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À Charles Spon, le 1er octobre 1666

Monsieur, [a][1]

Je connais bien ces Aphorismes [2] d’Olivier Popardus, [3] médecin de La Rochelle, [4] dont vous me parlez, mais je ne sais rien de l’auteur. [1] Pour ce Rodolphe Le Maître, [5] je l’ai vu et connu, c’était un homme d’une humeur fort douce, natif de Tonnerre [6] en Champagne. Il est mort, médecin de Gaston feu duc d’Orléans, [7] environ l’an 1630. [2] Il avait un frère nommé Paul Le Maître, qui avait été bien plus habile. Après ce Rodolphe, votre M. Delorme [8] fut médecin du duc d’Orléans, mais il n’y demeura guère. M. Brunier [9] lui succéda, qui est mort à Paris depuis peu, âgé de 92 ans. C’est beaucoup vivre pour un homme qui a autant bu de vin que lui. Nous n’avons pas eu d’autre médecin de notre Faculté qui portât ce nom de Le Maître depuis 300 ans, mais il y a eu un premier président Le Maître [10][11] au Parlement de Paris du temps d’Henri ii et de Fernel. [12] M. le président Le Maître [13] de la quatrième Chambre des enquêtes en est descendu. [3] Je suis, etc.

De Paris, ce 1er octobre 1666.


1.

Hippocratis Aphorismi, ordine quam antea meliore compositi et latini facti per Oliverum Popardum medicum… [Aphorismes d’Hippocrate, arrangés selon un ordre meilleur que par le passé et traduits en latin par Olivier Popard médecin…] (La Rochelle, Pierre Haultin, 1580, in‑12o).

2.

En sa qualité de premier médecin, Rodolphe Le Maître avait accompagné Gaston d’Orléans dans son voyage de Lorraine où sévissait alors la peste. Cela engagea Le Maître à faire imprimer à Pont-à-Mousson (G. Bernard, 1631, in‑12o), une nouvelle édition de son Préservatif des fièvres malignes de ce temps, déjà imprimé à Paris en 1619, sans y changer grand’chose. N’ayant pas tardé à s’apercevoir que la peste de Lorraine avait un caractère différent de celle contre laquelle il avait écrit son Préservatif, Le Maître donna un nouvel ouvrage, Conseils préservatifs et curatifs contre la peste, plus contre les piqûres venimeuses et les poisons… (Épinal, Ambroise Ambroise, 1631, in‑12o).

Guy Patin parlait sans doute ici de Le Maître à cause de sa Doctrina Hippocratis. Aphorismi nova interpretatione ac methodo exornati. Leges medicinæ. Arcana iudicia. Limites hum. partus. Patrocinium [Doctrine d’Hippocrate. Aphorismes parés d’une nouvelle traduction et présentation. Lois de la médecine. Jugements secrets. Chemins de l’accouchement humain. Protection] (Paris, Sébastien Cramoisy, 1613, in‑12o) (Éloy).

3.

Gilles Le Maître (mort en 1562), seigneur de Cincehour, fut avocat puis avocat général et enfin, élevé par Henri ii à la dignité de premier président du Parlement de Paris en 1551 (Popoff, no 26). Jérôme Le Maître, seigneur de Bellejamme, reçu en 1646 conseiller au Parlement en la quatrième des Enquêtes, puis président de cette même Chambre en 1656, était l’arrière-petit-fils de Pierre Le Maître, frère cadet de Gilles, le premier président. Il mourut de la petite vérole le 21 décembre 1669 (Popoff, no 116, et note [8], lettre 974).

a.

Bulderen no ccccxvii (tome iii, page 185) ; même remarque sur le destinataire que pour la précédente.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 1er octobre 1666.
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(Consulté le 27.05.2020)

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