L. latine 52.  >
À Johann Georg Volckamer, le 7 juillet 1656

[Ms BIU Santé no 2007, fo 41 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, etc., à Nuremberg.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je ne doute pas que vous ayez reçu l’argent que vous avez déboursé pour mes livres, car M. Picques m’en a fait part ; [2] je vous demande pourtant de m’écrire combien de thalers [3] on vous a remis, afin que j’en règle le compte à M. P{icques}. [1] Notre ancien, le très distingué Riolan, s’est ici procuré le tome i de la Nova Anatomia de M. Werner Rolfinck, in‑4o ; il m’a fort disertement relaté qu’elle lui a plu, et il la vante et pare de beaucoup de louanges. Il a dit aussi que deux autres tomes vont suivre, pour que l’ouvrage anatomique soit tout à fait complet ; le premier des deux est déjà en cours d’impression. [2][4][5][6][7][8] S’il en est ainsi, je vous demande de me faire parvenir, par la voie qui vous semblera la plus sûre, ce premier qui a été publié et le second dès qu’il l’aura été, tous deux reliés ensemble à la manière allemande. Par ce même marchand de chez vous, vous en recevrez aussitôt le paiement, que je rembourserai à notre M. Picques. On imprime en Hollande un gros tome in‑fo des Epistolæ de Claude Saumaise ; j’augure et espère qu’il sera excellent. [3][9] Avez-vous vu le de Sero sanguinis deTheodor Schenck ? [10][11] Si on le vend chez vous, achetez-le-moi, s’il vous plaît, et envoyez-le-moi, en même temps que le livre de Bruno Seidel de Morbis incurabilis[4][12] Vale, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

Votre Guy Patin de tout cœur, docteur en médecine de Paris.

De Paris, ce vendredi 7e de juillet 1656, jour qui dans nos fastes papistes porte le nom de saint Patin, et lui est consacré. [5][13]


1.

Guy Patin a écrit au long, puis barré les cinq dernières lettres {ici mises entre accolades} du nom de Nicolas Picques, sans doute pour économiser une redite inutile.

2.

Guerneri Rolfincii, phil. et med. doct. et prof. publici, Dissertationes anatomicæ methodo synthetica exaratæ, sex libris comprehensæ, theoricis et practicis veterum et recentiorum, propriisque observationibus illustratæ, et ad circulationem accommodatæ [Dissertations anatomiques de Werner Rolfinck, docteur en philosophie et médecine, professeur public, élaborées suivant une méthode synthétique ; distribuées en six livres, illustrées par les observations théoriques et pratiques des anciens et des modernes, et par celles personnelles de l’auteur, et adaptées à la découverte de la circulation] (Nuremberg, Michael Endter, 1656, in‑4o, 1303 pages).

Les six livres de ce gros ouvrage ne couvrent qu’une partie de l’anatomie humaine :

  • livre i, De nobilitate, dignitate, addiscendi anatomicam artem modo [Noblesse, dignité et manière d’enrichir l’art anatomique], 15 chapitres ;

  • livre ii, De ossibus [Les os], 56 chapitres ;

  • livre iii, De musculis [Les muscles], 56 chapitres ;

  • livre iv, De nervis [Les nerfs], 54 chapitres ;

  • livre v, De venis [Les veines], 43 chapitres ;

  • livre vi, De arteriis [Les artères], 63 chapitres ;

  • un chapitre de conclusion, Epilogus generalis [Épilogue général] sous-titré Jacta Est Alea [Le Sort en est jeté (v. note [1], lettre 281)].

Les Dissertationes n’ont pas eu la suite annoncée par Guy Patin et par Rolfinck lui-même vers la fin du Lectori benevolo salutem [Compliment au bienveillant lecteur] (daté d’Iéna en décembre 1655) :

Tu etiam, Lector benevole προσεχε διανοιαν, animum ad vetera et nova sex his anatomicis, syntheticâ methodo exaratis, libris contenta animum adverte, lege, pondra. Si grata esse perspexerimus, brevi jam ad umbilicum deducti tres analytica methodo exarati libri lucem videbunt publicam.

[Toi aussi, lecteur bienveillant, porte ton attention sur les anciennes et les nouvelles connaissances contenues dans ces six livres anatomiques que la méthode synthétique a fait sortir de terre, lis-les et pèse-les bien. Si nous reconnaissons clairement qu’ils ont plu, paraîtront bientôt trois autres livres, sillonnant la méthode analytique, que j’ai déjà achevé d’écrire].

Plus haut dans sa préface, on comprend que l’intérêt de Riolan pour cet ouvrage venait sans doute de ce que Rolfinck cherchait à y concilier les grandes querelles anatomiques de l’époque :

Verum enim vero cum, aliorum exemplo, propriisque laboribus didicerimus, naturæ fundum hodienùm esse inexhaustum, atque in profundo puteo latentem veritatem indefesso studio nocte dieque quærentibus se tandem inspiciendam præbere : cum insuper cognosceremus, magni Harvei veluti novi sideris diligentiam orbi erudito indies magis magisque clarescere ; industriam incomparabilis Riolani cum ætate vires acquirere : quin etiam, cum satis superque perspiceremus Conringium, Vallæum, Pecquetum, Bartholinum, Rudbeckium, et inter primos numerandum Hornium in circulatione illustranda, lacteis lumbariis, thoracicis, vasisque lymphaticis pervestigandis utilitatem attulisse Medicinæ non mediocrem, sibique apud eruditos gloriæ aperuisse portam amplam satis […]. Gratias sane, si qua modo futura est, posteritas Duumviris illis Harveo et Riolano debet immortales : Illi, quod novi instar Columbi, in microcosmo universalem circulationem invenerit : Huic, quod, ceu alter Vespucius, nova multa inventæ navigationi adjecerit, novam circulandi viam, detexerit, tam speciosam doctrinam ex Antiquitatis fontibus erutam, suis gravissimis monumentis, nobilitarit, et, ceu particularem, certis limitibus circumscripserit.

[Le fait est pourtant bien que, grâce à l’exemple d’autres auteurs et à nos propres travaux, nous avons appris que le fonds de la nature n’est pas encore épuisé aujourd’hui, mais que la vérité, cachée dans un puits profond, s’offre à la découverte de ceux qui la recherchent jour et nuit avec une application inlassable. Nous avons en outre reconnu que de jour en jour la diligence du grand Harvey, comme celle d’une nouvelle étoile, brille de plus en plus intensément sur le monde savant et que l’application de l’incomparable Riolan se renforce avec l’âge. Bien plus encore, nous avons très attentivement examiné Conring, de Wale, Pecquet, Bartholin, Rudbeck, et aussi Van Horne, qu’il faut compter parmi les premiers à avoir prouvé l’utilité, non négligeable pour la médecine, de mettre la circulation en lumière et d’explorer avec soin les vaisseaux lactés et lymphatiques de l’abdomen et du thorax, et à s’être assez largement ouvert la porte de la gloire parmi les savants (…). Quoi qu’il en advienne, la postérité doit d’immenses et immortels remerciements à ce duumvir que forment Harvey et Riolan : au premier, parce qu’à l’instar d’un nouveau Christophe Colomb, il a découvert la circulation universelle dans le microcosme ; au second, parce que, tel un second Amerigo Vespucci, il a ajouté de nombreuses innovations à la manière de naviguer, il a mis au jour une voie nouvelle pour circuler ; par ses très puissants ouvrages, il a fait connaître sa fort brillante doctrine tirée des sources de l’Antiquité et, en particulier, il en a établi les contours solides]. {a}


  1. Le Génois Christophe Colomb (1451-1506) fut le premier Européen moderne à avoir mis le pied sur le Nouveau Monde en 1492. En 1504, le navigateur florentin Amerigo Vespucci (1454-1512) fut le premier à comprendre qu’il s’agissait d’un continent entier. En 1507, le cartographe Martin Waldseemüller et le géographe Mathias Ringmann l’ont baptisé Amérique en hommage au prénom de Vespucci.

    V. note [4], lettre latine 268, pour la reprise de ce passage héroïque par Bernhard Verzascha dans son abrégé de la Médecine pratique de Lazare Rivière (Bâle, 1662).

3.

V. note [12], lettre 392, pour le Claudii Salmasii epistolarum liber primus… [Premier livre des lettres de Claude i Saumaise…] (Leyde, 1656).

4.

Johannis Theodori Schenkii, Medicinæ Doctoris et Professoris publici, de Sero sanguinis ex Veterum et Recentiorum scriptis Historia, certis capitibus comprehensa, adque disputandum eodem præside, publicè proposita per Salomonem Gerhardum Hausmann, Altenburgo-Misnicum. In Acroaterio Medicorum ad Calend. Maj. [Essai de Johann Theodor Schenck, docteur et professeur public de médecine, sur le Sérum (la partie liquide) du sang, tirée des écrits des anciens et des modernes, divisée en chapitres précis, publiquement soumise à la discussion, sous la présidence du même (Schenck), par Salomon Gerhard Hausmann, natif d’Altenbourg en Misnie, dans l’auditorium des médecins, le 1er mai] (Iéna, Johannes Nisius, 1655, in‑4o, pour la première de nombreuses éditions, notamment en 1663 et 1671).

V. note [7] de la lettre de Claude ii Belin, datée du 31 janvier 1657, pour le « Livre des maladies incurables » de Bruno Seidel (Francfort, 1593).

5.

Facétie de Guy Patin, qui rapprochait son nom de Pancrace, saint chrétien qu’on fête le 9 (et non 7) juillet ; les habitants de la commune de Saint-Pancrace en Savoie portent le nom de Saint-Patins.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, ms BIU Santé no 2007, fo 42 ro.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 42 ro.

Clarissimo viro D. Io. G. Volcamero, etc. Noribergam.

An pecuniam illam à Te pro meis libris expensam acceperis, nullus dubito, vir clariss.
Hoc enim mihi retulit D. Picques : rogo tamen ut scribas quot Thaleros acceperis, ut eorum
rationem habeam cum illo D. P.icques. Hîc sibi comparavit Senior noster clariss. Riolanus,
tomum i. in 4. novæ Anatomiæ D. Guerneri Rolfinckij, quam admodum sibi placuisse
mihi retulit multis verbis, eámque multis laudibus ornat ac extollit. Dixit quoque
duos alios tomos subsequuturos, ut totum Opus Anatomicum sit perfectum : quorum
unus jam sub prælo currit : si hoc ita sit, rogo Te, ut mihi primum illum jam
editum, et alterum statim atque fuerit editus, Germanico more compactos, per eam
quam judicaveris tutiorem viam transmittas, eorúmque pretium statim accipias ab eodem
illo Mercatore vestro, quod refundam nostro D. Piques. In Hollandia excuditur ingens
tomus in folio, Epistolarum Cl. Salmasij, quem optimum fore auguror et spero. Vidistine
Theod. Skenckium de sero sanguinis ? si vobis occurrat emendus, eme si placet, ac mitte,
unà cum Brunone Seidelio de morbis incurabilibus. Vale, vir cl. et me ama.

Tuus ex animo Guido Patin, Doct. Med. Paris.

Parisijs, die Veneris,
7. Iulij, 1656. qui in
fastis nostris Papalibus
nomen habet diei festi,
et consecrati Sto Patino.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Georg Volckamer à Guy Patin, le 7 juillet 1656.
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(Consulté le 10.05.2021)

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