L. latine 173.  >
À Johannes Antonides Vander Linden, le 3 janvier 1662

[Ms BIU Santé 2007, fo 135 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, docteur et professeur de médecine à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai bien reçu ces deux livres que vous aviez confiés au très éminent M. Piètre pour qu’il me les remît, et vous en remercie particulièrement. Il est trésorier royal en la ville d’Amiens et, ce qui est bien plus remarquable, le fils de Simon Piètre, docteur en médecine de Paris et professeur royal, [1][2][3][4] qui a été l’oncle maternel de Jean Riolan ; lequel l’a cité comme un homme très digne de louange dans son Anthropographia, page 593, et dans la préface de son Encheiridium anatomicum[2][5][6] M. René Moreau l’a aussi loué dans sa Dialexis de sanguinis missione in pleuritide, page 71. [3][7][8] Ce Simon était fils d’un très savant père, dont on lit quelques consultations à la fin de celles de Fernel. [4][9][10] Mais je n’ai encore rien vu de votre portrait ; quand je l’aurai reçu, je le placerai dans l’endroit que je lui ai destiné. Je me réjouis que votre ouvrage de Scriptis medicis chauffe sous la presse ; [11] Dieu fasse qu’avant qu’il soit achevé, vous receviez le paquet que je vais prochainement vous envoyer, où vous trouverez le Calvus que je vous ai promis et d’autres nouveautés. [5][12][13] J’ai ici un ami marchand qui va sous peu expédier un grand colis de soieries, où seront tapis les livres à vous remettre ; je pense qu’il n’existe pas de moyen plus sûr en toute notre ville ; Dieu veuille que cela réussisse. [6][14] Des deux volumes du Galien grec et latin de René Chartier, je n’ai rien à vous dire d’autre que ce que je vous ai écrit dans ma dernière lettre, confiée il y a un mois à notre ami Lindeman. [7][15][16]J’ai remis votre lettre à Pierre Petit, qui vous en remercie. [17] Il est tout entier attelé à faire avancer la nouvelle édition de son Arétée[8][18] M. Mentel et mes deux fils vous saluent, [19][20][21] tout comme je vous salue, ainsi que M. Rompf. [22] J’écrirai à M. Piètre au sujet de ce portrait de vous que je n’ai pas reçu. Je n’ai pas de nouvelles à vous donner de nos affaires publiques. Nicolas Fouquet, naguère notre surintendant des finances, emprisonné depuis le 5e de septembre, a récemment été amené dans cette ville et placé dans la prison royale, ou plutôt dans la forteresse royale qu’on appelle en français le Bois de Vincennes[23][24] Le roi a nommé pour lui des juges choisis, mais nul mortel ne sait ce qu’ils lui réserveront, mis à part le roi, qui a l’esprit entièrement occupé par la guerre et par les finances. [25][26] Portez-vous bien, éminent Monsieur, et aimez-moi. Je salue vos très sages collègues, MM. Vorst, Van Hoorne, Gronovius et les autres, [27][28][29] mais tout particulièrement MM. Utenbogard, Stevartus et de La Fontaine. [30][31][32]

De Paris, le 3e de janvier de l’an nouveau, 1662.

Votre Guy Patin de tout cœur.


1.

Julien Piètre était fils de Simon ii (v. note [5], lettre 15) et frère de Geneviève (épouse de Claude Charles, v. note [10], lettre 7). Il a été écuyer, président-trésorier de France et général des finances de la généralité de Picardie de 1627 à sa mort en 1686.

Ce Piètre apparaît dans cinq lettres latines de Guy Patin, toutes adressées à Johannes Antonides Vander Linden.

2.

V. notes [9], lettre 936, et [25], lettre 150, pour ces deux hommages que Jean ii Riolan a rendus à Simon ii Piètre dans son « Anthropographie » (Paris, 1649) et son « Manuel anatomique » (ibid. 1648).

3.

René Moreau, disciple et neveu par alliance de Simon ii Piètre, a écrit une vie de Pierre Brissot qui figure au début de son livre De Missione sanguinis in pleuritide [Sur la Saignée dans la pleurésie] (Paris, 1622, v. note [4], lettre latine 131). On y lit ces quelques lignes (page 71) :

Hanc prolixam διαλεξιν terminabunt Præceptores quondam mei Simon Pietreus, Ioann. Riolanus filius, et Claudius Carolus Parisienses Medici et Regij in eadem Parisiensi Academia professores. Pietr. obijt 24. die Iunij an. 1618. {a} Simon Pietreus vir Medicæ artis tantum sciens et intelligens quantum humana mente capi et concipi potest.

[Mes maîtres d’autrefois, Simon Piètre, Jean Riolan le fils et Claude Charles, médecins de Paris et professeurs du roi en cette même Université de Paris, termineront cette longue discussion. Piètre est mort le 24e de juin 1618. Simon Piètre est l’homme qui en a autant connu et compris sur l’art médical ce que peut contenir et recevoir l’esprit humain].


  1. Phrase imprimée dans la marge.

4.

V. note [5], lettre 732, pour les six consultations de Simon i Piètre qui sont à la fin du Consiliorum medicinalium liber [Livre de Consultations médicales] de Jean Fernel (Turin, 1589).

5.

V. notes [29], lettre 625, pour la 3e édition (Amsterdam, 1662) des deux livres « sur les Écrits médicaux » de Johannes Antonides Vander Linden, et [5], lettre latine 91, pour l’Hippocrate grec et latin de Marcus Fabius Calvus (Bâle, 1526).

6.

Pierre Bidal d’Asfeld (v. note [35], lettre 237) était sans doute ce marchand parisien de soieries.

7.

V. note [5] de la lettre du 23 juin 1661, pour la précédente allusion de Guy Patin aux tomes vii et xi des œuvres d’Hippocrate et Galien éditées par René Chartier (Paris, 1649), que Johannes Vander Linden voulait acheter à la veuve de l’auteur.

8.

V. note [3], lettre 731, pour l’Arétée de Pierre Petit qui ne parut qu’incomplet (trois premiers des huit livres) en 1726 à Londres, avec ce commentaire dans l’épître dédicatoire de Michael Maittaire (Michel Mettayer, 1668-1747, philologue et bibliographe anglais d’origine française) au médecin anglais Richard Hale, datée du 1er octobre 1726 :

Hæ Petri Petiti Animadversiones a doctis hactenus desideratæ, frustraque Parisis quæsitæ, nunc tandem primum ex Grævianis, inter quas diu delituerant, schedis eruuntur : at nescio quo fato iniquissimo accidit ut ad nos integræ non pervenerint ; et pars illarum posterior nondum potuerit reperiri.

[Jusqu’à ce jour, les savants ont désiré et vainement cherché à Paris ces Animadversions de Pierre Petit. Les voici maintenant déterrées des papiers de Grævius, {a} où elles avaient été longtemps cachées ; mais je ne sais par quelle fort injuste fatalité, elles nous sont parvenues incomplètes, et on n’a pas encore pu en retrouver la dernière partie].


  1. Johann Georg Grævius, philologue allemand (1632-1703).

a.

Brouillon manuscrit d’une lettre que Guy Patin, malade (v. note [1], lettre 717), a dictée à l’intention de Johannes Antonides Vander Linden, Ms BIU Santé 2007, fo 135 vo ; la suscription, la fin et quelques corrections sont de la plume de Patin.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 135 vo.

Cl. viro, D. Io. Ant. Vander Linden, Medicinæ Doctori et Prof. Leidensi.

Vir Cl. Duos illos libros tuos quos præstantissimo viro D. Pietreo, mihi reddendos
tradidisti, feliciter accepi et pro illis, tibi gratias ago singulares. Ille Quæstor est Regius
in Civitate Ambianensi, et quod longe majus est, filius Simonis Pietrei, Doct. Med. Paris.
et Professoris/ regij, qui fuit avunculus Joannis Riolani, et de quo cujus mentionem ipse fuit in Anthropo-
graphia pag. 593
, tanquam viri laudatissimi : ut et in Enchiridij sui Anatomici præfatione.
Eumdem ipsum laudavit quoq. M. Renatus Moreau, in sua d
Dialexi de sanguinis missione
in pleuritide, pag. 71
 : Erat natus pParente Ddoctissimo, cujus aliquot cConsilia medica
leguntur post Fernelium. Iconem verò tuam nullo modo vidi : ubi eam accepero in
destinato loco reponam. Opus tuum de Scriptis Medicis sub prælo fervere gaudeo : utinam
tamen priusquam ad umbilicum perducatur, accipias fasciculum quem tibi sum brevi
missurus, in quo reperies c
Calvum, quem promisi, et alia nova : hîc habeo Mercatorem amicum
qui brevi missurus est Leydam, magnum fasciculum sericeum, in quo libri tui statim
Tibi reddendi, latebunt : nullam puto tutiorem esse viam in tota Urbe nostra : quod utinam
succedat. De duobus voluminibus Galeni Latino-Græci Ren. Charterij, nihil aliud habeo tibi
dicendum, quàm quod in ultima mea, et nostro Lindemanno ante mensem tradita, ad te
scripsi. Tuas reddidi Petro Perito, pro quibus gratias agit. Totus se astrinx accingit ad novam
editionem Aræ
eteiæi promovendam. Dom. Mentelius et filij mei te salutant, ut et ego tTe
ad
ac Dom. Romphium. De Icone illa tua quam non accepi, scribam ad Dom. Pietreum.
De rebus nostris publicis nihil habeo novi. Nic. Fuquetus, summus olim ærarij Regij præfectus
à 5. s
Septembris incarceratus, nuper in hac Urbem deductus est, et in Rregio carcere positus,
aut saltem arce Regia, quæ vulgò dicitur le bois de Vincennes : selecti j
Iudices fuerunt illi
à Rege nominati, sed quid illi facturi sint in posterum, vix quispiam mortalium novit
præter Regem, totum bellicosum et pecuniosum. Vale Vir eximie, et me ama
. Saluto
sapientissimos Collegas tuos, D.D. Vorstium, Van-Horne, Gronovium, et alios, præsertim v.
D.D. Utenbogardum, Stuartum, et Fontanum. Datum Parisijs, 3. Ianu. novi anni 1662.

Tuus ex animo Guido Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johannes Antonides Vander Linden à Guy Patin, le 3 janvier 1662.
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(Consulté le 29.01.2020)

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