L. latine 161.  >
À Johann Georg Volckamer, le 18 mars 1661

[Ms BIU Santé no 2007, fo 100 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, à Nuremberg.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre très agréable lettre, et y ai reconnu avec joie et plaisir votre cœur plein de confiance en notre mutuelle affection. Continuez, s’il vous plaît, de m’aimer, moi qui promets de vous aimer en retour avec ardeur et fidélité aussi longtemps qu’il me sera donné de le pouvoir. Je vous remercie pour le dessin de la nouvelle comète, ainsi que pour le portrait de M. Dilherr, que je rangerai avec les autres. [1][2][3] J’attends patiemment le livre de Gregor Horst, les Epistolæ de Reinesius et les thèses de Rolfinck. [2][4][5][6] [Ms BIU Santé no 2007, fo 101 ro | LAT | IMG] Maints amis m’ont écrit que cette comète a été observée dans leurs villes vers 4 heures du matin ; mais j’entends qu’ici peu de gens l’ont aperçue, pour le manque de clarté des nuits. J’ignore si elle est toujours là et si on peut encore la voir, mais notre Mazarin est mort et s’en est allé pour l’au-delà, le mercredi 9e de mars, dans le château royal de Vincennes. [7][8] C’est lui qui a été la comète prophétique de notre France et même de toute l’Europe, bien qu’il ait moins annoncé leurs calamités futures qu’il ne les a proprement engendrées. On peine à savoir si cette étoile menace votre Allemagne de quelque ravage ; mais si, au printemps prochain, la Turquie attaque en Hongrie et en Autriche, j’augure du malheur pour beaucoup de monde si tous les princes chrétiens ne s’allient et ne conjuguent leurs forces pour agir contre cet ennemi public. Je souhaite donc que chacun d’eux revienne à plus de sagesse ; autrement en effet, je redoute que, par notre mollesse et notre stupidité, l’Europe tout entière ne devienne tributaire du Turc[9] Veuille Dieu nous préserver de ce présage. Dans quelques jours, j’espère avoir le livre des 400 Portraits d’hommes illustres, principalement de rois et de princes, et vous l’enverrai aussitôt, soit par M. Picques, soit par notre ami Spon. [3][10][11] Je voudrais que vous ne soyez pas en peine du prix : je ne vous ai pas encore réglé mon ancienne dette, mais je m’en acquitterai et serai bon payeur. Je voudrais que vous y comptiez les dépenses pour les livres de Horst, de Reinesius et de Rolfinck. Indiquez-moi, s’il vous plaît, si vous désirez des cartes de géographie qui sont ici en vente, pour que je vous les envoie. Vale, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, ce vendredi 18e de mars 1661.

Votre Guy Patin de tout cœur.


1.

Un portrait de Johann Michael Dilherr montre un homme d’âge mûr, bien en chair, portant fraise et toge noire, tenant un livre dans la main gauche, la droite posée sur la poitrine et debout devant un crucifix, avec cette légende :

Johannes Michael Dilherrus, Ministerii Eccles: Antistes, Pastor ad D. Sebaldi, P. Theol: Philos: et Ling: Orientalium, Director Gymn: Ægidiani, Inspector Schol: et beneficiariorum, necnon Bibliothecarius Norimbergensis.

[Johann Michael Dilherr, prélat du ministère ecclésiastique, pasteur de Saint-Sebald (de Nuremberg), professeur de théologie, philosophie et langues orientales, recteur de l’Egidiengymnasium (Collège Saint-Gilles), inspecteur des écoles et des bénéficiaires, ainsi que bibliothécaire de Nuremberg].

Une estampe allemande de « La première observation de la comète vue à Strasbourg le 29 janvier 1661 à 5 heures du matin » est présentée sur Gallica, qui fournit aussi son dessin détaillé par l’astronome polonais Johannes Hevelius (1611-1687), telle qu’il l’a observée à Dantzig (Gdansk). Elle a brillé en Allemagne du début de février à celui d’avril 1661 (calendrier grégorien, v. note [12], lettre 440).

2.

V. notes :

  • [28], lettre 662, pour les Opera medica de Gregor ii Horst (Nuremberg, 1660) ;

  • [4], lettre 557, pour les « Lettres » de Thomas Reinesius (Leipzig, 1660) ;

  • [2], lettre latine 150, pour les « Thèses » de Werner Rolfinck (Nuremberg, 1656).

3.

V. note [5], lettre latine 157, pour ce recueil de portraits de personnes illustres, mais l’édition disponible sur Gallica n’en compte que 213.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, ms BIU Santé no 2007, fos 100 vo‑101 ro.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 100 vo.

Clarisimo viro D. Io. G. Volcamero, Noribergam.

Suavissimas tuas accepi, Vir Cl. ex quib. lubens et lætus
agnosco tuum mutuis bene fidum pectus amoribus : perge si placet
amare me, ea sponsione mea quod Te, quamdiu dabitur, fide-
liter ac ardenter Te redamabo. De novi Cometæ sid effigie
gratias ago, ut et D. Dilherri, quem cum alijs recondam. Librum
G. Horstij, Epistolas Reinesij, et Theses Rolfinckij patienter expecto.

t.

Ms BIU Santé no 2007, fo 101 ro.

Scripserunt ad me Amici multi, observatum fuisse istum Cometam
in suis Urbibus, circa 4. matutinam : sed hîc à paucis conspectum fuisse
audio, propter noctium obscuritatem. An adhuc supersit, seq. conspiciendum
præbeat, nescio, sed obijt et ad plures abijt Mazarinus noster, die Mercurij,
9. Martij, in arce Vincenarum regia ; qui fuit ille Galliæ nostræ fatalis
Cometa, licet futuras calamitates non tam præmonstrarit quàm reipsa
intulit, imò et toti Europæ. An Germaniæ vestræ vastitatem aliquam
minetur istud astrum, vix scitur ; verùm si Turca, vere nova, tendat in Hungariam
et in Austriam, multis male futurum opiominor, nisi principes omnes
Christiani inter se conveniant, et 2 fortiter agant 1 conjunctis viribus adversus
publicum illum hostem : qua de causa singulis illis meliorem mentem
exopto : aliter enim metuo, ne per ignaviam et socordiam nostram,
totam Europam sibi tandem tributaria faciat : quod omen Deus
avertat. Spero me intra paucos dies habiturum librum Imaginum
400. illustrium virorum, præsertim Regium et Principum : quem statim
ad Te mittam, vel per D. Picques, vel per Sponium nostrum.
Habebit iste liber 400. effigium. De pretio ne satagas velim : ^ vetus nomen nondum/ omnino expunxi, sed ex-/pungam, et fiam bonum/ nomen : Tu v. habeas/ rationem velim expensorum/ pro Horstij libro, Reinesij/ et Rolfinckij. Si
quas optaveris chartas Geographicas quæ hîc prostant, indica, et
si placet, ut mittam. Vale, Vir Cl. et me ama. Datum
Parisijs, die Veneris, 18. Martij, 1661. Tuus ex animo Guido Patinus.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Georg Volckamer à Guy Patin, le 18 mars 1661.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1194
(Consulté le 05.12.2022)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.