L. 587.  >
À André Falconet, le 12 décembre 1659

Monsieur, [a][1]

Le procureur de Lyon [2] s’est mal trouvé d’avoir négligé la saignée [3] lorsque vous la lui ordonnâtes. Galien [4][5] même l’a ordonnée en ce cas-là, de peur de suffocation. Il fit mal de se fier au vin d’absinthe [6] qui n’est pas un remède[1] du moins qui n’a pas grand effet. Cet homme avait le foie et les poumons ruinés d’avoir bu du vin tout pur. [7][8] L’hydropisie [9] qui vient d’une telle cause est incurable et l’événement en est infaillible à cause de la ruine du tempérament que produisent, κρεοβοριν και οινοφλυγιη ; [2] ce sont les deux mots d’Hippocrate, [10] dont le dernier signifie le trop boire. Il est mort de trois maladies : hydropisie du foie, hydropisie du poumon et asthme, [11] à quoi on peut aussi ajouter une corruption et diaphtose de la substance du poumon. [3]

Le jeune de Sordes est un bon garçon qui ne brouillera jamais guère l’État par sa malice. Il est simple et rougeaud, de la nature de ceux qui sont appelés dans Galien εξερυθροι, [4] auxquels le sang desséché dans le cerveau cause une obstruction et produit une pesanteur et grossièreté d’esprit, les esprits n’ayant pas bien leur chemin libre. Galien remarque que telles gens, sur le déclin de leur âge, tombent en une folie mélancolique [12] et qu’ils deviennent fous ou innocents après l’âge de 45 ans. L’on appelle cela ici tomber en démence, [13] ce que j’ai assez souvent remarqué. Les bilieux [14] ne sont point sujets à ce mal-là parce que la bile [15] est comme le correctif du sang : les sauces ne sont pas bonnes si elles n’ont quelque chose qui relève le goût. Je viens de voir une grande ordonnance de Vallot [16] où il y a du sel de prunelle, [17] de la crème de tartre, [18] du tartre vitriolé, [19] du sel de verveine [20] et de tamaris, [21] délayés dans l’esprit de vin. [5] Bon Dieu, quels monstres et quelle médecine fardée !

On dit que M. Fouquet, [22] surintendant des finances, sera ici le 21e de décembre ; nihil præterea affirmatur[6] Hier fut pendue à la Grève [23][24] une fille de 21 ans, laquelle a bien filé, mais elle a filé sa corde : [7] elle était grande larronnesse et grande receleuse ; elle avait eu l’an passé le fouet [25] et la fleur de lis [26] sur le dos ; et néanmoins, quelque métier qu’elle fît, elle était fort dévote. Elle était de la confrérie de Notre-Dame aux Billettes [27] et étant dans la chapelle entre les mains du bourreau, elle demanda un certain carme mitigé [28] des Billettes pour se confesser à lui ; [8] le docteur de Sorbonne [29] qui était là l’empêcha, disant qu’il avait seul ce droit-là (c’est un droit qui est attribué à la seule Sorbonne) ; le moine n’en voulut point demeurer là, il voulut user de force et faire à coups de poing, mais il en fut empêché par les officiers de ce lieu, et le moine fut éconduit et mis dehors ; Tantum religio potuit suadere malorum[9][30] Bien d’autres suivront la même cordelle et même, dit-on, qu’une autre femme passera la semaine prochaine.

On dit que les Portugais et les Hollandais s’accordent ensemble contre le roi d’Espagne [31] et que les Portugais leur donnent plusieurs millions. On dit que les trois rois du Nord, savoir Pologne, [32] Danemark [33] et Suède, [34] avec l’électeur de Brandebourg [35] et l’empereur, [36] sont d’accord de traiter ensemble et de faire une bonne paix entre eux ; [37] qu’ils sont déjà convenus des députés, qu’il n’y a plus qu’à s’accorder du lieu où se pourront traiter les intérêts. Messieurs du Grand Conseil continuent à faire le procès à ce M. de Bonnesson, [38][39] huguenot [40] et petit-fils de Duplessis-Mornay, [41] gentilhomme de Beauce qui était un des chefs des sabotiers. [10] Quelques-uns croient que ce pourra bien être pour demain car ils en sont aux avis. Les uns disent qu’il aura la tête tranchée, les autres parlent de la roue. M. de Pommereu, [11][42] maître des requêtes, est allé en Normandie y faire raser les châteaux et bois de quelques seigneurs qui ont été condamnés par contumace pour le même crime. J’en ai entre autres entendu nommés deux, savoir Dameri et Créqui de Bernières. [12][43] On n’attend plus ici le roi, mais seulement la publication de la paix [44] et la diminution des impôts, [45] et le soulagement du pauvre peuple qui sera le couronnement de tant de conférences. Je vous baise très humblement les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 12e de décembre 1659.

Je suis bien obligé à la bonté de M. Falconet, [46] qui me fait tant de bien, et à mon fils Charles. [47] Il fait ce qu’il peut pour la mériter, il est professeur en nos Écoles [48] et s’y prend fort bien ; il a beaucoup d’auditeurs qui l’aiment tous à cause de sa douceur et de ses autres bonnes qualités. Il n’a qu’à bien étudier et rien ne lui manquera. Jamais peut-être il n’y a eu [meilleur] professeur que lui en matière si difficile, car il enseigne la pathologie qui est, comme vous savez, la plus noble partie de la médecine. [13] On m’a parlé d’un livre intitulé Bibliotheca Sebusiana, dont l’auteur est le savant M. de Guichenon ; [14][49] mandez-m’en, s’il vous plaît, ce que vous en savez. L’évêque de Noyon [50] est mort, il s’appelait Baradat, [51] et était frère d’un petit mignon de Louis xiii [52] que le cardinal de Richelieu [53] fit chasser par une supercherie. [15] On va rompre au bout du Pont-Neuf [54] deux insignes voleurs, dont l’un s’appelle Grand-Maison. C’est grande pitié que la débauche, elle se termine toujours malheureusement.


1.

L’absinthe est une plante médicinale fort amère dont on distinguait alors plus de 30 espèces. Les quatre principales variétés étaient la vulgaire ou romaine, la menue ou pontique, la marine et la santonique. L’absinthe était tenue pour stomacale, apéritive, fébrifuge, bonne contre les vers et pour les vapeurs, les coliques, la jaunisse et les « pâles couleurs ». On la prenait surtout en infusion dans du vin (vinum absynthites) (Trévoux).

Henri de Rhodes était le médecin qui avait prescrit ce médicament au malheureux Tevenet que Guy Patin avait déclaré incurable dans sa lettre du 25 novembre précédent à André Falconet.

2.

« la consommation de viande crue et l’ivrognerie ».

3.

Diaphtose : putréfaction, v. note [27], lettre 335.

4.

Exéruthroi, « très rouges » ; le jeune de Sordes n’a pas été identifié.

5.

Dans l’ancienne chimie, le sel de prunelle (nitrum tabulatum), ou salpêtre tabulaire, était un mélange de nitrate et de sulfate de potasse. Comme médicament, le salpêtre « résiste à la pourriture, apaise la soif et adoucit la grande chaleur, ce qui fait que l’on s’en sert intérieurement dans les apozèmes, jusqu’à une drachme, pour remédier aux fièvres ardentes du foie et du mésentère, pourvu qu’on n’ait pas le ventre trop libre ni l’estomac faible » (Thomas Corneille).

La verveine est un genre de plantes dont l’espèce officinale (Verbena officinalis) est un peu astringente et a été recommandée comme vulnéraire ; considérée pendant longtemps comme une panacée, elle était vulgairement appelée « herbe à tous maux ». Les feuilles de la verveine odorante (V. triphylla) peuvent être employées comme antispasmodiques et diaphorétiques (Nysten).

V. note [2], lettre 548, pour le tartre vitriolé et la crème de tartre.

6.

« on n’en tient rien de plus pour certain. »

7.

« On dit proverbialement qu’un homme file sa corde pour dire qu’il fait des méchantes actions. […] On dit aussi aux femmes qui se veulent mêler des choses qui regardent le soin des hommes, allez-vous-en filer votre quenouille » (Furetière).

8.

V. note [9], lettre 380, pour les Billettes.

9.

« Tant la religion a pu inspirer de crimes » (Lucrèce, v. note [12], lettre 334).

10.

Gabriel de Jaucourt, chevalier, seigneur de Bonnesson, était un gentilhomme huguenot de Sologne qui vivait à Baffou, entre Viglain et Sully-sur-Loire. Un de ses oncles paternels avait épousé la fille aînée de Philippe Duplessis-Mornay (v. note [19], lettre 81), prénommée Marthe. Des trois frères de Gabriel, deux étaient morts au service du régiment d’Enghien, ce qui lui créa sans doute des liens avec le prince de Condé.

Avec quelques autres gentilshommes beaucerons (Laubarderie, Lézanville, etc.), il s’était réuni à la révolte des sabotiers (v. note [1], lettre 528) pour en devenir l’un des chefs. Petit noble séditieux, émeutier populaire, huguenot et condéen, Bonnesson représentait la victime expiatoire idéale que le pouvoir cherchait pour mettre fin aux tout derniers soubresauts de la Fronde. Louis Jaret a fourni de précieux renseignements sur son fâcheux destin dans un article intitulé Les Suites de la Fronde, guerre des sabotiers de Sologne et assemblées de la noblesse (1653-1660) (Mémoires de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, volume 17, 1880).

En septembre 1659, pourchassé par les agents de Colbert, alors intendant de Mazarin, il avait été pris en flagrant délit de conspiration.

« Bonnesson était à Paris où il espérait rencontrer le comte d’Harcourt afin de lui rendre compte d’une mission confidentielle qu’il venait de remplir auprès de Condé à Bruxelles. D’Harcourt ne s’étant pas trouvé à Paris, Bonnesson résolut de lui envoyer son neveu, nommé Jaucourt comme lui, et page de la Grande Écurie, avec une lettre où il demandait un rendez-vous. C’est au moment où le jeune page se rendait chez Laubarderie, où se trouvaient déjà Bonnesson et Lézanville, afin d’y prendre un cheval de louage et d’y recevoir ses dernières instructions pour le comte d’Harcourt, qu’ils furent tous saisis et conduits au château de la Bastille. »

Le Grand Conseil du roi condamna Bonnesson à la peine capitale :

« Il sera dit que le Conseil a déclaré ledit de Jaucourt de Bonnesson ayant été convaincu d’avoir fomenté les soulèvements et séditions de Sologne, arrivées l’an 1658 ; assisté aux assemblées illicites de noblesse faites auparavant et depuis la déclaration du roi du mois de septembre audit an ; fait des unions et associations tendant à émotion, soulèvement et rébellion contre l’autorité du roi, bien et repos de l’État ; signé, avec autres qualifiés commissaires généraux, des procurations portant pouvoir à des députés, particulièrement de traiter avec les gentilshommes des autres provinces, les engageant à leur parti ; d’avoir négocié tant en dedans que dehors le royaume pour y donner entrée aux ennemis de l’État. Pour réparation de quoi le Conseil, sans avoir égard à la requête dudit Jaucourt de Bonnesson afin d’être reçu à s’inscrire en faux contre lesdites procurations signées de lui et produites au procès, a condamné et condamne ledit Bonnesson d’avoir la tête tranchée sur un échafaud qui, à cette fin, sera dressé en la place de la Tiroir {a} de cette ville de Paris. A ordonné et ordonne que ses maisons seront abattues, démolies et rasées, ses bois de haute futaie coupés et abattus à hauteur d’homme ; l’a condamné et condamne à deux mil livres d’amende envers le roi, mil livres envers l’Hôpital Général de cette dite ville, cinq cents livres en œuvres pies ainsi que par le Conseil sera ordonné, et en pareille somme de cinq cents livres applicable à la discrétion du Conseil, le surplus de biens acquis et confisqués au roi ou à qui il appartiendra ; a ordonné et ordonne que le procès sera fait et parfait à Gabriel de Chartres, sieur de Lezanville, et à Jean Aubert, sieur de Laubarderie, et autres complices des crimes commis depuis et au préjudice de ladite déclaration. »


  1. La Croix-du-Trahoir, v. note [5], lettre 39.

Bonnesson eut la tête tranchée le 13 décembre 1659. Il fut un des très rares à payer si cher une fureur mazarine.

11.

Auguste-Robert de Pommereu (vers 1630-1702), seigneur de La Bretesche, etc., avait été reçu conseiller au Grand Conseil en 1651, puis maître des requêtes en juillet 1656. Il occupa par la suite de nombreuses charges, dont celles de prévôt des marchands de la ville de Paris (1676-1684) et de conseiller royal des finances (1697) (Popoff, no 2008).

12.

Probablement s’agit-il d’Alexandre de Créqui, comte de Créqui-Bernieulles, etc. (1628-1702). Il avait épousé en 1651 Marie Maignard, fille de Charles Maignard, seigneur de Bernières (Calvados), président au parlement de Normandie ; le couple n’eut pas d’enfant (Dictionnaire de la noblesse). Durant la Fronde, Créqui-Bernieulles avait rejoint le parti du duc de Longeville et combattu pour lui contre le roi. Il n’avait pas suivi Longueville dans son ralliement à Mazarin et demeurait l’un des meneurs des révoltes de Normandie. Après l’assemblée séditieuse de gentilshommes normands dans la forêt de Conches (20 juillet 1658), les troupes vinrent s’établir chez lui, mais il parvint à prendre la fuite. Condamné à mort par contumace, il fut exclu de la première amnistie qui accompagna le pardon de Condé. Il rentra en grâce en 1660. Je n’ai rien trouvé sur Dameri (ni Damery).

13.

Charles Patin a tiré grande fierté de son professorat de pathologie à la Faculté de médecine de Paris, comme en atteste ce qu’il en a dit dans son autobiographie (Lyceum Patavinum… [v. note [32], lettre 146], pages 88‑89) :

Medicis occupationibus immerso, mihi novam adjecit Fortuna : Cum enim Doctor Lopez Burdegalam ire de repente destinasset, pathologicæ suæ professioni, quæ scholæ primaria est, valedixit. Convocata subito saluberrima Facultas, cujus est unum e suis ad id muneris destinare, Electores quinque ex adstantium Medicorum numero pro more nuncupavit, quorum consensu tres proponerentur : Horum nominibus in urnam immissis, Decani manu unum extrahitur quor Carolum Patinum exhibuit : Hac prius declarata conditione, ut qui Professor renuntiaretur, statim doceret, nulla orationis inauguralis ob temporis angustias habita ratione. Sic ea ætate qua fortasse nullus unquam Parisijs docuit, cathedram conscendi, et facta muliebris cadaveris copia primam illius anni anatomiam in publico scholarum theatro celebravi, dissectore P. Emmerez Chirurgo peritissimo. Quo successu hæ peracta sint, meum non est declarare : Quingenti medicinæ studiosi quos nunc tot doctores opinor, rei gestæ testimonium ferant : Ferant et chirurgiæ tyrones qui artis præcepta a me tunc certatim expetebant, quibus suffragante saluberrimæ Facultatis decreto, per aliquot subsequentes annos morem tuli, tumorum historiam aperiendo, vulnera, ulcera, luxationes, fracturasque sanandi modum tradendo, operaque magna chirurgica in cadaveris exercitando. Cum autem dissectiones explicarentur vernacule, mirum quantus Aulicorum Matronarumque concursus ædes meas cohonestaverit : Increbuerat quippe rumor me singulas corporis actiones, singulasque ejus partes, data opera explicare, ut nisi esset quod pudicis auribus negotium facesseret.

[Je m’absorbai alors dans mes occupations médicales, quand la dive Fortune me sourit de nouveau : comme en effet le docteur Lopès {a} avait subitement été appelé à se rendre à Bordeaux, {b} il abandonna sa charge de professeur de pathologie, qui est la plus importante de l’École. La très salubre Faculté fut aussitôt convoquée {c} pour attribuer cette chaire à l’un de ses docteurs. Selon la coutume, elle désigna {d} cinq électeurs parmi les présents, {e} qui s’entendirent pour proposer trois noms. {f} Les trois billets furent mélangés dans l’urne et la main du doyen en tira un qui fut celui de Charles PATIN. La condition avait été préalablement posée que celui qui serait proclamé aurait dispense du discours inaugural habituel, pour enseigner sans délai, étant donné le peu de temps dont on disposait. C’est ainsi que je devins titulaire de la chaire à un âge {g} auquel personne n’avait encore professé à Paris. Je dirigeai la première anatomie publique de cette année-là {h} dans l’amphithéâtre des Écoles sur le cadavre d’une femme qui avait eu la bonne fortune de m’échoir ; le dissecteur fut Paul Emmerez, chirurgien fort expérimenté. {i} Il ne m’appartient pas de représenter avec quel succès j’ai rempli les devoirs de ma charge : quantité {j} d’étudiants en médecine, qui, je pense, sont maintenant {k} tous docteurs, témoigneront de ce que j’ai accompli ; tout autant que les apprentis chirurgiens qui désiraient apprendre de moi les préceptes de l’art ; {l} en vertu d’un décret que la très salubre Faculté avait voté, je leur ai enseigné, pendant les quelques années qui ont suivi, la manière de connaître l’histoire des tumeurs, de traiter les plaies, les ulcères, les luxations et les fractures, et d’exécuter les grandes opérations de chirurgie sur des cadavres. Comme aussi je commentais les dissections en français, un grand concours de courtisans et de dames me fit l’honneur de venir y assister chez moi. La rumeur enflait disant que j’expliquais chacune des fonctions du corps et de chacune de ses parties en prenant soin de ne rien dire qui pût offenser de chastes oreilles]. {m}


  1. François Lopès, v. note [46], lettre 442.

  2. Pour aller y soigner le prince et la princesse de Conti, avec permission de la Faculté le 23 novembre 1658, renouvelée le 25 octobre 1659. Les précisions historiques fournies dans les notules sont extraites du tome xiv des Comment. F.M.P., année 1659, sous la plume du doyen François Blondel.

  3. Par tirage au sort.

  4. Le 18 novembre 1659.

  5. Trois anciens qui étaient Guy Patin, Germain Préaux et Pierre Le Mercier, et deux jeunes, Armand-Jean de Mauvillain et Philippe Douté.

  6. Deux anciens, Philippe Hardouin de Saint-Jacques et Jean Garbe, et un jeune, Charles Patin.

  7. 26 ans.

  8. 1659.

  9. V. note [5], lettre 645.

  10. quingenti, qu’il semble excessif de traduire par 500.

  11. 1682.

  12. Charles Patin demeura professeur de pathologie jusqu’en novembre 1660.

  13. Comme les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris y étaient alors parfois autorisés, Charles Patin donna chez lui des leçons privées d’anatomie et de chirurgie.

14.

Samuel Guichenon (v. note [7], lettre 214) : Bibliothecæ Sebusianæ sive variarum chartarum Ecclesiis monasteriis concessarum miscellæ, centuriæ duæ ex archivis regiis et monasteriorum tabulis… [Bibliothèques de Wissembourg, ou mélanges de diverses chartes concédées par des monastères et des églises, en deux centuries tirées des archives royales et des livres des monastères…] (Lyon, Guillaume Barbier, 1660, in‑4o).

Wissembourg (Bas-Rhin) portait le nom latin d’Alba Sebusia.

15.

Henri de Baradat (ou Barradas), évêque de Noyon depuis 1626 ne mourut que le 25 août 1660 (Gallia Christiana). Il est beaucoup moins connu que son frère, François, chevalier de Baradat, premier écuyer de la petite écurie, à qui Tallemant des Réaux a consacré une courte historiette (tome i, pages 339‑340) qui commence par ces mots :

« Il {a} aima Baradat violemment ; on l’accusait de faire cent ordures avec lui ; il était bien fait. »


  1. Louis xiii.

L’entourage du roi, animé par Richelieu et la reine mère, Marie de Médicis, harcelait Louis xiii avec de faux bruits (portant notamment sur l’infidélité de son épouse, Anne d’Autriche) pour le brouiller avec ses favoris :

« Les confesseurs, gagnés, ne lui disaient que ce qu’on leur faisait dire. Ce Baradat n’était qu’un brutal ; il donna bientôt prise sur lui. Le roi ne voulait pas qu’il se mariât, et lui, amoureux de la belle Cressias, fille {a} de la reine, voulut l’épouser à toute force. Le cardinal se servit de l’indignation du roi pour s’en défaire. Le voilà relégué chez lui. »


  1. D’honneur.

Ménage (Menagiana, tome i, page 98) a donné une autre raison à la disgrâce du premier écuyer :

« La faveur de Baradat auprès de Louis xiii ne dura pas plus de six mois, et c’est là que la fortune de Baradat passe en proverbe pour une fortune de peu de durée. Le sujet de la disgrâce de ce favori est fort plaisant. Il était un jour à la chasse avec le roi lorsque le chapeau de ce prince étant tombé, il alla justement sous le ventre du cheval de Baradat. Dans ce moment-là, ce cheval étant venu à pisser gâta tout le chapeau du roi qui se mit dans une aussi grande colère que s’il l’avait fait exprès. Cet accident, qui en aurait fait rire un autre, fut pris en très mauvaise part par le roi, qui commença dès ce temps-là à ne plus aimer Baradat. »

Baradat épousa sa Cressias à Bruxelles en 1632 (Adam). Claude de Saint-Simon, père de Louis, le mémorialiste, succéda à Baradat dans la faveur du roi.

a.

Réunion de deux lettres de dates très proches : Bulderen no clix (tome i, pages 415‑416), Reveillé-Parise no ccccxcv (tome iii, pages 167‑168), du 10 décembre, et Bulderen no clx (tome i, pages 416‑418), Reveillé-Parise no ccccxcvi (tome iii, pages 168‑169).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 12 décembre 1659.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0587
(Consulté le 21.09.2020)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.