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À Bernhard Verzascha, le 18 octobre 1664

[Ms BIU Santé no 2007, fo 177 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Bernhard Verzascha, à Bâle.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous dois d’immenses remerciements pour votre exquise lettre que notre ami Glaser m’a remise. [2] Si vous continuez par vos écrits à protéger le renom, la gloire et la singulière érudition de Riolan contre les Zoïle et les perfides détracteurs, [3][4] vous aurez acquitté votre devoir envers lui. [1] Riolan fut un homme remarquable qui, par sa prodigieuse doctrine et ses travaux herculéens en l’étude de l’anatomie, s’est attaché toute la postérité et s’est gagné une réputation éternelle que seuls ces Zoïle voient d’un mauvais œil ; mais que ceux-là s’en aillent donc à tous les diables, s’occuper de leurs affaires et de leur méchante cause, à moins qu’ils ne veuillent devenir plus sages et se taire. La gloire d’un si grand homme tiendra et durera en effet aussi longtemps que les hommes vivront, et il restera en honneur dans l’étude de l’anatomie, sans laquelle personne ne peut devenir un savant médecin. Les dénigrements des envieux et des malveillants doivent profondément épouvanter les honnêtes gens : Et canis allatrat Lunam, nec Luna movetur[2]

J’ai jusqu’ici employé avec bonheur les Decades medicas de Bâle que Genath avait jadis réunies. [3][5][6] Ce sont de remarquables recueils, parfaitement dignes d’être lus par les jeunes médecins ; je loue donc votre dessein de promouvoir une édition de semblables thèses qui ont paru depuis lors en votre Université ; s’ils emploient sagement ce recueil, bien du fruit découlera d’une si grande entreprise pour ceux qui étudient la plus pure médecine. Attelez-vous donc à cette tâche puis attachez tous vos soins à trouver quelque libraire de chez vous qui les imprimera ; je recommanderai volontiers votre ouvrage à mes auditeurs [7] et j’en favoriserai la vente de nombreux exemplaires, surtout si, par leur brillante doctrine, elles se peuvent comparer aux sept précédentes décades. Je désire et réclame de vous cette grâce au nom de la république médicale à qui votre labeur procurera sans aucun doute profit et embellissement. Je vous remercie aussi de m’avoir recommandé à l’appariteur de votre Université ; après avoir reçu ce qu’il m’a destiné, je vous écrirai ce que j’y ai découvert et vous en rendrai grâce. Dans quelques jours, je remettrai à M. Glaser l’Hollierus de Morbis internis, in‑fo de la nouvelle édition, [8] où vous trouverez d’excellentes choses, qui surpassent de beaucoup la doctrine commune, surtout dans les commentaires de Louis Duret et Jean Haultin qui s’y trouvent ; [4][9][10] quelque agrément que vous en tiriez, il me sera très agréable que vous receviez ce modeste présent dans le même esprit que celui où je vous l’offre. Salmasii Exercitationes Plinianæ in Solinum sont ici très rares : [11][12] voilà trois ans que je les ai achetés 36 livres tournois, douze écus[5] dans la vente à l’encan des livres d’un médecin, pour les envoyer à Venise, mais on ne les trouve presque jamais. Ses Commentarij in Historiæ Augustæ scriptores sont encore plus rares ; mais je crois qu’ils ont été réédités en Hollande il y a un ou deux ans. [6][13] Vale, vous qui êtes digne de vous bien porter, et continuez de m’aimer.

De Paris, ce 18e d’octobre 1664.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


1.

V. note [4], lettre latine 268, pour la préface de la Médecine pratique de Lazare Rivière (Bâle, 1663) où Bernhard Verzascha, son éditeur, avait vigoureusement défendu la mémoire de Jean ii Riolan dans ses querelles anatomiques avec Thomas Bartholin, grand ami de Guy Patin, qui le rangeait ici, sans état d’âme, parmi les Zoïle (v. note [5], lettre latine 221).

2.

« Et le chien aboie après la Lune, mais la Lune ne s’en émeut point » (v. note [8], lettre 34).

3.

V. note [14], lettre 1020, pour les sept décades de thèses médicales bâloises imprimées par Johann Jakob Genath dans les années 1620.

4.

V. note [14], lettre 738, pour la réédition (Paris, 1664), dédiée à Guy Patin (à laquelle il avait mis la main), du livre de « [Jacques] Houllier sur les Maladies internes » avec ses propres commentaires, et ceux de Louis Duret, Antoine Valet et Jean Haultin.

Je n’ai trouvé aucun recueil de thèses bâloises publié Bernhard Verzascha. Sa Centuria [Centurie] d’observations médicales (Bâle, 1677, v. note [4], lettre latine 361) n’en contient aucune.

5.

L’italique est en français dans le manuscrit.

V. note [6], lettre 52, pour les « Essais pliniens de Claude Saumaise sur [le Polyhistor de] Solin » (Paris, 1629, réédités en 1689 à Utrecht, v. note [5] de la Biographie de Claude ii Saumaise).

6.

Les « Commentaires » de Claude Saumaise « sur les [six] auteurs qui ont écrit l’Histoire Auguste » (Paris, 1620, v. notes [31] et [32], lettre 503) avaient été réédités à Leyde en 1661 (F. Hackius, in‑8o).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Bernhard Verzascha, ms BIU Santé no 2007, fo 177 vo.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 177 vo.

Clariss. viro D. Bernardo Versaschæ, Basileam.

Ingentens Tibi gratias ago, Vir Cl. pro eleganti tua Epistola, per Glaserum nostrum
mihi reddita : si Riolani nomen, gloriam et singularem eruditionem tuis
scriptis, adversus Zoïlos et malignos obtrectatores tueri pergas, certè paria
facies cum ipso Riolano, viro eximio, qui portentosa sua doctrina et herculeis
in Anatomico studio laboribus, posteros omnes sibi devinxit, et ac æternam famam sibi comparavit,
immortalem, quam soli Zoïli limis oculis aspiciunt : sed abeant illi in rem
suam, in malam rem, in Morboviam, nisi meliorem mentem velint inducere, et
tacere : tamdiu enim stabit et durabit tanti viri gloria quamdiu vivent homines,
et Anatomicæ rei studio suus constabit honos, sine quo nemo potest eruditus
Medicus fieri. Invidorum et malevolorum obtrectationes viris bonis sunt fortiter conter-
rendæ : Et canis allatrat Lunam, nec Luna movetur.

De vestris Decadibus Medicis à Genathio vestro collectis, semper hactenus
et feliciter usus sum : Opus est laude dignum, egregium, et juniorum Medicorum
lectione dignissimum : ideòq. laudo tum consilium, de promovenda nova alia
editione Theseωn similium, quæ ab illis temporibus in Academia vestra in
lucem prodierunt : certè ex eo tanto labore fructus multus in purioris Medicinæ studio-
sos derivabitur, si ista tua collectione sapienter utantur : age igitur, et in
eam curam fortiter incumbes, ut aliquis Typographus ex vestris illorum
editionem adornet, quam Auditoribus meis libenter commendabo, et frequentem
Exemplarium distractionem promovebo, præsertim si prioribus 7. Decadibus,
elegantia atqueoris doctrinæ nomine possint comparari : et hanc gratiam à Te exopto atque
expeto, nomine totius Reip. Medicæ, quæ haud dubiè ex illa tua opera emolu-
mentum et incrementum accipiet. Tibi quoque gratias ago, quod viato-
rem vestrum Academicum
monueris in rem meam ; postquam accepero
quæ mihi destinavit, perspecta re scribam, et gratias agam. Intra paucos
dies D. Glasero tradam Hollerium de morbis internis, in folio, novæ editionis,
in quo multa reperies optima, supra doctrinam vulgarem, in ijs præsertim
quæ sunt Lud. Dureti et Io. Hautin : sed quocumque modo Tibi placeat,
mihi gratissimum erit si eo animo munusculum accipas quo Tibi illud offero. Cl.
Salmasij Exercitationes Plinianæ in Solinum hîc sunt rarissimæ : tertius agitur
annus ex quo hîc emi in auctione librorum cujusdam Medici, ut Venetias
mitterentur, 36. libras Turonenses : douze escus : sed vix unquam prostant.
Adhuc sunt rariores ejudem Commentarij in Historiæ Augustæ scriptores : sed
puto novam eorum editionem prostare apud Batavos, ab uno aut altero anno.
Vale qui valere dignus es, et me amare perge. Parisijs, die 18. Oct. 1664.

Tuus ex animo, Guido Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Bernhard Verzascha à Guy Patin, le 18 octobre 1664.
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(Consulté le 25.01.2022)

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