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À André Falconet, le 20 mai 1661

Monsieur, [a][1]

On dit ici que le roi d’Éthiopie, [2] autrement dit empereur des Abyssins ou le grand Négus ou le Prêtre Jean, ayant reconnu l’avarice et l’ambition des jésuites, [3] les a tous chassés de ses pays, comme aussi tous les catholiques romains, d’autant qu’ils mettaient tous ses pays en désordre par trop de cabales[1] Le prince de Conti [4] est ici arrivé, avec grande joie de trouver un fils en sa maison et sa femme [5] en bonne santé. [2][6] Le comte de Soissons [7] a fait appeler en duel M. de Navailles [8] qui l’a refusé, alléguant pour ses raisons les défenses du roi tant de fois réitérées. [3] Il s’en plaint au roi [9] qui a envoyé ledit comte en son gouvernement et dans la Bastille, [10] le chevalier de Maupeou [11] qui avait porté le défi. [4][12][13][14]

Mlle de Label [15] a un fils de douze ans, nommé Hugues, [16] fort malade. [5] Elle m’a envoyé quérir le neuvième jour d’une fièvre continue [17] durant laquelle il n’a été saigné que deux fois et a pris quelques poudres qu’elle lui a données. Il est en grand danger, omnes plerique homines non tam utuntur, quam abutuntur ingenio suo[6] Elle a assez d’esprit, mais elle s’est voulu mêler d’un métier où elle ne connaît rien. Qui non intelligunt artes, non mirantur artifices[7] à ce que dit Sidonius Apollinaris, [18] évêque marié de Clermont en Auvergne. [19] Dieu soit loué que nous aurons bientôt quelque chose du bon P. Théophile Raynaud, [20] que je recevrai comme un grand présent de votre part ; mais pour l’Histoire de Savoie[21] je la veux payer ; autrement, je ne la désire point ; je la ferai voir à bien du monde curieux qui me vient voir souvent. Mais n’aurons-nous jamais son Sanctus Georgius Cappadox ? Je l’attends pour le faire relier avec son Saint Antoine et sœur Marie Égyptienne[8] Je tiens M. Barbier [22] en bonnes mains puisque vous le traitez, mais je crois qu’il le faut purger [23] souvent avec demi-once de séné, [24] une once et demie de sirop de roses pâles [25] de l’an passé, y ajoutant même quelquefois deux drachmes de diaphénic. [26]

Le livre de M. Sebizius [27] est achevé à Strasbourg. [9] M. Courtois [28] est bien mieux, sed remanent veteris vestigia flammæ impressa in venis, ideoque adhuc indiget blanda catharsi, multa contemperatione viscerum, semicupio, aqua vitulina, lacte asinino, sero lacti, aeris et loci mutatione, secundum præceptum Gal. lib. 5. Methodi, qui mittebat eos quorum natura vergebat ad tabem, et phthisi erant obnoxii, ad montem Stabianum, etc. [10][29][30][31] Ce mot me fait souvenir du triomphe que prétend mon Carolus [32] pour avoir trouvé ce mot sur une médaille antique de Geta, [33] par laquelle il prétend que ces peuples ont représenté une vache sur leur monnaie comme pour en offrir le lait [34] à leur empereur ; mais son frère Caracalle [35] ne lui donna pas le loisir de devenir hectique [36] car il le poignarda bien jeune dans le giron même de sa mère Julia. [11] Je vous dirai quelque jour le nom de celui qui a fait ce bel épitaphe du Mazarin, [12][37] c’est un de nos professeurs du roi. [38]

M. Chanlate [39] se porte bien de sa taille. [40] Je l’ai vu aujourd’hui, il a un peu la goutte [41] et dit qu’il a 79 ans passés. Noël Falconet [42] ne manque pas de venir à mes leçons [43] et à la botanique, [44] à laquelle il prend grand plaisir, il connaît bien les herbes. Je vous prie, Monsieur, d’assurer M. Spon que j’ai reçu ses livres. Je lui en écrirai tout exprès au premier ordinaire, j’ai tant d’affaires que je ne le puis aujourd’hui. J’ai eu dix consultations [45][46] dont il y en a eu deux de conséquence avec Guénault [47] et autres. Je vous baise les mains et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, ce 20e de mai 1661.


1.

Prêtre Jean : « on appelle ainsi l’empereur des Abyssins parce qu’autrefois les princes de ce pays étaient effectivement prêtres et que le mot de Jean en leur langue veut dire roi. Ce sont les Français qui les premiers les ont fait connaître en Europe sous ce nom à cause qu’ils ont les premiers trafiqué avec leurs sujets. On l’appelle autrement le Grand Négus. Son empire était autrefois de grande étendue. Maintenant, il est limité à six royaumes, chacun de la grandeur du Portugal. Ce nom de Prêtre Jean est tout à fait inconnu en Éthiopie et cette erreur vient de ce que ceux d’une province où ce prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque chose, crient Jean Coi, c’est-à-dire, mon roi » (Furetière).

Le roi d’Éthiopie était alors Fasilidas (mort en 1667). Il avait succédé en 1632 à Sousnéyos ier qui avait permis aux jésuites de s’établir dans le royaume et reconnu la suprématie de Rome. La violence qu’il avait mise à établir le catholicisme comme religion d’État souleva les populations païennes et Sousnéyos dut se résoudre à admettre la liberté des cultes. Fasilidas chassa les jésuites et écarta l’Éthiopie de la prééminence de l’Église romaine (G.D.U. xixe s.).

2.

C’était la naissance de Louis-Armand ier (4 avril 1661-1685), futur prince de Conti, fils d’Armand de Bourbon, prince de Conti, et d’Anne-Marie Martinozzi, nièce de Mazarin. Orphelin de père à 5 ans et de mère à 11, Louis-Armand fut élevé par son oncle, le Grand Condé. Il épousa en 1680 Marie-Anne de Bourbon (dite la première Mlle de Blois, 1666-1739), fille légitimée de Louis xiv et de Louise de La Vallière. Il mourut de la variole qu’il contracta en s’isolant au chevet de sa femme qui en était atteinte (et qui, elle, en réchappa).

3.

Philippe de Montault du Bénac, comte puis duc de Navailles (1619-Paris 1684), issu d’une famille protestante, avait été admis dès l’âge de 14 ans parmi les pages de Richelieu, qui le convertit au catholicisme et le nomma, cinq ans plus tard, colonel d’un régiment. Devenu maréchal de camp en 1647, Navailles s’était distingué en Italie puis, à son retour en France, il s’était trouvé mêlé aux troubles de la Fronde où il prit parti pour Mazarin. Il était lieutenant général quand, à la tête de l’avant-garde de l’armée royale, il attaqua la porte Saint-Antoine (4 juillet 1652).

Une fausse accusation portée contre lui amenait sa disgrâce pour avoir écrit à la reine Marie-Thérèse une lettre anonyme lui dénonçant la passion de Louis xiv pour Mlle de La Vallière (v. note [12], lettre 735). Il reçut l’ordre de vendre toutes ses charges à la cour et de se retirer dans ses terres, mais son innocence fut promptement reconnue et le roi le dédommagea en lui donnant les gouvernements de l’Aunis, de La Rochelle et de Brouage. En 1669, M. de Navailles prit part à la malheureuse expédition de Candie dirigée par le duc de Beaufort (v. note [15], lettre 45), sacrifia inutilement une partie de ses troupes et fut contraint de revenir en France où il fut mal reçu par Louis xiv, qui désapprouva hautement sa conduite et l’exila une seconde fois dans ses terres. Le duc parvint, sinon à se justifier complètement, du moins à apaiser les préventions du roi.

Rappelé sous les drapeaux, il se distingua dans les expéditions de Franche-Comté et de Flandre, fut créé maréchal de France en 1675 et obtint l’année suivante le commandement de l’armée du Roussillon. Après la paix de Nimègue, il fut nommé gouverneur, premier gentilhomme de la chambre et surintendant des finances du duc de Chartres (depuis le Régent). Il a laissé des Mémoires relatifs aux principaux événements depuis 1638 jusques en 1683 (Paris, 1701, in‑12o) (G.D.U. xixe s.).

4.

Louis de Maupeou, chevalier de Malte, seigneur de Noisy (1631-1669), 17e des 18 enfants de René de Maupeou, président à la Cour des aides, était frère d’un autre René, conseiller au Parlement (v. note [10], lettre latine du 10 septembre 1655) ; major au régiment des gardes, il était cousin issu de germain et intime ami de Nicolas Fouquet. Son mariage avec Antoinette Catelan avait été célébré le 6 mai 1661 au château de Vaux-le-Vicomte.

Le 18 mai 1661, Brienne fils écrivait de Fontainebleau à M. du Housset (Archives de la Bastille, volume 2, pages 275‑277) :

« L’ordre que M. le comte de Soissons a reçu ce matin de sortir de la cour servira présentement de matière à notre entretien ; mais afin que vous sachiez bien toute l’affaire, il est nécessaire de la reprendre de son commencement. Vous avez sans doute entendu parler des différends qui étaient entre Mme la comtesse de Soissons {a} depuis qu’elle est surintendante de la Maison de la reine et Mme de Navailles, {b} dame d’honneur. […] La principale difficulté consistait dans l’autorité que la surintendante prétendait que sa charge lui donnait sur la dame d’honneur et dans l’indépendance que celle-ci voulait se conserver. Elles s’échauffèrent à un point l’une et l’autre que, les amis communs n’ayant pu les accommoder, l’affaire tomba entre les mains du roi, qui dit qu’il les réglerait. Pour lors, M. Colbert prend les devants auprès de S.M., {c} et comme il lui témoigna que le seul zèle qui le faisait agir était celui qu’il devait avoir pour la nièce de son maître, {d} il sut si bien rallumer les sentiments que S.M. avait pour le défunt et qui ne sont pas encore éteints, que se laissant emporter au mouvement de son amour, elle accorda à Mme la comtesse de Soissons, par un règlement qui fut fait il y a quelques jours, plus même qu’elle ne pût prétendre. Il subsista trois jours, durant lesquels Mme la comtesse de Soissons triompha et fit semer, tant ici qu’à Paris, plusieurs copies de ce règlement avantageux ; mais elle fut bien étonnée lorsque, la reine ayant fait entendre au roi qu’il avait décidé avec trop de précipitation contre les dames d’honneur sans avoir entendu leurs raisons, S.M. fit un second règlement comme en explication du premier, mais qui, en un mot, le détruisait absolument ; accordant à la dame d’honneur d’être logée dans la maison de la reine préférablement à la surintendante lorsqu’il n’y aurait qu’une chambre, la place avant elle dans le carrosse, etc. Ce changement eût été bien moins sensible à Mme la comtesse de Soissons si elle n’eût pas étalé, comme elle avait fait aux yeux de tout le monde, sa conquête ; et ce fut pour lors que M. le comte de Soissons, voulant paraître bon mari, prit avec chaleur la querelle de sa femme et crut ne pouvoir mieux témoigner son ressentiment qu’en faisant appeler M. de Navailles. Le chevalier de Maupeou porta la parole du duel de la part de M. le comte de Soissons ; et M. de Navailles lui ayant répondu seulement qu’il ne pouvait manquer à ce qu’il devait à la mémoire de M. le Cardinal et que M. le comte lui était trop proche pour qu’il pût s’offenser de rien qui lui vînt de sa part, mais que s’il l’attaquait, il serait obligé de se défendre, M. le comte de Soissons, qui croyait retirer un grand avantage de cette bravoure, la fit éclater dans toute la cour (et Maupeou même ne se cacha pas d’avoir fait l’appel), croyant par là de nuire à M. de Navailles ou au moins de faire connaître qu’il était si sensible à ce qui touchait sa femme, que cela pût obliger Mme de Navailles d’entrer avec elle en quelque ajustement. La chose s’est tournée d’une autre manière car étant ainsi venue aux oreilles du roi, quoiqu’il ait fait tout ce qu’il a pu pour ne pas entendre ce qui s’était passé, il n’a pu néanmoins refuser à la foi des édits, qui aurait été violée si une telle action était impunie, et aux clameurs des dévots, de faire assembler ce matin les maréchaux de France pour informer du fait ; ils n’ont rien prononcé néanmoins car il n’y avait pas de preuve. Mais le roi n’a pas laissé, sur la notoriété publique, de faire donner ordre à M. de Soissons, par M. Le Tellier, de se retirer de la cour {e} sans pouvoir aller à Paris ou à son gouvernement, et d’envoyer Maupeou à la Bastille pour six mois. Voilà comme tout s’est passé. »


  1. Olympe Mancini.

  2. V. note [2], lettre 792.

  3. Sa Majesté (Louis xiv).

  4. Mazarin.

  5. À Creil.

Louis xiv a parlé de cette grande affaire dans ses Mémoires (pages 75 et 105) :

« J’ajoutai de nouvelles précautions à celles que j’avais déjà prises contre les duels et pour montrer que ni rang ni naissance ne dispensaient personne, je bannis de ma cour le comte de Soissons qui avait fait faire un appel au duc de Navailles, et je mis à la Bastille celui dont il s’était servi pour en porter la parole, quoique la chose n’eût eu aucun effet. […] Je mis la dernière main à cet utile règlement des duels, dont l’effet a été si grand et si prompt qu’il a presque exterminé un mal contre lequel mes prédécesseurs, avec d’aussi bonnes intentions que moi, avaient inutilement employé toutes sortes de remèdes. »

Raoul Allier (La Cabale des dévots, pages 324 ‑334) a salué le rôle courageux que la Compagnie du Saint-Sacrement (v. note [7], lettre 640) a obstinément joué dans l’interdiction des duels ; sans se soucier de la « terrible irritation des gentilshommes de la cour » que provoquait son zèle ; ce qui fut d’ailleurs une raison de sa perte.

5.

Hugues ii de Label, un des deux fils d’Hugues i (v. note [2], lettre 245).

6.

« la plupart, sinon tous les hommes abusent plutôt qu’ils n’usent de leur talent. »

7.

« Ceux qui n’entendent pas un métier n’en admirent pas les ouvriers » (v. notes [42] du Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin, pour cette citation de Sidoine Apollinaire et [28], lettre 282, pour son mariage).

8.

V. notes : [26], lettre de Charles Spon, le 28 août 1657, pour l’Histoire de Savoie de Samuel Guichenon ; [16], lettre 605, pour le Saint Georges de Cappadoce du P. Théophile Raynaud ; et [11], lettre 687, pour son Saint Antoine…

9.

Melchior Sebizius : Problemata medica, de variolis, de ophtalmia, etc. [Propositions médicales sur la variole, l’ophtalmie, etc.] (Strasbourg, Eberhard Welper, 1662, in‑4o).

10.

« mais les traces du feu passé restent empreintes dans les veines ; et c’est pourquoi jusqu’ici il a besoin de purge douce, pour un bon équilibre des viscères, du demi-bain, de bouillon de veau, de lait d’ânesse, de petit-lait, de changement d’air et de lieu, selon le précepte de Galien (livre v, de la Méthode) qui envoyait ceux dont la nature versait dans le tabès [v. note [9], lettre 93] et étaient menacés de phtisie vers la montagne de Stabies, etc. »

Dans son traité De Methodo medendi [La Méthode pour remédier] (livre v, chapitre xii ; Kühn, volume 10, pages 361‑363), Galien rapporte le cas d’un malade atteint d’un ulcère qui creusait la paroi de la trachée artère (aspera arteria) ; les médecins prescrivaient remède après remède (traduit du grec) :

Sed nec horum quicquam eum momordit, et sensus doloris manifeste in collo erat ; quo loco etiam adeo irritabatur, ut tussire impelleretur ; suasimus itaque reniti quantum posset nec tussire. Quod et fecit eo certe facilius quod exiguum erat, quod proritabat, et nos omnibus modis operam dedimus ut ulcus ad cicatricem perveniret, foris medicamentum aliquod quod siccaret imponentes, tum cubanti supino humidum aliquod ex iis medicamentis quæ ad ejusmodi ulcus facerent exhibentes, ac jubentes id in ore continere, paulatimque permittere in asperam arteriam defluere. Sic igitur faciens sentire se manifeste ajebat adstringentis medicamenti circa ulcus vim, sive ea vis huc transmissa est, sive medicamentum ipsum roris specie in arteriam ad ulcus defluxit, et tanquam percolatum est. Erat autem nec æger ipse medicinæ imperitus, sed ex iis quidam qui ex usu et exercitatione empirice medicabantur. Ergo sentire se ajebat tum medicamentum in arteriam defluere, tum tussim quoque aliquando movere, obluctabatur tamen plurimum ac tussim cohibuit. Igitur ipse quoque sua sponte Romæ quidem, ubi correptus fuerat, triduum etiamnum post nonum diem est moratus ; post hoc conscenso navigio primum per flumen ad mare navigavit ; quarto die post navi pervenit ad Tabias, usuque est lacte, quod et mirificam plane vim habet.

[Mais aucun de ceux-là n’a eu prise sur lui, et la douleur siégeait manifestement dans le cou, où l’irritation était aussi telle qu’elle le poussait à tousser. Nous lui conseillâmes donc de se retenir de tousser, autant que cela lui était possible ; ce qu’il fit d’autant plus facilement qu’il était de faible corpulence. Comme il nous y invitait, nous mîmes tout en œuvre pour parvenir à cicatriser l’ulcère : en nous gardant d’appliquer tout médicament qui assécherait ; mais en lui faisant prendre, en position couchée sur le dos, un des remèdes humides qui convienne à ce genre d’ulcère, et en lui ordonnant de le garder dans la bouche pour lui permettre de s’écouler petit à petit dans la trachée. Ce faisant, il disait manifestement ressentir une vive action du médicament astringent au pourtour de l’ulcère : soit qu’elle s’y fût transmise ; soit que, comme une sorte de rosée, la potion elle-même se fût écoulé dans la trachée jusqu’à l’ulcère, et s’y fût comme distillé. Il se trouvait que ce malade n’était pas ignorant en médecine, mais de ceux qui se soignent empiriquement, par la pratique et l’expérience. Il disait donc sentir le médicament couler dans la trachée et éprouver aussi de temps en temps l’envie de tousser ; mais en se forçant, il parvenait à réprimer la toux. Ayant résidé trois jours à Rome, où le mal l’avait saisi, il décida d’y demeurer encore six jours ; ensuite, il s’embarqua sur un bateau, d’abord sur le fleuve, puis sur mer. Après quatre jours de navigation, il arriva à Tabies et y consomma du lait, dont il se trouva merveilleusement mieux]. {a}


  1. V. note [19], lettre 27, pour l’emploi du lait dans dans le traité de Galien sur le marasme.

Galien vante ensuite l’air sec et les pâturages salubres de cette contrée (qu’il situe explicitement en Italie). Le nom qu’il lui donne, confirmé dans l’édition de René Chartier (tome 10, page 122, paru en 1679) est néanmoins déroutant, tant en grec (Ταβιας, Tabias) qu’en latin (Tabiæ) : aucune des références qu’on a consultées ne recense ce toponyme ; en revanche, la transcription de la lettre de Patin (mons Stabianus) et la géographie (quatre jours de navigation depuis Rome, sur le Tibre puis sur la mer Tyrrhénienne) orientent bel et bien vers Stabies, ville de Campanie, voisine de Pompéi, au pied des pentes fertiles du Vésuve.

11.

Marcus Aurelius Antoninus Bassianus, surnommé Caracalla (Lyon 188-Harran, Turquie 217), était fils de Septime Sévère. Empereur en 211 conjointement avec son frère Septimius Geta (189-212), il fit assassiner ce jeune prince l’année suivante, ainsi que tous ceux qui lui étaient attachés, en même temps qu’il demandait au sénat l’apothéose de sa victime. Le règne de Caracalla n’a été qu’une succession de crimes et de folies (G.D.U. xixe s.).

Donner le loisir de devenir étique (v. note [8], lettre 98), c’est ne pas permettre de « faire de vieux os », ou plus exactement de vivre jusqu’à être atteint d’une « longue maladie » qui ronge le corps à force de durer.

Histoire Auguste, Antoninus Geta (chapitre vii, pages 435‑436) :

« Les funérailles de Geta furent, dit-on, plus fastueuses qu’il n’eût convenu pour quelqu’un qui apparaissait comme victime d’un fratricide. Il fut inhumé dans le tombeau de ses ancêtres, celui de Sévère, qui se trouve sur la voie Appienne, à droite quand on se dirige vers la porte ; il avait été érigé dans le style du Septizonium et Sévère l’avait embelli pour lui-même au cours de sa vie. Antonin {a} fut tenté de tuer également la mère de Geta, sa belle-mère, {b} coupable de pleurer son frère, ainsi que les femmes qu’il avait trouvées en larmes à son retour de la Curia. Il était si cruel qu’il cajolait tout spécialement ceux qu’il projetait de faire assassiner ; aussi craignait-on davantage ses prévenances que ses colères. Ce que chacun trouvait tout à fait étrange, c’est qu’il se mettait à pleurer sur la mort de Geta chaque fois qu’on prononçait son nom et chaque fois qu’il voyait son portrait ou sa statue. Antonin Bassianus était si versatile, ou plutôt si assoiffé de sang, qu’il tuait au petit bonheur les partisans aussi bien que les ennemis de son frère. Et c’est pourquoi Geta en était d’autant plus regretté. »


  1. Caracalla.

  2. Sic pour sa propre mère, Julia.

12.

Dans sa lettre du 3 juin 1661 à André Falconet (note [15]), Guy Patin a donné François Du Monstier, professeur d’éloquence au Collège de France (v. note [25], lettre 207), pour auteur de l’épitaphe en question (v. note [8], lettre 684).

a.

Bulderen no cclv (tome ii, pages 259‑262) ; Reveillé-Parise no dlxxxi (tome iii, pages 363‑365).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 20 mai 1661.
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(Consulté le 09.07.2020)

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