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À Hugues de Salins, le 18 janvier 1658

Monsieur, [a][1]

Ce 2d de janvier. En attendant que l’on vienne quérir celle que je vous ai écrite il y a tantôt huit jours, comme on m’a promis, je vous dirai que le petit Mancini, [2] neveu de Son Éminence, [3] qui était pensionnaire des jésuites, le propre jour de Noël, durant vêpres, jouant avec d’autres écoliers qui le remuaient dans une berne, [1] fut blessé à la tête ; de telle sorte qu’il a fallu le trépaner, [4] et de puis ce temps-là a eu trois convulsions ; [5] on dit qu’il en mourra.

Hier me fut donné un livre en étrennes fait par un M. Jean Vallot, théologal de Beaune, intitulé de l’Admiration, etc[2][6] Il est dédié à M. l’évêque de Chalon-sur-Saône, [7] que j’ai eu l’honneur de voir et d’entretenir ici chez M. l’archevêque de Narbonne. [8] Ce livre est curieux et beau, et le sujet fort attrayant. J’ai autrefois eu entre mes mains, et pense l’avoir céans, un certain livre intitulé Ionstoni Admiranda[3][9] imprimé en Hollande, qui aurait bien servi à cet auteur, si peut-être il ne l’a vu. Il parle en la page 240 de l’écho de Charenton ; [4][10] ce qu’il dit est vrai, j’en suis témoin oculaire ; c’est au même lieu où l’on a depuis fait bâtir l’église des carmes déchaussés, [11] lieu qui leur fut donné par M. Bailly, président des comptes[12] il y a plus de 40 ans. [5] Je ne crois rien de tout ce qu’il dit en la page 379 : Albert le Grand [13] et Avicenne [14] ont été de grands rêveurs. [6] Pour la pierre dont il parle ès pages 267 et 268, dont il tire la narration de l’Histoire de M. de Thou, [15] je vous avertis que mera est fabula[7] où M. de Thou fut trompé ; mais en ayant reconnu sa faute, il la fit ôter de son Histoire ; ce que Monsieur votre théologal n’ayant point su, il y a été trompé. S’il est votre ami, donnez-lui cet avis, il en sera bien aise : les honnêtes gens ne sont jamais fâchés d’être remis dans le bon chemin, qui est celui de la vérité. C’est une énigme que notre admirable Fernel [16] a inventée pour y cacher l’élément du feu, que vous pouvez voir en son deuxième livre de abditis rerum Causis, cap. 17 ante medium, his verbis : Nuper ex India quidam meus familiaris[8] Si Monsieur votre théologal en veut savoir davantage, il y a moyen de lui en fournir. [17] Fortunius Licetus [18] en a fait un chapitre tout entier en son livre de Lapide Bononiensi[9] M. le président de Thou ayant reconnu qu’il y avait été trompé, a fait ôter cette fable de toutes les autres impressions qui en ont été faites depuis.

Nous avons ici un livre nouveau, savoir Annales Hollandici [19] in‑fo : c’est l’histoire de Hollande depuis la révolte des Hollandais contre le roi d’Espagne, [20] environ l’an 1567, jusqu’à l’an 1620 que ledit Grotius fut fait prisonnier, avec Leedenberch, [21] Hogerbeets, [22] et Oldenbarnevelt [23] qui en furent mauvais marchands, et qui fut sauvé dans un coffre que j’ai vu chez lui et qu’il m’a montré lui-même. [10] Je n’ai point encore acheté ce livre, d’autant qu’il m’en vient un de Bruxelles. [24]

Le prince de Condé [25] se porte mieux. La reine Christine de Suède est toujours à Fontainebleau, [26] on dit que le cardinal Mazarin [27] y retournera faire une seconde conférence avec elle. Je vous baise les mains et suis totus tuus, [11]  G.P.

De Paris, ce 4e de janvier 1658.

Le petit Mancini, neveu de Son Éminence, par ci-devant trépané, se meurt de sa blessure de la tête. Voilà le Mazarin bien affligé. Un honnête homme de Beaune avait toujours dit qu’il viendrait quérir la présente pour la mettre dans son paquet ; mais ayant manqué à venir, je vous l’envoie par la poste. Vale et me ama. Tuus aere et libra, [12] G.P.

De Paris, ce vendredi 4e de janvier à huit heures du soir.


1.

Berne : « espèce de jeu où quatre personnes, tenant les quatre bouts d’une couverture, mettent quelqu’un au milieu et le font sauter en l’air » (Académie).

L’infortuné Alphonse Mancini (1644-1658) était le sixième des dix enfants de Geronima Mazzarina et de Michele Lorenzo Mancini.

2.

Jean Vallot (trésorier et curé de Saint-Étienne de Dijon, natif de cette ville, et qui y mourut le 3 septembre 1668) : Traité de l’Admiration, contenant divers raisonnements divisés en deux parties, par Me Jean Vallot, théologal de Beaune et trésorier de l’église collégiale de Saint-Étienne de Dijon (Dijon, Pierre Palliot, 1657, in‑4o) ; ouvrage dédié « à Monseigneur l’illustrissime et révérendissime Jacques de Nuchèzes [Neuchaises], évêque et comte de Chalon, abbé de Saint-Étienne de Dijon et de Ferrières, etc. ».

3.

Jan Jonston (v. note [35], lettre 395) : Thaumatographia naturalis in decem classes distincta, in quibus admiranda : i. cœli ; ii. elementorum ; iii. meteororum ; iv. fossilium ; v. plantarum ; vi. avium ; vii. quadrupedum ; viii. exanguium ; ix. piscium ; x. hominis [Thaumatographie naturelle répartie en dix catégories, où se doivent admirer celles : i. du ciel ; ii. des éléments ; iii. des phénomènes célestes ; iv. des fossiles ; v. des plantes ; vi. des oiseaux ; vii. des quadrupèdes ; viii. des animaux qui n’ont pas de sang ; ix. des poissons ; x. de l’homme] (Amsterdam, G. Blaeu, 1632, in‑12o).

4.

« Pline dit que dans la ville de Cizique il y a sept tours, qui font un plus grand nombre de réflexions vocales ; les Conimbres assurent qu’en un endroit de Padoue il s’en fait jusqu’à dix ; Charles Estienne, jusqu’à douze près de Charenton lès Paris » ; mais ce que Jean Vallot donne ici le plus à admirer est l’écho qu’on entend dans une vieille basilique de Pavie (à laquelle il donne le nom de Sale), « qui réitère tant de fois un même son qu’à peine les peut-on compter. J’avais pour témoins de mon expérience plusieurs personnes de condition, qui croyaient quasi tous que quelqu’un prît plaisir de me contrefaire ; ce que je trouvais de beau, c’est que, comme les voix meurent petit à petit, si je prononçais hélas ! il semblait que le dernier était poussé par un mourant » (Traité de l’Admiration…, pages 240).

5.

Charles Bailly du Séjour (vers 1550-1627, petit-fils par alliance de Michel i Marescot, v. note [39], lettre 152) avait succédé à son père, Guillaume Bailly (1519-1582), à la présidence de la Chambre des comptes.

6.

« Que si nous voulions rendre l’art tout à fait miraculeux, il faudrait dire qu’il peut atteindre jusqu’à la production de l’homme par d’autres voies que la conjonction des deux sexes, et peut-être le dirait-on avec quelque vraisemblance. Car premièrement plusieurs auteurs assurent que quelque individu de l’espèce humaine peut naître de la terre sans aucune coopération ou concours de père et de mère. Le subtil Césalpin est de cet avis et cite pour soi Aristote ; Albert le Grand en est aussi et se fonde sur le sentiment du docte Avicenne. Secondement les raisons se joignent à l’autorité […] » (Traité de l’Admiration…, page 379).

7.

« c’est une pure fable ».

Jean Vallot (Traité de l’Admiration…, pages 267‑270) :

« Si ce que je viens de dire touchant le mouvement de l’astroïte et de l’aimant mérite notre admiration, voici une chose qui la surpasse ; je la rapporterai fidèlement, faisant une simple version des termes auxquels M. de Thou l’a conçue au livre cinquième de son Histoire. “ Henri ii, roi de France, séjournant à Boulogne, un homme inconnu et qui paraissait étranger lui apporta des Indes Orientales une pierre d’étrange apparence et d’une miraculeuse nature : elle paraissait très ardente, et jetait de toutes parts et fort loin de si puissants rayons de lumière qu’à peine étaient-ils supportables. Ce qui était très admirable en elle, c’est qu’elle ne pouvait souffrir la terre, que si l’on en couvrait, elle s’élevait très impétueusement et s’envolait pour ainsi dire en l’air ; elle ne pouvait par quelque artifice humain que ce fût être retenue dans un petit lieu, mais aimait à occuper librement de grands espaces ; elle était très pure, très éclatante et sans aucune tache. On ne peut dire quelle figure elle avait car elle en changeait à chaque moment, et quoiqu’elle fût très agréable à l’œil, elle était très nuisible à l’attouchement : on ne la pouvait manier impunément et sans quelque lésion ; que les plus téméraires souffraient sur-le-champ et à la vue des autres assistants ; si l’on en ôtait quelque chose elle n’en devenait pas plus petite. Le porteur de cette merveille assurait qu’elle était utile à une infinité de rares effets et surtout nécessaire aux souverains ; mais qu’il n’en voulait découvrir les propriétés qu’après avoir reçu une grande somme d’argent. Je laisse à examiner tant de prodiges en un même fossile à tous les physiologues, je les ai appris d’une lettre que Jean Pipin, témoin oculaire et fameux médecin d’Anne de Montmorency, connétable de France, écrivit à Antoine Mizauld, qui professait aussi la médecine avec grand éclat et succès, de Boulogne, la veille de l’Ascension. ” {a} Jusqu’ici M. de Thou dont le beau récit favorise merveilleusement mon dessein de prouver le mouvement en quelques fossiles. {b} Avez-vous remarqué comme celui-ci est ennemi de la contrainte et qu’il ne manifeste sa vertu motive que lorsqu’on la voudrait lier ? Il réserve toutes ses forces pour les fâcheuses conjonctures, auxquelles on le voudrait tenir en captivité, et pour marque de sa mobilité, c’est qu’il lui faut de grands vides. Il trouve ou il se fait le chemin à son élargissement. On ne le peut toucher même sans incommodité, et vous diriez que comme la figure peut empêcher ou favoriser le mouvement, cette pierre n’en ait aucune, ou qu’elle les ait toutes, puisqu’elle n’en a jamais de certaines. On peut dire encore que cette variation de figure la fait approcher de la nature des esprits qui n’en ont point d’eux-mêmes et l’empruntent seulement des lieux auxquels ils définissent leur présence. Raisonnez tant qu’il vous plaira là-dessus, et dites, si vous voulez, que cette pierre était enchantée, ou si elle était naturelle, ses saillies et son amour pour la liberté provenaient de la forme du feu qui prévalait en elle, comme on le peut juger de sa lumière, de sa facilité à changer de figure et de la lésion qu’elle causait sitôt qu’elle était touchée. On vous peut toujours répondre très pertinemment plusieurs choses, qui donneront lieu à l’admiration de ces mouvements en des corps qui semblent en devoir être naturellement incapables. »


  1. Vallot n’a pas traduit la dernière phrase de Thou : Nam veteribus, qui de huiusmodi rebus scripserunt, similis lapis nec ne cognitus fuerit, nec Pipinus iis literis se scire dixit, nec ipse affirmaverim [Comme a dit Pipin dans ses lettres et comme j’en conviendrai moi-même, semblable pierre n’a pas été connue des anciens auteurs qui ont écrit sur les sujets de ce genre].

    V. note [30], lettre 277, pour Antoine Mizauld.

  2. Phrase inachevée.

8.

« sur les Causes cachées des choses [Paris, 1560, v. note [48], lettre 97], au chapitre 17, avant le milieu, en ces mots : “ D’Inde, récemment, quelqu’un de ma famille ”. »

Ce chapitre de Jean Fernel est intitulé Occultas quasdam esse formæ seu totius substantiæ proprietates, et quot sint illarum differentiæ [Certaines qualités de l’apparence ou de la substance tout entière sont occultes, et combien elles diffèrent entre elles]. Comme tout le reste de l’ouvrage, il a en grande partie la forme d’un entretien entre deux personnages (Philiatre, l’étudiant en médecine, Ph., et Brutus, le médecin, Br.) où Fernel, par la bouche de Ph., donne son point de vue sur les qualités occultes à l’aide, entre autres, de cette amusante petite fable (livre second, chapitre xvii, pages 388‑390) :

p. h. Edo vero nulla de re minus quam de gloria laboro. Sed omissis seriis liceat mihi tecum parumper urbanius iocari. Nuper ex India quidam meus familiaris lapillum mire luminosum deportavit, qui totus quasi incesus admirabili lucis splendore fulget, iactisque radiis ambientem aërem lumine quoquoversus implet. Is terræ impatiens, suopte ipse impetu confestim in sublime evolat. Neque vero anguste haberi potest, sed amplo liberoque loco tenendus. Summa in eo puritas, summus nitor, nulla sorde aut labe iniquinato, figuræ species nulla certa, sed inconstans et momento mutabilis. Quumque sit aspectu longe pulcherrimus, sese tamen contrectari non sinit, et si diutius dnitaris feriet acriter : si quid illi demitur, fit nihilo minor. Aievbat insuper huius vim esse ad plurima tum utilem, tum summe necessariam. b r. Itane fabulosis ænigmatibus cum Oedipodibus quibusdam te iocari putas ? p. h. Nihil fabularum texo : rem si ante te constitui voles, oculorum fide verissimam faterebis. b r. Bestiolam aut novi generis aviculam esse oportet. p. h. Nihil istorum, sed res est prorsus inanima atque muta. b r. Novam et admirabilem rem audio, cuius profecto si cuiusquam alterius, proprietas debet occulta censeri. At nullumne illi est inditum nomen ? p. h. Ignis, flamma. b r. Captus sum, et quidem satis suspicabar quippiam fallaciæ subesse. p. h. Quid me fallaciæ aut vanitatis insimulas ? rem profero verissimam. b r. Sed tamen utilissimam et maxime protritam. Hoc uno maxime spem meam fefellisti, quod ex India allatam diceres. p. h. Ergo India si quid eiusmodi rarum carumque sola protulisset, admirarentur scilicet omnes ac laudarent occultas eius proprietates : nunc quoniam vulgare est parvoque parabile, contemptum proinde erit et nullo in precio ? Si ut recte protulit Avicennas ignis inventu admodum difficilis esset, nobisque ab extremis et ignotis regionibus deferetur, illius quidem vim et proprietatem magis, quam cæterorum omnium omnes admiramur illius causas attentius scrutaremur, illiusque multo magis quam magneris effectus nos in admirationem traherent. Si quæram unde ignis comburit aut eas quas dixi vires accepit, non aliud dicere possis, quam summo esse illum calore, et hanc esse illius naturam et proprietatem. Hoc enim certe responso, docte videberis satisfecisse. Et tamen quum magnetem dico ferrum attrahere, aut peoniam comitialem morbum profligare inhenita sibi proprietate, non videor tibi causam satis dilucide exprimere.

[Ph. Pour moi, à la vérité, je ne suis en peine de rien moins que de gloire. Mais permets-moi donc un instant de plaisanter plus civilement avec toi. D’Inde, récemment, quelqu’un de ma famille a rapporté une petite pierre étonnamment brillante qui, comme si elle était entièrement embrasée, luit d’un admirable éclat de lumière et qui, par les rayons qu’elle jette en toutes directions, emplit l’espace de clarté. Incapable de rester par terre, elle s’envole aussitôt, de son propre mouvement, dans les airs. On ne peut à vrai dire la tenir enfermée et il faut la conserver dans un lieu vaste et libre. Sa pureté est extrême, tout comme sa beauté, qui n’est souillée par aucune tache ni aucun défaut, elle n’a aucune forme certaine, mais elle est inconstante et change à tout instant. Alors qu’elle dépasse tout en beauté par son aspect, elle ne se laisse pas attraper et si tu essaies, elle frappera vivement ; si on lui enlève quelque chose, ça lui fait moins que rien. Il disait en outre que sa force est utile à tout le monde, et donc tout à fait nécessaire.

Br. N’hésites-tu pas à plaisanter avec des énigmes fabuleuses à la manière d’Œdipe et du Sphinx ? {a}

Ph. Je ne manigance aucune fable : si tu veux qu’on mette cette chose devant toi, tu constateras de tes propres yeux qu’elle est parfaitement véritable.

Br. Il faut alors que ce soit un insecte ou un petit oiseau d’un nouveau genre.

Ph. Ni l’un ni l’autre, car la chose est absolument inanimée et muette.

Br. Voilà bien quelque chose de nouveau et d’admirable qui ne ressemble certainement à rien de connu ; il faut y reconnaître une qualité occulte. Et ne lui a-t-on pas donné de nom ?

Ph. Si, le feu, la flamme !

Br. Tu m’as bien eu, je ne suspectais pas assez qu’il y eût là quelque fourberie cachée.

Ph. Pourquoi m’accuses-tu de duperie ou de mensonge ? Je t’ai parlé d’une chose qui est tout à fait vraie.

Br. Mais pourtant fort coutumière et des plus banales. Le seul point de ton histoire qui a semé le trouble dans mon esprit, c’est que tu aies dit la chose venue d’Inde.

Ph. Du seul fait que quelque chose de rare et de cher ait été apporté d’Inde, tous devraient naturellement s’en étonner et vanter ses qualités occultes ; sous prétexte que la voilà commune et disponible à vil prix, devient-elle méprisable et perd-elle toute valeur ? Si, comme l’a justement déclaré Avicenne, le feu avait été extrêmement difficile à inventer, et nous avait été apporté de régions lointaines et inconnues, nous admirerions tous sa force et ses qualités au delà de tout ce qu’il y a d’autre, nous examinerions avec attention ses causes, et ses effets nous plongeraient dans une admiration beaucoup plus grande que ceux de l’aimant. Si je demandais d’où vient que le feu brûle ou d’où il a reçu ce que j’ai appelé ses forces, tu ne pourrais rien dire d’autre qu’il est doué d’une immense chaleur, et qu’en cela réside sa nature et sa qualité. C’est en effet ce que je te réponds et tu conviendras sagement en avoir été satisfait. Et pourtant, quand je dis que l’aimant attire le fer ou que la pivoine guérit l’épilepsie par une qualité qui est lui est innée, il ne me semble pas t’en exprimer la cause de manière assez claire].


  1. V. note [28], lettre 226.

9.

Phrase ajoutée dans la marge.

Fortunio Liceti (v. note [4], lettre 63) : Litheosphorus, sive de Lapide Bononiensi, lucem in se conceptam ab ambiente claro mox in tenebris conservante, liber… [Lithéosphore, ou livre sur la pierre de Bologne qui conserve dans l’obscurité la lumière dont elle s’est chargée à clarté ambiante…] (Udine, Nicolo Schiratti, 1640, in‑4o).

Le 51e (pages 248‑265) des 55 chapitres de ce livre est intitulé Comparatur Italico lapidi mirabilis alius, qui pridem ex India Regi Gallorum allatus fuisse Bononiam Belgicam notatur a Thuano ; et miserabilis impostura detegitur, quæ fucum fecit inclyto Scriptori [Où l’on compare à la pierre d’Italie une autre merveille, que de Thou dit avoir jadis été rapportée d’Inde Orientale à Boulogne pour le roi des Français ; et se trouve révélée la misérable imposture, qui a trompé l’illustre écrivain]. Liceti y cite in extenso les passages de Fernel et de Thou (v. supra notes [7] et [8]). Il y recopie aussi des lettres qu’il a écrites et reçues sur le sujet, avec notamment cet extrait de celle qu’il avait envoyée aux frères Pierre et Jacques Dupuy, le 15 janvier 1649 (pages 257‑258) :

Audio a Cl. V. Gabriele Naudæo, inclyti Viri, penes Vos esse litteras, olim a Pipino Medico datas ad Mizaldum, de lapide mirabili, cuius historiam primo Thuanus recepisse videtur, et suis voluminibus aliquot inservisse ; verum dein e posterioribus editonibus expunsisse ? Quia mihi nunc agenti de lapide Bononiensi paullo diligentiore calamo non parum ex usu foret eam imposturam detegere ; præmonereque studiosos de errore, in quem nuper Cl. VV. Ioannes Fabricius Hemerologij compilator, et Adreas Chioccus Musæi Calceolarij descripto, impegerunt, plenam fidem adhibentes Historico gravissimo ; et quia cupio vehementer apud præsentes itidem et posteros excusare nobilis Historiographi credulitatem (quæ in optimi cuiusque mentem facillime irrepit, observatione Tulliana) propterea vestram humanitatem enixe rogare cogor, ut, si fieri bona vestra gratia potest, particeps et ego sim exemplaris illius epistolæ ; quin distinctæ narrationis universæ fabulæ, cuius exordium tantummodo legere nihil licuit in Ferneliano volumine de Abditis rerum caussis.

[L’illustre Gabriel Naudé m’apprend que vous possédez des lettres jadis envoyées par Jean Pipin, le médecin, à Antoine Mizauld, à propos d’une pierre merveilleuse dont de Thou semble avoir le premier connu l’histoire, pour la mettre en quelques-uns de ses volumes ; mais il l’a depuis supprimée des éditions ultérieures. Il ne serait pas inutile maintenant que je mette une plume un peu plus diligente au service de la pierre de Bologne, pour révéler cette imposture et avertir les savants de l’erreur où se sont récemment jetés les très distingués MM. Johann Fabricius, le compilateur de l’Hémérologe, {a} et Andreas Chioccus, le descripteur du cabinet de Calceolarius, {b} en accordant foi pleine et entière à un historien très sérieux. Et comme je désire vivement excuser auprès de nos contemporains, tout comme auprès de ceux qui nous suivront, la crédulité d’un noble historiographe (laquelle s’insinue très facilement en l’esprit de tout honnête homme, comme l’a observé Cicéron), {c} je suis vivement poussé à solliciter de votre bonté, si ce peut être un effet de votre bonne grâce, que vous m’adressiez une copie de cette lettre, qui n’est qu’une autre narration de la fable complète dont j’ai pu lire le commencement dans le livre de Fernel de abditis rerum Causis].


  1. L’historien allemand Gorg (et non Johann) Fabricius (1516-1571) est l’un des auteurs auquel de Thou a emprunté pour écrire son Histoire.

  2. Andreas Chioccus, médecin de Vérone, a été l’un des deux compilateurs du Musæum Francisci Calceolarii [Cabinet de Fancesco Calzolari (1522-1609, pharmacien et botaniste de la même ville)] (Vérone, A. Tamus, 1622, in‑4o, Gallica).

  3. Lettres à des familiers, livre x, lettre xxiii :

    Credulitas enim error est magis quam culpa, et quidem in optimi cuiusque mentem facillime irrepit, sed ego non vitio pæne sum deceptus.

    [La crédulité est une erreur plutôt qu’une faute, et même une erreur qui s’insinue très facilement en l’eprit de tout honnête homme ; mais, pour ma part, je ne m’y suis presque jamais laissé prendre].


10.

La révolte des Hollandais contre l’Espagne de Philippe ii commença en 1566 et aboutit à l’indépendance des Provinces-Unies en 1581. V. notes [4], lettre 276, pour les Annales et historiæ de rebus Belgicis… d’Hugo Grotius (rééditées à Amsterdam chez Jan Blaeu 1657, in-fo, et 1658, in-8o), et [2], lettre 53, pour son évasion de prison, en 1621, enfermé dans un coffre grâce à la complicité de son épouse.

Johan van Oldenbarnevelt (1547-1619), grand pensionnaire des États de Hollande, chef du parti républicain, ami de Grotius, et principal opposant du stathouder Maurice de Nassau, fut condamné à mort comme hérétique arminien (v. note [7], lettre 100) et comme agent des Espagnols. Il fut décapité à La Haye le 13 mai 1619.

Guy Patin nommait ici deux autres de ses alliés : Rombout Hogerbeets (1561-1625) fut condamné à l’exil ; Gilles van Leedenberch (1550-28 septembre 1618) mourut en prison et son cercueil fut pendu publiquement à une potence après l’exécution d’Oldenbarnevelt.

11.

« vôtre tout entier, ».

12.

« Portez-vous bien et aimez-moi. Vôtre en toute franchise [v. note [27], lettre 172] ». Ce post-scriptum a été recopié par Hugues de Salins en marge de la lettre (il avait sans doute gâté la feuille portant les cachets et l’adresse).

a.

Ms BnF no 9357, fo 292.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Hugues de Salins à Guy Patin, le 18 janvier 1658.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0512
(Consulté le 31.05.2020)

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