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À Monsieur G.D.M., le 4 février 1672

Monsieur, [a][1]

Je vous envoie un catalogue des fautes que j’ai trouvées en l’Histoire de M. de Thou, [2] qu’il faut tâcher de faire corriger en l’impression française qui se doit faire bientôt. [1]

Quand M. le président de Thou parle d’une certaine conspiration de Bayonne, [3] il en fait coupable un certain médecin nommé Blampignon et dit qu’il fut exécuté à mort ; ce qui est faux, vu que ce Blampignon, [4] natif de Troyes en Champagne, [5] est mort depuis cinq ans à Bayonne, âgé de plus de quatre-vingts ans et que de mémoire d’homme, il n’y a eu que lui de ce nom dans Bayonne. C’est en la page 238, en l’année 1592. [2]

Quand il parle des médecins qui visitèrent Marthe Brossier [6][7] qui prétendait être démoniaque, pour Jean Duret, [8] il y met Louis Duret [9] qui mourut dès l’an 1586. C’est en la page 869 de l’an 1599. [3]

Quand il parle du voyage de M. le président Miron [10] à Metz, [11] il se trompe, disant que le président Jeannin [12] y fut envoyé le premier ; ce que je sais du sieur président Miron. C’est en la page 1046 de l’an 1603, où il faut remarquer une autre faute, car ce premier voyage se fit l’an 1601, et le second voyage où fut pareillement le roi en 1603 pour l’affaire de Sobole, [13] que M. de Thou a confondu avec le premier, et n’en a fait qu’un de deux, qui doivent être décrits en divers temps. [4]

Quand il parle de Charpentier, [14] il nomme son compagnon Cruceius, duquel le propre surnom était Des Loges, fils d’un avocat de ce nom. C’est en la page 745 de l’année 1597, où il l’appelle aussi Iuvenis Bellovacensis[5] quoiqu’il fût natif de Paris, rue Saint-Antoine, [15] paroisse de Saint-Paul, [16] ce que m’a raconté mon père [17] même qui en l’an 1586 était pensionnaire chez le père de ce Des Loges, lequel père était de Beauvais. [18]

Toutes les fois que M. de Thou parle de M. de Villers-Houdan, il l’appelle Louis de Monceaux, où il y a faute, d’autant qu’il s’appelait François et non Louis. C’est en la page 53, sous Henri iv[6]

Sous Henri iii, partie i, page 210, lettre D, où il parle de la mort de P. Danesius, [19] il dit qu’il est mort dans le monastère des Bernardins, ce qui n’est pas car il mourut dans Saint-Germain-des-Prés [20] où il s’était retiré. [7]

Lib. 2 de Vita sua pag. 35, parlant des médecins qui traitèrent Monsieur son père [21] en la maladie dont il mourut, il en nomme mal trois de ceux-là, car il faut dire Antoine Du Val, Nicolas Le Grand, [22] et Simon Piètre. [8][23]

Vous pourrez donner avis de ces fautes à celui qui aura soin de l’impression, afin qu’on les corrige.

De Paris, le 4e de février 1672.


1.

Les trois premiers volumes de l’Histoire de Monsieur de Thou… (allant de 1505 à 1574), traduits Pierre Du Ryer (mort en 1658), avaient été publiés à Paris (Augustin Courbé) en 1659 (v. note [9], lettre 441). Il devait alors être question de publier la suite, couvrant la période 1574-1607 (complétée par Nicolas Rigault pour la période 1607-1610, v. note [13], lettre 86), sur laquelle portaient toutes les remarques de Guy Patin dans cette curieuse dernière lettre imprimée qu’on ait de lui.

Ce projet n’aboutit pas dans l’immédiat : une version tout à fait complète de l’Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou, depuis 1543 jusques en 1607. Traduite sur l’édition latine de Londres par J.‑B. Le Mascrier, Ch. Lebeau, l’abbé Desfontaines… ne parut qu’en 1734 (Londres, sans nom, 16 volumes in‑4o).

Dans ses annotations Patin se référait ici à l’édition latine des I.‑A. Thuani historiarum sui temporis… (1620-1621, v. note [4], lettre 13) qu’il avait en sa possession. Ses remarques ne furent pas inutiles, puisque le titre de la dernière édition jamais publiée de l’ouvrage qu’il chérissait tant comprend son nom : Histoire universelle de Jaques-Auguste de Thou, avec la suite par Nicolas Rigault, les mémoires de la vie de l’auteur, un recueil de pièces concernant sa personne et ses ouvrages, y comprises les notes et principales variantes, corrections et restitutions qui se trouvent dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi de France, de Messieurs Dupuy, Rigault et de Sainte-Marthe. Le tout traduit sur la nouvelle édition latine de Londres, et augmenté de remarques historiques et critiques de Casaubon, de Duplessis Mornay, G. Laurent, Ch. de L’Écluse, Guy Patin, P. Bayle, J. Le Duchat, et autres… (La Haye, Henri Scheurleer, ou Bâle, Jean-Louis Brandmuller, 1740 ou 1742, 11 volumes in‑4o).

Les notes qui suivent reprennent chacun des passages commentés par Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Monsieur G.D.M. à Guy Patin, le 4 février 1672.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1017
(Consulté le 28.02.2021)

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