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À Johann Georg Volckamer, le 24 décembre 1649

[Ms Montaiglon, Collège de France, page 165 | LAT]

Au très distingué M. Volckamer, le 24e de décembre 1649.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je réponds sur-le-champ à votre lettre fort attendue et souhaitée que je viens de recevoir. Je suis submergé par la joie de vous savoir en vie et en bonne santé, et même si ce n’en est pas le moment précis, ou du moins l’heure exacte, je vous souhaite le bonheur pour cette prochaine année et pour de nombreuses autres qui vont lui succéder. Puisque vous avez en mains les Theses Scherbianæ, la Philosophia Altdorphina et le Plaute de Pareus, [1][2][3][4][5][6] envoyez-les-moi, s’il vous plaît, dès que vous pourrez, ainsi que les thèses médicales que vous avez trouvées. Dans ma prochaine lettre, je vous dédommagerai de l’argent que vous aurez dépensé pour moi et ferai savoir à Mme Laux que je ne l’ai pas oubliée. [2][7][8] Vous saluerez, s’il vous plaît, de ma part le très distingué M. Conring, que je félicite sincèrement pour la nouvelle dignité qu’il a acquise auprès du duc de Brandebourg. Je n’ai pas encore appris si vous lui avez remis notre Anthropographia de Riolan ; je lui écrirai néanmoins à mon premier loisir, ainsi qu’au très érudit M. Aurelio Severino, à qui je souhaite de tout cœur longue et belle santé. [3][9][10][11][12] Mon Robert a disputé sa troisième thèse le 9e de décembre, avec acclamation de toute notre École, de luis venereæ curatione per hydrargyrosin, tanquam certum et optimum remedium[4][13][14][15] Il subira son examen de pratique après Pâques pour obtenir le grade de licencié au mois de juin et être enfin reçu docteur en août ou septembre ; en décembre suivant, il présidera sa première thèse quodlibétaire à laquelle répondra un bachelier. Et ainsi, après tout cela, une fois nommé docteur régent, si vos affaires publiques et les nôtres le permettent, il commencera un voyage par Lyon, d’où il se rendra en votre Allemagne pour voir Nuremberg et y embrasser M. Volckamer, qui est la perle de mes amis ; puis il visitera Bâle, Strasbourg, Augsbourg, le Rhin et le Danube, Prague et d’autres célèbres villes. Je souhaite que nous voyions tous deux ce jour arriver, pour le bien de nos affaires ; mais la paix publique y est absolument nécessaire. [16] Toute la France y aspire, à l’exception de ce démon de Mazarin (que soutient la faveur de notre reine) [17][18] et de quelques fripons, politiques, courtisans, partisans, et autres pestes de l’État qui tirent grands profits de la calamité générale. Maudits soient donc ce tyran de Mazarin et ses suppôts ! Je vous remercie pour le portrait de Jasolini, mais je n’ai pas vu d’édition de ses Opuscula autre que celle que vous m’avez envoyée, en italien, qui appartenait à M. Hofmann ; j’ignore tout à fait s’il en existe une en allemand. [5][19] S’ils se trouvent, retenez pour moi, s’il vous plaît, les thèses d’Olhafius et son ouvrage sur la peste. [6][20][21] Ne vous souciez plus désormais des Epistolæ de Camerarius. [7][22] Je recommande à vos bons soins les opuscules du jésuite Maximilianus Sandæus que je vous ai demandés. [8][23] Je désire vivement voir et acquérir ce que Scherbius a écrit contre la Panacea de Georg Amwald, et je souhaite qu’il vous tombe sous la main. [9][24][25] Je vous dirai franchement que la médecine se priverait sans peine de la chimie si les médecins se reposaient, comme il convient, sur la facilité et la simplicité des remèdes[26] Ici, pour purger le corps, nous n’utilisons pas les médicaments chimiques, c’est-à-dire métalliques, mais seulement les médicaments végétaux, qui sont certes peu nombreux, mais éprouvés et bien choisis ; [27] ce que le séné, [28] la casse [29] et le sirop de roses pâles [30] procurent plus sûrement que tous les remèdes qui, mis dans les mains d’ignorants, sont des poisons, ut gladius acutus in manu furiosi ; [10] et il n’en va guère différemment chez les savants. Nous avons ici à la cour (chez les princes, espèce d’hommes qui veulent être dupés) certains chimistes, purs fripons qui s’instruisent au péril des misérables malades et mènent leurs expériences en tuant. Paracelse fut un imposteur et un bourreau public, plus digne du gibet commun et de la potence que n’importe quel brigand. [31] Je ne désapprouve pas totalement certains médicaments composés, mais je ne pense pas qu’ils soient indispensables ni même que la composition ait en soi quelque valeur. Ni l’honorabilité de la médecine ni le salut des malades ne reposent sur ces sornettes, et la légitime méthode thérapeutique [Ms Montaiglon, Collège de France, page 166 | LAT] n’a pas besoin de tels remèdes. Nous purgeons très facilement nos Parisiens à l’aide de cathartiques très légers et doux, qui suffisent à nos indications. Avec le seul séné, qui pour nous est le plus éminent des panchymagogues, [11][32] je rétablis la santé de plus de patients que ne font tous les chimistes de l’Europe tout entière avec leur antimoine ou leur vitriol ; [33][34] et là-dessus, la préface en or pur du livre de Medicamentis officinalibus du très distingué Hofmann me fait beaucoup rire. [12][35] Passe que pour vous la chimie soit un art innocent, je veux bien l’admettre aussi ; mais les chimistes ne sont pas sans tort, ce sont d’incultes coquins, ignorant la véritable méthode pour remédier, parfaitement dignes d’être condamnés aux galères [36] ou aux mines pour les fréquents homicides qu’ils commettent ici en grand nombre ; à l’affût de quelque nouveauté lucrative, ils franchissent le seuil des malades pour ensuite les assassiner en se faisant passer pour d’innocents magiciens. Voilà ce qui arrive ici tous les jours, et tout dernièrement pour un fils de feu le très distingué et très savant M. Isaac Casaubon, grand héros des lettres : [13][37] alors qu’il souffrait de péripneumonie, avec crachement de sang et fièvre continue, [38][39][40] un charlatan de la cour, marchand de fumée parfaitement bon à rien et asinus inter simias[14][41][42] au lieu de le saigner, l’a occis et misérablement trucidé avec son antimoine vénéneux. [43][44] Étant plus corpulents et plus robustes, vos Allemands supportent plus aisément les purgatifs chimiques que nos Français, en particulier les Parisiens ; presque tous sont plus délicats et la seule casse leur suffit, avec quelques drachmes de séné ; voilà pourquoi nous n’avons pas recours aux remèdes chimiques. Je vous en dirai plus une autre fois sur leur préparation ; mais pardonnez-moi si mon avis est différent du vôtre. L’Allemagne a sa propre chimie et qu’elle se la garde pour elle, nous nous en passons facilement ici et ne jalousons personne. En toute la médecine, il n’y a rien d’aussi superflu que ces officines de pharmaciens, [45] et d’aussi nuisible que les fours de chimistes. Dix médicaments me suffiraient pour bien remédier dans toutes les indications, et je pense qu’il n’y a pas besoin de tant de boîtes d’apothicaire : casse, séné, rhubarbe, [46] aloès, [47] manne, [48] sirop de roses pâles, saignée, lavements, [49] régime alimentaire régulier, [50] avec un médecin parfaitement instruit par une encyclopédie bien documentée, qui emploie parfaitement et à propos ces remèdes, certes peu nombreux mais les meilleurs, guériront plus de malades que tous les chimistes. Vous connaissez le distique du poète allemand, prenez-le pour vous : Diversum sentire duos, etc[15] J’en reviens aux livres et vous demande de pouvoir me procurer par vos soins, sur vos heures de loisir, ceux qui suivent : Aphorismorum Hippocratis Enarratio brevis de Johann Vischer, in‑4o ; [51][52] l’Herbarium Horstianum de Gregor Horst, Marbourg, in‑8o ; [53][54] les 3 livres de Bruno Seidel de Ebrietate, Hanovre, 1594, in‑8o ; [55] Eugalenus de Scorbuto, in‑8o ; [56] Duret in Coacas, in‑8o, dans l’édition allemande ; [57][58] les Pharmacopœa Augustana et Noribergensis des meilleures et dernières éditions. [16][59][60] Ne vous souciez pas du prix de tous ces ouvrages car je vous le réglerai sans délai. Si vous les trouvez bien reliés, prenez-les, ou sinon en blanc, et envoyez-les aussitôt à M. Picques, [61] avec ceux que j’ai nommés au début de ma lettre ; je prendrai en charge le coût du transport. Soyez bien assuré que je ne me départirai jamais de la volonté et du soin de vous honorer éternellement. Portez-vous bien, excellent Monsieur, et aimez-moi, qui suis de tout cœur votre entièrement dévoué

Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur en médecine de Paris.

Ce vendredi 24e de décembre 1649.


1.

Ces trois livres étaient :

  • Του μακαριτου Philippi Scherbii, Philosophi quondam et Medici Altdorfini, Theses Medicæ collectæ et editæ a Casp. Hofmanno, Med. D. et Professore in Academia Altdorfina [Thèses médicales de feu Philipp Scherbe (v. note [33], lettre 150), jadis philosophe et médecin d’Altdorf, recueillies et éditées par Caspar Hofmann, docteur et professeur de médecine en l’Université d’Altdorf] (Leipzig, héritiers de Valentinus Am Ende, 1614, in‑8o), recueil de 19 thèses disputées de 1585 à 1604 sous la présidence de Scherbe ;

  • Philosophia Altdorphina, hoc est, Celeberimorum quorundam, in incluta Universitate Altdorphina Professorum, nominatim, Philippi Scherbii, Ernesti Soneri, Michaelis Piccarti, Disputationes Philosophicæ, in unum fasciculum collectæ, et ab interitu vindicatæ a M. Johanne Paulo Felwinger Noribergensi, h.t. Altdorphi Metaph. et Logic. P.P. Accesserunt aliquot Soneri et Piccarti Orationes sparsim antehac editæ, et Index rerum et verborum locupletissimus [Philosophie d’Altdorf : Thèses philosophiques de certains professeurs très célèbres en l’illustre Université d’Altdorf, nommément Philipp Scherbe, Ernst Soner et Michael Piccart (v. notule {b}, note [15], lettre 554) ; Johann Paul Felwinger, natif de Nuremberg, professeur de métaphysique et de logique à Altdorf, les a rassemblées en un seul fascicule et protégées contre l’oubli. S’y ajoutent quelques Discours de Soner et de Piccart qui ont été précédemment publiés çà et là, et un très riche index des matières et des mots] (Nuremberg, Michael Endter, 1644, in‑4o) ;

  • Joh. Philippi Parei Electa Plautina : in quibus velut thesauro quodam Antiquitatis, quicquid est Rerum memorabilium, Rituumque Romanorum, in Comicorum Latinorum Principe M. Accio Plauto : sub Universales Titulos Locorum Communium refertur : Varii item Authores, qua Græci, qua Latini, passim illustrantur, et explicantur [Morceaux choisis de Plaute par Johann Philipp Pareus (v. note [17], lettre 248), où se trouvent, comme dans un trésor de l’Antiquité, tous les faits mémorables et toutes les coutumes romaines qu’il y a chez Plaute, le prince des comiques latins ; présenté sous les intitulés complets des citations ; divers auteurs, tant grecs que latins y sont aussi partout cités et expliqués] (Neustadt an der Weinstraße, Henricus Starckius, 1617, in‑4o), répertoire alphabétique des mots et expressions utilisés dans les comédies de Plaute ; précédente édition abrégée sous le titre plus explicite de Lexicon Plautinum… [Lexique de Plaute…] (Francfort, Nicolaus Hoffmannus, 1614, in‑8o).

2.

V. note [11], lettre 186, pour Sabina Laux, fille et héritière de Caspar Hofmann, à qui Guy Patin rachetait pour la somme de 50 écus (150 livres tournois, 50 thalers allemands, v. note [1], lettre latine 17) le manuscrit des Chrestomathies que son père avait laissé inédit en mourant ; Johann Georg Volckamer avait été l’intermédiaire de cette transaction.

3.

Frédéric Guillaume de Hohenzollern (v. note [10], lettre 150), marquis et grand électeur de Brandebourg, ajoutait la chaire de sciences politiques en l’Academia Julia d’Helmstedt à celles dont Hermann Conring était déjà titulaire (philosophe naturelle, rhétorique et médecine).

V. note [25], lettre 146, pour la nouvelle édition de l’« Anthropographie » de Jean ii Riolan (Opera anatomica vetera…, Paris, 1649), dont Guy Patin favorisait avec ardeur la diffusion européenne.

4.

« sur le traitement de la syphilis par le mercure, remède qui est à tenir pour sûr et excellent » ; v. note [1], lettre 157, pour cette seconde quodlibétaire (et dernière des trois thèses) de Robert Patin, alors bachelier de médecine.

Guy Patin allait ensuite projeter le cursus de Robert : ses diplômes de licence, de doctorat et de régence ; et surtout un grand voyage en Europe centrale, pour s’ouvrir l’esprit, comme faisaient alors de nombreux jeunes médecins, mais Robert ne l’entreprit jamais que dans les rêves de son père.

5.

Giulio Jasolini (Julius Jasolinus), professeur d’anatomie et de chirurgie à Naples au xvie s., a publié :

  • Quæstiones anatomicæ et osteologia parva… [Questions anatomiques et petite ostéologie] (Naples, Orazio Salviani, 1573, in‑8o) ;

  • De Aqua in pericardio quæstio tertia. Adiecimus huic Tractatum sive quæstionem de poris colidochis, et vesica fellæa pro Gal. adversus neotericos anatomicos : in qua plura a nobis nuper observata extant Nova methodus medendi carunculas in vesicæ ductu obortas de veterum mente elucescit [Troisième question sur l’eau dans le péricarde. Nous y avons adjoint un traité ou question sur les canaux et la vésicule biliaires, pour défendre Galien contre les anatomistes modernes ; plusieurs de nos récentes observations y sont exposées. Une méthode nouvelle pour soigner les excroissances qui se développent dans l’urètre commence à voir le jour en suivant la pensée des anciens] (ibid. et id. 1576, in‑8o) ;

  • De rimedi naturali che sono nell’isola di Pithecusa ; hoggi detta Ischia. Libri due… Nelli quali si dimostrano molti rimedi naturali, dal detto autore nuovamente ritrovate, oltre quelli, che lasciarono scritti gli antichi. Con molte esperienze et historie, dal medesimo osservate… [Deux livres (que Guy Patin appelait ici « Opuscules ») sur les Remèdes naturels qui se trouvent en l’île de Pithecusa, aujourd’hui appelée Ischia… Où sont présentés de nombreux remèdes naturels que l’auteur a récemment retrouvés, outre ceux que les anciens écrivains ont omis. Avec de nombreuses expériences et observations qu’il a lui-même recueillies…] (Naples, Giuseppe Cacchi, 1588 et 1589, in‑4o), dont je n’ai pas trouvé d’édition en allemand.

Johann Georg Volckamer allait réunir les ouvrages anatomiques de Jasolini dans son Collegium anatomicum (Hanovre, 1654, v. note [4], lettre latine 157).

6.

Outre ses thèses (v. note [29], lettre 1023), Ioachimus Olhafius (Joachim Ölhaf, vers 1570-1630), docteur de l’Université de Montpellier en 1600, professeur de médecine et d’anatomie à Dantzig, a publié la De seminario pestilenti intra corpus vivum latitante Disquisitio Physica et Medica… [Recherche physique et médicale sur la Cause de la peste qui se cache dans le corps vivant…] (Dantzig, Georgius Rhetius, 1626, in‑4o) :

  • Disquisitio prima, An seminarium pestilens intra corpus vivum aliquandiu, citra noxam evidentem, possit latitare ? [Première recherche, La cause de la peste peut-elle, sans produire de dommage évident, se cacher longtemps dans le corps vivant ?] (pages1‑87) ;

  • Disquisitio secunda, Quibusnam in partibus corporis, et qua ratione sic latitet seminarium pestilens ? [Seconde recherche, En quelles parties du corps et pour quelle raison la cause de la peste se cacherait-elle ainsi ?] (pages 89‑175).

7.

Joachimi Camerarii Bapenbergensis Epistolarum familiarum Libri vi. Nunc primum post ipsius obitum singulari studio a filiis editi [Six livres de Lettres familières de Joachim Camerarius, natif de Bamberg (v. note [22], lettre 352). Publiés pour la première fois après sa mort par les soins particuliers de ses fils (Joachim et Philipp)] (Francfort, héritiers d’Andreas Wechel, 1583, in‑8o).

8.

Maximilianus Sandæus (ou Sandaus, Maximilian van der Sandt, Amsterdam 1578-Cologne 1656), enseignant, philosophe et théologien jésuite hollandais installé à Wurtzbourg (Bavière), a publié plus de 45 ouvrages.

Il est impossible de deviner ceux que désirait Guy Patin ; mais étant donné son goût pour les controverses loyolitiques, ils devaient inclure le Maximiliani Sandæi Batavi e Societ. Iesu Doct. Theol. et Herbipol. Prof. Castigatio Conscientiæ Iesuiticæ Cauteriatæ confictæ in Hollandia a Iacobo Laurentio Batavo Calvinista [Blâme de Maximilianus Sandæus, s.j., docteur en théologie et professeur à Wurtzbourg, contre la Conscientia Jesuitica cauteriata qu’a forgée Jacobus Laurentius, calviniste hollandais] (Wurtzbourg, Conrad Schwindtlauff, 1617, in‑8o) ; c’était une réponse à la Conscientia Jesuitica cauteriata. Hoc est, perfida, deplorata, perdita. Ex ipsis Iesuitarum libris, maxime vero ex quatuor Tomis disputationum R. Bellarmini Cardinalis, Breviter, dilucide, solide, in Materia de Hæresi, de Calumnia, de Patribus, detecta, demonstrata, edita ; opera et studio Iacobi Laurentii, Verbi Dei in Pago Diemen Administro [La Conscience jésuite brûlée au fer rouge, comme étant perfide, déplorable, ruinée. Par les soins et l’étude de Iacobus Laurentius (Amsterdam 1584-ibid. 1644), ministre de la Parole de Dieu à Diemen (Hollande-Septentrionale), qui l’a brièvement, clairement et solidement dévoilée, démontrée, publiée, en matière d’hérésie, de calomnie et de pères, à partir des propres livres des jésuites, mais principalement des quatre tomes de disputations du cardinal René Bellarmin (s.j., v. note [16], lettre 195)] (Amsterdam, Henricus Laurentius, 1615, in‑8o).

9.

Guy Patin ignorait que l’Examen Panaceæ Amwaldinæ, habitum ad instantiam magnorum virorum a Philippo Scherbio. Amwaldinus secum ipse pugnat [Examen de la Panacée d’Amwald, prononcé par Philipp Scherbe à l’instance de grands hommes. Amwald se combat lui-même] se lisait à la fin (pages 175‑199) des Philippi Scherbii Theses Medicæ… [Thèses médicales de Philipp Scherbe…], recueil qu’il avait déjà demandé à Johann Georg Volckamer (v. supra note [1]).

Georg Amwald, avocat allemand natif de Durnhoff au xvie s., se convertit en charlatan paracelsiste et inventa dans les années 1580 une panacée à base de cinabre (sulfure rouge de mercure), qui lui valut un grand renom et de nombreux ennemis.

10.

« comme est un glaive acéré dans la main d’un fou furieux » : Medicamenta præstantissima, in manu imperiti, sunt ut gladius in dextra furiosi [Dans la main d’un prescripteur inexpérimenté, les médicaments les plus éminents sont comme un glaive dans celle d’un fou furieux] est un adage médical qu’ont cité divers auteurs plus tardifs, mais dont je n’ai pas trouvé la source première.

11.

Panchymagogue : médicament qui « a la vertu de purger généralement toutes les mauvaises humeurs du corps » (Furetière).

12.

V. note [2], lettre 160, pour un copieux extrait de l’In materias officiniales Præfatio [Préface sur les matières officinales] des deux livres de Caspar Hofmann « sur les Médicaments officinaux » (Paris, 1646), longue de trois pages.

13.

Des vingt enfants qu’eut Isaac Casaubon (mort en 1614, v. note [8], lettre 36), La France protestante donne les noms de trois fils qui atteignirent l’âge adulte : Méric-Florent-Étienne, le seul à s’être acquis quelque renom (v. note [17], lettre 750), étant mort en 1671, il pouvait s’agir ici de celle de Jean (parfois appelé Augustin) ou de Paul, qui tous deux avaient renié le calvinisme de leur père pour se convertir au catholicisme.

14.

« un âne parmi des singes » (v. note [11], lettre 122) ; v. première notule {a} de la note [12], lettre 44, pour Vendere fumas [Vendre des fumées], autre adage qu’Érasme a commenté et qui a donné l’expression fumi vendulus (en deux mots séparés ou attachés).

15.

Trois premiers mots d’un distique dont je n’ai pas su identifier l’auteur (v. note [3], lettre 172), même aidé par l’indice allemand que Guy Patin fournissait ici :

Diversum sentire duos de rebus iisdem
Incolumi licuit semper amicitia
.

[Il est toujours permis, sans nuire à l’amitié, d’être deux à avoir un avis différent sur les mêmes choses].

16.

Ces sept ouvrages sont :

  1. Enarratio brevis Aphorismorum Hippocratis : monstrans quam concinno ac bono ordine sententiæ istæ Aphoristicæ dispositæ sint atque invicem connexæ : et quod verus ac genuinus Aphorismorum sensus atque scopus ex perpetua horum serie possit optime elici. Prælecta olim a Ioanne Viscero Wemdigensi, Doctore Medico, ac publico Academia Tubingensi Professore : nunc studio Hieronymi Visceri F. Doctoris et Medici Noribergensis in lucem emissa. Cum Indice rerum et verborum copiosissimo [Bref commentaire des Aphorismes d’Hippocrate, montrant que ces sentences aphoristiques sont bien et régulièrement rangées et liées les unes aux autres, et qu’on peut tirer de leur série continue le sens véritable et originel, et l’objectif des aphorismes. jadis enseigné par Johann Vischer, natif de Wending (1524-1587), docteur en médecine et professeur public en l’Université de Tübingen ; maintenant publié par les soins de son fils, Hieronymus Vischer, docteur et médecin de Nuremberg. Avec un très copieux index des matières et des mots] (Tübingen, Georg Gruppenbach, 1591, in‑4o) ;

  2. Herbarium Horstianum, seu de selectis plantis et radicibus libri duo, olim Medicinæ Candidatis in Academia Julia Anno m.d.lxxxvii. a Celeberr. Medico Dn. D. Jacobo Horstio, p.m. propositi, in compendium redacti, pluribusque simplicibus enumeratis ac declaratis aucti, suisque Auditoribus ante multos annos in Academia communicati per Gregor. Horstium, D. p.t. Reipublicæ Ulmensis Archiatrum. Accessit Prædicti Dn. D. Jacobi Horstii Opusculum de vite vinifera [L’Herbier horstien, ou deux livres sur des plantes et racines choisies. M. Jakob Horst, très célèbre médecin de pieuse mémoire, les a jadis proposés, en l’an 1587, aux étudiants en médecine de l’Academia Julia (d’Helmstedt). Gregor ii Horst (v. note [33], lettre 458, neveu de Jakob), docteur en médecine, archiatre de la République d’Ulm, les a rédigés sous forme condensée, les a augmentés de plusieurs simples qu’il a décrits et dénommés, et les a transmis depuis de nombreuses années à ses auditeurs de l’Université. On y a ajouté l’opuscule du susdit M. Jakob Horst sur la vigne vinifère (v. note [4], lettre latine 86, pour ce traité et son auteur)] (Marbourg, Caspar Chemlin, 1630, in‑8o) ;

  3. Brunonis Seidelii Q. Philosophi et Medici clariss. de Ebrietate Libri iii ; nunc primum in lucem editi. Omnibus omnium ordinum studiosis, præcipue vero iis, quibus secunda valetudo curæ est, utiles, maximeque necessarii. Addita est eiusdem argumenti Basilii Magni Homilia contra ebrios, Simone Stenio Lomacensi interprete [Trois livres de Bruno Seidel, très distingué philosophe et médecin, sur l’Ébriété, publiés pour la première fois, utiles et extrêmement nécessaires à tous ceux qui étudient toutes les disciplines, mais principalement à ceux dont le souci est de favoriser la santé. On y a ajouté, sur le même sujet, l’Homélie de Basile le Grand (évêque de Césarée au ive s., Père de l’Église) contre les ivrognes, dans la traduction de Simo Stenius] (Hanovre, Guilielmus Antonius, 1594, in‑8o) ;

  4. v. note [8], lettre 8, pour le livre de Severin Eugalenus « sur le Scorbut » (Leipzig, 1604) ;

  5. v. note [2], lettre 149, pour les Hippocratis magni Coacæ Prænotiones… [Les Prénotions coaques du grand Hippocrate…] (Strasbourg, 1633) de Louis Duret ;

  6. v. note [2], lettre 312, pour la Pharmacopœia Augustana [Pharmacopée d’Augsbourg (Augusta Vindelicorum)] ;

  7. Dispensatorium Pharmacorum omnium quæ in usu potissimum sunt. Ex optimis Autoribus, tam recentibus quam veteribus, collectum, ac scholiis utilibus illustratum, in quibus inprimis simplicia explicantur. Autore primo Valerio Cordo. Nunc cum aliis pluribus ad hanc rem pertinentibus, quæ sequentibus indicantur. Opera et studio Collegii Medici Inclytæ Reip. Noribergensis, multo emendatius ac selectis compositionibus auctius, ex secunda editione publicatum. Cum copioso duplici Indice : et Privilegio Imperiali [Dispensaire de tous les médicaments qui sont principalement en usage. Recueilli des meilleurs auteurs, tant modernes qu’anciens, et enrichi d’utiles annotations, où sont surtout décrits les médicaments simples. Par Valerius Cordus (Erfurt 1515-Rome 1544), premier auteur, avec maintenant de nombreux autres qui se sont intéressés à ce sujet, qui sont indiqués dans les pages suivantes. Publié à partir de la seconde édition (1592) que le travail et les soins du Collège des médecins de l’illustre République de Nuremberg ont fort corrigée et augmentée de compositions choisies. Avec riche et double index des matières et des mots, et privilège impérial] (Nuremberg, Paul Kaufmann, 1598, in‑4o ; première édition en 1535) avait été réédité en 1612 (mêmes lieu et format).

s.

Ms Montaiglon, Collège de France, page 165 (non disponible en ligne).

24. Dec. 1649.
Clariss. viro D.D. Volckamero,

Expectatissimis et optatissimis tuis literis nunc acceptis, ecce
statim et subitò respondeo, Vir clariss. si non eodem ho momento, saltem
eadem ipsâ horâ, summo gaudio perfusus, quod vivas et valeas : quam quidem
prosperitatem et felicitatem in proximum annum et multos alios insequentes
tibi exopto. Theses Scherbianas, Philosophiam Altorphinam et Plautum Parei,
quandoquidem habes in manib. mitte si placet quamprimùm poteris, ut et eas
quas nactus es Disputationes medicas. Tuis sumptib. pro me expensis proximâ
epistolâ respondebo : eademq. ipsâ faciam ut Dna Lauxia me sui 2 non esse 1 immemo-
rem agnoscat. Clar. virum D. Conringium meo nomine si placet, salutabis, cui seriò
gratulor de nova dignitate apud Ducem Brandeburgicum : An ei obtuleris nostram
Anthropogr. Riolani nondum video ; ad eum tamen scribam primo otio, ut et ad eruditiss.
virum D. Aur. Severinum, quem salvum et incolumem summoperè cupio. Robertus
meus de tertia Thesi respondit 9. Dec. totius Scholæ nostræ applausu, de luis
venereæ curatione per hydrargyrosin, tanquam certum et optimum remedium
.
Examen practicum sustinebit post Paschalia, ut licentiæ gradum obtineat
mense Iunio, doctoralem lauream tandem accepturus mense Augusto vel
Septembri : Decembri sequenti in quodlibetaria quæstione præfuturus Baccalaureo
responsuro : sicq. post hæc omnia Doctor regens factus, si res publicæ vestræ nostræq.
ferunt, peregrinationem per Lugdunum inchoabit, indéq. in Germaniam vestram
penetrabit, ut Noribergam videat, et in ea amicorum meorum ocellum amplectatur
D. Volcamerum : Basileam, Argentinam ; Augustam Vindelicorum, Rhenum et
Danubium
 ; Pragam et alias illustras urbes lustraturus : quod utinam tandem
bonis nostris rebus uterq. videamus : sed ad hoc pax publica potissimùm requiritur,
quam tota Gallia spirat, uno excepto dæmone Mazarino, (quem Reginæ nostræ gratia
suffulcit,) et paucis aliquot nebulonib. politicis, Aulicis, publicanis, et alijs rei-
publicæ pestibus, qui ex communi calamitate magnos fructus sibi demetunt : eo a. nomine
malè sit isti tyranno Mazarino, et suis sequacibus. De Iasolini effigie gratias ago :
sed nullam aliam ejus Opusculorum editionem vidi præter Italiam, quam Tu
misisti, quæ erat Cl. Hofmanni ? : an sit alia Germanica, planè nescio. Olhafij Theses
et Opus de Peste si occurrant, mihi si placet retineto. De Camerarij epistolis ne sis
in postremum sollicitus. Max. Sandæi Iesuitæ opuscula expetita curæ tuæ relinquo atq.
commendo : quod scripsit Scherbius adv. Geor. Amwaldi Panaceam, videre et habere
summè cupio : et utinam illud Tibi contingat. De Chymia liberè dicam : facilè eâ
careret Medicina, si remediorum facilitati et simplicitati ut par est, incumberent Medici :
hîc Chymicis remidijs i. metallicis non utimur, sed vegetalibus dumtaxat, paucis quidem, sed probatis et selectis, utinam
in repurgandis corporibus, quod tutiùs præstant senna, cassia et syr. rosar.
pallidar. quàm omnia Chymica remedia, quæ in manib. ignarorum venena
sunt, ut gladius acutus in manu furiosi ; apud eruditos vix alia : hîc habemus in
Aula, (apud Principes, houm genus vult decipi,) quosdam Chymicos, meros nebulones, qui misellorum ægrorum periculis discunt,
et experimenta per mortes agunt. Publicus fuit impostor et carnifex Paracelsus,
publico patibulo et laqueo dignior quovis latrone : non omnino improbo quasdam præparationes, sed eas
tantoperè necessarias non puto : imò neq. ipsa præparatio est tanti : non est in his nugis
repositæ Medicinæ dignitas, neq. ægrorum salus : legitima medendi methodus talibus

t.

Ms Montaiglon, Collège de France, page 166 (non disponible en ligne).

auxilijs non indiget. Parisini nostri facillimè purgantur ex leniorib. et mit[iorib.]
quæ indicationibus nostris sufficiunt : ex sola senâ, quæ nobis est præstantiss.
panchymagogum, plures pristinæ valetudini restituo, quàm omnes Chymici
in tota Europa ex suo stibio vel chalcantho ; et sur ce sujet : et in eam rem valdè mih[i]
arridet Cl. Hofmanni præfatio verè aurea in libr. de medicamentis Officinalib. :
Chymia ipsa, per Te, sit ars innocens, transeat : per me quoq. licet : sed
ipsi Chymici sanè noxa non carent ; sunt indocti nebulones verberones, veræ method[i]
medendi ignari, dignissimi qui ad triremes aut ad metalla damnentur, pro fr[e-]
quentib. homicidijs quæ hîc numerosè perpetrant, et qui cujusdam gratæ
novitatis aucupio apud ægros penetrant ægrorum limina subeunt, ut eos postea tanquam insontes
venefici jugulent : quod hîc quotidie contingit, et nuperrimè in filio viri
olim Clariss. et doctissimi D. Is. Casauboni, magni in re literaria herois, quem
peripneumoniæ laborantem, cum sputo sanguinis et febre assidua, phlebo-
tomiæ loco, stibio suo venenato necavit et miserè jugulavit aulicus quidam
agyrta, asinus inter simias, et fumivendulus nequissimus. Purgationes
ex chymicis remedijs faciliùs ferunt vestri Germani ut fortiores et robustio-
res, quàm nostri Galli, præsertim Parisini, molliores penè omnes, quib. singulis
ipsa cassia sufficit, cum aliquot drachmis fol. senæ : non est itaque
quod ad Chymica confugiamus : de quorum præparationibus plura aliàs.
Inerea v. si quid à Te diversum sentiam, ignosce : Chymiam suam sibi
habeat servétq. Germania : eâ facilè hic caremus, nec cuiquam invidebimus.
A Nosti distichum Germani Poetæ ; illud Tibi habeto. Diversum sentire duos, etc.
Nihil est in tota Medicina æquè superfluum quàm istæ Officinæ pharmacopolorum,
et quidquam tam noxium quàm fornaculæ Chymicorum : Omnibus indicationibus ad bene medendum requisitis
mihi satisfacerent decem medicamenta, nec opus esse puto tot pixidibus : cassia,
sena, rheum, aloë, manna, syr. rosar. pallidar. venæ sectio, enemata,
victus ratio legitima, cum Medico requisitâ Encyclopediâ instructissimo
qui paucis illis sed optimis probè et intempestive ευκαιρως utatur,
plures sanabunt ægros quàm omnes Chymici. A. Nosti distichum Germ. Po. etc.
Ad libros redeo : rogòq. ut horis tuis subsecivis, seqq. libros ope tua
possim mihi comparare. Io. Vischeri aph. Hipp. Enarrao brevis. 4. Greg.
Horstij Herbarium Horstianum. 8. Marpurgi. Brun. Seidelij de Ebrietate
libri 3. Hanovriæ, 1594. 8. Eugalenus de Scorbuto. 8. Duretus in Coacas,
8. edit. Germanicæ. Pharmacopœa Augustana et Noribergensis, optimæ
et postremæ editionis
. De pretio quorum singulorum pretio ne graveris, illud enim statim
accipies : bene compactos accipe si reperias ; sin minùs, non compactos, et ad
D. Picques statim mittito, cum alijs suprà dictis :vocatis : de vecturæ pretio mecum
mecum erit ipse labor : ut et in pro tot benefecijs à Te acceptis in æter-
num Te colendi voluntas et cura nunquam mihi deerit. Vale vir optime
et me ama
Tibi ex animo et officio addictissimum
Guid. Patinum, Bell. Doct. Med. Paris.

Die Veneris 24. Dec. 1649.

a.

Lettre autographe que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, Coll. Fr. ms Montaiglon, pages 165‑166. L’absence d’adresse, de traces de pliage ou de résidus de cachet, tout comme les nombreuses abréviations, ratures et additions, font penser qu’il s’agit du brouillon d’une lettre que Patin a ensuite mise au propre avant de l’envoyer.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Georg Volckamer à Guy Patin, le 24 décembre 1649.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1049
(Consulté le 25.11.2020)

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