Annexe
Une lettre inédite de Guy Patin venue de Russie

Le 20 janvier 2016, le Dr Anna V. Stogova, chercheuse à l’Institut d’Histoire mondiale de l’Académie russe des Sciences à Moscou, me plongeait dans la joie et l’impatience avec ce message :

« Cher Monsieur Capron,
Tout d’abord je voudrais vous remercier de votre ressource électronique très informative. Moi aussi j’ai une information qui peut vous intéresser : une lettre autographe de Guy Patin à Christiaen Utenbogard du 18 mai 1652 est conservée aux Archives de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg. À l’appui je vous envoie ces trois photos. Maleureusement, il est impossible de lire la lettre d’aprés ces photos. Il est interdit aux Archives de faire des photocopies.
Cette lettre m’a interressée à cause de la forme insolite de la feuille. Outre cela, la photo no 3 permet de voir que la lettre pliée a été percée par je ne sais quoi de triangulaire. Je vous serais très reconnaissante si vous pouviez donner votre avis, est-ce que vous avez vu des lettres pareilles ? et faire part de votre explication.
Bien amicalement. »

Les trois photos jointes, que la discrétion ne nous autorise pas à reproduire, étaient prises de biais, ne permettant pas de lire la lettre, mais en montrant suffisamment pour garantir sa parfaite authenticité. Je n’ai pas su trouver l’explication des fines perforations qui intriguaient Anna Stogova ; mais nous convînmes qu’elle se vouerait corps et âme à obtenir une reproduction intégrale de ce document tout à fait original, [1] conservé à Saint-Pétersbourg sous la cote :

Архив Санкт-Петербургского Института Истории Российской Академии Наук (СПбИИ РАН), Западно-Европейская секция, коллекция 9, картон 354, №19.
[Archives de l’Institut d’Histoire de l’Académie russe des sciences à Saint-Pétersbourg, Section de l’Europe occidentale, collection 9, carton 354, no 19].

Avec l’aide très obligeante et zélée de M. Guy Cobolet, directeur de la BIU Santé, et à l’issue de bien des péripéties, dont un voyage exprès de notre amie russe à Saint-Pétersbourg (à quatre heures de Moscou, par train à grande vitesse), un courrier électronique du 9 avril 2016 nous communiquait de parfaites reproductions électroniques de cette pièce vivement convoitée :

« Chers Messieurs,
Je suis heureuse de vous envoyer enfin la reproduction tant desirée, en espérant que vous ne serez pas déçus aprés l’attente de si longue durée. […]
Tout amicalement,
Anna Stogova. »

C’est avec un immense plaisir, une grande fierté et une insigne reconnaissance à l’égard du Dr Stogova, [2] que nous en donnons la transcription, la traduction et le commentaire.

Une étiquette imprimée est collée sur le recto de la chemise contenant la lettre :

« 156 Patin (Guy), médecin et célèbre bel esprit du xviie siècle, né à Hodenc près Beauvais, 1602, [3] mort à Paris en 1672.
L. a. s., [4] en latin, à Christ. Utenbogard, médecin à Utrecht, Paris, 18 mai 1652, 1 p. in‑4. Cahet-camée. [5] Rare.
Belle et très curieuse lettre dans laquelle il trace un énergique tableau des désordres de la Fronde, caractérisant en termes vigoureux la reine, Mazarin, les Princes et le Parlement. “ Heureux, s’écrie-t-il, les Bataves qui n’ont ni tyrans, ni princes impertinents, ni cardinaux, ni évêques, ni moines. ” Il termine en demandant des livres imprimés par les Elzevirs [6] et signe : Tuus ex animo Guido Patinus, Bellovacus Doctor Medicus Parisiensis, etc. »

Sous l’étiquette, cette inscription manuscrite en russe :

Аукцiонъ 18 дек. 1909 года
[Enchères publiques 18 déc. 1909].

Le Dr Stogova nous a fourni ces explications :

« La lettre à été achetée par un célèbre historien et collectionneur russe, Nikolaï Petrovich Likhatchev (1862-1936). [1] Likhatchev a fait des voyages en Europe entre 1892 et 1914 (et particulièrement à partir de 1902, quand il a été nommé vice-directeur de la Bibliothèque publique impériale, aujourd’hui Bibliothèque nationale russe) pour acheter des livres, des manuscrits et autres antiquités, et les mettre à la dispositions des chercheurs russes. [7] Likhatchev connaissait bien les commissaires-priseurs européens qui l’ont parfois sollicité comme expert. [8] On peut présumer qu’il a acquis cette lettre de Patin au cours de ces voyages. L’inscription que porte la chemise contenant la lettre atteste qu’elle a été acheté aux enchères publiques le 18 décembre 1909. » [9]

M. Cobolet a trouvé la preuve définitive de cette vente dans le Catalogue d’une intéressante réunion de lettres autographes provenant des collections de plusieurs amateurs, comprenant entre autres une série de manuscrits d’Alfred de Musset, un exemplaire de « La Marseillaise » de la main de Rouget de Lisle, des pièces sur la famille des Arnauld et sur Port-Royal, etc., dont la vente aura lieu le lundi 21 février 1910, à trois heures très précises du soir, à Paris, Hôtel des Commissaires priseurs, rue Drouot, salle no 9, par le ministère de Me André Desvouges, commissaire priseur, rue de la Grange-Batelière, 26, assisté de M. Noël Charavay, expert en autographes, rue de Furstemberg, 3 (Paris, Noël Charavay, 3, rue de Furstemberg). La lettre de Guy Patin qui nous intéresse y est décrite au bas de la page 39, sous le numéro 156, et c’est cette annonce qui a été découpée et collée sur la chemise qui la renferme encore aux Archives de Saint-Pétersbourg. La seule discordance restant à éclaircir concernait alors la date de la vente : même en tenant compte du décalage entre les calendriers julien (russe) et grégorien, celle qu’a écrite N.P. Likhatchev (18 ou 30 décembre 1909) reste antérieure de deux mois à celle qu’annonce le catalogue (21 février 1910).

Pour clore le débat et après maints efforts, le tenace M. Cobolet a déniché à la Bibliothèque de l’Institut le volume 43 (année 1909) de L’Amateur d’autographes (édité par le susdit Noël Charavay). Il contient curieusement deux fois le « Compte rendu de la vente du 18 décembre 1909 » : la première aux pages 31‑33 (sans notre lettre de Patin), la seconde aux pages 95‑98 (avec elle, sous le numéro 156). La bizarrerie s’est dissipée quand M. Cobolet a trouvé cette annotation dans la table des matières (page 408 du volume) : « Compte rendu de la vente du 18 décembre 1909 [lisez 21 février 1910], 95 » (où 95 renvoie à la première page du second compte rendu ci-dessus). La vente a donc bien eu lieu le 21 février 1910 et la plume russe qui a annoté la chemise contenant le manuscrit a simplement reproduit l’erreur qui s’était glissée dans L’Amateur d’autographes.

Lettre latine de Christiaen Utenbogard à Guy Patin, le 18 mai 1652 [2]

Clarissimo viro D. Christiano Utenbogardo, Doctori Medico Eminentissimo, Ultrajectum.

Ecce ad Te scribo, vir clarissime, pauca quidem, sed vera, imo verissima : vivo et valeo, singulari Dei beneficio, bellicis et civilibus nostris tumultibus indolens quidem et ingemiscens, sed quid agerem ? cætera sanus. Isthæc dissidia Reginæ nostræ et purpurati nebulonis Mazarini cum Principibus de stemmate regio, et singulis florentissimi antehac regni Ordinibus ipsi Mazarino inimicissimis ac infensissimis, tandem si Deus volet, componentur.

Si antehac ad Te non scripserim, non est quod mireris : vix enim mihi succurrebat quod scriberem, præter miserias et clades nostras publicas, de quibus nihil ad Te pertinebat : o vos felices ac fortunatos forti pectore Batavos, apud quos nulli Tyranni, nulli Principes fatui, nulli Cardinales et Episcopi, nulli Monachi, civilium et extraneorum bellorum authores nulli ! Neque velim Te de fide mea quidquam dubitare, si a longo tempore librorum nostrorum hic excusorum nihil ad Te miserim : in causa fuit Riolanus noster, qui nobis pollicebatur novorum Opusculorum Anatomicorum editionem, quod tandem præstitit : habebimus enim ante mensem de ea ipsa re varios Tractatus, quos statim at Te mittam cum alijs quæ hic habeo Tibi jamdudum addicta et consecrata. Interea vero scribas ad me velim, si valeas et nostri memineris : quod si feceris, Epistolam tuam mittes ad D. Simonem Moinet (qui hanc Tibi missurus est) Leidæ commorantem apud Elsevirios, Academiæ Typographos, per quem facile tuas recipiam. Collegam et popularem tuum D. Guill. Canterum, meo nomine, si placet, officiosissime salutabis : meque Tui studiosissimum redamare non desines. Vale igitur vir clarissime.

Tuus ex animo Guido Patinus, Bellovacus, Doctor Medicus Parisiensis, et saluberrimæ Facultatis Decanus.

Parisiis die Sabbathi, 18. Maij, 1652.

Traduction annotée

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, éminentissime docteur en médecine, à Utrecht. [a]

Très distingué Monsieur,

Je vous écris peu de mots certes, mais sincères, et même très sincères. Par la singulière grâce de Dieu, je suis en vie et me porte bien, du moins sans souffrir ni gémir de nos tumultes militaires et civils : qu’y pourrais-je donc faire ? Autrement, je me porte bien. Si Dieu voulait, s’apaiseraient enfin ces discordes de notre reine [3] et du vaurien empourpré, Mazarin, [4] avec les princes du sang royal et tous les parlements d’un royaume naguère si fleurissant, qui sont fort contraires et hostiles à ce Mazarin. [10]

Ne vous étonnez pas si je ne vous ai pas écrit plus tôt ; presque rien à vous dire ne me venait à l’esprit, hormis nos misères et nos calamités publiques, qui ne vous concernaient en rien : o vos felices ac fortunatos forti pectore Batavos, apud quos nulli Tyranni, nulli Principes fatui, nulli Cardinales et Episcopi, nulli Monachi, civilium et extraneorum bellorum authores nulli ! [11][5] Je ne voudrais pas non plus que vous doutiez le moins du monde de ma bonne foi quand, de longue date, je ne vous ai envoyé aucun livre imprimé à Paris : la raison en est que notre Riolan a enfin achevé les nouveaux Opuscula anatomica qu’il nous promettait de publier ; [12][6] avant un mois, nous en aurons donc les divers traités ; je vous les enverrai aussitôt avec d’autres livres que j’ai ici gardés depuis longtemps, et qui vous sont voués et consacrés. En attendant, je voudrais pourtant que vous m’écriviez pour me dire si vous vous portez bien et vous souvenez de nous. Si vous faites cela, envoyez votre épître à M. Simon Moinet (qui vous remettra celle-ci) ; [13][7][8] il demeure à Leyde chez les Elsevier, imprimeurs de l’Université, [9] et je recevrai aisément vos lettres par son intermédiaire. Vous saluerez très obligeamment de ma part, s’il vous plaît, votre collègue et compatriote M. Willem Canter. [14][10] Ne cessez pas de me rendre la très ardente affection que j’ai pour vous. Portez-vous donc bien, très distingué Monsieur.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur et doyen de la très salubre Faculté de médecine de Paris. [11]

De Paris, ce samedi 18e de mai 1652.

Péroraison

Imprimées ou surtout manuscrites, écrites en français ou en latin, reçues ou envoyées, des milliers de lettres qui appartenaient à la correspondance de Guy Patin ont aujourd’hui disparu. La plupart ont sans doute été détruites, mais quelques-unes demeurent profondément enfouies. En en exhumant une, Anna Stogova fait briller une splendide lueur d’espoir. Puissent d’autres curieux en sortir d’autres au grand jour et nous les transmettre, comme elle a si généreusement fait, car aucune n’est mineure à nos yeux. C’est la plus belle récompense que nous puissions attendre de notre labeur ; car ce faisant, nous prolongeons ce qu’il y a de plus généreux et d’admirable dans la correspondance de Patin.


1.

Ce n’est pas l’une des 13 lettres de Guy Patin que Johann Brant a transcrites dans ses Clarorum virorum epistolæ… (1712, vBibliographie).

2.

Une autre précieuse contribution du Dr Stogova à notre édition se trouve dans les Leçons au Collège de France.

3.

Sic pour 1601.

4.

« Lettre autographe signée. »

5.

Cachetée avec un sceau en camée.

6.

Erreur de compréhension, comme on verra dans la traduction qui suit.

7.

Klimanov, L.G. : N.P. Likhatchev : ‘Byt’, chem tolko mogu, poleznym pervenstvuyutchemu uchenomu sosloviyu’ ; in Tragicheskie sud’by : repressirovannye uchenye Akademii Nauk SSSR (Moscou, Nauka, 1995, pages 91‑107).

8.

Bychkova, M.E : Nikolaï Petrovich Likhatchev (12 (24).04.1862-14.04.1936) ; in Trudy Instituta rossiyskoy istorii (Moscou, no 6, 2006, pages 18‑33).

9.

Cette date pouvait se référer au calendrier julien russe (car le grégorien n’a été adopté en Russie qu’en 1918), correspondant donc en France au 30 décembre 1909 (avec décalage de douze jours, au lieu des dix usités en Europe occidentale, v. note [12], lettre 440).

10.

La Fronde dite des princes était alors dans sa période la plus menaçante pour la Couronne de France. Trois lettres de Guy Patin à Charles Spon, datées des 16 avril, 10 mai et 28 mai 1652, en ont détaillé les principaux événements :

  • guerre entre armées frondeuse et royale (combat de Bléneau le 7 avril, assaut puis siège d’Étampes, du 4 mai au 7 juin) ;

  • entrée du prince de Condé à Paris (15 avril) et prise de Saint-Denis par ses troupes (11 mai) ;

  • majorité du Parlement de Paris en faveur des princes et contre Mazarin ;

  • pillages de la soldatesque autour de Paris ;

  • entrée du duc de Lorraine en Champagne avec des troupes espagnoles, résolues à se diriger vers la capitale.

Les mots sed vera, imo verissima qui terminent la première phrase de la lettre ont intrigué Anna Stogova. Je n’y avais d’abord guère prêté attention ; cette expression n’est pourtant ni courante, ni anodine sous la plume latine de Patin. Je croirais volontiers qu’en confiant sa lettre à Simon Moinet (v. infra note [13]), Patin évitait la poste et avait bien moins à craindre la censure policière, fort courante au temps de la guerre civile (et même probablement systématique pour les lettres à destination de Hollande) ; il osait donc se livrer en parfaite sincérité (liberté) à la ravageuse analyse politique contenue dans les lignes suivantes. On l’a toutefois entendu dire bien pire dans les lettres à ses amis français.

11.

« que vous êtes donc heureux et fortunés, vous les Hollandais au cœur vigoureux, chez qui il n’y a ni tyrans, ni princes insensés, ni cardinaux, ni évêques, ni moines, ni fauteurs de guerres civiles et étrangères ! »

Dans son manuscrit, Guy Patin a souligné cette apostrophe, comme s’il s’agissait d’une citation ; mais on n’y a trouvé aucune source latine, proche ou éloignée. On y retrouve ses principales bêtes noires politiques et religieuses.

12.

V. note [30], lettre 282, pour la deuxième série des Opuscules anatomiques de Jean ii Riolan : Opuscula anatomica varia et nova, dont Guy Patin a annoncé la parution à Claude ii Belin dans sa lettre du 15 juin 1652.

13.

L’imprimeur Simon Moinet servait régulièrement d’intermédiaire entre Guy Patin et ses correspondants néerlandais ; mais il ne subsiste aucune trace de la correspondance que Patin a directement échangée avec Moinet.

Charles Pieters a fourni de précieux détails sur Moinet, en parlant des correcteurs des Elsevier (Annales de l’imprimerie elsevirienne…, v. note [15], lettre 201 ; Introduction, pages xxxvi‑xxxvii) :

« Le second correcteur {a} est un nommé Simon Moinet, Parisien, que nous voyons apparaître pour la première fois au bas d’une lettre, datée de Leyde le 12 décembre 1650, et adressée à M. Patin, doyen de la Faculté de médecine de Paris, pour lui dédier la jolie édition de l’École de Salerne de 1651, avec la sphère {b} et “ suivant la copie ” ; mais bien positivement sortie des presses des Elsevier de Leyde, que Moinet nomme nos Messieurs, “ qui se sont remis à lui, dit-il, de la correction de la partie de leurs impressions et entièrement des françaises ”. {c} C’est cette dédicace qui fit naître chez Charles Nodier {d} l’envie de laver un jour les Elsevier du reproche d’avoir publié des ouvrages aussi licencieux que le Blessebois, les Ragionamenti et quelques autres ; {e} quoiqu’ils soient bien certainement imprimés avec des caractères semblables aux leurs, il supposait que, jouissant de l’estime publique et de la plus honorable réputation, les Elsevier n’avaient pu songer à imprimer de pareils livres ; mais que ce Simon Moinet serait devenu après la mort de Jean, {f} possesseur d’une partie du matériel de l’imprimerie de Leyde, et qu’après avoir concouru à la publication de tous les ouvrages en vers burlesques, il aurait imprimé le Blessebois, etc. […]
Simon Moinet avait très probablement suivi Daniel {g} à Amsterdam, lorsqu’en 1654 il alla s’associer avec Louis iii ; {h} puisqu’à sa date, en 1661, il se donnait encore le titre de correcteur de leur imprimerie et que, par conséquent, si cette pièce ne détruisait pas sa supposition {i} quant aux œuvres satiriques de Blessebois, imprimées en 1676, il n’en était pas de même à l’égard des Ragionamenti et la Puttana errante dont l’édition elzevirienne est de 1660. J’ajoutai que le style de la lettre et la naïveté avec laquelle Moinet y raconte à D. Heinsius l’étrange réception qu’on lui avait faite à l’ambassade de France à La Haye, me semblaient dénoter un homme assez médiocre et peu capable de bien diriger une imprimerie. {j} Cependant, je ne tardai pas à découvrir que plus tard, Simon Moinet s’était effectivement établi pour son propre compte, non pas à Leyde, mais à Amsterdam ; et je signalai à M. Nodier (c’était malheureusement peu de jours avant sa mort), un petit volume qui venait de me tomber sous la main, ayant pour titre : “ Relation de l’étalissement de la Compagnie française pour le commerce des Indes Orientales, à Amsterdan (sic), de l’imprimerie et aux dépens de Simon Moinet, le long du canal du Laurier, dans le cul-de-sac du Potier, 1666. ” Un autre opuscule, intitulé Discours, etc., aussi relatif à la Compagnie des Indes, portant simplement pour souscription Paris, 1665, et provenant sans aucun doute des mêmes presses, se trouve dans le même petit volume. Il me semble que de ces particularités, on peut tirer la conséquence que Moinet doit s’être établi vers 1663, alors que Louis iii prenait la résolution de se retirer à la campagne. »


  1. Le premier correcteur mentionné par Pieters était Eusèbe Meisnerus, natif de Bâle en 1592.

  2. Emblème favori des Elsevier (v. note [15], lettre 201), figurant souvent sur la page de titre des livres qu’ils imprimaient, il s’agissait d’une sphère astronomique dite armillaire, c’est-à-dire composée de plusieurs cercles représentant la constitution du ciel et les mouvements des astres.

  3. Cette lettre de Moinet à Patin ne se trouve pas dans l’exemplaire reproduit par Archive.org de L’Eschole de Salerne en vers burlesques. Et duo Poemata macaronica ; de Bello Huguenotico ; et de Gestis magnanimi et prudentissimi Baldi [Et deux Poèmes macaroniques : de la Guerre huguenote, et des Actions du magnanime et très sage Baldus] (Suivant la copie imprimée à Paris [1650, v. note [5], lettre 203], 1651) ; elle existe pourtant car Patin en a parlé à Claude ii Belin, au début de sa lettre du 14 janvier 1651 (note [1]) :

    « j’ai appris par lettre que j’ai reçue de Leyde en Hollande que cette École de Salerne de M. Martin y a été réimprimée et que l’on me l’a derechef dédiée, par une autre épître qui a été faite par un homme qui s’est dit être fort mon ami et que je lui avais autrefois ici sauvé la vie, mais je ne sais qui il est. »

    Le Mengelwek [Mélange] du Jaarboekje voor den Boekhandel 1842-1843 (La Haye, J.L.C. Jacob, 1843) procure (page 72) un extrait de cette rare épître :

    « Monsieur Brunet, dans le ive vol. de son excellent Manuel, éd. de 1820, en parlant de l’Eschole de Salerne, me fournit la note suivante :

    “ Il y a dans cette édition une épître dédicatoire, à M. Patin, doyen de la Faculté de médecine de Paris, datée de Leyde, ce 12 décembre 1650, et signée Simon Moinet, parisien, laquelle commence ainsi : ʽ Nos Messieurs (les Elsevier) auraient bien rimprimé (sic) ce livre en l’estat qu’il sort des presses de Paris, c’est-à-dire avec la même épistre dédicatoire qui vous est vouée ; mais s’étant remis à moy de la correction de partie de leurs impressions et entièrement des françaises, ils m’ont dit de vous y témoigner de leur part l’estime qu’ils faisaient de votre personne. ʼ ” »

    Rien d’autre ne subsiste de la correspondance qu’ont échangée Patin et Moinet.

    Simon Moinet a aussi publié Le Rabat-joie de l’Antimoine triomphant de Jacques Perreau (Paris 1654, v. note [3], lettre 380).

  4. Charles Nodier (1780-1844), écrivain français.

  5. Pierre-Corneille Blessebois (1646-1700), aventurier et écrivain scandaleux, a eu droit aux surnoms de « Casanova du xviie s. » et de « poète-galérien ». Les Ragionamenti [Dialogues] est un livre de l’Arétin (v. note [26], lettre 405), relatant les conversations de deux prostituées, Antonia et Nanna ; Guillaume Apollinaire en a donné une belle édition (Paris, Bibliothèque des curieux, 1909, Gallica).

  6. Fils d’Abraham, Jean Elsevier a été libraire-imprimeur à Leyde de 1652 à sa mort, le 8 juin 1661 ; sa veuve et ses ses enfants continuèrent à imprimer des livres jusqu’en 1681.

  7. Fils de Bonaventure, Daniel Elsevier a tenu une imprimerie à Leyde et à Amsterdam de 1632 à sa mort en 1680.

  8. Fils de Joost, Louis Elsevier, troisième du nom, imprima à Amsterdam de 1638 à 1664-65, et mourut en 1670.

  9. La supposition de Nodier. La date est la signature de l’imprimeur d’un livre, au bas de sa page de titre.

  10. La Puttana errante, overo dialogo di Maddalena e Giulia [La Putain errante, ou le dialogue de Madeleine et Julie] est un autre livre « scandaleux » de l’Arétin.

    Le Mengelwek (notule {c}) donne le texte intégral de cette lettre (pages 68-71) sous le titre de Lettre de Simon Moinet, correcteur à l’imprimerie des Elsevier. Publiée sur l’original par J.L.C. Jacob (sans la moindre indulgence et avec strict respect d’une orthographe aussi aberrante qu’hilarante sous la plume d’un correcteur d’imprimerie) :

    « À Amsterdam, le sixième de janvier 1661.
    À Monsieur Heinsius {i} à la Haië.

    Monsieur,
    Apprenant tout-à l’heure que l’on vous va anvoiér une épreuve, j’anpoigne cête occasion de vous tracér a la hâte cês lignes, pour vous priér instamant de vouloir tant faire pour moi auprès de Monsêgneur de Thou, {ii} Ambassadeur de France à La Haië, qu’il me face randre quatre cahiers de mon Ortografe françoise, {iii} que je ne saurois retirer dês mains du plus petit de sès Secrêtaires, dont le nom m’êt inconu, quêlques moiins que j’aië amploiés jusqu’à présant divêrsemant e inutilemant pour ce sujet. An voici a peu prês l’histoire. Anviron le mois d’Avril dêrnier, un peu aprês les fêtes de Pâques, je me transportai de cête ville à la Haië a dessein d’alér faire la rêvêrance a Monsêgneur de Thou é de lui présanter quatre cahiers de mon ortografe françoise, accompagnés d’une petite êpitre dêdicatoire, afin de lui consacrer tout l’Ouvrage ; mais l’on m’aporta tant d’obstacles pour laprochér que je fus contraint de tout laissér à la recommandation de ce Sêcrêtaire, qui me promit de lui même qu’aiiant a faire come il avoit a Amsterdam, il mi aporteroit an pêrsone mês cahiérs avêc la rêponse de Monsêgneur l’Ambassadeur. Mais j’an ai atandu l’êfêt an vain six semaines durant. Anfin pêrdant patiance, j’écrivis à un de mês Amis apelé Monsieur Ménard de Wassenaer, qui etoit prêcepteur chés Monsieur d’Amerongue avêc lequel il êt ancore, l’aiiant accompagné à son Ambassade d’Espagne ; {iv} cêt Ami ala trouvér aussitot le Sêcrêtaire é lui demanda de ma part més écris, lui présantant ma lêtre. Mais il reçut de ce Sécrétaire la même rêponse qu’il m’avoit faite à moi même lorsqu’il reçut mês écris de ma main : qu’il me lès aporteroit à Amsterdam la même semaine avêc la rêponse de Monsêgneur de Thou. E tout cela ancore sans êfêt. Je garde bien la bêle lettre latine de cet Ami pour servir au besoin. Anfin, j’i suis retourné moi-même au comancemant du mois Novambre dernier : cêtoit un dimanche, à la sortie de mêsse, je trouvai ce Sécrétaire dans la sale an sortant de la chapêle, e lui fis ressouvenir que j’etois celui qui lui avois laissé, il i avoit quêlque tans, des écris d’ortografe françoise. Il me dit qu’ils etoiênt ancore par devêrs Monsêgneur de Thou ; mais qu’il ne savoit ce qu’étoit devenuë l’êpitre Dédicatoire ; que j’atandisse jusqu’au lendemain, qu’il an parleroit le même soir à Monsêgneur son Maître. La dessus je le quite, e m’an vais de-là saluër le Sieur De-la-Richardière, avêc qui étudié autrefois à Paris. Le landemain, je retourne à l’hotêl de Monsêgneur de Thou, ou le Suisse-portier ne me vit pas plutôt qu’il me dit d’une mine e an vois d’Ours, qu’il n’i avoit pêrsone au logis de ceux que je chêrchois et que je ne parlerois point a eux, ne fesant que perdre tams de les atandre. Je lui repondis là-dessus que je n’atandois que mes écris, que je le priois de me vouloir faire randre. A quoi il me repondit qu’on lês avoit envoiiês an Portugal. Vous savez, Monsieur, ce que cela veut dire an Hollande. Anfin, un Gentilhomme françois qui avoit à faire à la Haië et chés Monsègneur l’Ambassadeur, aiant su le tour que me jouôit ce sécrétaire, se voulut bien charger d’une de mes lêtres au mis de dêcembre dêrnier pour la lui prêsantér é lui redemandér mes écris. Ce qu’il a fait, e le sécrétaire a nié dabord qu’il ût reçu aucuns écris ; mais peu aprês, il an a tombé d’accord, é a prié ce Gentilhomme de n’an rien dire à Monsêgneur de Thou, lui promêtant qu’il les chêrcheroit et me les renvoieroit. Monsieur, je vous prie de me faire cête charité d’an parler tout droit à Monsêgneur de Thou ; autrement, je n’an tirerai jamais de raison. Je ne vous ferai point ici ressouvenir de l’Homo Homini Deus ; {v} ni n’oserois vous dire an notre langue vulgaire que pour un Ami l’outre vêlle ; {vi} je vous assurerai seulement avec protêstation que je suis de toute mon ame,
    Monsieur !
    Votre très-afêctionné é trés obéissant Serviteur,
    Simon Moinêt. Corècteur à l’Imprimerie de Messieurs Elsêvir.
    Je baise très humblement les mains à Monsègneur de Thou. »

    1. Nicolas Heinsius, fils de Daniel (mort en 1655).

    2. Jacques-Auguste ii de Thou
    3. , v. note [36], lettre 294.
    4. « Quoique les Elsevier aient publié plusieurs traités de grammaire de N. Duez, consignés dans leurs catalogues, je n’ai point remarqué que le système bizarre et original de leur Correcteur en titre ait eu assez d’importance pour qu’ils de décidassent à les imprimer » (note de Jacob). Nathanaël Duëz (1609-1669) est un grammairien hollandais originaire d’Alsace.

    5. Godart-Adrien de Reede, seigneur d’Amerongue, homme politique et diplomate hollandais, était entré dans le gouvernement de la province d’Utrecht en 1643. Il fut, en 1660, le premier ambassadeur que les Provinces-Unies envoyèrent en Espagne (Moréri). Il mourut vers 1691.

    6. « L’homme est un dieu pour l’homme », v. note [15], lettre 630
    7. .
    8. « Pour un ami endormi, l’autre veille » est la forme complète de ce proverbe.

14.

Confrère de Christiaen Utenbogard à Utrecht, Willem Canter a correspondu avec Guy Patin, mais il ne nous est resté qu’une lettre de leurs échanges.

a.

Au verso de la lettre (portant les résidus d’un cachet) :

  • au milieu, de la plume de Guy Patin,

    Viro clarisismo
    D. Christiano Utenbogardo,
    Doctori Medico celeberrimo,
    Ultrajectum
    .
    [Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, illustrissime docteur en médecine, à Utrecht.] ;

  • en haut, de la plume de Christiaen Utenbogard,

    Recepi 14 Mai 1652.
    Resp. 14 Junij 1652
    .
    [L’ai reçue le 14 mai 1652. {a} Y ai répondu le 14 juin 1652].


  1. Ou Patin a postdaté sa lettre (du 18 mai), ou Utenbogard a antidaté sa réception (le 14 mai). Après l’énigme calendaire sur la date où la lettre fut mise en vente à Paris, en voici donc une autre. Tout ce qu’on peut en dire de sûr est que Patin ne s’est pas mépris en écrivant que le 18 mai 1652 fut un samedi, ce qui rend plus vraisemblable une erreur d’Utenbogard. Il avait fallu au moins une semaine au porteur de la lettre pour aller de Paris à Leyde, chez Simon Moinet, puis de là à Utrecht (une soixantaine de kilomètres plus à l’est) ; mais elle avait pu ne pas quitter Paris le jour même où Patin l’avait écrite.

Nous avons aussi inséré cette lettre à sa place dans la série chronologique de la Correspondance, en date du 18 mai 1652.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Une lettre inédite de Guy Patin venue de Russie.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8005
(Consulté le 25.01.2020)

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