Annexe
La bibliothèque de Guy Patin et sa dispersion

Livres

La passion de Guy Patin pour les livres a été telle qu’on lui a attribué la paternité du mot bibliomanie (v. note [16], lettre 299, et ma conférence à l’École des chartes du 13 octobre 2015). [1][2] De la première à la dernière du millier de lettres en français que nous avons de lui, l’amour de l’imprimé a été le principal aiguillon de sa correspondance, avec l’obsession non seulement de posséder, mais aussi d’avoir lu et retenu tout ce qui se publiait sur les nombreux sujets qui l’intéressaient : médecine, histoire, controverses religieuses et philosophiques, littérature latine classique… Sa bibliothèque était renommée parmi les savants de son temps, il en tirait une extrême fierté. « J’aime fort la vie sédentaire et à ne me point éloigner de Paris à cause de mes livres » (lettre du 12 septembre 1646 à Claude ii Belin).

En décembre 1650, quand il acheta sa maison de la place du Chevalier du Guet (vLa maison de Guy Patin…), [3] il confiait à André Falconet sa joie de disposer bientôt d’une grande salle et d’en faire son étude pour y arranger commodément ses neuf ou dix mille volumes (lettre du 2 décembre 1650). Les livres furent disposés sur des étagères (tablettes) couvrant les murs de la grande salle du premier étage et ceux d’une petite chambre attenante. L’installation commença aux premiers jours de 1651 : « Tous mes volumes in‑fo sont portés et rangés en leur place, il y en a déjà plus de 1 600 en ordre ; nous commençons à porter les in‑4o, auxquels succéderont les in‑8o, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la procession qui durera encore un mois » (lettre du 24 janvier 1651 à Charles Spon). Sa collection de livres était ce que Patin avait de plus précieux : est lumen oculorum meorum et laborum solatium[1] « J’ai fait moi seul toute ma bibliothèque et acheté tous mes livres, j’en ai pour plus de 40 000 francs », déclarait-il fièrement à Falconet le 3 juin 1661. Dans ses lettres de 1662, Patin a dit à Reiner von  Neuhaus (18 mai) avoir plus de quinze mille livres dans sa bibliothèque, et quatorze mille à Giulio Torrini (26 décembre). Il a mentionné son trésor pour la dernière fois dans sa lettre du 25 septembre 1665 à Falconet : « J’ai céans les maçons qui m’ont fait remuer la moitié de mon étude et ôter plus de 6 000 volumes de leur place pour les laisser travailler à un gros mur mitoyen qu’il faut refaire. »

Le sinistre naufrage qui survint ensuite n’a laissé aucune trace dans les lettres de Patin. Encore aujourd’hui, le contrat de donation du 14 décembre 1667 [2] abasourdit quiconque éprouve la moindre attachement pour notre épistolier :

« Furent présents en leurs personnes noble homme Guy Patin, conseiller et médecin du roi, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris et professeur au Collège royal de France, et damlle Jeanne de Janson sa femme, [4] de lui autorisée pour l’effet qui ensuit, demeurant au carrefour du Chier du Guet, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois. Lesquels ont dit que ledit Sr Patin ayant depuis longtemps assemblé avec beaucoup de peine et de soin une bibliothèque, a demandé qu’elle soit conservée avec le même soin. Ils ont trouvé à propos de la donner à celui de leurs enfants qui en peut faire un meilleur usage tant par sa profession que par sa conduite. [3] C’est pourquoi volontairement ont reconnu et confessé avoir donné, cédé, quitté et délaissé, donnent, cèdent, quittent et délaissent, par imputation, [4] par donation favorable faite entre vifs par la meilleure forme et manière que faire se peuvent, à noble homme Robert Patin leur fils aîné, [5] aussi conseiller et médecin du roi, docteur régent de ladite Faculté de médecine à Paris et professeur audit Collège royal de France, demeurant rue des Lavandières sise paroisse Saint-Germain, [5] à reprendre en acceptant tous et chacun des livres qui composent ladite bibliothèque, avec les tablettes où sont lesdits livres et les bureaux et tableaux en dépendant, étant en deux chambres en la maison desdits Sr et damlle Patin demeurant au carrefour dudit Chier du Guet ; lesdits livres contenus et mentionnés en un mémoire que ledit Sr Patin donateur en a fait, qui a été signé en fin par lesdites parties et à leur requête, par les notaires soussignés et par chacun desdits donateurs ; sans de ladite bibliothèque réserver aucune chose, sinon l’usage la vie durant dudit Sr Patin père par forme de constitut de précaire ; [6] et laquelle bibliothèque lesdits Sr et damlle Patin donateurs estiment la somme de 10 000 livres qui est le prix à peu près qu’elle a coûté audit Sr Patin, [7] et pour laquelle somme de 10 000 livres, lesdits Sr et damlle Patin font la présente donation audit Sr leur fils en avancement d’hoirie de leur future succession, pour de ladite bibliothèque jouir, servir et disposer par ledit donataire comme de chose lui appartenant et pour lui être et demeurer propre et aux siens de son côté et lignée. […]
Fait et passé en ladite maison desdits Sr et damlle Patin père et mère audit carrefour du Chier du Guet le 14e jour de décembre de l’an 1667 après midi, et ont signé

Guy Patin, Jeanne de Janson, Jacques Despriez, Robert Patin, Philippe Gallois. » [8][6][7]

L’inventaire après décès de Robert Patin répertorie ce contrat (item 23 des « titres et papiers », fo 14 ro[9] « avec lequel sont attachées 16 pièces qui sont une requête portée à Nosseigneurs de Parlement par Mre Robert Leschassier, [10][8] cinq arrêts de ladite Cour et autres procédures ». L’item 35 du même inventaire (fos 17 vo et 18 ro) est :

« Un livre couvert de parchemin, [9] chiffré des deux côtés, recto et verso, jusqu’au nombre de 245, commençant par ces mots “Catalogue de mes livres selon l’ordre et le lieu qu’ils en sont”, et à côté “20 août 1634” ; en fin duquel livre et sur le dernier feuillet, coté 245, il est écrit “Le présent mémoire de livres contenant 123 feuilles, écrit de la main de Me Guy Patin, a été signé et paraphé par ledit Patin, damlle Jeanne de Janson, sa femme, et par Me Robert Patin, leur fils, suivant le contrat de donation passé par devant les notaires soussignés ce jourd’hui 4 décembre 1667”, signé Guy Patin, Jeanne de Janson Patin, Despriez et Gallois avec paraphe ; dans lequel livre s’est trouvée une feuille séparée et déchirée écrite des quatre côtés où sont encore plusieurs livres, en marge de laquelle est écrit “du 20 mai 1659”. » [11]

Au moins deux hypothèses peuvent expliquer l’abandon par Guy Patin de la chose qui lui était la plus chère au monde.

Demeurée sous la garde et dans la jouissance de Guy Patin, il est probable que sa bibliothèque ne subit d’abord aucun dommage ; mais Robert Patin et son épouse avaient engagé une procédure devant le Parlement de Paris, dont cette opulente bibliothèque était vraisemblablement le principal enjeu. Le 2 avril 1669, un bail signé par devant les notaires De Troyes et Pillault, [12][11][12] concluait le différend familial aux sévères dépens de Guy Patin et de ses livres (an mc liasse et/cii/65) :

« Furent présents noble homme Guy Patin […] et damoiselle Jeanne de Janson, son épouse qu’il a autorisée et autorise pour l’effet des présentes, demeurant place du Chevalier du Guet, paroisse de Saint-Germain de l’Auxerrois ; lesquels, sur ce que noble homme Robert Patin, leur fils aîné […], leur a témoigné qu’il avait désiré jouir de l’utilité et avantage qu’il a toujours espérés par la donation à lui faite par lesdits Sr et damlle, ses père et mère, de la bibliothèque d’icelui Sr Patin père, et goûter dès à présent le fruit de ladite donation pour d’autant plus facilement parvenir aux généreux et louables desseins de sa profession ; et voulant lesdits Sr et damlle Patin, de leur part, lui témoigner la continuation de leur bienveillance et affection, avaient volontiers consenti à ladite proposition et accordé à sa prière la jouissance et possession pleine et entière de ladite bibliothèque, tablettes, bureaux, tableaux et autres choses en dépendant, et ce dès à présent, nonobstant la réserve que ledit Sr Patin père avait faite de l’usage et jouissance de ladite bibliothèque sa vie durant par le contrat de ladite donation passée par devant Despriez et Gallois, notaires au Châtelet de Paris, le 14e décembre 1667 ; bien plus et pour plus grande commodité audit Sr Patin fils de ladite jouissance et usage d’icelle bibliothèque, et de la délivrance actuelle que lesdits Sr et damoiselle, père et mère, lui en veulent faire pour y parvenir et satisfaire dès à présent à l’intention de ladite donation, lui ont offert à loger portion de ladite maison, dans laquelle portion sont comprises les chambres où est ladite bibliothèque ; laquelle offre ledit Sr Patin fils avait acceptée, et remercié lesdits Sr et damoiselle ses père et mère de leur bonté ; en moyen de quoi a été fait et passé ce qui ensuit. C’est à savoir que lesdits Sr et damoiselle Patin ont volontairement reconnu et confessé avoir baillé et délaissé à titre de loyer et prix d’argent du jour et fête de Pâques prochains < 21 avril 1669 > pour les lieux qui sont encore de présent occupés par le Sr Noël Tiraud, marchand épicier en Grève, [13] et pour le surplus dès à présent, le tout jusques à six ans dudit jour de Pâques prochain, ensuivant et consécutifs, et promettent faire jouir ledit temps durant audit Sr Robert Patin leur fils aîné, demeurant présentement rue des Lavandières, paroisse de Saint-Germain de l’Auxerrois, et de présent prenant et retenant pour lui auxdites fêtes, ledit temps durant, la portion de maison ci-après déclarée […]. [13]
Et pour ces mesures présentes au moyen dudit bail et pour les raisons susdites, lesdits Sr et damoiselle Patin ont fait et font par cesdites présentes délivrance réelle et actuelle audit Sr leur fils, ce acceptant, de la susdite bibliothèque, bureaux, tablettes, tableaux et autres choses en dépendant et comprises en la donation ci-dessus mentionnée, pour de tout en faire et disposer ainsi qu’il avisera bon être aux termes de ladite donation, même les enlever et sortir de ladite maison quand bon lui semblera, soit qu’il fasse sa demeure ailleurs ou par quelque autre raison que ce puisse être, attendu le désistement que fait par ces présentes ledit Sr Patin père de l’usage qu’il s’était réservé sa vie durant desdits livres et bibliothèque par ladite donation ; et pour plus de marque et justification de ladite délivrance, ledit sieur Patin père a présentement baillé et délivré audit Sr son fils les clefs desdites deux chambres de ladite bibliothèque […].
Fait et passé à Paris en la demeure desdits Sr et damlle bailleurs susdits, l’an 1669, le 2d jour d’avril après-midi, et ont signé

Guy Patin, Jeanne de Janson, Claude De Troyes, Robert Patin, Louis Pillault. »

L’inventaire après décès de Robert Patin [13] répertorie deux bibliothèques rangées au premier étage de la maison du Chevalier du Guet.

La BnF conserve deux exemplaires d’un Inventaire des livres in‑folio de la bibliothèque de défunt M. Patin, vivant docteur et régent en la Faculté de médecine de Paris[23] avec cette indication à la fin : « On vous donne avis que le reste des livres les plus curieux, tant in‑quarto, in‑octavo et in‑douze sont en paquets et en très grand nombre, et qu’on commencera la vente le [16e du mois de janvier 1673] en la maison du défunt sieur Patin, rue et place du Chevalier du Guet ; où ceux qui désireront acheter des livres, soit en gros ou en détail, sont priés de se trouver ». [24] Selon le patient relevé que Laure Jestaz [19] en a fait, cet opuscule contient 939 titres, soit approximativement 1 265 volumes in‑fo ; ce qui est sensiblement inférieur aux quelque 1 600 dont Guy Patin s’était enorgueilli au début de 1651 (mais sans pouvoir déterminer le nombre atteint à la fin de 1667 quand eut lieu la cession de la bibliothèque à Robert). La différence (sans doute bien plus de 350 volumes) représente ce que Robert Patin et sa femme ont dû vendre au nez et à la barbe de Guy, qui n’en pouvait mais, entre la cession sans condition de sa bibliothèque à son fils aîné (avril 1669) et son décès (avril 1672).

Tous les livres ne furent pas vendus en 1673 car le 13 février 1674 la veuve de Robert signait un contrat cédant les dernières reliques de la grande bibliothèque que son beau-père avait constituée : [25]

« Furent présents damlle Catherine Barré, veuve de sieur noble homme Robert Patin, < de son > vivant conseiller médecin ordinaire du roi, docteur régent en la Faculté de médecine de Paris et professeur au Collège royal, demeurant place du Chevalier du Guet, paroisse Saint-Germain de l’Auxerrois, d’une part, et honorées personnes Guillaume Macé, [26][20] marchand libraire bourgeois de Paris, et Marie Blézy, [21] sa femme, qu’il a autorisée et autorise pour l’effet des présentes, demeurant rue de la Huchette, paroisse Saint-Séverin, d’autre part ; lesquelles parties sont convenues et ont fait entre elles le marché qui ensuit. C’est à savoir que la dite damlle a vendu et vend par ces présentes auxdits Macé et sa femme, ce acceptant, tous et chacun des livres qui composent le reste de la bibliothèque dudit défunt Sr < Robert > Patin, son mari, tant en paquets que volumes in‑fo et autres, séparés et particuliers, étant dans une grande chambre au premier étage sur le devant de la maison de ladite damlle[27] sans aucune chose en escompte ni réserve, et ce moyennant et sur le pied de l’estimation et prisée qui en a été faite par de Bats et Guillery lors du décès dudit feu Sr Patin, et encore par Baudouin [22] et ledit de Bats, [28] après le décès de feu M. < Guy > Patin père, suivant le mémoire et catalogue de ladite prisée et recollement desdits livres ; [29] dont de tout lesdits Macé et sa femme ont dit avoir bonne connaissance, et même avoir vu et visité ce qui reste de ladite bibliothèque dans ladite chambre, et [un mot illisible], sur le pied de la crue de ladite prisée, [30] acquis que le tout se puisse monter, tant pour ladite estimation et prisée que pour ladite crue, sans aucune déduction ni diminution, sinon de la somme de 300 livres à supputer sur le total de ladite prisée et crue, sur lequel pied le présent marché est fait et a cours aux conditions ci-après, savoir : que les tablettes de ladite bibliothèque appartiendront aux parties, et chacun par moitié ; que, pour le débit et vente que lesdits Macé et sa femme prétendent faire desdits livres, ladite damlle souffrira que lesdits livres demeurent dans ladite chambre pendant deux mois de ce jour, durant lequel temps lesdits Macé et sa femme auront la liberté d’y entrer et sortir quand bon leur semblera, toutefois en la présence de ladite damlle et non autrement, et à condition expresse que lesdits Macé et sa femme seront tenus, comme ils promettent solidairement, l’un pour l’autre, chacun d’eux, un seul pour le tout, sans division ni discorde aux renonciations et requêtes, de bailler et payer à ladite damlle Patin le prix de ladite vente ; attendu qu’ils ne débiteront lesdits livres et, par chacun jour de la vente, qu’ils ne feront d’iceux aucun sortir de ladite maison, sans qu’ils puissent détourner aucun desdits livres, ni faire crédit à qui que ce soit, si ce n’est du consentement de ladite damlle ; et avant que de pourvoir audit débit, seront tenues lesdites parties de faire un mémoire ou recollement desdits livres sur ceux précédemment faits avec la somme à quoi se trouveront monter la prisée et crue, lequel mémoire ou recollement sera arrêté par icelles parties et au bas d’icelui, lesdits Macé s’en chargeront d’abondant, [31] reconnaissant avoir dès à présent la clef de ladite chambre. Le tout acquis, les parties promettent satisfaire surpaye [32] de 300 livres payables par le contrevenant à l’acquiesçant [33] par forme de dommages et intérêts, sans toutefois qu’à l’égard de ladite damlle Patin, elle puisse encourir ladite peine si ce n’est par le défaut d’exécution de sa part, et non de celle des créanciers du susdit Sr Patin, dont elle ne pourra être garante ni responsable, car ainsi a été accordé entre lesdites parties […].
Fait et passé à Paris en l’étude de Pillault et Garnier, [34][23] notaires soussignés, l’an 1674, le 13e jour de février après midi, et ont signé, sans ladite femme Macé qui a déclaré ne savoir écrire ni signer et en fut interpellée,

Catherine Barré, Charles Garnier, Guillaume Macé, Louis Pillault. »

Ce contrat nous frustre de renseignements sur le nombre et le prix des derniers livres qui allaient être mis à l’encan : les 300 livres tournois que Macé se réservait pour salaire de sa peine ne permettent pas de se faire une idée exacte du montant total de la vente ; pour seule certitude, la grande salle qui avait été le cabinet de Guy Patin suffisait à contenir les restes de sa bibliothèque, sans plus besoin de la chambre attenante qui lui servait d’annexe.

Tout cela ne se fit pas sans querelles ni procès, dont un plus patient chercheur élucidera sans doute un jour les méandres en déchiffrant d’autres archives.

Archives manuscrites

Il reste à faire quelques spéculations sur la masse de documents manuscrits que Guy Patin remisait dans sa bibliothèque, aux côtés de ses livres. À ce que nous en montrent les maigres restes disponibles, il s’agissait : de notes écrites en lisant ou en méditant pour alimenter ses cours ou ses rêves de traités médicaux, ou simplement pour aider sa mémoire à retenir un fait ou une idée remarquable ; et surtout de sa correspondance.

Ces innombrables liasses que Patin avait accumulées sa vie durant, sans doute classées pêle-mêle, devaient bien occuper quelques tablettes de sa bibliothèque. Prises pour de la paperasse sans valeur, le temps les a presque entièrement dévorées. Pour qui s’intéresse à Patin et à son époque, ce qui en subsiste est sans prix ; si insignifiant que puisse paraître un billet griffonné par Mme Patin, priant son mari de ne pas laisser traîner ses livres dans la maison. [39]

Comme elle l’a déjà opportunément prouvé à maintes reprises depuis mars 2015 (v. l’Actualité du site), notre édition a la vertu de pouvoir être constamment mise à jour. Aussi y accueillons-nous avec joie et gratitude les reliques patiniennes qu’on veut bien nous communiquer, pour les replacer dans leur contexte et les livrer aux curieux.


1.

« Elle est la lumière de mes yeux et le soulagement de mes labeurs » (v. note [29], lettre 532).

Un recensement (effectué le 27 juin 2018) des formats de livres cités dans les 21 940 notes de fin de notre édition compte :

  • 781 in‑fo (dont 58 in‑6o) ;

  • 1 469 in‑4o ;

  • 1 327 in‑8o ;

  • 595 in‑12o ;

  • 40 in‑16o.

Ce total de 4 212 ouvrages (sans compter les thèses en placards) reste éloigné des « 6 000 volumes » que Guy Patin se targuait de posséder en 1667.

2.

Pièce conservée au Minutier central des Archives nationales, liasse et/lxxv/137.

La donation avait lieu un mois après la fuite de Charles Patin (v. note [7], lettre 928), préférant l’exil aux poursuites pour librairie clandestine et pour crime de lèse-majesté.
3.

Allusion possible à la mauvaise conduite de Charles Patin, alors empêtré dans les poursuites qui l’avaient obligé à fuir la France à la mi-novembre 1667 (v. les Déboires de Carolus).

4.

Imputation : « compensation et déduction d’une somme sur une autre » (Furetière).

5.

Il existait à Paris deux rues des Lavandières :

  • celle où habitait Robert Patin (comme son père jadis, jusqu’en 1651) sur la rive droite de la Seine, devenue rue des Lavandières-Sainte-Opportune (ier arrondissement, v. plan dans La maison de Guy Patin…), était rattachée à la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois ;

  • l’autre, rive gauche (ve arrondissement), allait de la place Maubert à la Sorbonne.

6.

« Un donateur abandonne la propriété de ses biens à un autre et déclare qu’il ne veut jouir de l’usufruit qu’il s’est réservé que par un constitut de précaire, c’est-à-dire, par souffrance et comme par emprunt » (Furetière).

7.

Ce montant est fort éloigné des 40 000 francs (livres tournois) que Guy Patin estimait être le coût de sa collection de livres en 1661 (lettre du 3 juin à André Falconet) ; mais en sous-estimant autant, Patin pouvait vouloir se mettre à l’abri de ses créanciers ou favoriser son fils Robert.

8.

Jacques Despriez (Notaires de Paris, étude xiv) a exercé rue du Temple du 31 décembre 1663 au 18 juillet 1697, et Philippe Gallois (étude lxxv), rue Sainte-Avoye du 30 juillet 1636 au 22 mars 1687.

9.

V. note [13] de La maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet.

10.

V. note [5], lettre 871, pour Robert Leschassier, conseiller au Parlement. Les méandres de cette procédure restent à débrouiller.

11.

« Le dernier feuillet de laquelle est déchiré en partie » : ajout dans la marge, appelé par une croix dans le texte en regard. Ce précieux catalogue de 245 pages, commencé en 1634 et sans doute régulièrement tenu à jour, semble définitivement perdu, tout comme son annexe de 1659.

12.

Claude de Troyes (Notaires de Paris, étude cxxii) a exercé rue Saint-André-des-Arts, du 12 mars 1668 au 2 août 1683.

Louis Pillault (étude cii) a exercé rue du Marché-Palu du 30 avril 1668 au 28 mai 1688.

13.

Suit la description des parties baillées,

« moyennant la somme de 500 livres de loyer pour et par chacune des susdites six années que ledit Sr preneur {a} a promis et s’est obligé bailler et payer auxdits Sr et Damlle bailleurs ». {b}

Je ne suis pas parvenu à faire exactement correspondre cette « portion de maison » louée avec celle qui est détaillée dans l’inventaire après décès de Robert Patin (vLa maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet). Elle incluait :

« une cave, le dessous de la porte servant de remise de carrosse, moitié de l’écurie, une cuisine pour buée, {c} une salle basse attenant l’écurie, les deux chambres au premier étage où est de présentement la susdite bibliothèque, {d} et le second étage ayant vue sur la rue, {e} ainsi que les deux chambres dessus ladite bibliothèque ; consistant ledit second étage en deux chambres à cheminées avec leurs garde-robes et un petit cabinet grenier au-dessus, et une chambre du second étage de l’aile gauche {f} avec un petit grenier au-dessus, et deux cabinets, l’un sur l’autre étant au-dessus du privé. » {g}


  1. Robert Patin.

  2. Guy et Jeanne Patin, son épouse.

  3. Buanderie.

  4. Cela signifie clairement que, dès avril 1669, Robert Patin avait pris possession, au premier étage, de la grande salle de travail et du cabinet attenant, soit le « saint des saints » de son père, qui y avait rangé tous les livres qui composaient sa riche bibliothèque.

  5. Sans doute pour dire la place du Chevalier du Guet.

  6. Petite aile du bâtiment, probablement perpendiculaire à l’arrière (ouest) de son corps principal (orienté est-ouest).

  7. Cabinet d’aisance, v. note [59], de La maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet.

14.

Le bail que ses parents avaient signé le 2 avril 1669 en faveur de Robert Patin ne fait pas précisément état de ce cabinet, mais il est mentionné dans l’inventaire après décès de Robert (v. note [55] de La maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet) : il était attenant à la grande salle où Patin avait installé son étude et sa grande bibliothèque (v. note [8], lettre 261).

15.

Les titres de 64 volumes in‑fo sont détaillés. Le reste des livres était emballé dans des paquets marqués chacun d’une capitale d’imprimerie : 7 paquets contenant 32 in‑fo, 12 pour 144 in‑4o, 8 pour 140 in‑8o, 9 pour 217 in‑12o et 2 pour 46 in‑24o. Cette description par colis suggère que Robert Patin avait plutôt remisé que disposé ses livres dans ce cabinet.

16.

Élie Josset, libraire et relieur, avait été reçu en 1660. Il exerça jusqu’en 1702 au moins rue Saint-Jacques, au coin de la rue de la Parcheminerie, à La Fleur de lys d’or.

Pierre de Bats avait été reçu libraire en juin 1662, établi « rue Saint-Jacques, à L’Image Saint-François, proche la fontaine Saint-Séverin » (Renouard). Il avait épousé Anne Guillery, sœur de Jean qui est mentionné plus bas (v. infra note [20]).

17.

« En termes du Palais, on appelle paraphé ne varietur un acte important qu’on collationne, sur lequel il y a quelque contestation ou inscription en faux à appréhender. Chacune des parties le paraphe avec l’officier afin qu’on n’en puisse pas supposer un autre en sa place » (Furetière).

18.

Guy Patin a mentionné François Bastonneau dans ses lettres en le disant marchand de Paris. Il était fils de Claude Bastonneau, bourgeois de Paris, et de Catherine Langlois (v. note [33], lettre 523). L’inventaire après décès de Robert Patin (fo 1 ro) le déclare « conseiller du roi assesseur et premier élu en l’élection de Paris, demeurant au port [aujourd’hui quai aux Fleurs sur l’île de la Cité] et paroisse Saint-Landry », subrogé tuteur de quatre enfants mineurs de Robert.

19.

Étienne Thomas (Notaires de Paris, étude lvii) a exercé rue de la Calandre du 27 août 1653 au 31 décembre 1674.

20.

Jean Guillery, beau-frère de Pierre de Bats (v. supra note [16]), avait été reçu libraire-imprimeur en juin 1662. Son père, Jacques Guillery, s’était installé en 1649 « rue des Sept Voyès, devant le Collège de Fortet, proche Montaigu » (Renouard).

21.

Inattention des tabellions : « la rue » pour « la place » (du Chevalier du Guet).

22.

En 1670, cette annexe de la grande salle du premier étage (v. supra note [14]) devait contenir des livres de deux origines : ceux que Robert Patin possédait en propre (répertoriés comme « première bibliothèque »), et d’autres qui avaient appartenu à son père jusqu’en 1667 (répertoriés comme « seconde bibliothèque »).

Le seul fait assuré est que cet item 36 a été rédigé après une interruption de l’inventaire durant près de deux mois, du 27 juin au 19 août 1670, et après avoir remplacé un des deux libraires priseurs (Guillery à la place de Josset).

L’item 37 (fo 19 ro) est d’ailleurs « La sentence en parchemin rendue au Châtelet le 15e juillet dernier par laquelle les susdits de Bats et Guillery ont été nommés à dessein pour faire la prisée de la susdite bibliothèque ». On peut raisonnablement en déduire que Guy Patin ou sa bru avait contesté une première estimation jugée trop basse.

À compter de la mort de Robert, Guy Patin dut prendre la précaution de faire livrer chez un libraire de confiance les livres prêtés qu’on lui renvoyait (v. note [4], lettre 1016).

23.

Sans lieu ni nom de libraire, ni date, petit in‑8o de 31 pages (Imprimés, cotes Delta‑3149 et Delta‑10670) ; le M. Patin qui figure dans ce titre est Robert et non pas Guy (qui n’était plus propriétaire des livres depuis décembre 1667, avec impossibilité d’y accéder à partir d’avril 1669). L’auteur de la note manuscrite anonyme qui est collée au début de la cote Delta‑10670 s’y est laissé prendre :

« C’est le catalogue du célèbre Guy Patin, mort en 1672. Il est fort mal fait : les titres y sont très abrégés ; il n’y a ni classification, ni numéros d’ordre. Comme on le pense bien, il y a là d’excellents livres, dans tous les genres. Le libraire expert, qui n’estimait que les in folio, a dédaigné d’y mettre les autres formats […]. L’Amateur d’autographes, 16 avril 1864, no 56. » {a}


  1. Cette note est la copie des pages numérotées 124-125 de ce journal, au no 19 de la rubrique intitulée Bibliographie des catalogues de livres, analysant l’Inventaire paru en 1673 ; rubrique qui a commencé dans le no 50 de L’Amateur d’autographes (16 janvier 1864, page 17), avec cette introduction : « Abordons maintenant l’inventaire de l’immense collection de catalogues réunie par M. Julien, en commençant par le premier en date. »

24.

La date mise entre crochets n’est spécifiée que dans la cote Delta‑10670 ; dans la cote Delta‑3149, elle a été laissée en blanc.

25.

Minute de trois pages (an mc liasse et/cii/80).

26.

Guillaume ii Macé, fils de Guillaume i (v. note [7], lettre 113) et d’Antoinette Amangeart, avait été reçu en 1655. Après sa mort, vers 1694, sa veuve, née Marie Blézy, exerça au moins jusqu’en 1705, « au bout du Pont-Neuf, au coin de la rue Dauphine, dans la maison de Barême » (Renouard).

27. Déclaration établissant que Catherine Barré-Patin avait alors acquis toute l’ancienne maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet.
28.

Pierre Baudouin, libraire de Paris, avait été reçu en 1650, installé près des Augustins ; il mourut en 1679 (Renouard).

29.

Recollement : « comparaison qu’on fait des meubles ou papiers, qui sont en nature, avec l’original de l’inventaire qui en avait été fait quelque temps auparavant » (Furetière).

Il faut comprendre qu’à la mort de Guy Patin (avril 1672), on jugea utile de refaire un inventaire et une prisée de ce qui avait été sa bibliothèque, pour la comparer à celle de 1670 et recenser les livre qui avaient pu en disparaître.

30.

Crue : « en termes de Palais, est un parisis, ou cinquième denier [20 pour cent], qu’on ajoute à l’estimation des meubles prisés par un sergent, et qui sert de supplément pour les remettre à leur juste valeur. Quand les meubles d’un inventaire n’ont point été vendus à l’encan, on les estime avec la crue dans un compte, dans un partage » (Furetière).

31.

En outre.

32.

Gratification accordée au-dessus de la paye ordinaire.

33.

Au plaignant.

34.

Charles Garnier, notaire (Notaires de Paris, étude xxix), a exercé du 25 mai 1666 au 8 février 1703 en l’île de la Cité, près Notre-Dame.

35.

Quatre destinataires français de Patin (André Falconet, Charles Spon, Claude ii Belin et Hugues de Salins) prisaient ce qu’il leur écrivait, et conservaient soigneusement les nouvelles et les avis qu’ils recevaient de lui. Le nombre ce ces courriers approche le millier et cela a fait la substance toutes les éditions des Lettres qui se sont succédé depuis la fin du xviie s.

36.

Dans les quelques cas où la lettre (à Thomas Bartholin, Christiaen Utenbogard ou Johann Daniel Horst) existe à la fois sous forme d’un brouillon et d’un texte publié dans un livre, seules d’infimes différences existent entre les versions manuscrites et imprimées.

Sans ces brouillons, notre édition ne contiendrait que 28 lettres adressées à des étrangers (au lieu de 354). Ces précieux témoins ont soit été imprimés dans des recueils épistolaires, soit épargnés par la destruction dans leur forme manuscrite ; dispersés au gré des successions et des ventes, ceux-là se trouvent au jourd’hui dans des bibliothèques capricieusement semées par toute l’Europe. Parmi quelques autres rares surprises, la lettre inédite de Guy Patin venue de Russie en procure un éloquent exemple.

37.

Quand on trie les papiers d’un défunt ou d’un ancêtre, quelle valeur accorde-t-on en effet le plus souvent, si on n’est pas archiviste, à un manuscrit qui n’est pas de sa main et dont la signature n’est pas reconnue pour celle d’une personne célèbre ?

38.

V. note [1], lettre latine 172, pour les deux lettres qu’Adolf Vorst a écrites à Patin les 4 septembre et 4 novembre 1661 qui sont conservées l’une à l’Université d’Uppsala et l’autre au Collège de France. Elles donnent tout son sens et tout son sel à la réponse de Patin le 3 janvier suivant, dont le brouillon se trouve dans le Ms BIU Santé 2007. Ces coïncidences qui tiennent du miracle ne sont malheureusement que trop exceptionnelles.

39.

V. le paragraphe intitule Intermède : un billet de Jeanne Patin dans les Leçons au Collège de France.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : La bibliothèque de Guy Patin et sa dispersion.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8012
(Consulté le 26.09.2020)

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