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À Johannes Antonides Vander Linden, le 10 juin 1660

[Ms BIU Santé 2007, fo 85 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Si je vous écris plus rarement, [1] n’y voyez pas motif à moins bien me juger ou à douter de mon amour pour vous, car je pense à vous très souvent et même quotidiennement. Je vous apprête un paquet ; mais comme il peut se faire que vous ne le receviez pas de sitôt, je voudrais vous avertir, pour votre nouvelle édition des de Scriptis medicis[2] que j’ai ici un petit livre nouveau à vous envoyer, dont voici le titre : Vita Cl. Galeni Pergameni, Medicorum Principis, ex propriis Operibus collecta, per R.P. Phil. Labbeum, Soc. Iesu Presbyterum : Ad V. Cl. Guidonem Patinum, Doctorem Medicum Parisiensem, et Professorem regium, etc. [2][3][4] Si je rencontre quelqu’un qui part en Hollande, je vous l’enverrai sûrement car c’est un opuscule de maigre volume. Suivent encore deux autres titres : le premier est Ant. Menjot, Doct. Med. Febrium malignarum historia et curatio. Accesserunt Dissertationes Pathologicæ, De Rheumatismo, de bombis aurium, de Catalepsi, de Incubo, de spuria convulsione, et spasmo Cynico, de Delirio in genere, de Paraphrosyne, de furore uterino. Parisijs, apud Casparum Meturas, via Iacobea, sub signo SS. Trinitatis, prope Mathurinenses, m. dc. lx. ; [3][5][6][7][8][9] le second est Causæ fluxus et refluxus Maris, Ventorum et febris intermittentis. A M. Iacobo le Royer in supremo Normaniæ Senatu Causidico. Felix qui potuit rerum cognoscere causas. Parisijs, Apud Io. de la Caille, Regis Typographum, via Iacobea, ad insigne trium Coturnium, 1660[4][10] Pour notre ami M. Rompf, je n’en ai pas eu d’autre nouvelle depuis qu’il est parti pour Strasbourg ; j’attends de jour à autre quelqu’une de ses lettres. [11] Que nous préparent vos imprimeurs ? Les lettres de Vossius, de Grotius, de Heinsius, de Languetus ne roulent-elles pas sous la presse ? [5][12][13][14][15] Que doit-on attendre de nouveau de Rivet ? [16] Quand paraîtront le Thesaurus linguæ Latinæ de Vossius et ses autres ouvrages posthumes, et votre Wier ? [6][17] Mes deux fils vous saluent. La célébration des noces nous a entièrement accaparés ces huit derniers jours : notre Robert s’est marié avec une jeune fille, belle, bien élevée et riche ; depuis plus de trente ans, j’ai été le médecin de toute sa famille, grands-parents, père, mère et autres aînés ; intus et in cute novi[7][18][19][20][21] Béni soit le Christ pour un tel mariage. Charles ressent de l’aversion pour les épousailles, ou du moins en a-t-il éprouvé jusqu’à présent : il préfère, dit-il, étudier et se consacrer à la lecture des meilleurs livres ; ce dont je me contente de sourire. [22] N’avez-vous pas vu le livre médical de M. Deodati, médecin de Genève ? Par Jupiter, qu’en pensez-vous ? [8][23] L’auteur m’a lui-même écrit, supportant mal que tant de fautes typographiques se soient glissées dans l’édition de son livre ; mais aujourd’hui on n’imprime guère les livres autrement, en particulier si les auteurs sont loin. Nous n’avons ici rien de nouveau, mais nous attendons avidement, jour après jour, de savoir si notre roi a épousé la fille du roi d’Espagne, [24][25][26] et si Charles ii a été rétabli dans son royaume d’Angleterre, où je vois une étonnante inversion des choses et un changement presque incroyable. [9][27] Martial l’a certes dit justement et exactement : Reges et Dominos habere debet, qui seipsum non habet[10][28] Mais vous, très distingué Monsieur, vivez et portez-vous bien, de sorte que je vous conserve pendant de longues années, moi qui suis votre G.P. de tout cœur.

De Paris, le 10e de juin 1660.


1.

Johannes Antonides Vander Linden était le correspondant latin le plus assidu de Guy Patin. Après ceux du 26 mars et du 15 avril, ce brouillon est le troisième d’une lettre de Patin à Linden que conserve le Ms BIU Santé 2007 pour l’année 1660. Son rarius [plus rarement] incite à se demander s’il arrivait à Patin de ne pas envoyer les lettres qu’il écrivait, en dépit des nombreux indices qu’on a du contraire (lettres imprimées, réponses des correspondants, cohérence des échos trouvés dans les lettres ultérieures).

2.

Le P. Philippe Labbe venait de publier la « Vie de Claude Galien de Pergame, par le R.P. Philippe Labbe, prêtre de la Société de Jésus ; dédiée au très distingué Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal » (Paris, 1660, v. note [5], lettre 612), avec dédicace en vers, datée de Paris, le 15 mai 1660.

Contrairement au Chronologicum Elogium du même P. Labbe (Paris, 1660, v. note [9], lettre 593), Johannes Antonides Vander Linden n’a pas inséré la Vita Galeni dans la 3e édition de son répertoire « des Écrits médicaux » (Amsterdam, 1662, page 540).

3.

« Histoire et traitement des fièvres malignes, par Antoine Menjot, docteur en médecine (v. note [5], lettre 897). Avec des dissertations pathologiques sur le rhumatisme, les bourdonnements d’oreille, la catalepsie, l’incube, la fausse convulsion et le spasme cynique, le délire en général, la paraphrénésie, la passion utérine. À Paris, chez Gaspard Meturas, rue Saint-Jacques, sous le signe de la très Sainte Trinité, près des Mathurins, 1660 » (in‑4o de 322 pages).

V. notes :

La paraphrénésie est une « espèce de phrénésie dont les Anciens attribuaient la cause à l’inflammation du ventricule [de l’estomac], du foie et surtout du diaphragme ; ils l’appelaient aussi fausse phrénésie, pour la distinguer de la véritable qu’ils faisaient consister dans l’inflammation du cerveau et de ses membranes. On ne doit point distinguer ces deux espèces de phrénésies puisque l’une et l’autre viennent du mouvement déréglé des esprits animaux, et que l’inflammation du cerveau, non plus que celle du ventricule et du diaphragme ne peuvent point les causer » (ibid.).

Johannes Antonides Vander Linden a inséré une édition ultérieure et augmentée (Paris, Thomas Jolly, 1662, in‑4o) du livre de Menjot dans l’Appendix de ses de Scriptis medicis de 1662 (page 621).

4.

« Les Causes du flux et du reflux de la mer, des vents et de la fièvre intermittente. Par M. Jacques Le Royer, avocat à la Grand’Chambre du parlement de Normandie. “ Heureux celui qui a pu connaître la cause des choses ” († IHS [Iesus Hominum Salvator, Jésus Sauveur des Hommes]). Paris, chez Jean de la Caille, imprimeur du roi (nec non Bibliopolam Iuratum [ainsi que libraire juré]), rue Saint-Jacques, à l’enseigne des Trois Coturnes, 1660 » ; ouvrage in‑12o (dont j’ai complété le titre par les additions entre parenthèses), dédié au cardinal Mazarin et au roi Louis xiv. Virgile (v. note [6], lettre 438) est l’auteur de la citation latine du titre, qui désigne Jésus (et qui servait de devise à Guy Patin). Jacques Le Royer était né en 1625.

Johannes Antonides Vander Linden n’a pas jugé Le Royer digne d’une insertion dans la 3e édition de son répertoire « des Écrits médicaux » (Amsterdam, 1662).

5.

Hubertus Languetus (Hubert Languet, Vitteaux, Côte-d’Or 1518-Anvers 1581) est un humaniste et diplomate huguenot. Sous le pseudonyme de Stephanus Junius Brutus, il est, avec Philippe Duplessy-Mornay, l’un des possibles auteurs des Vindiciæ contra tyrannos… [Réquisitoire contre les tyrans…] (v. note [90] des Déboires de Carolus). La plus récente édition de ses lettres était alors Huberti Langueti Epistolæ politicæ et historicæ ad Philippum Sydnæum, Equitem Anglum, Illustrissimi Pro-Regis Hyberniæ filium, Vlissingensem Gubernatorem [Lettres politiques et historiques d’Hubert Languet à sir Philip Sidney (1554-1586), chevalier anglais, fils de l’illustrissime vice-roi d’Irlande, gouverneur de Flessingue] (Leyde, Elsevier, 1646, in‑12o).

V. note [13], lettre 212, pour une édition beaucoup plus tardive (Amsterdam 1715) de lettres choisies de Gerardus Johannes Vossius, Hugo Grotius, Daniel Heinsius et d’autres savants hommes (dont 13 lettres de Guy Patin à Christiaen Utenbogard déjà publiées en 1702, vBibliographie).

6.

V. notes [20], lettre 352, pour l’Etymologicon linguæ Latinæ [Étymologie (Thesaurus, Trésor, ici pour Guy Patin) de la langue latine] de Gerardus Iohannes Vossius (Amsterdam, 1662) et [5], lettre 574, pour les Opera omnia [Œuvres complètes] de Johann Wier (ibid. 1660).

7.

« je les connais jusqu’au bout des ongles » (Perse, v. note [16], lettre 7).

V. note [11], lettre 611, pour le mariage de Robert Patin avec Catherine Barré (contrat signé le 29 mai 1660), et Comment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy, pour ses conséquences extrêmement fâcheuses.

8.

V. note [2], lettre 557, pour le Valetudinarium [L’Infirmerie] d’Alexandre Diodati (Leyde, 1660).

9.

Depuis la décapitation de Charles ier le 9 février 1649, la Grande-Bretagne avait été une république (Commonwealth) placée sous la direction d’Oliver Cromwell (Lord Protector, mort le 3 septembre 1658). Appelé par le Parlement le 18 mai 1660, Charles ii, fils aîné de Charles ier, avait fait son entrée dans Londres le 8 juin, veille du jour où son cousin Louis xiv avait épousé l’infante Marie-Thérèse à Saint-Jean-de-Luz.

10.

Martial (Épigrammes, livre ii, 68, vers 5‑6) :

Reges et dominos habere debet,
qui se non habet
.

[Qui n’est pas maître de lui doit se donner des rois et des maîtres].

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johannes Antonides Vander Linden, Ms BIU Santé 2007, fo 85 vo.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 85 vo.

Clarissimo Viro D. Io. Ant. Vander Linden, Leidam.

Si rarius ad Te scribo, Vir Cl. non est quod sequius quidquam de
me censeas, aut de amore meo dubites ; sæpius enim imò quotidie de Te
cogito. Fasciculum adorno, sed quoniam fieri potest ut eum non tam
citò accipias, monitum Te velim super nova illa editione quam paras
de Scriptis Medicis, me hîc habere novum libellum Tibi mittendum
cujus lemna sequitur. Vita Cl. Galeni Pergameni, Medicorum
Principis, ex proprijs Operibus collecta, per R.P. Phil. Labbeum, Soc.
Iesu Presbyterum : Ad V. Cl. Guidonem Patinum, Doctorem Medicum
Parisiensem, et Professorem regium, etc.
Si quis mihi occurrat qui Hollandiam
petat, haud dubiè ad Te mittam : est enim libellus paucorum foliorum. Sequuntur
et alij duo tituli, quorum prior est : Ant. Menjot, Doct. Med. Febrium
malignarum historia et curatio. Accesserunt Dissertationes Pathologicæ, De
Rheumatismo, de bombis aurium, de Catalepsi, de Incubo, de spuria convulsione,
et spasmo Cynico, de Delirio in genere, de Paraphrosyne, de furore uterino.
Parisijs, apud Casparum Meturas, viâ Iacobeâ, sub signo SS. Trinitatis, prope
Mathurinenses. m. dc. lx.
Posterior est. Causæ fluxus et refluxus
Maris, Ventorum et febris intermittentis. A M. Iacobo le Royer in supremo
Normaniæ Senatu Causidico. Felix qui potuit rerum cognescere causas. Parisijs,
Apud Io. de la Caille, Regis Typographum, via Iacobea, ad insigne trium Coturnium.
1660.
De amico nostro D. Romphio nihil aliud audivi ex quo discessit, ut
Argentoratum peteret : in dies aliquid epistolarum ab eo expecto. Quid novi moli-
untur vestri Typographi ? nónne currunt sub prælo Vossij, Grotij, Heinsij
Langueti Epistolæ ?
quid novi expectandum Riveti ? quandonam lucem videbit
Thesaurus Linguæ Latinæ Vossij, et alia ejus posthuma ? ut et Wieri vestri ?
Filij mei ambo Te salutant : Toti fuimus in nuptijs ab octiduo, ex quo Rob.
noster uxorem duxit juvenculam, formosam, bene moratam et opulentam : toti
ejus familiæ, avis, Patri, Matri et alijs Majorib. Medicinam feri ab annis plusquam
triginta : quos omnes et singulos intus et in cute novi. Benedicat Christu tali conjugio.
Carolus à nuptijs abhorret, aut saltem hactenus abhorruit : mavult, inquit,
studere, et meliorum librorum lectioni dare operam :
quod admodum mihi arridet.
Vidistine D. Diodati, Medici Genevensis, librum Medicum ? de Iove quid sentis ? scripsit
ad me Author ipse, se graviter ferre quod in illius editione tot irrepserint
mendæ typographicæ : sed hodie vix aliter libri excuduntur, præsertim
si Auctores abfuerint. Nihil hîc habemus novi, sed in dies avidè expectamus,
an Rex noster uxorem duxerit Hispani regis filiam ? et an Carolus 2. regno
suo Anglicano sit restitutus : in quo video miram rerum conversionem, et
penè incredibilem rerum immutationem. Rectè quidem et acutè Martialis :
Reges et Dominos habere debet, qui seipsum non habet. Tu v. Vir Cl. vive,
vale, ut per multos annos Te habeam, qui sum

Tuus ex animo G.P.

Parisijs, x. Iunij, 1660.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johannes Antonides Vander Linden à Guy Patin, le 10 juin 1660.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1169
(Consulté le 14.11.2019)

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