Annexe
Avis critiques sur les Lettres de Guy Patin : Voltaire, Sainte-Beuve, Nisard, Pic, Mondor, Jestaz, Capron

Voltaire [a][1][2]

Sainte-Beuve [b][3][4]

Charles Nisard [c][27][28]

« Plusieurs fois déjà j’ai parlé, dans cette Revue[11] de Guy Patin ; j’y ai surtout déchargé ma bile sur les éditions anciennes et modernes des Lettres, où ce croque-mitaine des chirurgiens-barbiers et des antimoniaux a si largement épanché la sienne, édition dont les sottes et innombrables fautes de toute nature en déshonorent le texte et en font quelque chose d’assez semblable aux petits livrets populaires imprimés à Troyes, au siècle dernier, par les Baudot et les Oudot. [12] À la curiosité qui m’avait guidé d’abord dans l’examen de ces monuments de l’impéritie tant des imprimeurs que des éditeurs, [29] se joignit bientôt un vif désir de venger l’auteur aussi maltraité. Mais comme je ne me sentais pas en mesure de le faire moi-même avec succès, j’en appelai à quelque réparateur armé, à cet effet, de toutes pièces, c’est-à-dire de toutes les connaissances nécessaires pour bien comprendre, éclaircir et annoter un auteur qui réclame à chaque page un pareil secours. Ce réparateur est encore à venir. Ce n’est pas que j’aie un culte pour Guy Patin, ni que je pousse les gens à venir à l’offrande ; l’homme en soi n’est pas adorable ; c’est à peine si, après avoir lu et relu ses lettres, on viendrait à bout seulement de l’aimer ; il y a autour de lui trop d’épines et en lui trop d’égoïsme ; mais c’est un écrivain original par excellence, dont la langue est pleine d’agréables surprises et surtout d’une clarté qu’on ne rencontre pas toujours, même dans les bons écrivains de ce grand siècle.

Un illustre auteur, illustre, dis-je, dans l’acception la plus rigoureuse du mot, et non dans le sens complimenteur et banal où on le prend aujourd’hui, a dit de Guy Patin “ qu’il donna, sans s’en douter, le premier modèle des lettres simples, naturelles, écrites non plus à des indifférents pour leur faire les honneurs de son esprit, mais à des amis pour le plaisir de s’épancher, par un auteur qui n’a souci ni du style, ni des ornements, et qui ne met dans ses lettres, comme il le dit lui-même (lettre clxxxiv), ni phébus ni Balzac. ” [13][30][31]

Il semblera téméraire, sans doute, d’ajouter quelque chose à un jugement si vrai et exprimé avec une si admirable concision ; toutefois, il resterait à faire voir avec quelque étendue ce que Guy Patin a mis dans son style, [32] autre que du phébus et du Balzac, et comment, avec toute sa simplicité, il abonde en images pleines de relief et de force, et en expressions véritablement de génie. J’en ai relevé quantité dans mes lectures réitérées de ses lettres, non sans admirer combien l’homme, sous l’empire de préjugés incurables, comme le fut Guy Patin, et dont tous les penchants sont à médire ou à maudire, peut trouver d’éloquence dans ces sources infectées, et, par cette éloquence, arriver quelquefois à nous rendre complices de sa malignité. » [14]

Pierre Pic [d][33][34]

Henri Mondor [e][37][38]

Laure Jestaz [f][49][50]

Épilogue : de l’exécrable médecin au mordant épistolier (Loïc Capron) [59]

Sans la prétention de rivaliser avec les six critiques dont je viens d’échantillonner les propos, j’ai l’avantage d’avoir passé bien plus de temps que chacun d’eux à labourer la Correspondance complète et les autres écrits de Guy Patin. Ayant plaisamment consacré dix-neuf années de mes loisirs à les transcrire et à les annoter pour comprendre son auteur, sa vie et sa pensée, je m’autorise quelques mots de commentaire.

Patin m’a souvent fait rire de fort bon cœur ; il m’a parfois ému ; je me suis régalé de son style ; mais il m’a aussi très souvent agacé et même consterné : sa myopie médicale, sa méchanceté, ses préjugés, ses médisances jalouses… Patinus degobillans[50] Par-dessus tout, son hypocrisie m’a le plus horripilé : hormis quelques traits superficiels, impossible de savoir qui est au fond le bonhomme et ce qu’il croit vraiment ; c’est un caméléon [60] qui ajuste constamment son propos aux idées de son correspondant, « qui se change en toutes sortes de couleurs, sous lesquelles il paraît travesti et joue divers personnages qu’il représente sur le théâtre de médecine » ; [51] il maudit papes, jésuites, purgatoire, grains bénits et carême quand il écrit à Charles Spon, le calviniste ; mais brocarde la rigueur et la bigoterie des huguenots de la « petite paroisse » [52] quand il écrit à André Falconet, le catholique. On ne peut jamais être certain que Patin est sincère ; il n’est pas honnête homme ; [53] je ne le voudrais pas pour ami. Il faut alors bien de la crédulité et bien de la partialité dans le tri de ses propos pour le ranger avec autorité parmi les libertins érudits. [54][61][62]

Reste une vaste énigme : de son vivant, le rayonnement médical de Patin fut incontestable, en France et par toute l’Europe (comme en atteste sa correspondance latine) ; qu’on adhérât ou non à ses idées, on écoutait ce qu’il disait et on en parlait beaucoup. Sa production imprimée a pourtant été fort minime : Traité de la Conservation de santé (1632), quelques thèses dont la retentissante Estne totus homo a natura morbus ? (1643), des éditions de Daniel Sennert (1641) ou de Caspar Hofmann (1646, 1647, 1668)… Très volontiers cité comme un oracle dans de nombreux ouvrages, Patin a été dédicataire d’une bonne vingtaine d’éditions, souvent prestigieuses. [55] Pourtant, tout professeur au Collège de France qu’il ait été, rien ne survit aujourd’hui des œuvres médicales de Patin : les scories qu’on peut en exhumer dans sa correspondance et dans ses autres écrits, n’inspirent guère la bienveillance à l’égard d’un des esprits médicaux les plus bornés de son siècle ; quand y brillèrent des flambeaux comme William Harvey, Jean Pecquet, [63] Thomas Bartholin, [64] ou Samuel Sorbière[65] Je vois deux pistes pour tenter de comprendre ce décalage entre le grand renom de jadis et son complet étiolement aujourd’hui ; ce fossé qui sépare Guy Patin de Thomas Diafoirus[66]

  1. Sa correspondance, notamment latine, en atteste abondamment : brillant enseignant, Patin avait séduit quantité de jeunes philiatres venus étudier de partout à Paris ; longtemps après, ceux-là pouvaient souvent éprouver cette nostalgie du premier professeur qui vous a enthousiasmé du haut de sa chaire ; très beau parleur, chaleureux et charmeur, quand il voulait l’être, Patin savait transformer cette admiration en sincère et fidèle amitié, et l’attiser par les saillies de sa plume familière, érudite et crépitante (tant en français qu’en latin).

  2. Fidèle aux préceptes rassurants des Anciens, Patin maintenait un semblant de cap dans les révolutions chimiques et anatomiques de son temps ; sa médecine pouvait séduire par son vernis de simplicité et de bon sens : régulière et saine hygiène de vie, peu de remèdes, simples et bien choisis, condamnation constante de la charlatanerie et de l’exploitation lucrative des malades, etc. Vieilles comme la médecine, ces recettes réconfortaient hier, comme elles font encore souvent aujourd’hui.

Patin avait l’ambition des humanistes, déjà vaine et fort dépassée au xviie s., de posséder tout ce qui avait été imprimé, d’avoir tout remisé dans sa bibliothèque et tout lu. Les mentions de livres, de thèses et de discours surabondent dans ses lettres ; à tel point que l’envie prend parfois au lecteur de sauter ces passages qui semblent d’indigestes longueurs. [56] C’est pourtant là que se trouve la meilleure part du festin : que de fois n’ai-je pas été émerveillé de découvrir les pépites que cachaient ses citations d’ouvrages ! [57] La Correspondance complète et autres écrits de Patin forme sans conteste l’encyclopédie médicale la plus complète et la plus distrayante des xvie et xviie s.

Au delà de son style pétillant et pittoresque, je pense que Patin vaut bien moins par sa personne que par les lucarnes sans nombre qu’il nous ouvre sur son temps, rejoignant volontiers en cela l’opinion de L. Jestaz et de F. Packard. [49] Ce fut un intarissable conteur d’histoires, mais avec le génie étriqué d’un atrabilaire recuit[58] Il singeait volontiers Joseph Scaliger ou Isaac Casaubon, [59] se contentant d’aduler de moins égalables modèles, tels Rabelais ou Érasme.

Une fois bien prévenu sur la personne de Guy Patin et sur l’immobilité de son dogmatisme, ses lettres et autres écrits méritent amplement d’être lus, pourvu que ce soit avec discernement : pour leur tournure singulière, pour leur curiosité historique et médicale, pour les multiples historiettes qui y fourmillent. Je n’y aurais sûrement pas consacré tant d’années s’ils ne m’avaient instruit, distrait et charmé, bien au-delà de tout ce qu’on peut justement leur reprocher.

Ami de Patin, Adrien de Valois était sûrement sincère et digne de foi quand il écrivait : [60][67]

« M. Patin le père était un bon homme et savant ; mais il n’était pas fort fidèle dans ce qu’il écrivait ; il allait un peu trop vite en besogne, et dès qu’une chose lui venait en pensée, fût-elle vraie ou non, il la mettait comme très certaine. Il y a dans ses lettres des sentiments un peu trop libres sur le fait de la religion : Sunt nonnulla, quæ Medicum nimis sapiunt ; [61] mais cela ne vient que de la précipitation qu’il avait à écrire, et non pas d’un méchant fonds qui fût en lui, car il était honnête homme. » [53]

N’allez pourtant pas croire ce que j’en dis, lisez donc Patin pour forger votre propre idée ; mais lisez-le beaucoup avant de la figer. [62][68]


1.

Ceux qui, en dépit de ce rude éreintement, conservent quelque goût pour les Lettres de Guy Patin se consoleront peut-être en lisant l’avis du même Voltaire sur Blaise Pascal (dont la notice précède immédiatement celles des Patin) :

« fils du premier intendant qu’il y eut à Rouen, né en 1623, génie prématuré. Il voulut se servir de la supériorité de ce génie comme les rois de leur puissance ; il crut tout soumettre et tout abaisser par la force. Ce qui a le plus révolté certains lecteurs dans ses Pensées, c’est l’air despotique et méprisant dont il débute. Il ne fallait commencer que par avoir raison. Au reste, la langue et l’éloquence lui doivent beaucoup. Les ennemis de Pascal et d’Arnauld firent supprimer leurs éloges dans le livre des Hommes illustres de Perrault. {a} Sur quoi on cita ce passage de Tacite : Præfulgebant Cassius atque Brutus eo ipso quod effigies eorum non visebantur. » {b}


  1. Charles Perrault : Des Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel… (Paris, Antoine Dezaillier, 1696-1700, in‑fo).

  2. « Cassius et Brutus, dont les portraits n’apparaissaient pas, les effaçaient tous par leur absence même » (Annales, livre iii, chapitre 76).

Pierre Pic (page xlix) a commenté avec esprit l’avis du philosophe des Lumières sur les Patin :

« Peut-être était-il délicat pour Voltaire d’exprimer une autre opinion au moment où il entreprenait d’écrire, en homme qui voit de haut, l’histoire d’un siècle qui n’était pas le sien. Depuis Voltaire, le goût public a changé. Faute de trouver des historiens capables d’emboucher tous les jours la trompette, on se contente aujourd’hui {a} d’écouter le son du flageolet ; ce n’est pas une raison pour approuver Patin de n’avoir jamais joué que du sifflet. » {b}


  1. En 1911.

  2. V. note [1], lettre 818, pour la vraisemblable surdité musicale de Guy Patin.

2.

Propos de Charles Patin et Jacob Spon dans la Préface de la première édition des Lettres (1683) et ses auteurs.

3.

V. lettres 428, 505, 518 et 635.

4.

V. lettre à André Falconet datée du 27 juin 1651.

5.

V. lettres à Charles Spon du 2 mars 1655 et du 24 octobre 1656.

6.

V. note [21], lettre du 9 avril 1660 à André Falconet.

7.

Cette expression ne se trouve pas dans la Correspondance, mais Guy Patin y écrit que son collègue Élie Béda des Fougerais est « grand valet d’apothicaires et grand cajoleur de belles femmes » (lettre du 16 août 1650 à Charles Spon).

8.

Lettre 339.

9.

Expression que Guy Patin a employée dans huit de ses lettres : 279, 421, 469, 516, 529, 540, 622 et 992.

10.

Dans ses lettres, Guy Patin a souvent parlé de ses soupers et de ses conversations avec le premier président Lamoignon, mais sans employer cette expression.

11.

Le texte de Charles Nisard avait précédemment paru dans La Revue médicale.

12.

Il s’agit de ce qu’on a appelé la Bibliothèque bleue : créée au début du xviie s. par Jean Oudot, libraire-imprimeur de Troyes, reprise et développée au siècle suivant par son confrère Baudot, elle publiait des textes populaires (romans de chevalerie, contes et légendes, almanachs, etc.) que les colporteurs débitaient à vil prix.

Charles Nisard a publié une Histoire des livres populaires, ou de la littérature de colportage, depuis le xve siècle jusqu’à l’établissement de la Commission d’examen des livres du colportage – 30 novembre 1852 (Paris, E. Dentu, 1864, 2e édition, 2 tomes in‑8o).

13.

La lettre clxxxiv de l’édition Reveillé-Parise correspond à la lettre 121 de notre édition (v. sa note [1]).

Une note du texte de Charles Nisard donne la source de sa citation :

« Histoire de la littérature française, par M. Désiré Nisard, {a} t. iii, p. 415, in‑12, 8e édition. » {b}


  1. Désiré Nisard (1806-1888), frère aîné de Charles, a été écrivain, critique littéraire, député orléaniste, directeur de l’École normale supérieure, professeur d’éloquence latine au Collège de France et membre de l’Académie française.

  2. Cette référence correspond aux pages 482‑483 du tome troisième de la 2e édition de cette Histoire (Paris, Firmin Didot, 1854, in‑8o).

14.

V. note [a], lettre latine 4, pour la suite de la préface de Charles Nisard et sa justification.

Je remercie Marie-France Claerebout, l’inlassable relectrice de notre édition, dont l’admirable talent bibliographique a débusqué ce texte.

15.

« Ce portrait (v. note [5], lettre 562) a été jugé digne, je serais bien embarrassé de dire pourquoi, de présider aux travaux bibliographiques des modernes philiatres à la Bibliothèque de la Faculté. Il y occupe la place d’honneur entre de magnifiques pots de pharmacie dont l’Assistance publique s’est démunie ces dernières années en faveur de cette bibliothèque » (note de P. Pic).

16.

Titre peut-être facétieux d’un journal dont je n’ai pas trouvé trace.

17.

Erreur de date, la bonne lettre est celle que Guy Patin a écrite à Charles Spon le 27 juin 1654.

18.

V. lettre à André Falconet du 4 novembre 1654.

19.

La Faculté de médecine de Paris, avec ses hautes salles des Écoles où se réunissait la Compagnie des docteurs régents, se situait rue de la Bûcherie (v. note [14] des Décrets et assemblées de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté), dans le ve arrondissement ; un bâtiment en est encore debout.

20.

« Les bons mots nous ont paru plutôt rares et pas de premier ordre dans les lettres de Patin. La pointe ne semble pas lui avoir été familière, en français du moins ; il la cultive au contraire beaucoup en latin. Quant aux traits de gauloiserie, ils sont tout à fait exceptionnels. Le seul dont nous ayons le souvenir et qui est d’ailleurs assez grossier, se trouve mis par notre auteur au compte de Bassompierre » (note de P. Pic) ; pour ce bon mot grivois, v. l’emploi de branle dans les lettres du 19 juin 1643 à Claude ii Belin et du 14 juillet 1643 à Charles Spon.

21.

« Sans prétention littéraire, s’entend. Car Patin est toujours sur la brèche pour afficher sa prétention de posséder seul le secret de la vraie médecine » (note de P. Pic).

22.

« La jalousie est ce qu’il y a de pire chez les médecins » (v. note [5], lettre du 16 août 1650 à Falconet).

Pour le radotage, Guy Patin, comme Cicéron, ne s’est guère privé de « blanchir deux murs avec un seul et même pot » (v. note [1] de la lettre de Samuel Sorbière datée de janvier 1651) ; mais comment ne pas se répéter quand on écrit en même temps à différents correspondants (et sans se douter que quelques curieux auront un jour l’idée saugrenue d’éditer vos lettres) ?

23.

Cette locution latine ne se trouve nulle part dans les lettres de Patin. En revanche, on y lit souvent son équivalent français, « bon jour », mais toujours en début ou en fin d’année et parfois complété par « bon an », pour souhaiter la bonne année ; tour de langage aujourd’hui disparu que semble n’avoir pas connu P. Pic. Qui faut-il donc ici trouver spirituel ?

24.

Citation qu’il convient de remettre dans son contexte (Préface de l’édition Bulderen, 1705, dont je me suis servi pour établir la nôtre) :

« Qui {a} est jamais si bien entré dans les différents caractères des hommes ? où a-t-on vu des portraits si naturels ? qui a peint la vertu de si belles couleurs ? et qui a si bien découvert toute la difformité du vice ? Les grands, qui disent des flatteurs, tu m’aduli, mà tu mi piace, {b} commenceront à s’en défier, et le peuple qui sait lire, trouvera assez de secours dans ces Lettres pour se garantir de l’artifice des hypocrites. {c} Le prix des ouvrages posthumes est toujours relevé dans les préfaces, celle-ci fait le contraire, le mérite de l’auteur est si singulier et si rare qu’il ne peut être connu que par lui-même, on ne peut pas en donner une véritable idée, quand on dirait même que jamais homme n’a été si universel, et qu’il est le seul philosophe qui ait été savant dans la science du monde. »


  1. « Qui, mieux que Guy Patin, ».

  2. « Tu me flattes, mais tu me fais plaisir » (dicton italien).

  3. V. l’Épilogue de cette annexe pour ce que je pense de l’hypocrisie de Guy Patin.

25.

Déprécier ainsi le latin de Guy Patin, c’est soit ne l’avoir pas vraiment lu, soit ne pas connaître cette langue ; mais P. Pic va heureusement se contredire dans la phrase qui suit.

26.

Association de deux sarcasmes que Guy Patin a souvent proférés contre les jésuites, mais qu’il n’a jamais mis ensemble.

27.

La source du propos qu’Henri Mondor attribuait à Guy Patin ne se trouve nulle part dans notre édition. De savants auteurs ont pourtant recopié cette citation après que Bariéty et Coury l’eurent relayée dans leur Histoire de la médecine (1963, page 504, sans en donner la référence).

Assem para et accipe auream fabulam, fabulas immo (v. note [7], lettre 430).

28.

V. note [22], lettre du 18 juin 1649.

29.

V. lettres du 10 septembre et du 5 novembre 1660.

30.

Prestigieux chirurgien du xxe s., Henri Mondor s’offusquait donc amèrement du dédain malicieux (mais inconstant) dont Guy Patin avait accablé ses confrères de Saint-Côme au xviie s. Certaines haines savent être mesquines et anachroniques…

Mondor levait ici un lièvre que j’ai couru bien plus assidûment que lui, jusqu’à proposer de reconnaître Patin et deux de ses collègues derrière les personnages du Malade imaginaire (vThomas Diafoirus et sa thèse).

31.

V. notes [22], lettre du 7 mars 1653, pour la grande bande, et [27] du Faux Patiniana II‑6 pour le Siècle d’or.

32.

Curieuse assertion : dans notre édition, seules deux lettres de Guy Patin (qui n’avaient pas été publiées quand Henri Mondor écrivait) sont adressées à des femmes (française 1034 et latine 160).

33.

Henri Mondor ne faisait ici que recopier l’énumération qui se lit dans la Préface de la première édition des Lettres (1683) : v. sa note [14].

34.

« L’article est dans la lettre “ l’unité de discours et d’information, de longueur très variable. C’est véritablement le sujet qui en donnera les bornes ” [Bernard Bray] » (note de L. Jestaz).

35.

« Sur la manière de rédiger des lettres », v. note [5], lettre 50, où Patin écrivait des Epistolæ Erasmi [Épîtres d’Érasme] : « c’est un livre qui vaut son pesant d’or. »

36.

L. Jestaz passait ici sous silence la prolifique correspondance de Guy Patin avec son autre ami lyonnais, le médecin André Falconet (440 lettres de notre édition).

37.

Érasme, De conscribendis epistolis (v. supra note [2]), édition de Lyon, 1557 (page 4) :

Qui in epistolis unum aliquem characterem vel requirunt, vel præscribunt : id quod ab eruditoribus etiam quibusdam video factum : ij mihi nimirum de re tam multiplici, propeque in infinitum varia nimis anguste atque arcte videntur agere. Neque sane ita multo minus absurde facere eos existimo, quam si sutor, omni pedi ad eandem formam crepidam velit consuere : aut si pictor quodvis animal ijsdem liniamentis, ijsdemque coloribus conetur effingere : aut sarcinator consimilem vestem pumilioni ac giganti tribuere studeat.

[Il en est qui réclament ou prescrivent que les lettres aient toutes le même et unique style, comme je vois faire certains, même des plus savants. Ceux-là me paraissent traiter bien trop étroitement et rigoureusement d’une matière si riche, dont les variations sont presque infinies. {a} Je n’estime pas qu’ils agissent de manière beaucoup moins absurde qu’un cordonnier qui voudrait coudre une forme unique de sandale qui aille à tous les pieds, ou un peintre qui s’aviserait de représenter tous les animaux par le même dessin et sous les mêmes couleurs, ou un tailleur qui s’appliquerait à couper le même vêtement pour un nain et pour un géant].


  1. « Ce principe reposait sur l’idée de la correspondance, c’est-à-dire de la similitude de cette diversité avec celle des humeurs de l’homme, liée à la diversité des âges et des saisons » (note de L. Jestaz).

38.

« Ces lignes s’appuient sur l’article de Marc Fumaroli, “ Genèse de l’épistolographie classique : rhétorique humaniste de la lettre, de Pétrarque à Juste Lipse ”, Revue de l’histoire littéraire de la France, 1978, en particulier aux pages 890‑895 » (note de L. Jestaz).

39.

Guy Patin admirait l’esprit de Juste Lipse (v. note [8], lettre 36), dont il avait mis le portrait dans son cabinet ; il lui reprochait pourtant sa conversion tardive et bigote au catholicisme (v. note [30], lettre 195) et l’inélégance de son style (v. le premier paragraphe de la lettre 298 et la note [18] de la lettre 605).

V. note [3], lettre latine 221, pour un avis de Lipse sur l’avantage de la simplicité dans l’écriture des lettres.

40.

« de leur propre chef ».

41.

Il est, je crois, impossible de trancher cette pertinente question. Je n’ai connaissance d’aucune bribe de répertoire où Guy Patin aurait consigné ses citations favorites (« lieux communs »), mais le manuscrit 2007 de la BIU Santé prouve qu’il tenait un journal de sa correspondance, à tout le moins latine, où il gardait non seulement les dates, mais les copies (ou plus probablement les brouillons) des lettres qu’il écrivait dans cette langue. De même, dans sa correspondance française, il ne se trompait jamais sur la date de la dernière qu’il avait reçue de tel ou tel, ou de celle qu’il lui avait envoyée. Le manuscrit Montaiglon du Collège de France établit aussi que, pour s’aider la mémoire (réputée prodigieuse), Patin tenait bien à jour une liste des leçons qu’il y donnait. Nul ne saura jamais ce que contenait la montagne d’archives personnelles qui a sans doute été jetée aux ordures lors de la dispersion de sa bibliothèque.

42.

Dans les lettres de Guy Patin, une autre source massive d’emprunts latins découle des auteurs médicaux anciens (Hippocrate et Galien traduits du grec, Pline l’Ancien, Celse…) et modernes (Jean Fernel, Louis Duret, Caspar Hofmann…). Il en donnait presque toujours la référence fidèle, ce qui m’a très souvent permis de la retrouver.

43.

« Par souci d’agrémenter la lecture et pour la rendre plus conforme aux usages modernes, la ponctuation mise par Patin n’a pu être respectée. Mais le fait est là : il use d’un nombre incroyable de “ ; ” ou de “ : ” qui ne cessent de stopper la phrase et l’arrêtent, créant un rythme assez heurté, mais d’autant plus vif » (note de L. Jestaz, dont j’approuve entièrement la remarque, ayant recouru au même procédé éditorial qu’elle).

44.

Tout ce propos est pertinent quant aux lettres de Patin à Spon et à ses autres amis français (Falconet, Belin, de Salins), mais sa correspondance latine révèle un autre style : rédigées d’abord au brouillon, les lettres apparaissent beaucoup plus construites et ordonnées ; en les envoyant, Patin savait, et même espérait secrètement qu’elles pourraient un jour figurer (comme ce fut le cas pour quelques-unes) dans un des nombreux recueils d’épîtres savantes qui se publiaient alors, tels ceux de Thomas Bartholin, Jan van Beverwijk, Johannes Brandt (pour des lettres échangées avec Christiaen Utenbogard), Pieter Burman, Gassendi, Reiner von Neuhaus et Gorg Richter (vnotre bibliographie).

45.

Lettre 13 de la remarquable édition électronique de la Correspondance de Pierre Bayle réalisée sous la direction d’Antony McKenna (v. note [4] de l’Introduction aux ana de Guy Patin) et de Fabienne Vial-Bonacci.

Je confesse ingénument que si j’avais trouvé un billet de Guy Patin à son tailleur, je l’aurais inséré dans notre édition.

Pierre Bayle (1647-1706), philosophe et littérateur français, reste surtout connu pour son Dictionnaire historique et critique (Amsterdam, 1697, pour la première de 12 éditions), où mes notes ont puisé quantité de renseignements. Il contient un long article sur Guy Patin (volume 3, pages 612‑619, édition d’Amsterdam, 1740, mise en ligne par l’ARTFL [curieux sigle de l’American and French Research on the Treasury of the French Language]).

46.

Charles Patin, fils puîné de Guy, eut lui à en souffrir directement, comme le montre le chapitre intitulé Vains efforts pour une réhabilitation académique à Paris dans les Déboires de Carolus : on le soupçonnait non sans raison d’avoir été l’éditeur des premières Lettres de son père en 1683 : v. note [152] de ses Déboires, et surtout Jacob Spon et Charles Patin, premiers éditeurs des Lettres choisies de feu M. Guy Patin.

47.

L. Jestaz transcrit ici in extenso le second folio du Ms BnF no 9357, tel que je l’ai aussi copié dans ma note [a], lettre 71.

48.

Quant à cela, on ne saurait rien dire des 432 lettres que Guy Patin a écrites à André Falconet car le manuscrit d’une seule d’entre elles a échappé aux flammes : v. l’Échec d’une édition des Lettres et destruction partielle de leus manuscrits en 1895.

49.

« Ces critiques sont peut-être justes quant à la valeur historique des lettres de Patin ; néanmoins, elles ont une inestimable valeur quant à la représentation de la vie de son temps, et il faut rappeler qu’en les écrivant de sa plume, Guy n’avait pas l’intention d’en faire de la littérature. »

Ce passage se trouve à la page viii de l’Introduction de Guy Patin and the medical profession in Paris in the xviith century [Guy Patin et la profession médicale à Paris au xviie siècle] (New York, Paul B. Hoeber, 1929), dernier essai biographique imprimé de Guy Patin existant à ce jour, écrite par Francis Randolph Packard, médecin et historien américain (1870-1950). Ce livre n’est malheureusement qu’une laborieux et navrant Reader’s Digest des louables écrits de Reveillé-Parise, Pic ou Triaire, enrichi d’extraits tirés des lettres de Patin qui étaient alors publiées, mais sans autre apport original émanant de recherches personnelles. Je n’en recommande la lecture à personne car c’est un ennuyeux rabâchage de lieux communs, d’approximations et de contresens. Parmi cent autres bévues, on y apprend que Mazarin a établi le Collège des Quatre-Nations (page 17), ou que le le doyen de la Faculté de médecine de Paris était de droit membre du Parlement (page 46)…

La remarque de Packard est néanmoins exacte si on s’intéresse plus à l’épistolier qu’au médecin, débat où L. Jestaz s’est montrée plus indulgente que moi (page 202, pour conclure le chapitre iii de son Étude critique, intitulé Guy Patin et la médecine) :

« La matière médicale est assurément bien présente dans les lettres de Guy Patin des années 1649-1655. Témoignant de son attachement à la profession qu’il exerçait, elle confirme également la force de ses liens avec la Faculté de médecine de Paris dont l’enseignement lui parut le plus juste en ce qu’il se conformait le mieux avec les exigences de la santé publique. Néanmoins, pour fidèle qu’il ait été aux préceptes médicaux des Écoles, Guy Patin ne se fit pas faute d’en récuser certains, en exerçant sa propre réflexion sur la pratique thérapeutique la plus judicieuse et la plus salutaire aux malades.

Parce que ses activités de praticien lui laissaient peu de temps pour des recherches approfondies, Guy Patin fut dépendant des connaissances de son époque en physiologie, en anatomie et en botanique dont dépendait toute une méthode thérapeutique. Que cette époque ait été celle de profonds bouleversements dans ces trois domaines ne doit pas faire oublier que les découvertes d’alors restaient, malgré l’avancée de la science, souvent inexactes et présentaient des failles qu’un homme aussi exigeant que ce médecin ne put accepter, et qu’il critiqua en des termes que son tempérament si vif peinait à modérer. Qu’il s’agisse de la circulation du sang mise en lumière par Harvey, des vertus de l’antimoine ou de celles du quinquina récemment découvert, la nouvelle thérapeutique qui en découlait présentait encore trop de dangers pour les malades, d’où sa proscription par Guy Patin, avant tout soucieux d’exercer au mieux sa profession. Convaincu de l’innocuité des remèdes dont il se servait, et vivant en un temps où abondaient les drogues les plus variées aux compositions souvent extravagantes, il ne comprit pas l’utilité d’ajouter de nouveaux médicaments à la pharmacopée en vigueur, déjà si bien fournie, et les rejeta en bloc. Sa fermeté, souvent perçue comme une forme d’intolérance, se justifie par une conscience professionnelle forte, qu’il défendit jusque devant le Parlement à l’occasion de la guerre antimoniale. On a souvent mal jugé le rôle que les circonstances l’amenèrent à jouer. Du moins ne peut-on pas lui reprocher de s’être montré infidèle à ses convictions. »

50.

« Patin dégobillant », v. note [6], lettre 357.

51.

Propos de Jacques Perreau dans son épître dédicatoire du Rabat-joie de l’Antimoine triomphant (Paris, 1654, v. note [3], lettre 380) ; mais c’était à l’encontre de l’antimoine.

Parmi quantité d’autres, la note [3] de la lettre 822 fournit une triste preuve du degré que pouvait atteindre la fourberie de Guy Patin. Pour sa part, c’est le Gazetier qu’il a traité de caméléon (v. note [23] du Manuscrit inédit de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot).

Au début de sa lettre du 27 juillet 1662 à Otto Sperling, Patin a lui-même fait ce curieux aveu en réponse aux louanges de son correspondant (v. note [1], lettre latine 205) :

me Tibi ignotum, et fato quodam, vel potius fama dumtaxat mentiri solita, quodam nec notum […].

[moi que vous ne connaissez pas et qui ne suis connu de personne ou qui, par quelque mauvais coup du sort, le suis seulement pour ma réputation ordinaire de mentir (…)].

Ce caméléonisme dépassait le domaine des idées et des convictions : la lettre latine 248, à Reiner von Neuhaus, illustre le remarquable talent de Guy Patin à imiter le style grandiloquent de son correspondant (v. sa note [a]).

52.

V. note [5], lettre du 28 octobre 1659 à André Falconet.

53.

Est honnête « ce qui mérite de l’estime, de la louange, à cause qu’il est raisonnable, selon les bonnes mœurs » (Furetière).

Voilà une définition qui ne s’accorde guère avec au moins deux obscurités de la vie de Guy Patin crûment éclairées en fouillant les archives : et sa manière, pour parader, de vivre largement au-dessus de ses moyens, qui provoqua sa ruine (vLa maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet et Comment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy) ; et sa bibliomanie maladive qui le compromit dans les trafics de livres interdits ou contrefaits, passion qu’il communiqua à son fils Charles jusqu’à entraîner son bannissement définitif du royaume (vLa bibliothèque de Guy Patin et sa dispersion et les Déboires de Carolus).

Pour me limiter au pire, il faut aussi parcourir les vers féroces que les antimoniaux ont écrits sur Patin (note [35], lettre 399) ; découvrir sa méchanceté et sa mauvaise foi dans le Procès qui l’opposa à Jean Chartier en juillet 1653 ; ou encore sentir la gênante impression de pédanterie fanfaronne et d’usurpation que procure sa thèse Estne totus homo a natura morbus ?, dont il tira si grande fierté et que beaucoup de ses contemporains admirèrent ; lire aussi les trois lettres qui forment la correspondance acide de Julien Bineteau avec Patin, et la note [38], lettre 224, pour les vers de Charles Spon, dans l’épître dédicatoire du Sennertus (1650), qui reflètent l’exacte image que Patin souhaitait donner de lui.

54.

V. notes [9], lettre 60, et [7], lettre 65. Guy Patin, avec 35 de ses lettres françaises, figure en bonne place parmi les Libertins du xviie siècle dont Jacques Prévot a dressé une anthologie (Paris, Gallimard, La Pléiade, tome ii, pages 405‑538, vnotre bibliographie).

René Doumic, 1907, page 933 (v. note [19] de Paul Triaire, éditeur des Lettres en 1907) :

« Ce qu’on peut dire, c’est que les libertins ou leurs amis, à cette date, ne formulaient pas encore d’affirmations très précises. Ils n’en étaient qu’aux négations. Bayle a dit de Gui Patin qu’il n’avait pas beaucoup d’articles à son Credo. Il n’en avait pas rayé Dieu, dans un siècle encore tout imprégné de foi. Vienne l’instant où la foi vacillera – et cet instant est proche, – ce minimum de credo ne résistera pas au souffle grandissant de l’incrédulité. Inversement, le genre de sarcasmes où excelle Gui Patin fera fortune. La première édition des Lettres paraît en 1683, un an après les Pensées sur la Comète de Bayle, quatre ans avant les Oracles de Fontenelle. On peut juger par là de la place qui appartient à Gui Patin. Cet homme d’esprit ne fut à aucun degré un grand esprit ni surtout un esprit hardi. En théologie comme en médecine, il n’a d’idées que dans la mesure où les préjugés sont des opinions. C’est un attardé du xvie siècle, comme on l’a dit, mais c’est sa raison d’être ; en prolongeant l’esprit du xvie siècle jusqu’au temps de Pascal, de Bossuet et de Bourdaloue, il lui permet de rejoindre le moment où se sépare et se dessine l’œuvre du xviiie siècle. »

55.

Guy Patin a recensé seize de ces dédicaces dans sa lettre du 18 mai 1662 à Reiner von Neuhaus (v. ses notes [5] à [14]). Bien qu’il semble avoir écrit lui-même quelques-unes d’entre elles, leur lecture en apprend beaucoup sur ses véritables mérites et sur son authentique renom européen.

56.

« Il conviendrait peut-être, en reproduisant fidèlement le texte, de ne pas tout donner, de ménager (en avertissant) quelques suppressions çà et là, de ne pas laisser tout à fait l’agrément périr sous trop de longueurs » (conseils de Sainte-Beuve pour établir une nouvelle édition critique des Lettres de Guy Patin ; op. cit. page 132).

Sainte-Beuve ajoutait à cela une recommandation que je me suis efforcé de suivre dans la présente édition, en l’enrichissant de commodités électroniques qu’il ne pouvait soupçonner : « Il y aurait surtout à bien éclaircir le texte au moyen de notes claires, simples, précises ; il faudrait que, d’un coup d’œil jeté au bas de la page, le lecteur fût brièvement informé de ce que c’est que tous ces auteurs et ces ouvrages oubliés que cite continuellement Guy Patin, et que, sans être médecin, on pût comprendre dans tous les cas s’il s’agit du Pirée ou d’un nom d’homme. »

Pirée vient de la fable du singe (magot) naufragé que secourt un dauphin en le prenant pour un homme ; il lui offre de le porter sur son dos :

« Le dauphin l’allait mettre à bord,
Quand, par hasard, il lui demande
‟ Êtes-vous d’Athènes la grande ?
– Oui, dit l’autre, on m’y connaît fort ;
S’il vous y survient quelque affaire,
Employez-moi, car mes parents
Y tiennent tous les premiers rangs.
Un mien cousin est juge maire. ”
Le dauphin dit ‟ Bien grand merci ;
Et le Pirée a part aussi
À l’honneur de votre présence ?
Vous le voyez souvent, je pense ?
– Tous les jours : il est mon ami ;
C’est une vieille connaissance. ”
Notre magot prit, pour le coup,
Le nom d’un port pour un nom d’homme.
De telles gens il est beaucoup,
Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n’ont rien vu. » {a}


  1. La Fontaine, Le Singe et le Dauphin, livre iv, fable 7 ; avec remerciements à Jacques Gana, l’érudit et brillant informaticien qui a conçu et bâti notre édition électronique, v. Aspects techniques.

Notre édition de la Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, intégrale et sans coupures, montre l’inexactitude et l’injustice de l’avis qu’en colportait Nicolas de La Sablière dans une lettre du 17 août 1684 (Correspondance de Pierre Bayle, lettre 320, v. supra note [45]) :

« À propos de cet auteur, une personne qui le connaissait fort bien m’a prié de vous dire qu’il n’était pas digne des éloges qu’on lui donne du côté de la science, qu’il ne lisait jamais que les titres des livres, et que dès qu’il apprenait qu’il y avait quelque personne illustre aux pays étrangers, il ne manquait jamais de leur écrire pour s’acquérir de la réputation. »

Patin lisait, analysait et archivait soigneusement les livres dont il parlait à ses correspondants. S’il était si assidu auprès des savants étrangers, c’était bien sûr pour établir sa réputation européenne, mais surtout pour abreuver sa bibliomanie en acquérant des imprimés, livres ou thèses, introuvables en France. Chacun peut le vérifier en parcourant les lettres latines de Patin que La Sablière n’avait sûrement pas lues de bout en bout (s’il en avait seulement lu une seule).

57.

En exemple parmi des milliers d’autres, v. la note [35] de la lettre latine 154, pour découvrir ce à quoi peut mener la simple correction orthographique du nom de Sappho dans un livre de Gerardus Leonardus Blasius.

58.

V. note [5], lettre 53, pour atrabilaire (mélancolique).

59.

V. notes :

60.

Valesiana (pages 137‑138) d’Adrien de Valois (v. note [42], lettre 336).

61.

« Il y a là-dessus certaines choses qui sentent très fort le médecin. »

J.‑H R‑P. (tome i, Notice sur Gui Patin, page xxviii) a attribué cette citation au littérateur François Charpentier (1620-1702) :

« Gui Patin était croyant ; il ne met jamais en doute les fondements du spiritualisme. Il est donc très difficile de comprendre ce jugement de Charpentier sur ses écrits : Sunt nonnulla quæ medicum nimis sapiunt. {a} Qu’a voulu dire par là l’obscur doyen de l’Académie française ? Une simple assertion peut-elle donc suffire ? […] À travers ses boutades, son ironie, ses sarcasmes, on reconnaît toujours les accents d’un cœur pur et sincère. »


  1. « Quelques traits font trop sentir sa qualité de médecin. » Reveillé-Parise aurait mieux fait de ne pas exhumer cette humiliante saillie.

62.

Pierre Bayle (v. supra note [45]) a rédigé une critique des Lettres de Patin lors de leur première parution, dans les Nouvelles de la République des lettres (Amsterdam, Henry Desbordes, avril 1684, in‑12, pages 107‑117), avec une fin accidentellement tronquée par l’imprimeur, mais avec cette introduction, qui en dit, à mon avis, mieux et plus long que tout le reste. En voici l’essentiel, pour appendice au point final de mon analyse :

« Quoiqu’on puisse dire avec raison qu’un auteur se peint dans ses livres, il est certain néanmoins qu’il s’y déguise, pour l’ordinaire, bien mieux qu’il ne s’y représente naïvement. J’avoue qu’il lui échappe certains traits qui peuvent faire juger de son caractère ; mais il se masque de telle sorte en cent autres lieux qu’on le prendra toujours pour ce qu’il n’est pas, si l’on juge de lui par ses ouvrages. Les lettres qu’il écrit par toute la terre ne sont pas exemptes de cette dissimulation : il est bien vrai qu’elles sont une plus fidèle image de son cœur et de son génie que les livres qu’il fait imprimer ; mais après tout, on n’écrit pas aux gens tout ce que l’on pense, on aurait trop de honte de se montrer à eux tel qu’on est, et trop peur de se faire des ennemis par son ingénuité. On écrit différemment selon les personnes avec qui on entretient commerce de lettres. […] En un mot, les lettres d’un homme ne sont pas de bons témoins de ses pensées. Mais il faut excepter de cette règle celles de M. Patin. Pour celles-là, on le garantit purgées d’hypocrisie. L’auteur s’y est peint au naturel, et c’est ce qui en rend la lecture plus agréable. Il serait à souhaiter qu’on nous donnât de temps et temps de pareilles productions ; et on le ferait sans doute si on en trouvait, car les libraires ne demanderaient pas mieux que de rencontrer de cette sorte d’ouvrages ; mais tout le monde n’a pas l’esprit fait comme celui de M. Patin, tout le monde n’écrit pas, sans art ni préparation, d’une manière vive et agréable. Ainsi, on aime mieux lire ce que les gens se persuadent qu’il devraient penser que ce qu’ils pensent en effet. »

Au fil du temps et de mes recherches j’ai ajouté de nombreux textes de Patin à sa correspondance : ces écrits médicaux divers et ces cinq copieux ana ne sont toujours pas parvenus à fixer mon jugement sur qui il était et ce qu’il croyait vraiment. De lui, on peut penser à peu près tout et son contraire. Le long débat contradictoire que j’ai eu en 2020 avec Gianluca Mori au sujet de son athéisme libertin en fournit un éloquent témoignage : v. note [38], lettre 477.

a.

Le Siècle de Louis xiv. Œuvres historiques (Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2000, page 1192). Né en 1694, 22 ans après la mort de Guy Patin, Voltaire a publié son Siècle en 1751 ; il a pu recueillir les témoignages de personnes qui l’avaient connu.

b.

Au contraire de Voltaire, Charles‑Augustin Sainte‑Beuve (1804‑1869) prisait fort les Lettres de Guy Patin. Il a consacré à leur auteur ses Causeries du lundi des 25 avril et 2 mai 1853 (Paris, Garnier frères, sans date, in‑8o, 3e édition, tome huitième, pages 88‑109 et pages 110‑133). Dans cette biographie détaillée de Patin, Sainte‑Beuve ne dissimule pas sa profonde admiration pour son sujet ; mais il savait aussi éreinter, comme le montre sa note au bas de la page 88 :

« J’ai un peu connu M. Reveillé‑Parise, on disait que c’était un homme d’esprit ; c’est une manière abrégée de se dispenser de rien dire de plus de quelqu’un. Quant à ses notes sur Guy Patin, il y parle plus volontiers de la Révolution française et de la décadence sociale que de Guy Patin même et du xviie siècle. J’ai quelquefois pensé que si M. Prudhomme (le Prudhomme de Henri Monnier) {a} avait été docteur en médecine, il aurait fait de pareilles notes. »


  1. Auteur des Mémoires de Monsieur Joseph Prudhomme (Paris, Librairie nouvelle, 1857).

d.

Pierre Pic est le mystérieux auteur de Guy Patin (Paris, G. Steinheil, 1911, vBibliographie), qui pourrait être l’éditeur Georges Steinheil lui‑même. Son Introduction (pages vii‑lxvii) contient d’intéressants avis critiques sur Patin, parfois partiaux, mais toujours libres.

e.

Son bistouri et sa plume ont fait de Henri Mondor (Saint‑Cernin, Cantal 1885‑Neuilly‑sur‑Seine 1962) une gloire de la chirurgie française au xxe s. et un immortel de l’Académie française en 1946. Ces extraits sont tirés de son livre intitulé Grands médecins presque tous. Gui Patin 1601‑1672 (Paris, Éditions Corrêa, 1943, in‑8o, pages 45‑73).

c.

Selon Polybiblion (Revue bibliographique universelle. Partie littéraire, Paris, Aux bureaux de Polybiblion, 1883, in‑8o, deuxième série, tome dix-huitième, pages 181‑182), le philologue et bibliographe français Charles Nisard (1808-1889) est l’auteur de cet avis qui introduit sa brochure intitulée Une lettre de Guy Patin à Jean Beverwyck, médecin hollandais, et réponse de ce médecin (Paris, Imprimerie Chaix, 1883) ; v. note [a], lettre latine 4.

f.

Laure Jestaz, archiviste paléographe, responsable depuis 2016 du service Monographies et Archives de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes), sise à Montpellier, a procuré une édition des 145 lettres françaises que Guy Patin a écrites à Charles Spon entre janvier 1649 et février 1655, publiée en 2006 (Honoré Champion, v. notre Bibliographie). Son travail, en tous points remarquable, m’a servi de modèle.

J’ai choisi ses avis dans le Préalable, sous-titré Brève étude sur le genre épistolaire au xviie siècle et les lettres de Guy Patin (tome i, pages 329‑356). Son Étude critique tout entière (longue de 362 pages) est digne de la plus haute louange et mérite d’être attentivement lue.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Avis critiques sur les Lettres de Guy Patin : Voltaire, Sainte-Beuve, Nisard, Pic, Mondor, Jestaz, Capron.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8037
(Consulté le 17.05.2021)

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