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À Charles Spon, le 21 mai 1659

Monsieur, [a][1]

Le présent porteur est un honnête homme fort savant nommé M. Gallois, [1][2] docteur en médecine de notre Faculté, normand et fort habile homme, qui a désiré avoir l’honneur de votre connaissance en passant par Lyon pour s’en aller en Italie avec un des enfants de feu M. de Chavigny, [3] dont il a été précepteur. Si vous entrez un peu en discours avec lui, si, dis-je, il a l’honneur de vous entretenir quelque peu de temps, j’espère que vous trouverez qu’il est véritablement du pays de sapience, [2] adroit et intelligent. Je vous supplie de lui témoigner un peu de votre bonne affection car M. Courtois, [4] qui est fort son ami, lui a dit que vous étiez mon grand confident et mon intime ami de Lyon. M. Joncquet [5] a reçu sa caisse de Grenoble par votre moyen ; et moi j’attends le mémoire de ce que je vous dois, pour y satisfaire. Je baise les mains à M. Barbier, [6] j’ai envoyé sa lettre à M. Sorbière. [7]

Ce 21e de mai. M. le duc d’Orléans [8] s’en retourne demain à Blois. [3][9] Le roi [10] s’en va passer huit jours au Bois de Vincennes [11] en attendant la ratification de la paix [12] qui doit venir d’Espagne. M. le maréchal de Turenne [13] est ici attendu dans trois jours. Il a divisé notre armée qui est sur la frontière en trois corps, dont l’un est devers Landrecies, [14] les deux autres sont devers Hesdin [15] pour l’assiéger en cas de nécessité et que ceux qui sont dedans ne se rendent. Il y a grand bruit en Angleterre, c’est ce qui les a obligés de remander leur armée qui est au Sund ; [16] et les Hollandais font partir la leur. Cela fera retirer le roi de Suède [17] et garantira le Danois. [18] Vous pourrez avoir d’autres nouvelles de moi par une grande lettre de quatre pages avant que celle-ci vous soit rendue. [4] En attendant quoi, je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 21e de mai 1659.


1.

Bien que l’écriture de ce nom ne prête à aucune équivoque, nul patronyme approchant de Gallois ne figure dans la liste des docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris établie par Baron.

2.

La Normandie, v. note [3], lettre 41.

3.

Le duc d’Orléans était arrivé à Paris le 15 mai.

Mlle de Montpensier (Mémoires, première partie, volume 3, chapitre xxxiv, page 367)

« On commença à parler de la paix assez hautement ; et toutes les fois que M. le Cardinal allait à son logis, on disait que c’était pour y voir Pimentel, qui ne se montrait pourtant point publiquement. Mon père vint à Paris, où il fut dix ou douze jours. Tous les soirs, en revenant de la ville, il venait dans ma chambre et me disait : “ Je suis dans un ennui terrible de me voir ici ; j’ai la dernière impatience de m’en retourner, le monde m’ennuie, je n’y suis plus propre. Si je demeurais ici longtemps, je serais malade de la fatigue que j’y ai. ” Je lui disais que j’avais bien du déplaisir de le voir dans cette humeur et que je souhaiterais qu’il ne bougeât de Paris ; que s’il y demeurait plus longtemps, il n’aurait pas la fatigue des visites, et qu’il savait bien que, de quelque qualité que l’on fût, dès que l’on avait renoncé à tout, comme il avait fait, on ne se pressait plus <de vous chercher>. »

4.

Cette lettre annoncée de Guy Patin à Charles Spon a été perdue.

a.

Ms BnF no 9357, fo 328, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon ». À côté de l’adresse, de la main de Charles Spon : « 1659./ Paris, 21 mai./ Lyon, adi 13 juin./ Rispost./ Adi 1er juill. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 21 mai 1659.
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(Consulté le 27.11.2020)

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