Annexe
Avis de décès

« Vous êtes priés d’assister au convoi, service et enterrement de défunt noble homme Me Guy Patin, [1] conseiller médecin, lecteur et professeur du roi au Collège royal de France, et docteur régent en la Faculté de médecine à Paris, décédé en sa maison rue du Chevalier du Guet ; [2] qui se fera vendredi premier jour d’avril 1672 à onze heures précises du matin, en l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, [3] sa paroisse, où il sera inhumé ; les dames s’y trouveront s’il leur plaît.

Un De profundis. » [a][1][4]


1.

Mise à part cette requête pour un De profundis à la mémoire du défunt, le billet funèbre de Guy Patin était strictement conforme au modèle alors en usage pour les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris. Comme en attestent les avis qu’on trouve dans le ms BIU Santé no 2103 (Nicolas Piètre le 1er mars 1649, fo 339 bis ; Jean ii Riolan le 21 février 1657, fo 336 ; ou Jacques Perreau le 6 novembre 1660, fo 339), les mêmes formules dans le même ordre, les mêmes caractères d’imprimerie, la même lettrine macabre étaient indifféremment employés. Cela fait penser que les avis étaient tirés par l’imprimeur de la Faculté à partir d’un modèle immuable.

  • Au dos de celui-ci, est écrit à la main :

    Mense Martio die Mercurii 30o, anno 1672, hora xia serotina, occubuit Guido Patinus, ætatis suæ 71, peripneumonia correptus, septimo morbi die, mente sana ad extremum usque spiritum. Postridie expositus in æde Dei sacra sub invocatione Santi Germani Altissidorensis. Requiescat in pace. Amen.

    [Le mercredi 30e de mars 1672 à 11 heures du soir, mourut Guy Patin, âgé de 71 ans, frappé de péripneumonie, au septième jour de la maladie, en conservant un esprit lucide jusqu’au dernier souffle. Le lendemain, il a été exposé en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Puisse-t-il reposer en paix. Amen].

    Suit ce commentaire : « Voyez ce que j’ai dit de lui au catalogue de mes amis. » Verticalement, dans la marge de droite, en grandes lettres cursives, est écrit à la plume : « À Simon Lefranc, M. Henry ».

  • Le nom de Guy Patin figure pour la dernière fois dans le catalogue des régents de la Faculté dressé en novembre 1671 (Comment. F.M.P., tome xv, page 533) ; il se trouve au 7e rang d’ancienneté derrière ses collègues François Pijart, l’ancien de la Compagnie, Claude Quiquebœuf, Philippe Hardouin de Saint-Jacques, Hermant de Launay, Philibert Morisset et Jacques Thévart. Face à son nom, dans la marge, se lit cette note qu’une plume anonyme (mais sans doute décanale) a plus tard ajoutée :

    Obiit a. 1672. Nulla, quod miror, de eximii ingenii viro mentio reperitur.

    [Il mourut l’an 1672. L’étonnant est qu’on ne trouve nulle mention sur cet homme {a} dont l’intelligence sortait de l’ordinaire].


    1. C’est-à-dire : nul hommage de cet homme dans les Comment. F.M.P.

  • Le doyen était alors Denis Puilon (v. note [16] du Diafoirus et sa thèse). La Vie de G.P. (fo 65 ro) dit de sa mort :

    « En février {a} 1672, il fut attaqué d’une fluxion de poitrine dont il mourut en peu de jours, âgé de 70 ans et six mois, ex stibio, referente Charles Thuilliero. {b} Il a été enterré à Saint-Germain-de- l’Auxerrois, sa paroisse, au second pilier à droite en entrant par le grand portail du côté de Louvre, par les soins de son ami M. Charpentier, de l’Académie de la langue française, auteur de la vie et des choses mémorables de Socrate, et autres livres. » {c}


    1. Sic.

    2. « d’une prise d’antimoine, à ce qu’en a rapporté Charles Thuillier » : v. note [132] des Déboires de Carolus, pour cet ami de Patin, plusieurs fois cité dans la Vie de G.P. par Thomas-Bernard Bertrand (1720).

    3. François Charpentier (Paris 1620-ibid. 1702, dont Guy Patin n’a pas dit un mot dans ses lettres) a été reçu à l’Académie française en 1650. Il est notamment auteur des anonymes Choses mémorables de Socrate, ouvrage de Xénophon traduit du grec en français. Avec la Vie de Socrate, nouvellement composée et recueillie des plus célèbres auteurs de l’Antiquité (Paris, Jean Camusat et P. le Petit, 1650, in‑8o en deux parties de 222 et 396 pages.

      Je ne lui ai pas trouvé de parenté avec le médecin Antoine ii Charpentier, à qui Patin a écrit une lettre de notre édition.


  • Dans ses comptes établis en novembre 1672, le doyen Puilon a inscrit, au chapitre 5, Expensi pro rebus sacris [Dépenses pour les cérémonies religieuses] (Comment. F.M.P., tome xv, page 615), sans déroger d’un pouce à la coutume et aux formules ordinaires lors des obsèques d’un de ses docteurs régents, que pour les funérailles de Patin, la Faculté avait déboursé les sommes de 19 livres et 4 sols pour six flambeaux funèbres, et de dix livres pour leur décoration confiée au peintre Jacques Butay.

  • Lettre du Dr Achille Chéreau au Dr Maximin Legrand (L’Union médicale, xxiii, no 23 du 7 septembre 1864, page 452) :

    « Pour vous éviter la peine, mon cher ami, d’aller à l’Hôtel-de-Ville de Paris, de gravir six grands étages administratifs et de feuilleter pas mal de vieux registres poudreux, je vais vous dire ce que j’ai trouvé au registre 257 de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, fo 17 ro. Je copie mot pour mot : Ledit jour (vendredi 1er avril 1672) fut inhumé en l’église noble homme Mre Guy Patin, conseiller-médecin, lecteur et professeur du roi au Collège de France, et docteur régent en la Faculté de médecine à Paris. Pris rue du Chevalier-du-Guet. < Signé > Pierre Patin, Louis Patin »

  • Lettre de Charles Patin (en exil à Strasbourg) à Jacob Spon (fils de Charles) le 9 avril 1672 (Moreau, lettre 52 ; ms Bnf 24171, fo 6) :

    « Je ne vous ferai pas de grands discours sur la triste nouvelle que je viens d’apprendre, vous en connaissez assez l’importance. Mon père est mort il y a neuf jours ; il m’avait écrit le 25e de mars avec autant d’affection qu’un père en peut témoigner a son fils ; il ne m’en écrira plus. Dix saignées étaient trop peu au jugement des médecins qui l’ont vu pour le sujet d’une inflammation {a} du poumon, dont il est mort le septième < jour > de sa maladie. Me voilà tantôt le plus misérable de tous les hommes du monde. J’attendrai du secours du Père des consolations, qui seul m’en peut donner s’il y en a. Omne donum desursum est descendes a patre luminum. {b} Je perds l’esprit et trouverais du repos dans les déserts de la Thébaïde, si c’était la mode d’y aller, et s’il y avait des médailles. {c} Je deviens misanthrope par la grâce de Dieu, mais je vous aime encore. Je suis
    Votre très humble et très obéissant serviteur,

    C.P.

    Si l’affliction ou je suis me laissait un peu de jugement, je vous prierais de dire a M. votre père que je le considère comme le meilleur ami du mien. Et quoiqu’il fût mort pour moi, il ne le sera pas tout a fait pour lui. Je dois aimer ce que mon père aimait, et sans prétendre lui être à charge {d} en aucune façon, car c’est l’endroit sensible à ceux qui connaissent ma misérable fortune, je vous prie de lui dire que je suis son très humble serviteur. »


    1. V. note [6], lettre latine 412.

    2. Épître de Saint Jacques (1:17) :

      Omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est descendens a Patre luminum.

      [Tout ce qui nous est donné de meilleur et tout présent parfait, tout bien vient d’en haut et descend du Père des lumières].

    3. Passion de Charles Patin pour la numismatique, qu’iil partageait avec son ami Jacob Spon.

    4. Sans désir d’importuner votre père.

a.

ms BIU Santé no 2007, fos 440 et 439.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Avis de décès.
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(Consulté le 20.08.2022)

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