L. latine 77.  >
À Christiaen Utenbogard, le 22 mars 1657

[Ms BIU Santé 2007, fo 55 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, à Utrecht.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Parce que je pense très souvent à vous, je vous écris de nouveau pour vous dire que je suis en vie et me porte bien. De vous et pour vous, je fais le même vœu. Denis Joncquet, mon collègue et ami, et notre nouveau professeur de botanique, a promis de me donner des graines de ce Geranium Americanum noctu olens à vous expédier ; [1][2][3] il en aura l’été prochain, mais en attendant, il m’a remis des graines de cyprès, de phillyrée et de sapin, que j’ai ici sous les yeux sur ma table. [2][4][5][6] Je suis disposé à toutes vous les envoyer dès que j’aurai trouvé quelque porteur ou messager adéquat. Si quelqu’un de ma connaissance quitte cette ville pour se rendre en votre Hollande, je vous les ferai parvenir par son intermédiaire. Si M. de Thou, président au Parlement de Paris, obtient son ambassade dans votre pays, [7] ce qui est une affaire encore indécise, je mettrai ces graines dans une petite boîte, et elles vous seront remises par une main fidèle et absolument sûre. J’ai aussi ici une semence de bonne odeur, qu’on dit être de scorsonère d’Espagne : la racine en est comestible et de très excellent goût ; [3][8] je l’avais semée il y a deux ans dans ma maison des champs, située à quatre lieues d’ici ; [9] c’est une merveille de dire comme elle a pullulé ; et pourtant il ne m’en reste pas une graine car notre jardinier s’en est débarrassé en raison de l’excessive profusion des racines ; mais j’en ai obtenu d’autre part, savoir de moines à qui on en envoie d’Espagne. Si vous ne disposez pas de cette semence en votre pays, je vous l’enverrai avec les autres. Écrivez donc et envoyez votre lettre à notre ami l’excellent M. Vander Linden. [10] M. Riolan, notre ancien, mourut ici le 19e de février, âgé de 77 ans. [11] Je n’ai rien de plus à vous écrire. Vivez, portez-vous bien et aimez-moi.

Votre Guy Patin de tout cœur.

Ce vendredi 22e de mars 1657. [b]

[Uppsala universitetsbibliotek, Waller Ms fr‑07024, 1b | LAT | IMG]

Pour M. Utenbogard : Joncquet m’a donné des graines de cyprès, de phillyrée et de sapin ; et il m’a promis de me donner des graines de Geranium noctu olens[1]

[Uppsala universitetsbibliotek, Waller Ms fr‑07024, 1a | LAT | IMG]

Il faudra envoyer à M. Vander Linden :

Coaca Præsagia de Louis Ferrant ; [12][13]
Apologia pour Van Helmont, in‑8o ; [14][15]
Medicina antihermetica de Gabriel Fontaine ; [4][16]
Itinerarium Beniamini, avec les notes de Constantinus L’empereur ; [5][17][18]
le livre de Louis Du Gardin contra Pestem, sive de Pestis natura, etc., Douai, in‑12o ;
De Animatione fœtus Quæstio, in qua ostenditur, etc., Douai, 1623, in‑8o ;
Anima rationalis restituta in integrum, etc., Douai, 1629, in‑8o[6][19][20][21]


1.

« Géranium américain qui sent bon la nuit ». Guy Patin a écrit noctu lucentis [qui luit la nuit, au cas génitif] (ce qu’aucune fleur ne fait à ma connaissance) pour noctu olentis [qui sent bon la nuit] : geranium Americanum noctu olens, bec-de-grue d’Amérique, équivalent du Pelargonium triste, originaire d’Afrique du Sud.

En novembre 1656, Denis Joncquet (v. note [7], lettre 549) avait été élu pour une année professeur de botanique de la Faculté de médecine de Paris. Le catalogue des plantes de son jardin (Hortus, Paris, 1659, v. note [13], lettre 549) recense 26 sortes de géraniums, parmi lesquelles figure en effet, page 52, le Geranium triste Cornuti [Géranium triste de (Jacques-Philippe) Cornuti (v. note [5], lettre 81)], autre nom du Pelargonium triste dont Patin cherchait des graines pour son ami Christiaen Utenbogard.

2.

La phillyrée ou phillyréa est un « arbrisseau qui croît à la hauteur d’un homme, jetant beaucoup de rameaux couverts d’une écorce noirâtre. Ses feuilles sont opposées le long des tiges et des branches, semblables à celles de l’olivier sauvage, mais plus étroites et plus vertes, d’un goût amer. Ses fleurs sont des godets découpés en quatre parties, de couleur blanche herbeuse. Après qu’elles sont passées, il leur succède des baies sphériques, grosses comme celles du myrte, noires quand elles sont mûres, disposées en petites grappes, d’un goût doux, accompagné de quelque amertume. Ces baies renferment sous leur peau une semence qui est aussi sphérique. En latin Phillyrea angustifolia prima. Les feuilles et les baies de la phillyréa sont astringentes ; propres pour les ulcères de la bouche et pour les inflammations de la gorge » (Trévoux).

3.

La racine de la scorsonère d’Espagne [Scorzonera Hispanica], vulgairement appelée salsifis noir, est un légume comestible.

4.

V. notes :

  • [26], lettre 469, pour « Les Prénotions coaques [du grand Hippocrate] » de Louis Ferrant (Paris 1657) ;

  • [9], lettre 662, pour l’Helmontii Apologia… [Apologie de Van Helmont…] d’Honoré-Maria Lauthier (Lyon, 1654) ;

  • [9], lettre 467, pour la « Médecine antihermétique » de Gabriel Fontaine (Lyon, 1657).

Johannes Antonides Vander Linden allait insérer le premier (Ferrant) et le troisième (Fontaine, contre Van Helmont) de ces trois titres, mais non le deuxième (Lauthier, pour la défense de Van Helmont), dans l’édition à venir de ses de Scriptis medicis [des Écrits médicaux] (Amsterdam, 1662) ; ce qui montre que ses choix bibliographiques pouvaient être partiaux.

5.

בגיטין מסעותשלדבי Itinerarium D. Beniaminis, cum Versione et Notis Constantini L’Empereur ab Oppyck, S.T.D. et S.L.P. in Acad. Lugd. Batava [Itinéraire du rabbi Benjamin, avec la traduction et les notes de Constantinus L’Empereur van Oppyck ; docteur en théologie sacrée et professeur de langues sémites en l’Université de Leyde] (Leyde, Elsevier, 1633, in‑8o, bilingue hébreu et latin).

Benjamin de Tudèle, rabbin espagnol du xiie s. (Tudela en Navarre vers 1130-1173), a rédigé le précieux récit de ses voyages en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ; il avait été publié pour la première fois en latin par Benedictus Arias Montano (Anvers, Christophe Plantin, 1575, in‑8o).

Constantinus L’Empereur van Oppyck (Brême 1591-Leyde 1648) théologien réformé, philologue et orientaliste, avait été nommé professeur d’hébreu et de chaldéen à Leyde en 1627.

6.

Louis Du Gardin (Ludovicus Gardinius ou Gardenius, ou Hortensius), médecin flamand (1572 Valenciennes-1633 Douai), docteur de la Faculté de Douai, où il enseigna pendant 28 ans :

  • Ludovicus Gardinius contra Pestem : sive de Pestis natura, causis, signis, prognosticis, precautione, et curatione Epitome medica per Conlusiones distributa, et ab Authore recognita. Accessit ejusdem Remedium erroris in ponderibus Medicis [Louis Du Gardin contre la Peste ; ou Abrégé médical réparti par conclusions sur la nature, les signes, le pronostic, la prévention et le traitement de la Peste ; avec, du même auteur, un Remède aux erreurs sur les poids en médecine] (Douai, Pierre Auroy, 1631, in‑12o ; précédente édition 1617, in‑8o) ;

  • De Animatione fœtus quaestio, in qua ostenditur quod anima rationalis ante organizationem non infundatur, auctore Ludovico Du Gardin [Question sur l’acquisition d’une âme chez le fœtus, où il est montré qu’une âme rationnelle ne se répand pas avant l’organisation de l’être, par Louis Du Gardin] (id. et ibid. 1623, in‑8o ; contre Thomas Fienus, docteur et professeur de médecine à Louvain, v. note [2], lettre 776) ;

  • Anima rationalis restituta in integrum, sive altera Refutatio opinionis quæ sibi persuadet animam rationalem ante omnem organizationem, infundi in semen ; Authore Ludovico Du Gardin, Medicinæ Doctore ac Professore regio ordinario in alma Universitate Duacena [L’Âme rationnelle restituée dans son intégrité, ou seconde Réfutation de l’opinion qui se persuade qu’une âme rationnelle se répand dans la semence, avant toute organisation de l’être ; par Louis Du Gardin, docteur et professeur royal ordinaire de médecine en la salutaire Université de Douai] (id. et ibid. 1629, in‑8o).

Ces trois titres de Du Gardin figuraient dans l’édition alors disponible des de Scriptis medicis [des Écrits médicaux] de Johannes Antonides Vander Linden (Amsterdam, 1651, v. note [3], lettre latine 26).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Christiaen Utenbogard, ms BIU Santé 2007, fo 55 vo.

b.

Le texte qui suit n’est pas un post-scriptum, mais un billet autographe isolé non daté de Guy Patin, écrit recto-verso, conservé par l’Uppsala universitetsbibliotek, sous la cote Waller Ms fr‑07024, 1a et b.

Il s’agit d’un court mémorandum concernant à la fois Christiaen Utenbogard et Johannes Antonides Vander Linden. Guy Patin y mentionne des graines qu’il voulait envoyer au premier et des livres dont il a parlé dans sa lettre latine de même date au second ; ce qui m’a décidé à le placer à la fin de celle-ci, mais sans aucune certitude qu’il l’y ait glissé ; et s’il l’a fait, ce fut probablement par inadvertance, car il s’agissait d’une note personnelle (avec l’énigme des méandres qui l’ont portée jusqu’en Suède, pour y être conservée).

Les deux passages non latins mis en italique sont en français dans le texte original.

Deux figures géométriques sont tracées sur la partie gauche du verso (1a) où, avec beaucoup d’imagination, on peut discerner les cinq lettres du mot patin : les trois premières (pat) dans le dessin de gauche et les trois dernières (tin) dans celui de droite.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 55 vo.

Clarissimo viro D. Christ. Utenbogardo, Ultrajectum.

Vir præstantissime,

Quuumuoniam sæpius de Te cogito,
iterum scribo, quia vivo et valeo : idem de Te et pro Te voveo. voveo. Dionys.
Ioncquet, amicus meus et Collega, et novus noster Professor Bota-
nicus, mihi pollicetur se mihi daturum, Tibi mittenda semina istius Geranij
Americani noctu lucentis, quæ est habiturus æstate proxima : in-
terea v. mihi tradidit semina cypressi, phyllireæ, et abietis, quæ
hîc habeo præ oculis in mensa mea : quæque Tibi mittere paratus
sum, si quotiescumque idoneum nactus fuero vectorem vel tabellarium. Si quis
ex hac Urbe discedat mihi notus, qui Bataviam vestram adeat,
ea Tibi per illum mittam. Si Dom. Thuanus, in Senatu Paris.
Præses, Legationem suam apud vos perficiat, quod adhuc incertum
est negotium, semina illa pyxide includam, quæ Tibi fideli manu
tutòq. reddentur. Hîc etiam habeo quoddam semen boni odoris, quod
esse dicitur Scorzoneræ Hispanicæ : radix est edulis et præstantissimi
saporis : eam seminaveram ante biennium in villa mea, hinc
dissita quatuor milliaribus : mirum dictu quanta copia pullu-
laverit : nec tamen inde mihi remanet ullum semen, quod propter
radicum copiosam segetsobolem neglexit hortulanus noster :
sed alicunde habeo, nempe à quibusdam Monachis ad quos missum
est ex Hispania. Nisi tale semen apud nvos suppetat, mittam
Tibi cum alijs : scribe ergo, et mitte tuam Epistolam ad amicum
nostrum, eúmq. virum optimum, D. Vander Linden. Senior
noster D. Riolanus hîc obijt 19. Febr. anno æt. 77.
Plura quæ scribam non suppetunt. Vive, Vvale, et me ama.

Tuus ex animo Guido Patin.

Die Veneris, 22.
Martij, 1657.

t.

Uppsala universitetsbibliotek, Waller Ms fr‑07024, fo 1b.

Pour M. Utenbogard ; dedit Ioncquetus
semina cupressi, phyllireæ, et abietis : et
promisit se daturum semina Geranii noctu
lucentis.

u.

Uppsala universitetsbibliotek, Waller Ms fr‑07024, fo 1a.

Il faudra envoyer à M. Vander Linden,
Coaca Præsagia Lud. Ferant : Apologiam pro
Van-Helmont : 8. Gabr. Fontani Anti-Her-
metica Medicina.

Itinerarium Benjamini, cum Notis
Constantini Lempereur.
Lud. Gardiniii liber contra Pestem, sive
de Pestis natura, etc. Duaci, 12.
De Animatione fœtus Quæstio,
in qua ostenditur, etc. Duaci, 1623. 8.
Anima rationalis restituta in inte-
grum, etc. Duaci, 1629. 8.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Christiaen Utenbogard à Guy Patin, le 22 mars 1657.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1110
(Consulté le 18.01.2020)

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