L. 484.  >
À Charles Spon, le 8 juin 1657

< Monsieur, > [a][1]

Depuis ma dernière, je vous dirai que M. de Vendôme [2] suit la cour par ordre qu’il en a du roi, [3] et MM. d’Épernon [4] et de Candale [5] se retirent en leurs gouvernements de Bourgogne et d’Auvergne en vertu de la même puissance. [1] Si les jésuites [6] ont eu le crédit de faire brûler par la main du bourreau [7] les 17 lettres de Port-Royal [8][9][10] à Aix-en-Provence, [11] ne vous en étonnez point : ce sont des marques et des effets de la haine, de la passion et du crédit de ces bons pères qui n’aiment rien que leur profit et qui, cum noverint se a multis amari non posse, volunt ab omnibus timeri[2] Cela n’a pas empêché que l’auteur n’ait généreusement continué et que nous n’ayons ici la 18e en une feuille et demie. L’auteur de ces lettres est un admirable écrivain, vous admirerez son esprit plus que jamais dans cette 18e et vous verrez combien finement il a drapé l’infaillibilité [12] prétendue de ce Iupiter Capitolinus[3][13] à qui les loyolites servent de janissaires pour régner sur les consciences des hommes, faute de pouvoir commander sur toute la terre.

Le 16e de mai, [4] on rompit à la place Maubert [14][15] un jeune homme de 19 ans qui avait aidé à tuer son maître, logé en chambre garnie près de la porte Saint-Victor. [16] Le maître et le valet étaient de Basse-Normandie et le valet était son fils bâtard. L’hôte de la maison, sa femme et sa belle-mère en sont accusés, et en sont dans les cachots de la Conciergerie. [17] Si celui-ci d’aujourd’hui a continué de les accuser, ils seront demain mis à la question, [18] et peut-être exécutés demain à pareille heure et en même lieu. Ce pauvre homme tué était un gentilhomme normand qui venait se faire panser à Paris d’une courte haleine, [5] mais il avait une ceinture pleine de pièces d’or qui fit envie à ceux qui l’ont tué. Pour l’hôte, il était opérateur et chimiste, [19] et avait autrefois monté sur le théâtre. On dit aussi qu’il a déjà été jadis prisonnier pour fausse monnaie. [20] Tous les chimistes sont sujets à ce métier-là, il vaut mieux n’en point être, c’est un mauvais métier qui fait pendre son maître.

Je suis bien aise que M. Guillemin [21] ait réussi à Turin. [6][22] Je ne doute pas qu’il ne soit un autre homme que M. D’Aquin [23] qui, de soi, n’est qu’un juif [24] déguisé et un garçon apothicaire revêtu d’un manteau de pauvre, avec lequel Vallot [25] tâche de le faire passer pour un médecin. M. Guillemin a de l’esprit et de l’étude, et se connaît bien, a grand courage et de l’expérience, et grand sens dans son métier. Ce faquin n’a rien de pareil et ne peut en aucune façon entrer en comparaison avec un si honnête homme, qui est sage et éclairé. Je souhaite fort que M. Guillemin en revienne sain et sauf avec honneur et profit, et magnus honor habeatur tanto medico[7] Le bonhomme M. Riolan [26] était fort abattu et ne pensait qu’à son fils débauché[27] qu’il a déshérité avec beaucoup de travail et de peine. Ce fils se trouve bien et légitimement condamné, de telle sorte qu’il cède et qu’il obéit à son grand regret. La mère [28] est encore vivante, qui a 78 ans, pene ad senilem amentiam reducta ; [8][29] les deux frères en forte inimitié l’un contre l’autre ; un gendre ruiné, veuf, qui a des enfants, peu de bien, [30] et l’autre qui demeure en Touraine, assez peu avancé ; et même feu M. Riolan m’a dit qu’avant que de mourir il aurait tout mangé. [9][31] Si bien que je ne sais ce qu’il y a à espérer des papiers du défunt qui sont, à ce que j’apprends, en mauvais ordre ; mais au moins, je ne crois pas qu’il y ait rien d’achevé. Même M. l’abbé, son fils, [32] m’a dit qu’ils ne trouvent presque rien des augmentations dont il avait tant parlé sur son Encheiridion anatomicum et pathologicum[33] et ses Opérations de chirurgie sont pareillement imparfaites. [10] Le bonhomme a eu depuis quatre ans l’esprit étonné et embarrassé de plusieurs choses, savoir de son fils débauché qu’il voulait, par haine et par vengeance, à quelque prix que ce fût, déshériter, ce qu’il a enfin fait. Il avait aussi l’esprit étonné, et quasi perculsam gerebat mentem, metu mortis quasi proximæ, vel saltem non admodum abfuturæ ; tertio angebatur de lucro admodum imminuto, imo potius pene nullo[11] se voyant méprisé des malades, desquels il se voyait abandonné, nec amplius ut antea vocatum propter senilem imbecillitatem suis gravem et morosam, aliis autem odiosam[12] Je puis bien vous alléguer une autre cause, c’est qu’il était presque toujours malade propter incautam victus legem : [13] il buvait tous les jours du vin tout pur, ou n’y mettait guère d’eau, et me disait pour excuse que c’était du vin vieux de Bourgogne [34] de deux ans, de l’abbaye de son fils (à Flavigny [35] de Bourgogne près de Sainte-Reine) ; il se moquait de moi, que je mettais beaucoup d’eau dans mon vin, et disait que je ne vivrais guère longtemps, ce qui pourra bien être vrai, mais non pas de telle cause ni de tel désordre. Quisquis suos patimur manes[14][36] chacun a son vercoquin dans la tête et son malheur fatal. [15][37]

Les coureurs du prince de Condé [38] sont venus jusqu’à demi-lieue près de la porte Saint-Antoine, [39] où ils ont enlevé et emmené à Rocroi [40] un partisan nommé Girardin. [16][41] L’on dit que leur dessein était d’enlever M. Fouquet, [42] procureur général et surintendant des finances, lorsqu’il reviendrait de sa maison de Saint-Mandé [43][44] près du Bois de Vincennes. [17] Celui-là pouvait bien payer une bonne rançon car [18] il a la clef du grand coffre. Nouvelles sont arrivées que c’est le chevalier de Chémeraud [45] qui a enlevé le partisan Girardin, [19] et qu’il l’a emmené au Catelet [46] (non pas à Rocroi) d’où Girardin même a écrit à sa femme [47] et lui a envoyé la clef de son cabinet, à telles enseignes qu’il dit qu’il est bien traité.

On dit ici que l’opinion commune de la cour est que cette année l’on ne fera pas de siège, et que M. de Turenne [48] dit que notre armée est trop faible pour attaquer. On avait parlé de Gravelines [49] et de Dunkerque, [50] avec le secours des Anglais tant par mer que par terre, mais on dit que tout cela a été découvert et que l’on ne verra rien de tout ce beau dessein, d’autant que Cromwell [51] a besoin de ses troupes alentour de Londres pour sa prétendue royauté ; si bien que nous voilà en un état d’une campagne fort stérile, et néanmoins on fait toujours durer la guerre. [20]

Ce 22e de mai. Hier fut fait et accompli le mariage de M. de Nemours, [52] par ci-devant archevêque de Reims, avec Mlle de Longueville : [53] voilà ce mariage, tant de fois contesté et différé, enfin consommé, [21] et le cardinal Antoine Barberin [54] est archevêque de Reims. [55] Messieurs du Clergé [56] enfin quittent leur assemblée cette semaine, ils ont fait présent à la reine d’Angleterre [57] de 36 000 livres.

Le roi est allé de Compiègne [58] à Amiens [59] et delà à Abbeville, [60] d’où l’on dit qu’il ira à Hesdin, [22][61] à Boulogne, [62] etc. Quelques-uns font ici courir le bruit que le roi veut assiéger Cambrai [63] à cause que l’on soupçonne que le cardinal de Retz [64] est caché là-dedans, mais je ne crois point tout cela.

Ce 28e de mai. Je viens tout présentement de recevoir votre lettre de la propre main de M. Brusius, [65] médecin écossais, qui m’a aussi rendu votre paquet pour lequel je vous remercie. Il est fort honnête homme et je pense qu’il vaut beaucoup mieux que plusieurs autres de ce pays-là, lesquels crèvent d’une certaine vaine gloire, sotte et impertinente. Il m’a promis de me donner de ses thèses. La ville de Montpellier [66] ne lui aura point d’obligation de ce qu’il y a demeuré car il en dit bien du mal et méprise fort Courtaud. [67] Je vous supplie de remercier pour moi M. Fourmy [68] de son Medicina antihermetica[69] je trouve la feuille du Varandæus [70] fort belle et j’espère que ce sera un bon ouvrage. [23] Je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à M. Huguetan [71] l’avocat, duquel je chérirai et garderai précieusement le livre. J’ai fait ses recommandations à M. Le Fèvre, [72] l’avocat, qui le remercie de son souvenir. Je me donnerai l’honneur de lui écrire par ci-après. Je baise pareillement les mains à notre bon ami M. Gras. Pour tout le reste que vous avez marqué dans votre lettre, je l’ai trouvé dans le paquet ; pour ce qui est demeuré vers vous, je l’attendrai avec patience. Vous m’obligerez de dire à M. de La Poterie [73] que je lui baise les mains et que je suis son très humble serviteur. Un de mes auditeurs m’a dit aujourd’hui à ce soir, en sortant de ma leçon, que M. Soliniac, [74] médecin de Montpellier, est ici fort malade d’une fièvre continue [75] et qu’il a si peur de mourir qu’il en a fait son testament.

L’Assemblée du Clergé est tout à fait rompue. Messieurs les prélats colligunt sarcinulas[24] plusieurs d’iceux sont déjà partis. On dit ici que M. de Lionne [76] s’en va bientôt pour le roi en Allemagne et que M. le maréchal de Gramont [77] s’y en ira aussi quelque temps après. Un homme m’a dit à ce soir qu’il sait bien de bonne part que l’on traite pour faire un accord entre nous et les Hollandais, et que nous allons assiéger Cambrai ; les autres disent Saint-Omer. [78]

J’ai vu ce matin M. Marion [79] qui se porte mieux. Il s’est purgé [80] plusieurs fois d’un certain remède que lui a enseigné un notaire. Il me semble tout autrement mieux, je lui ai conseillé de se reposer et de vivre sobrement ; j’espère après cela, qu’il guérira. J’ai été à ce soir chez un malade [81] où j’étais fort attendu, j’y ai trouvé de fort honnêtes gens, entre autres un maître des requêtes qui est M. de Montmor, [82] l’hôte jadis de feu M. Gassendi, [83] un conseiller du Parlement de Paris, un de Dijon, [84] M. l’abbé de Villeloin, [85] M. l’abbé Quillet [86] et M. Sorel, [87] l’auteur du Francion, du Berger extravagant et de plusieurs autres bons livres de cette sorte. L’on a dit en si bonne compagnie quantité de belles choses dans une bonne demi-heure que j’y ai été (car je n’y ai pu être davantage), du pape, des cardinaux, des moines ; et entre autres j’en ai retenu de petits vers dont je veux vous faire part,

Ô la belle invention,
Ô la rare fiction,
Que ce feu de purgatoire !
Le pape n’était pas sot,
Qui nous donna cette histoire,
Pour faire bouillir son pot
 ; [88]

que le pape Léon x [89] fit venir à Rome Pomponace [90] pour le faire disputer de l’immortalité de l’âme contre Augustinus Niphus, [91] qu’il se donnait du plaisir de cette dispute mutuelle, et néanmoins que tous trois n’y croyaient point, non plus que la plupart n’y croient pas aujourd’hui à Rome. [25][92][93]

Ce matin, j’ai été visité d’un jeune médecin allemand nommé Stephanus Schefferus, [94] fils d’un médecin de Francfort. [95][96] Il a étudié à Helmstedt [97] sous M. Conringius, [98] à Strasbourg sous Melchior Sebizius [99] et à Leyde [100] sous M. Vander Linden. [101] Il dit qu’il n’y a point de Collège à Francfort, mais seulement cinq médecins. C’est lui qui a répondu sous M. Conringius de Introductione in universam artem medicam[26] laquelle il veut faire réimprimer et augmenter, à quoi je lui ai promis de lui fournir quelques bons avis sur quelques fautes que j’y ai remarquées. Il m’a montré des lettres de son père dans lesquelles il y avait de grandes recommandations pour moi.

Le roi était à Hesdin le 28e de mai où le maréchal de Turenne devait le venir trouver, et là résoudre de urbe obsidenda[27]

J’ai parcouru les thèses de M. Brusius l’Écossais, elles sont encore barbares [102] dans un siècle de grande politesse ; et de plus, elles sont fort désagréables à cause d’un grand nombre de fautes typographiques ; mais néanmoins, je ne doute point que tout cela ne passe pour bon en Écosse où il y a aujourd’hui fort peu de gens qui ressemblent à Buchanan, [103] à Barclay [104] et à George Critton, [105] qui était ici un professeur du roi fort poli, lequel y mourut l’an 1611, et duquel la place fut donnée par le cardinal Duperron [106] à feu M. Nicolas Bourbon, [107] natif de Bar-sur-Aube, [108] jadis mon bon et cher ami, et à la mémoire duquel je dois beaucoup de reconnaissance, pour n’être pas ingrat. [28]

Ce M. Brusius m’est ce matin venu voir, ce 1er de juin. [4] Nous avons été ensemble quelque temps par les rues où nous avons vu quantité de processions [109] qui se font tous les ans à tel jour pour solenniser la fête du Saint-Sacrement. [110] La pompe en est fort grande, cela n’irait que bien si le dedans y répondait et si nous étions aussi gens de bien que nous nous étudions d’en avoir la mine. En ce jour, toute notre ville frémit de beaucoup de superstition.

Ce 2dde juin. Voilà M. Du Prat, [111] votre bon ami, qui vient de sortir de céans, auquel j’ai promis de faire vos recommandations. Il ne m’a rien appris de nouveau, sinon que M. Sorbière [112] partira d’ici dans peu de jours pour aller en Avignon, [113] et pour en revenir bientôt aussi. On dit ici que notre armée avait investi Cambrai, mais que le prince de Condé est venu, qui a écarté et fait reculer nos gens, non sans notre perte, et a fait entrer 1 000 hommes dans la ville ; si bien qu’il faut que nous plantions notre piquet ailleurs et que nous choisissions une autre ville pour y mettre le siège, on parle de Saint-Omer [114] ou d’Aire. [115]

Le 1er de juillet prochain doivent partir d’ici, pour aller tout droit à Francfort, [116] nos députés en Allemagne, savoir MM. le maréchal de Gramont et de Lionne, neveu de M. de Servien, [117] surintendant des finances. C’est pour l’élection d’un roi des Romains, [118] pour en faire après un empereur. On dit ici que la Maison d’Autriche est assurée de cette élection pour l’Archiduc Léopold [119] à cause que le nombre des électeurs protestants est moindre que des autres, à cause du duc de Bavière [120] qui y est de surcroît, et les trois électeurs archevêques de Cologne, [121] de Trèves [122][123] et de Mayence. [29][124][125]

On imprime ici un in‑4o intitulé les Entretiens de Balzac[126] quid aliud sit plane nescio ; [30] et par après viendra son Aristippe, ou Philosophe courtisan.

Le 6e de juin. Enfin, nous avions investi Cambrai pour l’assiéger sur l’avis que nous avions eu qu’il n’y avait dedans que 400 hommes, et cet avis était vrai ; mais le prince de Condé ayant eu avis de notre dessein, prit tout chaudement 4 000 chevaux et les fit entrer dans la place sans aucune résistance. Cela fait aujourd’hui l’incertitude de la place que nous pourrons assiéger à l’avenir. Le roi a été à Péronne, [127] il est de présent à La Fère. [128] On parle d’assiéger Avesnes [129] ou Rocroi, mais il n’y a rien de certain. M. le protecteur d’Angleterre, Olivier Cromwell, a refusé la royauté et est de présent mal avec l’armée. [31] On traite pour l’accord des Hollandais avec nous. La peste [130] est fort augmentée à Gênes. [131] En attendant de meilleures nouvelles, je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à nos bons amis MM. Gras, Falconet, Garnier, Sauvageon, et même à M. Guillemin s’il est de retour de Turin, comme aussi à M. Huguetan l’avocat et à Monsieur son frère le marchand libraire. M. Ravaud est-il de retour ?

Je vous supplie de vous souvenir de m’envoyer le manuscrit de M. Hofmann, [132] et le Sennertus en deux tomes, à la première commodité. Je vous baise bien humblement les mains, et à Mlle Spon, avec protestation que je serai toute ma vie et de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 8e de juin 1657.


1.

V. note [23], lettre 480.

2.

« et qui, comme ils ont compris qu’ils ne peuvent pas se faire aimer de grand-monde, veulent être craints de tout le monde. »

V. note [23], lettre 446, pour les Provinciales de Blaise Pascal, dont la 18e est datée du 24 mars 1657 ; Sainte-Beuve (Port-Royal, livre iii, chapitre xiii ; tome ii, page 208) :

« Dans les premiers jours de mars, la Gazette (no 30) avait donné la nouvelle que le parlement d’Aix venait de déclarer diffamatoires, calomnieuses et pernicieuses les 17 Lettres, et ordonné “ qu’elles seraient brûlées par l’exécuteur de haute justice sur le pilori de la place des Prêcheurs de cette ville ”. {a} Ce que la Gazette ne disait pas, c’est que les mêmes magistrats provençaux qui condamnaient publiquement au feu les Petites Lettres en faisaient tellement cas en leur particulier et avaient tellement peine à en sacrifier un seul exemplaire qu’ils ne donnèrent à brûler, assure-t-on, qu’un Almanach ; on ne sacrifia qu’une biche à la place d’Iphigénie. » {b}


  1. Ordinaire no 30 (10 mars 1657), D’Aix-en Provence, le 2 mars 1657, pages 238‑239 :

    « Le 22e du passé, sur la remontrance du procureur général du roi, le parlement de cette province, voulant réprimer les dangereux écrits des jansénistes, a déclaté diffamatoires, calomnieuses et pernicieuses les dix-sept Lettres publiées contre la Faculté de Sorbonnes, les dominicains et les jésuites ; et en conséquence, ordonné qu’elles seraient brûlées par l’exécuteur de jaute justice sur le pilori de la place des Prêcheurs de cette ville. »

    Note de Sainte-Beuve :

    « À la date de l’arrêt du parlement d’Aix, il n’y avait que 16 Lettres publiées ; mais on prit pour la 17e cette petite Lettre au P. Annat sur son écrit qui a pour titre : La bonne foi des jansénistes, ordinairement mêlée aux Provinciales, mais qui n’est ni de Pascal ni d’aucun de Port-Royal. La 17eLettre véritable, datée du 23 janvier 1657, ne parut que quelques jours après cette date du 23 ; et dans tous les cas elle n’arriva à Aix que trop tard pour être comprise dans l’arrêt exécuté dès le 9 février. — Les variantes qu’on trouve sur la date précise de cet arrêt tiennent sans doute à ce que les juges un peu honteux en remanièrent après coup le texte, et à ce qu’on tâtonna avant de le remettre au greffe. »

    V. note [48] du Faux Patiniana II‑3 pour l’infâmie du pilori.

  2. V. note [30] de l’Autobiographie de Charles Patin pour Iphigénie, que Diane transforma en biche pour lui épargner le sacrifice auquel elle l’avait condamnée.

    Note de Sainte-Beuve :

    « Le premier président du parlement d’Aix, M. d’Oppède, mérite, rien que pour ce trait d’esprit, que son nom se conserve à côté de ceux du premier président de Bellièvre et de M. de Pontac, premier président du parlement de Bordeaux ; d’aussi soigneux bibliophiles ne sont jamais de mortels ennemis. »


3.

« Jupiter capitolin » : le pape.

L’autorité des papes en matière de fait est rudement attaquée dans la 18e Provinciale avec, pour exemple, ce fameux passage :

« Ce fut aussi en vain que vous {a} obtîntes contre Galilée ce décret de Rome {b} qui condamnait son opinion touchant le mouvement de la Terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu’elle demeure en repos ; et si l’on avait des observations constantes qui prouvassent que c’est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l’empêcheraient pas de tourner et ne s’empêcheraient pas de tourner aussi avec elle. »


  1. Les jésuites.

  2. Le 22 juin 1633 ; v. note [19], lettre 226, pour Galilée.

4.

Guy Patin, suivant son habitude, rédigeait ses lettres au fil des jours, à la manière d’un journal. Cette date (comme, plus loin, celle du 1er juin) montre qu’il avait entamé celle-ci juste après avoir envoyé sa précédente à Charles Spon, le 8 mai 1657 : preuve supplémentaire que celle du 2 juin a bien été fabriquée par les premiers éditeurs des Lettres (Charles Patin et Jacob Spon, 1687).

5.

« Panser » est à prendre pour soigner.

Haleine : « force particulière des poumons, lorsqu’ils n’ont pas besoin de reprendre si souvent leur vent. On choisit pour la pêche des perles les esclaves qui ont bonne haleine, qui peuvent demeurer longtemps sous l’eau sans reprendre leur vent. Ce Basque a l’haleine bonne, il court une lieue sans que l’haleine lui manque, sans perdre haleine. La courte haleine est une maladie opposée à cette force, et vient d’une difficulté de respiration » (Furetière).

6.

V. note [3], lettre 483.

7.

« et qu’un si éminent médecin soit tenu en grande estime. »

8.

« presque réduite à la démence sénile ». V. notes [14], lettre 301, pour la mauvaise santé d’Élisabeth Simon, épouse de Jean ii Riolan, en 1653, et [9] infra pour leurs enfants.

9.

Guy Patin évoquait le sort des quatre enfants de Jean ii Riolan (v. note [34], lettre 207) :

  • Philippe, abbé de Flavigny en Bourgogne ;

  • Henri, l’avocat « débauché », en procès contre sa famille ;

  • Marguerite, morte en 1649, dont le veuf, Thomas de Procé, ne parvenait pas à assurer l’éducation de ses enfants ;

  • Élisabeth, qui vivait en Touraine avec un époux « assez peu avancé » (sans situation bien établie), dont son beau-père avait présagé la ruine prochaine.

10.

V. notes [37], lettre 514, pour la réédition posthume (Paris, 1658) du « Manuel anatomique et pathologique » de Jean ii Riolan (ibid, 1648), et [5], lettre latine 37, pour les additions qu’il contient. Ses Opérations de chirurgie, « imparfaites » (inachevées), sont restées inédites.

11.

« et il avait l’esprit comme abattu par la crainte d’une mort très prochaine, ou qui n’était du moins guère lointaine ; en troisième lieu, il était tourmenté par son revenu qui avait très fortement diminué, ou qui plutôt même était devenu presque nul ».

12.

« et on n’avait plus recours à lui comme avant, à cause d’un affaiblissement sénile, affligeant et dur à supporter pour les siens, mais aussi odieux pour les autres. »

13.

« parce qu’il négligeait les règles du bon régime. »

14.

« À chacun de subir son destin » (Virgile, v. note [7], lettre 14).

15.

Vercoquin : « petit ver qui ronge le bourgeon de la vigne. Signifie aussi une petite fureur qui saisit quelquefois l’esprit des hommes et qui les rend capricieux, acariâtres, têtus, et incapables de raison. Quand son vercoquin le prend, il n’y a pas moyen de vivre avec lui, de faire aucune affaire. On dérive ce mot du précédent parce que le peuple croit qu’il y a un ver dans la tête des gens agités par cette passion » (Furetière).

16.

Pierre Girardin (1618-1657), en épousant Anne de Villers en 1643, s’était introduit dans les milieux de la haute finance. Nommé secrétaire du roi en 1653, il était alors fermier de Mazarin pour l’ensemble de ses revenus ecclésiastiques et de ses droits d’aides, à quoi il associait des participations à plusieurs autres fermes (Dessert a, no 208). Cette munificence le désignait aux ennemis du cardinal comme une proie des plus intéressantes à rançonner.

17.

Saint-Mandé (Val-de-Marne) jouxte l’est de Paris et le nord du Bois de Vincennes. En 1654, Nicolas Fouquet y avait acheté la propriété de Catherine de Beauvais (dite la Catau, v. note [12], lettre 208), qu’il avait fort embellie et agrandie. Elle était voisine du château de Vincennes, au lieu dit de l’Épinette. Confisqué et mis à sac en 1661, le domaine fut vendu aux religieuses hospitalières de Gentilly en 1705 ; loti vers 1795, il n’en subsiste aucun vestige aujourd’hui.

18.

Ici commence le fo 254 du Ms BnF no 9357 : tout le début de la lettre manque dans le manuscrit.

19.

Charles de Barbezières, chevalier de Chémeraud (ou Chémerault) s’était d’abord destiné à l’ordre de Malte, ce qui lui valut d’être appelé un certain temps M. le chevalier ; puis il épousa Madeleine, fille du richissime partisan Martin Tabouret, qui était le fils d’un fripier. Le mariage, fort lucratif pour le fiancé (600 000 livres), avait eu lieu en février 1648 ; il avait été arrangé par Michel i Particelli d’Émery, qui était l’amant de Mme de La Bazinière (v. note [6], lettre 519), née Francoise de Barbezière, sœur de Charles ; ce dernier et son épouse avaient profondément pâti de la disgrâce de Particelli en 1648. Devenu officier du prince de Condé, en 1657, à la tête d’une petite troupe de coureurs, Chémeraud partit des Pays-Bas espagnols, poussa jusqu’à proximité de Paris et enleva dans Bagnolet le riche partisan Pierre Girardin (v. supra note [15]). Il emmena l’otage aux Pays-Bas où il fut mis dans la citadelle d’Anvers. L’objet de l’opération était de tirer de Giradin la rançon de cinq ou six officiers de Condé, prisonniers de la cour ; mais Girardin mourut avant d’avoir versé sa propre rançon et quelque temps plus tard, Chémeraud se fit prendre au cours d’une escarmouche sur la frontière. Il fut mené à la Bastille. L’opinion ne semblait pas disposée à prendre la chose au tragique, et Loret écrivait (livre viii, lettre xxiii, 16 juin 1657, page 345, vers 133‑142) :

« Je veux que l’action soit brave
De faire un richard son esclave :
Mais bien loin d’en être extollé, {a}
Chacun dit contre lui tolle ; {b}
Il faut toutefois qu’il espère,
Notre siècle n’est pas sévère ;
Peu de gens sont poussés à bout,
Le temps enfin adoucit tout ;
Il ne faut pas que l’on se fie
Pourtant à ma philosophie. »


  1. Loué.

  2. Crie vengeance (impératif latin).

Ce n’était qu’une illusion : le procès de Chémeraud fut fait et le 5 octobre suivant, il fut décapité en place de Grève. La Gazette du 6 octobre, en annonçant la nouvelle, crut bon d’ajouter que cette exécution fut faite « avec applaudissement de nos bourgeois de voir punir l’infracteur de la sûreté publique ».

Jusqu’à la fin, Chémeraud s’était démené pour échapper au châtiment. Il fut convaincu « d’avoir, depuis qu’il était prisonnier au château de la Bastille, fait diverses pratiques et menées, placards et autres écrits tendant à exciter sédition en cette ville et troubler le repos public ». Le prince de Condé avait en vain multiplié les démarches pour sauver la vie à « ce pauvre garçon ». Il s’indigna qu’on eût « coupé le col à un officier pris à côté de lui les armes à la main » (Aumale, Histoire des princes de Condé, tome vi, pages 379, note 2) (Adam).

20.

Le premier contingent britannique débarquait à Boulogne le 19 mai et la campagne franco-anglaise de 1657 contre les Hispano-condéens en Flandre eut bel et bien lieu. Turenne en engagea le premier siège à Cambrai le 9 juin.

21.

V. note [37], lettre 334, pour le mariage de Henri de Savoie, duc de Nemours et archevêque démissionnaire de Reims, avec Mlle de Longueville, Marie d’Orléans, future duchesse de Nemours.

22.

Fortifiée par les Espagnols, Hesdin, l’une des meilleures places fortes d’Artois (Pas-de-Calais), avait été prise en 1630 par Louis xiii après un siège de 40 jours ; elle n’avait jamais cessé depuis d’appartenir à la Couronne de France.

23.

V. notes [9], lettre 467, pour la Médecine antihermétique de Gabriel Fontaine, médecin d’Aix-en-Provence (Lyon, 1657, dont André Falconet avait déjà offert un exemplaire à Guy Patin), et [10], lettre 485, pour les Opera omnia de Jean Varanda, en cours d’impression chez le libraire Christophe Fourmy, gendre de Jean Champion, récemment mort d’une colique de miséréré (v. note [5], lettre de Charles Spon, le 6 avril 1657).

24.

« ramassent leur baluchon » : plient bagages.

25.

Cette âpre dispute sur l’immortalité de l’âme, devant le pape Léon x avait eu lieu à la fin des années 1510, {a} avec deux notables traces imprimées.

  • Dans son De Immortalitate animæ, Pomponace s’était appuyé sur Aristote pour démontrer qu’il n’existe pas de preuves établissant l’immortalité de l’âme. {b}

  • Y avait riposté le :

    Augustini Niphi Philosophi Suessani de Immortalitate humanæ animæ Libellus adversus Petrum Pomponacium Mantuanum ad Leonem xm Pontificem Maximum.

    [Opuscule d’Agostino Nifo, philosophe natif de Sessa, sur l’Immortalité de l’âme humaine, adressé au souverain pontife Léon x, contre Pietro Pomponazzo de Mantoue]. {d}


    1. V. note [7], lettre 205.

    2. Sans lieu, 1516, v. note [10], lettre 20.

    3. V. note [7], lettre 108.

    4. Venise, héritiers et associés d’Octavianus, Écossais natif d’Aberdeen, 1518, in‑fo de 47 pages.

Quatre des « fort honnêtes gens » avec qui Guy Patin avait discuté une demi-heure ce soir-là étaient :

  • le maître des requêtes Henri-Louis Habert de Montmor (v. note [13], lettre 337) ;

  • le littérateur et traducteur Michel de Marolles, abbé de Villeloin, v. note [72], lettre 183

  • le poète et abbé Claude Quillet, ci-devant médecin, v. note [28], lettre 421 ;

  • l’écrivain Charles Sorel, v. note [2], lettre 74.

Ce paragraphe des Lettres a valu, avec quelques autres, à Patin de figurer en bonne place parmi les « libertins érudits ». {a} François Tommy Perrens, {b} a cité les six vers qu’on y lit, {c} mais sans avoir été entièrement convaincu d’une telle allégation, car il conclut sur cette analyse, que je partage :

« Guy Patin confine donc au libertinage plus qu’il n’est un libertin. Voyons en lui un éclaireur, un tirailleur, qui fait trembler les vitres, sans les casser jamais ; ou plutôt, qui ne casse que les petites, prudemment, après s’être assuré que cela ne tire à conséquence ni pour lui ni pour l’Église établie. »


  1. V. notes [9], lettre 60, et [38], lettre 477 (pour la plus récente et catégorique défense de cette thèse par Gianluca Mori).

  2. Les Libertins en France au xviie s. (Paris, Léon Chailley, 1896, in‑8o), pages 126‑129.

  3. Dont je n’ai pas trouvé la source.

26.

« de l’introduction à l’art médical complet » ; avec méprise sur son prénom (fréquente sous sa plume), Guy Patin citait ici l’ouvrage que Sebastian Scheffer avait édité sous le titre de :

cυν θεω. {a} Introductio in universam Artem medicam singulasque eius partes quam ex publicis præcipue dissertationibus Viri Amplissimi Clarissimi atque Excellentissimi Dn. Hermanni Conringii Philos. ac Medic. D. in Academia Iulia Professoris publici longe celeberrimi, S.R.M. Sueciæ et Illustriss. Ostfrisiæ Comitis Consilarii aulici atque Archiatri, Præceptoris et Promotoris sui æternum venerandi concinnatam eodem Præside ad iii. Cal. Mai. in Auditorio Medicorum publice examinandam proponit Seb. Schefferus Mœno-Francofurtensis.

[avec l’aide de dieu. Introduction à l’Art médical complet et à chacune de ses parties, que Sebastian Scheffer, natif de Francfort-sur-le-Main, a principalement extraite des leçons publiques de son précepteur et promoteur qu’il vénérera éternellement, le très éminent, très distingué et très excellent M. Hermann Conring, docteur en philosophie et médecine, professeur de loin le plus célèbre de l’Academia Julia, {b} conseiller et médecin de Sa Majesté Royale de Suède et illustrissime comte de Frise-Orientale. Il l’a soumise pour être publiquement examinée le 29 avril devant l’auditoire des médecins, sous la présidence du dit maître]. {c}


  1. Sic pour συν θεω.

  2. Université d’Helmstedt.

  3. Helmstedt, Henningus Mullerus, 1654, in‑4o de 240 pages.

27.

« de la ville à assiéger. »

28.

V. notes [30] et [32], lettre 390, pour George Critton et pour un autre hommage de Guy Patin à Nicolas Bourbon.

29.

Depuis 1652, l’archevêque électeur de Trèves était Karl Kaspar von der Leyen (mort en 1676).

L’archevêque et prince électeur de Mayence (v. notule {a}, note [9], lettre de Claude ii Belin datée du 31 janvier 1657) était Johann Philipp von Schönborn (1605-1673), sacré le 18 novembre 1647 ; il reçut les titres flatteurs de Sage, Salomon allemand, et Caton d’Allemagne, car il remit son électorat des dégâts de la guerre de Trente Ans, conclut une paix solide avec ses voisins, et restaura le service civil et la justice.

Le troisième archevêque électeur était celui de Cologne, Maximilien-Henri de Bavière (v. note [15], lettre 244).

L’archiduc Léopold-Ignace de Habsbourg, fils cadet de Ferdinand iii, empereur d’Allemagne, allait en effet être élu roi des Romains et empereur germanique sous le nom de Léopold ier.

Guy Patin a relaté la récente conversion au catholicisme de Jean Georges ii, l’électeur de Saxe (v. note [9], lettre 369), qui donnait une voix déterminante à Léopold. En effet, depuis la paix de Westphalie, il y avait huit électeurs au lieu de sept : ce nouvel électeur de Bavière (Ferdinand-Marie, v. note [4], lettre 405), traditionnellement catholique, les trois électeurs archevêques, et l’électeur de Saxe assuraient donc cinq voix catholiques contre trois protestantes, soit la « pluralité des voix » au Habsbourg d’Autriche.

30.

« j’ignore tout à fait ce que ça peut être de différent ». Guy Patin s’y perdait dans les ouvrages posthumes de Jean-Louis Guez de Balzac {a} qui sortaient alors des presses :

  • Entretiens de feu Monsieur de Balzac ; {b}

  • Les derniers Entretiens de M. Du Mas {c} avec M. de Balzac ; {d}

  • L’Aristippe ou De la cour parut en 1658. {e}


    1. Mort en février 1654, v. note [7], lettre 25.

    2. Paris, Augustin Courbé, 1657, in‑12 de 387 pages, contenant 41 entretiens (ou lettres) ; avec très longue épître de Guillaume Girard (v. note [16], lettre 349), datée d’Angoulême le 2 avril 1657.

    3. Signataire de la dédicace, que je ne suis pas parvenu à mieux identifier.

    4. ibid. Charles de Sercy, 1656, in‑4o de 228 pages, contenant neuf entretiens touchant principalement à la religion catholique (avec critique du jansénisme).

    5. V. note [7], lettre 303.

31.

Le 18 mai, en présence des membres du Parlement convoqués à Whitehall, Oliver Cromwell avait définitivement renoncé aux titres et fonctions de roi d’Angleterre (v. note [7], lettre 471). Les généraux de son armée (John Disbrowe, John Lambert, Charles Fleetwood) avaient clairement marqué leur opposition à une telle érection (Plant).

a.

Ms BnF no 9357, fos 254‑255 (deux premières feuilles manquantes, soit les 4 premières pages de la lettre qui en comptait 7, au dire de Guy Patin dans sa lettre suivante) ; Reveillé-Parise, nos cccviii (tome ii, 313‑316, du 8 juin) et cccix (tome ii, pages 316‑320, prétendue du 14 juin).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 8 juin 1657.
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(Consulté le 06.07.2022)

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