballeur et un charlatan affamé, avec son fébrifuge et son calomélas. [11][40] Faites l’éloge de M. Varanda et le mettez au-devant de son livre, M. Gras le voudra bien ; je sais quelques bonnes choses de lui que je vous enverrai, il mérite d’être loué et d’être connu dans la postérité car il est de la race de ceux dont a parlé Virgile : [41]

Quique sui memores alios fecere merendo, etc. [12]

De quelle grosseur seront les Institutions de Rivière, seront-elles meilleures que sa Pratique, laquelle est souvent bien chétive et qui est bien plus empirique [42] que rationnelle ?

Je n’ai point encore vu ce livre imprimé à Bâle [43] fait par un médecin de Dijon, [44][45] mais j’en prise fort le dessein : les eaux de Sainte-Reine [46] ne font point de miracles ; [13] il y a longtemps que je suis de l’avis de feu notre bon ami M. Naudé [47] qui disait que pour < n’ >être trompé il ne fallait admettre ni prédiction, ni mystère, ni vision, ni miracles. Si les médecins de Beaune en ont dit plus de bien qu’il n’y en a, c’est qu’ils tâchent de mettre en crédit les eaux de leur pays. [48]

Je souhaiterais que les Suisses fussent bien d’accord. [14][49] Mais en parlant de la princesse de Conti, [50] qu’entendez-vous par ces mots : les marrons qu’on lui envoyait de Paris n’auront pas la peine de l’y porter ? Nous n’entendons ici par marrons que les grosses châtaignes. [51]

L’édit de la nouvelle monnaie ne s’exécute presque point ici, on y travaille fort faiblement à la Monnaie, presque tous la refusent. [15][52] Le Parlement enfin assemblé a ordonné que très humbles remontrances en seront faites au roi en temps et lieu (c’est-à-dire que ce sera quand il plaira au roi de leur donner audience) ; et en attendant, le cours d’icelle ou sera empêché, ou retardé et ralenti.

Je pense que M. Sauvageon [53] vous aura parlé d’un livre de M. Bouvard [54] pour la réformation de la médecine ; [16] il m’en a donné un, qui est une faveur qu’il fera à peu d’autres ; mais certes, je puis vous assurer que hors du bon dessein qu’il en a, l’ouvrage est bien chétif, embrouillé : force répétitions, mauvais termes et pauvre latin. N’en dites rien à M. Sauvageon, voilà pourtant ce que j’en pense. M. Bouvard a dit qu’il ne le mettra point en lumière qu’il n’en ait l’avis de ses bons amis, quos numero paucissimos habet ; [17] il m’en a nommé trois, savoir le bonhomme M. Riolan [55] son beau-frère, M. Moreau, [56] et moi ; je crois bien que quelque autre l’obtiendra pareillement et après tout cela, nous verrons de quelle part il prendra nos avis et quel remède il y apportera. Je puis appliquer à ce livre ce que dit Martial [57] d’un méchant livre de son temps :

Multæ non possent, una litura potest[18]

Les barbiers, [58] les chirurgiens, [59] les apothicaires, [60] les sages-femmes, [19][61] les empiriques [62] et charlatans n’y sont pas oubliés ; aussi ne manqueront-ils pas d’en faire bien du bruit. M. Bouvard a autrefois été un fort excellent homme, mais la cour l’a corrompu comme elle a fait à plusieurs autres ; [20] et la caducité de son âge de 84 ans l’empêche de bien raisonner, principalement au point jusqu’auquel doit aller un homme qui écrit pour la postérité, qui s’expose en public et qui se fait faire son procès par écrit. Ne dites rien, s’il vous plaît, de tout ceci à M. Sauvageon, mais c’est chose certaine que ce livre n’est ni fait, ni à faire.

On dit ici qu’entre les articles secrets de la paix que nous avons faite en Angleterre avec Cromwell, il y en a entre autres un par lequel on permet aux protestants de faire bâtir un temple au faubourg Saint-Germain ; [63] ce qui fait ici murmurer bien fort le monde et entre autres, les plus zélés du pays de papimanie, quorum hic numerus est infinitus[21] Cela pourtant obligera beaucoup de gens qui trouvaient Charenton [64] trop éloigné pour y aller faire leurs dévotions. [22]

Puisque le Sennertus [65] en deux tomes est achevé, [23] faites-moi la grâce de me mander à quel prix ils le mettent à Lyon en blanc, pris chez eux, afin que je le mande à ceux qui en sont en peine et qui le tireront de Lyon.

Le roi et le Mazarin partirent hier pour aller passer quelques jours à Saint-Germain [66] où on résoudra par quel voyage le roi commencera sa campagne. Je vous envoie des vers qui ont été faits sur la mort du prince Thomas [67] et sur ce que le Gazetier [68] avait impudemment écrit que le vin émétique [69] d’antimoine [70] l’avait sauvé. [24]

M. de Bordeaux, [71] maître des requêtes qui a fait la paix d’Angleterre, est ici depuis deux mois ou un peu davantage. Il part lundi prochain pour s’y en retourner par commandement exprès de la cour ; il y a quelque chose qui presse, il y fait porter quantité de tonneaux de bon vin et force fruit pour faire du dessert, on l’a fort hâté de repartir vitement.

On nous parle ici d’un jubilé pour le carême afin de prier Dieu pour la conservation du roi, pour l’extirpation des hérésies, pour la paix des princes chrétiens, etc. Tandis que nous bâtissons d’une main, nous abattons de l’autre, sic vivitur apud Principes : [25] on parle de Dieu sans y croire, on traite de la paix qu’on ne veut point faire, etc. Je vous salue de tout mon cœur et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 3e de mars 1656.

Je recommencerai mes leçons mardi prochain. [72]

Le président de Maisons, [73] président au mortier, avait été exilé, il est revenu et a marié sa fille [74] avec un grand maître de la garde-robe nommé M. Saucourt, [26][75] et ainsi a refait sa paix. Il avait la charge de capitaine de Saint-Germain et maître des chasses qu’on avait donnée à M. de Beaumont ; [27][76] en ce voyage de Saint-Germain, le roi la doit ôter au dit de Beaumont et y installer ledit de Saucourt. Ainsi voilà M. de Maisons, jadis en disgrâce, tout rétabli ; ainsi le temps, le crédit et l’argent font tout partout, et principalement à la cour ubi nummus multus magnum nomen est[28] Les marchands refusent ici la monnaie nouvelle, cela fait espérer qu’il faudra révoquer cet édit nouveau et odieux.

On dit que dans huit jours le roi ira à Fontainebleau [77] où M. le duc d’Orléans [78] viendra le saluer, et que le roi y demeurera tout le carême. On croit bien que le duc d’Orléans y fera quelque accord, mais néanmoins que ce n’est point pour revenir à la cour, mais seulement sur quelques articles pour lesquels on a besoin de lui. On a promis à Cromwell que, dans les villes maritimes de France, on y bâtira des prêches pour les Anglais qui viendront y demeurer à cause du commerce. [29]


1.

Foix (Ariège) était la capitale du pays et comté de Foix. Situé entre le Toulousain à l’est et le Conserans à l’ouest, dont il faisait autrefois partie. Il a le comté de Comminges au nord, les Pyrénées et le Roussillon au sud. Il renfermait aussi la petite vallée d’Andorre au delà des Pyrénées. Le comté de Foix avait été réuni à la Couronne par Louis xiii, qui en était l’héritier légitime par Henri iv à qui il était venu par sa mère Jeanne d’Albret (Trévoux).

2.

Montglat (Mémoires, page 313) :

« Un peu après, {a} Henriette Catherine de Joyeuse {b} finit aussi ses jours à Paris dans l’hôtel de Guise ; elle avait épousé en premières noces le duc de Montpensier, prince du sang, dont elle n’eut qu’une fille, mariée à M. le duc d’Orléans, laquelle mourut en couches d’une fille ; {c} et en secondes noces, elle épousa le duc de Guise {d} dont elle eut quantité d’enfants, qu’elle vit mourir devant elle, ne lui restant plus de fils que le duc de Guise, {e} qui ne la survécut pas longtemps ».


  1. La mort du prince Thomas, le 22 janvier 1656.

  2. Duchesse de Guise, v. note [20], lettre 372.

  3. La grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier.

  4. Charles de Guise.

  5. Henri ii de Lorraine.

Mlle de Guise (1615-1688), prénommée Marie, était la fille à qui la feu duchesse avait donné la préférence.

3.

Jacques de Sainte-Beuve (Paris 1613-ibid. 1677) n’allait plus se montrer tout à fait digne de ces louanges. Docteur en Sorbonne (1638), il avait été nommé en 1643 professeur du roi en théologie (chaire royale qui n’était pas sise au Collège de France, mais à la Sorbonne) ; ami de Port-Royal, il y était le supérieur des religieuses depuis 1646. Le 23 février 1656, Sainte-Beuve avait refusé de souscrire à la censure d’Antoine ii Arnauld. Le 26 février, un des commis de Michel Le Tellier lui avait remis une lettre de cachet datée du 24 lui défendant « très expressément de plus enseigner la théologie ». Il se soumit à l’ordre et fut exclu de la Société et Maison de Sorbonne le 24 mars. Guillaume de Lestocq y fut nommé professeur à sa place le 2 mars. En septembre 1656, les religieuses de Port-Royal, qui n’appréciaient pas le manque de zèle de leur supérieur et sa méfiance à leur égard, obtinrent son remplacement. Sainte-Beuve rentra dans le rang et cessa dès lors d’être un héros du jansénisme : en 1661, il signa, par obéissance, le Formulaire condamnant le jansénisme (v. note [9], lettre 733) ; en 1670, il fut nommé théologien du Clergé de France (Dictionnaire de Port-Royal, page 901).

Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), l’auteur du Port-Royal, qui n’était pas apparenté à Jacques, a consacré un long appendice du livre v (tome ii, pages 1031‑1043) à éreinter l’apologie qu’avait écrite un magistrat de la Seine qui se disait être arrière-petit-cousin du théologien renégat. On y lit notamment ce jugement sans appel :

« Il eut beau faire d’ailleurs, l’imputation de jansénisme, cette tache indélébile qu’il avait tout fait pour effacer, lui restait : de janséniste rigide il était devenu janséniste mitigé […]. Après tout, pourquoi s’occupe-t-on aujourd’hui du docteur de Sainte-Beuve ? Son honneur est d’avoir été nommé dans la 17eProvinciale, d’être entré à l’état de variante dans un hémistiche de Nicolas Boileau-Despréaux, d’avoir été mêlé à un badinage de Mme de Sévigné ; autrement, on n’en parlerait pas plus que de tant d’autres savants docteurs de Sorbonne. Respectons donc, en parlant de lui, ce qui était cher à toutes ces personnes qui ont jeté sur son nom un reflet. »

Voici ces trois reflets.

  • Pascal, 17e Provinciale (23 janvier 1657 ; pages 275‑276) :

    « Car n’est-il pas véritable que, si l’on demande en quoi consiste l’hérésie de ceux que vous appelez jansénistes, on répondra incontinent que c’est en ce que ces gens-là disent : Que les commandements de Dieu sont impossibles ; qu’on ne peut résister à la grâce, et qu’on n’a pas la liberté de faire le bien et le mal ; que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous les hommes, mais seulement pour les prédestinés ; et enfin, qu’ils soutiennent les cinq propositions condamnées par le pape ? Ne faites-vous pas entendre que c’est pour ce sujet que vous persécutez vos adversaires ? N’est-ce pas ce que vous dites dans vos livres, dans vos entretiens, dans vos catéchismes, comme vous fîtes encore aux fêtes de Noël à Saint-Louis, en demandant à une de vos petites bergères : Pour qui est venu Jésus-Christ, ma fille ? Pour tous les hommes, mon Père. Eh quoi ! ma fille, vous n’êtes donc pas de ces nouveaux hérétiques qui disent qu’il n’est venu que pour les prédestinés ? Les enfants vous croient là-dessus, et plusieurs autres aussi ; car vous les entretenez de ces mêmes fables dans vos sermons, comme votre Père Crasset à Orléans, {a} qui en a été interdit. Et je vous avoue que je vous ai cru aussi autrefois. Vous m’aviez donné cette même idée de toutes ces personnes-là. De sorte que, lorsque vous les pressiez sur ces propositions, j’observais avec attention quelle serait leur réponse ; et j’étais fort disposé à ne les voir jamais, s’ils n’eussent déclaré qu’ils y renonçaient comme à des impiétés visibles. Mais ils le firent bien hautement. Car M. de Sainte-Beuve, professeur du roi en Sorbonne, censura dans ses écrits publics ces cinq propositions longtemps avant le pape ; et ces docteurs firent paraître plusieurs écrits, et entre autres celui De la Grâce victorieuse, {b} qu’ils produisirent en même temps, où ils rejettent ces propositions et comme hérétiques et comme étrangères. Car ils disent, dans la préface que ce sont des propositions hérétiques et luthériennes, fabriquées et forgées à plaisir, qui ne se trouvent ni dans Jansenius ni dans ses défenseurs ; ce sont leurs termes. »


    1. Le P. Jean Crasset (1618-1692), jésuite, avait prononcé le 8 septembre 1656, dans la chapelle du collège d’Orléans, le sermon incriminé ; le mandement de l’évêque d’Orléans, Alphonse d’Elbène, est daté du lendemain même.

    2. Noël de Lalane (v. note [114] des Déboires de Carolus) : De la Grâce victorieuse de Jésus-Christ, ou Molina et ses disciples convaincus de l’erreur des pélagiens et des semi-pélagiens sur le point de la grâce suffisante soumise au libre arbitre, selon les actes de la congrégation De auxiliis. Pour l’explication de cinq propositions de la grâce équivoques et ambiguës, et la plupart fabriquées à plaisir, insérées dans une lettre envoyée depuis peu à Rome. Par le sieur de Bonlieu docteur en theologie (Paris, sans nom, 1651, in‑4o) ; v. note [7], lettre 96, pour les pélagiens et semi-pélagiens (jésuites) ; cet ouvrage faisait partie des livres saisis chez Charles Patin en novembre 1667.

  • Nicolas Boileau-Despréaux (Satire i, vers 125‑128) :

    « Avant qu’un tel dessein {a} m’entre dans la pensée,
    On pourra voir la Seine à la Saint-Jean glacée,
    Arnauld à Charenton devenir huguenot,
    Sainte-Beuve Jésuite, {b} et Saint-Pavin bigot. »


    1. De devenir avocat.

    2. Variante du dernier vers : « Saint-Sorlin janséniste,… »

  • Mme de Sévigné sur les dévotes de la cour, dans sa lettre ccclviii du 19 janvier 1674 à Mme de Grignan (tome i, page 674) :

    « La princesse d’Harcourt {a} danse au bal, et même toutes les petites danses. Vous pouvez penser combien on trouve qu’elle a jeté le froc aux orties, et qu’elle a fait la dévote pour être dame du palais. Elle disait, il y a deux mois : “ Je suis une païenne auprès de ma sœur d’Aumont. ” {b} On trouve qu’elle dit bien présentement. La sœur d’Aumont n’a pris goût à rien ; elle est toujours de méchante humeur, et ne cherche qu’à ensevelir des morts. La princesse d’Harcourt n’a point encore mis de rouge. Elle dit à tout moment : “ J’en mettrai si la reine et M. le prince d’Harcourt me le commandent ” ; la reine ne lui commande point, ni le prince d’Harcourt, de sorte qu’elle se pince les joues, et l’on croit que M. de Sainte-Beuve entrera dans ce tempérament. » {c}


    1. Marie-Françoise de Brancas, épouse de Charles iii de Lorraine, prince d’Harcourt (v. note [9], lettre 463).

    2. Françoise-Angélique de La Mothe-Houdancourt, seconde épouse de Louis-Marie, duc d’Aumont.

    3. Mme de Sévigné a reparlé de Sainte-Beuve dans sa lettre dcxxx, à Guitaut, le 23 décembre 1677 (tome ii, page 591) : « Vous avez su toutes les morts promptes et subites. M. de Sainte-Beuve a laissé beaucoup de pauvres âmes errantes et vagabondes, sans conducteur et sans gouvernail dans les orages de cette vie. »

4.

Épitomé {a} de l’Hist. romaine fait en quatre livres par Lucius Ann. Florus {b} et mis en français sur les traductions de Monsieur, {c} frère unique du roi. {d}


  1. Abrégé.

  2. Lucius Annœus Julius Florus, historien latin de la fin du ier s. était, dit-on, espagnol et appartenait à la famille des Sénèque. Il vécut sous Trajan et Adrien. Son Epitome rerum Romanorum est un abrégé de l’histoire romaine depuis Romulus jusqu’au moment où Auguste ferma le temple de Janus (v. note [37] du Borboniana 9 manuscrit).

  3. Philippe d’Anjou, futur duc d’Orléans, était alors âgé de16 ans (v. note [5], lettre 51).

  4. Paris, Augustin Courbé, 1656, in‑8o de 1 032 pages ; latin et français juxtalinéaires.

    François ii de La Mothe Le Vayer, (v. note [33], lettre 390) fils de François i et précepteur du jeune prince, est le signataire de la dédicace : il y assure donner ce Florus sur les traductions de son élève ; les annexes et les remarques sont de La Mothe Le Vayer et occupent les 312 dernières pages.


V. notes [37], lettre 402, et [40], lettre 426, pour l’épopée poétique de Jean Chapelain sur Jeanne d’Arc.

5.

Guy Patin a évoqué l’exil de Pierre ii Pithou (v. note [1], lettre 51) dans sa lettre à Charles Spon, datée du 25 avril 1653.

6.

« l’homme est par nature un animal superstitieux, ou alors religieux ».

7.

« et qu’à la fin il est mort de cette podagre supprimée. »

V. note [2], lettre 86, pour Pierre Chanet, auteur de Considérations sur la Sagesse de Charron… (Paris, 1643).

8.

Levron : « jeune lévrier pour la chasse. On dit proverbialement d’un jeune homme de bon appétit qu’il est affamé comme un jeune levron. On dit aussi étourdi comme un jeune levron en parlant de celui qui fait les choses brusquement, à la hâte et sans les bien considérer » (Furetière).

V. note [4], lettre 397, pour Pierre ii Sanche ; je n’ai rien trouvé sur le chirurgien dénommé Martel.

9.

V. note [42], lettre 209, pour ces deux traités (« Des Maladies des femmes » et « Formules des remèdes ») contenus dans la première édition des Opera omnia de Jean Varanda (Montpellier, 1620) ; v. note [10], lettre 485, pour la réédition en préparation (publiée en 1658).

10.

Picrochole : « qui est en proie à la bile noire (terme vieilli) » (Littré DLF, qui cite ce passage de Guy Patin pour illustrer le mot).

La bile noire étant l’atrabile (suivant les racines latines, et la mélancolie suivant les grecques), le Dictionnaire de Trévoux (1752) fournit une définition proche, mais étymologiquement plus fidèle de picrochole : « On pourrait appeler ainsi ceux qui ont une grande quantité de bile amère. Ce mot signifie aussi une personne extrêmement colérique. Dans Rabelais, Picrochole est le nom d’un roi [v. note [101], lettre 166]. De [pikros] amer, et [kholê] bile. »

11.

« Calomel et calomélas sont les anciens noms du protochlorure de mercure. Kalos, beau, et melas, noir : ainsi nommé, dit-on, parce que le chimiste qui le découvrit vit, dans la préparation, se changer une belle poudre noire en une poudre blanche » (Littré DLF). « On l’appelait calomélas après six sublimations et panacée mercurielle après neuf » (Nysten ; v. note [18], lettre latine 88, pour d’autres étymologies). Ses indications étaient celles du mercure, purgatif et sudorifique.

Lazare Rivière est l’auteur d’une Methodus curandarum febrium [Méthode pour guérir les fièvres] (Paris, 1645, v. note [9], lettre latine  88), mais n’a pas écrit de traité spécifiquement consacré au calomel.

12.

« ceux qui, par leurs mérites, ont laissé leur nom dans les mémoires, etc. », Virgile (Énéide, chant vi, vers 664‑665) :

Quique sui memores aliquos fecere merendo
omnibus his niuea cinguntur tempora uitta
.

[…tous ont leurs tempes ceintes d’un blanc bandeau de neige].

En tête de ses Opera omnia (v. note [10], lettre 485), il n’y a pas d’éloge de Varanda par Charles Spon ; mais seulement une « Épître dédicatoire » et un « Avis au bienveillant lecteur, candidat de médecine », tous deux en latin et signés Henri Gras.

13.

V. notes [12], lettre 301, pour Sainte-Reine (Alise) et ses eaux minérales, et [11], lettre 437, pour le livre en cours d’édition contre ces eaux et son auteur, Jean Guiot de Garambé.

14.

Une nouvelle guerre intestine, opposant les cantons protestants aux catholiques, s’était allumée en Suisse. L’extraordinaire de la Gazette daté du 4 février 1656 (no 16, pages 121‑132) reproduit le Manifeste des cantons suisses protestants, sur les raisons de la guerre qu’ils ont déclarée aux catholiques de Schwytz :

« Nous bourgmestres, baillis et autres officiers des villes et pays protestants, particulièrement de Zurich, Berne, Glaris, Bâle, Schaffhouse et Appenzell, voulons par ces présentes que tous nos frères, principalement ceux qui habitent nos cantons, à qui nous désirons paix et bénédiction, connaissent, comme nous les informons avec sincérité, les causes des dangereuses mésintelligences depuis quelque temps survenues entre nous et nos alliés de Lucerne, Uri, Schwytz, Underwald et Zug. […] Nous pouvons dire que le traité que ces cantons catholiques obligèrent les protestants de signer en 1531, après la bataille de Cappel, est la source des maux qui nous menacent, d’autant que les catholiques ont voulu tellement s’en prévaloir à notre préjudice, qu’ils nous sont devenus insupportables […]. »

15.

V. note [31], lettre 432, pour les lis d’or et d’argent.

16.

V. note [23], lettre 417, pour le discours de la Historicæ hodiernæ medicinæ rationalis veritatis [Vérité historique de la médecine d’aujourd’hui] de Charles i Bouvard.

17.

« qu’il a en fort petit nombre ».

18.

« Une seule rature peut faire ce que mille ne pourraient », raccourci de deux vers de Martial (Épigrammes, livre iv, 10, vers 7‑8) :

Non possunt nostros multæ, Faustine, lituræ
Emendare iocos : una litura potest
.

[Mille ratures de ma main, ne peuvent, Faustinus, corriger ce badinage ; une seule, de la tienne, sera plus efficace]. {a}


  1. Supprimer tout un livre peut valoir mieux que le corriger.

19.

V. note [24], lettre 417, pour le passage du livre de Charles i Bouvard contre les sages-femmes (qu’il appelait sagas), qui montre en effet la pauvreté de son latin et de sa pensée.

20.

Charles i Bouvard avait épousé Anne Riolan, sœur de Jean ii ; en 1628, à la mort de Jean Héroard (v. note [30], lettre 117), il lui avait succédé dans la charge de premier médecin du roi Louis xiii.

21.

« dont le nombre est ici infini. »

22.

Dans la région parisienne, le seul temple autorisé par l’édit de Nantes était alors celui de Charenton ; v. note [5], lettre 424, pour le traité Westminster signé le 3 novembre 1655.

23.

Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1656) : v. note [33], lettre 285.

24.

Sous la référence Pièces diverses contre les fauteurs de la purgation au commencement de la pleurésie, et antimoniaux (sans lieu ni date, in‑4o), Achille Chéreau a transcrit dans son Parnasse médical français, ou Dictionnaire des médecins-poètes de la France, anciens ou modernes, morts ou vivants… (Paris, Adrien Delahaye, 1874, in‑4o ; rubrique Anonymes, pages 17‑18) le sixain dont parlait ici Guy Patin :

« Pour remettre en crédit l’antimoine déchu,
Le fourbe Renaudot a mis dans sa Gazette, {a}
Que le Prince Thomas, après en avoir bu,
Donnait un grand espoir de guérison parfaite.
Ce menteur tout d’un temps disait vrai, disait faux ;
Car il était mort et guéri de tous ses maux. »


  1. V. note [8], lettre 433.

25.

« ainsi vit-on chez les princes ».

26.

V. note [4], lettre 322, pour la disgrâce du président de Maisons en 1653.

Sa seule fille, Magdelaine de Longueil (morte en 1712), épousait alors Antoine-Charles-Maximilien de Belleforière, marquis de Soyecourt (Saucourt suivant la manière dont on prononçait ce nom), chancelier des Ordres du roi, grand maître de sa garde-robe, qui devint grand veneur de France en 1660. Il était réputé pour être un « grand abatteur de bois » selon l’expression alors en usage (Popoff, no 115, et Adam), pour dire « celui qui vante ses prouesses ou qui se glorifie de faire beaucoup de choses au-dessus de ses forces » (Trévoux).

27.

Charles-Claude de Beaumont, sieur de Saint-Étienne, gouverneur de Linchamps et de Château-Regnault, avait eu les premières faveurs de Ninon de Lenclos.

Vallier (Journal, tome iv, pages 379‑380, décembre 1653) en a dressé un portrait moral et politique peu engageant :

« Le sieur de Saint-Étienne, ci-devant gouverneur de Linchamps et de Château-Regnault, {a} avait assez fait paraître ses mauvaises intentions et le dérèglement de son esprit dans toute sa conduite passée ; en sorte que le roi avait conseillé de le sortir adroitement de ces deux petites places, de crainte qu’il n’en abusât, pendant la prison de M. le Prince. Mais, en ayant été tiré, {b} comme j’ai remarqué, il fallut rétablir ce dangereux homme (fils d’une sœur du défunt Père Joseph Leclerc, et du sieur du Tremblay) {c} dans ces deux gouvernements ; où ayant reporté le même esprit d’intrigue et de faction, Sa Majesté fut encore obligée, lorsque le prince eut levé les armes contre son service, de le déposséder de Château-Regnault et d’en pourvoir le sieur de La Perrière, qui déjà y commandait en qualité de son lieutenant ; si bien que ne lui restant plus que Linchamps, qui est un petit château situé sur la pointe d’un rocher inaccessible le long du Semoy en Ardenne, il se résolut de le mettre entre les mains du prince, moyennant une bonne somme d’argent, qui lui fut fournie dans Bruxelles, et S.A. {d} d’y envoyer aussitôt une autre personne qui lui fût plus assurée et plus capable de faire des courses au delà de la Meuse durant tout cet hiver, tandis que de Rocroi, où elle était toujours indisposée d’une fâcheuse fièvre, tantôt tierce et tantôt quarte, elle en ferait en-deçà de cette grande rivière, en Champagne, en Picardie et dans l’Île-de-France. »


  1. Château-Regnault et Linchamps étaient deux citadelles ardennaises respectivement situées sur la Meuse et sur la Semoy, son affluent.

  2. Condé ayant été libéré.

  3. Sic pour « Leclerc, sieur du Tremblay » ; Saint-Étienne était le fils de Marie Leclerc, sœur de l’Éminence grise, et de Jean de Beaumont.

  4. Le 30 novembre 1653, Saint-Étienne livra Linchamps et Château-Regnault à Son Altesse (le prince de Condé) contre 10 000 écus, un petit lot de diamants et une liasse de billets qu’elle avait signés (note de Courteault).

Revenu en grâce après la Fronde, Beaumont avait obtenu les charges du président de Maisons, mais le roi les lui reprenait alors pour les donner à Saucourt. Dans sa lettre à André Falconet, datée du 4 mai 1660 (note [20]), Guy Patin a parlé de l’assassinat de Saint-Étienne, surnommé le Dragon, en le disant toujours gouverneur de la forêt de Saint-Germain.

28.

« où l’argent en abondance est le maître mot. »

29.

Prêche : « sermon d’un ministre de la religion prétendue réformée. Se dit aussi du lieu où s’assemblent les huguenots pour entendre le prêche. Les ambassadeurs protestants tiennent un prêche chez eux. On a démoli plusieurs prêches établis au préjudice des édits. La plupart des huguenots vont au prêche plutôt par promenade que par dévotion » (Furetière). Pour les commerçants anglais, il devait s’agir de prêches anglicans plutôt que huguenots.

a.

Ms BnF no 9357, fos 203‑204, sans le début de la lettre, jusqu’à « M. Chanet… » ; Reveillé-Parise, no cclxxxvi (tome ii, pages 239‑244), à qui nous devons la sauvegarde du début (qu’il a sans doute un peu mutilé).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 3 mars 1656.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0435
(Consulté le 03.07.2022)

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