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Ana de Guy Patin :
Borboniana 1 manuscrit  >

Ms BnF Fr 9730 page 1 [1]


1.

V. notes :

  • [6], lettre 54, pour le P. Denis Petau ;

  • [4], lettre 119, pour ses deux tomes « sur la Science des temps » (Paris, 1627) dirigé contre les huit livres de Joseph Scaliger de Emendatione temporum [sur la Correction des temps] (Paris, 1583) ;

  • [9], lettre 119, pour la vive querelle entre Petau et Claude i Saumaise à propos du traité de Tertullien de Pallio [sur le Manteau].

2.

V. note [8], lettre 584, pour le Dialogus Ciceronianus [Dialogue cicéronien] (Paris, 1528, plusieurs fois réédité depuis), où Érasme s’attaquait notamment au style latin de Christophe de Longueil (Christophorus Longolius, v. note [53] du Naudæana 2), comme le montre l’extrait transcrit dans la note [3] de la lettre latine 331.

En écrivant ad Tulliane convitiandum [pour injurier dans le style de Tullius] (c’est-à-dire de Cicéron, Marcus Tullius Cicero), le Borboniana manuscrit renvoie à un autre passage du Dialogus où Bulephorus répond à Nosoponus qui lui vante les ouvrages de Longueil (Leyde, 1643, page 199) :

Adversus Martinum Lutherum rem agit et seriam et gravem. Ubi qui potuit esse Tullianus, de rebus disserens, quas M. Tullius prorsus ignoravit ? At oratio non potest esse Tulliana, id est, optima, quæ nec tempori, nec personis, nec rebus congruit. Satis quidem Tulliane conviciatur. Ubi tandem ventum ad errorum capita recensenda, subobscurus est, et vix ab illis intelligitur, qui Lutheri dogmata tenent.

[Contre Martin Luther, {a} il s’attaque à un sujet à la fois sérieux et difficile. Comment a-t-il bien pu être cicéronien en dissertant sur des questions dont M. Tullius n’a pas eu la moindre connaissance ? Son discours ne peut être dans le style de Tullius, c’est-à-dire excellent, quand ni l’époque, ni les personnes, ni les affaires ne concordent avec les siennes. La façon d’injurier y est certes assez dans le style de Tullius. {b} Quand il en vient enfin à recenser les principaux chefs de divergences, il est un peu obscur et à peine compréhensible pour ceux qui défendent les dogmes de Luther].


  1. Christophori Longolii viri doctissimi ad Luterianos iam damnatos oratio, omnibus numeris absoluta.

    [Discours du très savant Christophe de Longueil contre les luthériens dorénavant damnés, dépourvu de toute subdivision].

    1. Cologne, Joannes Gymnicus, 1529, in‑8o de 95 pages : bloc unique de texte continu, composé d’un seul paragraphe sans le moindre alinéa.

    À titre d’échantillon, la longue première phrase ressemble plus à de la crème fouettée qu’à du Cicéron :

    Si ea esset apud me causæ vestræ ratio, ut neque vobiscum iam agi fas esse ducerem, et vos perpetuo quodam voluntatis vestræ iudicio, ita de reip. Christianæ statu persuasos putarem, ut nulla cuiusquam oratione ab ista sententia deduci possetis, non equidem committerem, id ut negocii nunc denique suscepisse videri possem, in quo nec a vobis, quibus maxime consultum vellem, ullam essem omnino gratiam initurus, et eos quorum potissimum sequerer auctoritatem, etiam gravissime offensurus.

    [Si mon évaluation de votre cause me conduisait à ne pas me permettre de débattre avec vous, ni à penser que, par quelque jugement définitif de votre volonté, vous avez pris votre parti sur l’état de république chrétienne, au point que vous ne puissiez être dissuadés de cette sentence par quelque discours que ce soit, je ne me hasarderais sans doute pas à pouvoir sembler m’être maintenant enfin engagé dans une affaire où je ne trouverai absolument aucune grâce à vos yeux, quand je voudrais vous y faire très profondément réfléchir, et où j’offenserai aussi très gravement ceux dont je suivrais surtout l’autorité].

  2. J’ai mis en exergue le passage qui se réfère à la mention du Borboniana.

Les Philippiques (contre Marc-Antoine, v. note [8], lettre 655) et les Verrines (contre Verres, v. note [17] du Borboniana 8 manuscrit) sont deux recueils des discours politiques les plus virulents de Cicéron.

3.

« la Bibliothèque des pauvres ».

Guy Patin a utilisé cette expression (en français) dans sa lettre à Charles Spon datée du 12 septembre 1645 (v. sa note [6]), où il a repris plusieurs autres éléments de cet article du Borboniana manuscrit.

4.

« Le livre de Pline est un trésor, aucun n’est plus digne d’être usé par les mains des rois, car la connaissance de toutes choses ne se peut puiser plus vite d’un autre, etc. Pline enseigne le monde, mais qu’y a-t-il donc de plus absurde que de régner sur le monde sans savoir ce qu’est le monde ? »

Ces deux phrases sont extraites de la deuxième page de l’épître dédicatoire {a} qu’Érasme a adressée à Stanislaus Thurzo. {b} Datée de Bâle le 8 février 1525, Johann Froben {c} a mise en tête de son édition de Pline l’Ancien, {d} dont le frontispice décrit ainsi le contenu :

Ioannes Frobenius lectori S.D.
En damus C. Plinii Secundi divinum opus cui titulus, Historia mundi, multo quam antehac unquam prodiit emaculatius : idque primum ex annotationibus eruditorum hominum, præsertim Hermolai Barbari : deinde ex collatione exemplariorum, quæ hactenus opera doctorum nobis quam fieri potuit emendatissime sunt excusa : postremo ex fide vetustissimorum codicum, ex quibus non pauca restituimus, quæ alioqui nemo, quamlibet eruditus, vel deprehendit, vel deprehendere poterat. Absit invidia dicto. Vicimus superiores omneis. Si quis hanc palmam nobis eripuerit, non illi quidem invidebimus, sed studiis publicis gratulabimur. Bene vale lector et fruere
αγαθην τυχην. Additus est index, in quo nihil desideres.

[Johann Froben salue le lecteur.
Voici le divin ouvrage de C. Plinius Secundus, {e} intitulé l’Histoire du monde, {f} bien plus correct qu’il n’a jamais précédemment paru : il est issu d’abord des annotations de savants auteurs, principalement celles d’Hermolaus Barbarus ; {g} ensuite, de la collation, menée avec la plus grande exactitude dont nous étions capables, des exemplaires que de savants hommes ont antérieurement imprimés ; enfin, de l’authenticité des plus anciens manuscrits, à l’aide desquels nous avons rétabli un nombre non négligeable de passages qu’autrement personne, si érudit fût-il, n’a compris ou n’avait pu comprendre. Je dis cela sans la moindre malveillance. Nous avons surpassé les meilleurs de tous. Si quelqu’un nous revendique cette gloire, nous n’en serons pas jaloux, mais l’en féliciterons publiquement. Porte-toi bien, lecteur, et jouis d’une heureuse fortune. A été ajouté un index où rien ne te laissera à désirer].


  1. Aux 14‑15es et 23‑25es lignes.

  2. Évêque d’Olomouc (Olmütz en Moravie) natif de Cracovie en 1470, mort en 1540.

  3. Le plus éminent imprimeur et éditeur de Bâle au xvie s. (v. note [142] des Déboires de Carolus).

  4. Bâle, mars 1525, in‑fo de 671 pages, pour la première de plusieurs impressions.

  5. Nom latin de Pline l’Ancien, prénommé Caius (ou Gaius).

  6. Historia naturalis, plus connue sous le titre d’« Histoire naturelle ».

  7. V. notule {c}, note [41] du Faux Patiniana II‑1, pour Hermolao Barbaro.

Guy Patin a cité ce texte d’Érasme dans sa lettre latine du 27 juillet 1656 à Vopiscus Fortunatus Plempius (v. sa note [6]). En voici la partie que le « etc. » du Borboniana a éludée (15‑23es lignes) :

Quid autem magis decet orbis monarchas, quam cæteris antecellere prudentia ? Prudentia vero quæ rebus periclitandis colligitur non solum misera est, quemadmodum vere scripsit ille, propterea quod magno multorum malo paratur, verum etiam dispendiosa, ut plerunque sero contingat. At istas moras, nihilo magis fert Republica, quam navis in mari prericlitans nauclerum imperitum donec proficiat. Præsens enim periculum artificem iam promptum requirit. Itaque Monarchas non vacat ullam vitæ portionem amittere, nec pueros esse licet, etiam si sint imberbes, animi canicies adsit oportet : ea non aliunde rectius colligitur, quam ex hoc opere, quod tanto compendio rerum docet universitatem.

[Mais quel plus grand devoir pour les monarques du monde que de surpasser les autres en prudence ? {a} En vérité, la prudence qu’on attache aux affaires qui périclitent n’est pas seulement misérable, comme il l’a justement écrit, {b} parce qu’elle nuit fort à quantité de gens ; elle est aussi préjudiciable puisque, la plupart du temps, elle survient trop tard. Le bien public ne supporte en rien ces retards mieux qu’un navire ne tire profit d’un capitaine inexpérimenté quand il est exposé au péril de la mer. Une menace imminente a en effet besoin d’un maître déjà prêt. Il n’est pas loisible aux monarques de gâcher la moindre parcelle de leur vie, il ne leur est pas permis d’être enfants, même s’ils n’ont pas encore de barbe ; leur esprit doit avoir des cheveux blancs, et cela ne peut mieux s’acquérir qu’à l’aide de cet ouvrage, car le grand savoir qui s’y accumule enseigne l’universalité].


  1. Prudentia peut se traduire simplement par prudence, mais aussi par prévoyance, compétence ou même sagesse.

  2. La recherche du mot prudentia dans l’Histoire naturelle m’a conduit à ce curieux passage qui est au tout début du livre viii (Littré Pli, volume 1, page 318) :

    Ad reliqua transeamus animalia et primum terrestria. Maximum est elephans proximumque humanis sensibus : quippe intellectus illis sermonis patrii, et imperiorum obedientia, officiorum quæ didicere, memoria : amoris, et gloriæ voluptas : immo vero (quæ etiam in homine rara) probitas, prudentia, æquitas : religio quoque siderum, Solisque ac Lunæ veneratio.

    « Passons aux autres animaux, et parlons d’abord des animaux terrestres. L’éléphant est le plus grand, et celui dont l’intelligence se rapproche le plus de celle de l’homme, car il comprend le langage du lieu où il habite ; il obéit aux commandements ; il se souvient de ce qu’on lui a enseigné à faire ; il éprouve de la passion, de l’amour et de la gloire ; il possède à un degré rare, même chez l’homme, l’honnêteté, la prudence, la justice ; il a aussi un sentiment religieux pour les astres, et il honore le Soleil et la Lune. »

    Il n’est pas du tout certain, mais pas non plus inconcevable, que le facétieux Érasme ait eu les éléphants en tête quand il écrivait son épître. Plusieurs de ses adages ont loué la prudence (mais sans référence à Pline) :

    • Post mala prudentior [Plus prudent après les malheurs] (no 299) ;

    • Prudentia coniuncta cum viribus [La prudence alliée à la force] (no 2776) ;

    • Ætate prudentiores reddimur [L’âge nous rend plus prudents] (no 2857) ;

    • Senum prudentia [La prudence des vieillards] (no 2866) ;

    • Post acerba prudentior [Plus prudent après les déconvenues] (no 3259).

5.

« qu’il faut préférer à tout autre ».

V. note [2], lettre 75, pour l’Histoire naturelle de Pline éditée par Jacques Daléchamps (Lyon, 1587).

Claude i Saumaise était un fin connaisseur de Pline l’Ancien, mais n’a publié, de son vivant, que les Plinianæ exercitatones [Essais pliniens] (Paris, 1629, v. note [6], lettre 52) sur le Polyhistor de Solin (qui est essentiellement un commentaire de Pline). Pour ce qui a paru après sa mort, v. notes :

  • [5] de la biographie de Claude ii Saumaise pour son édition des Exercitationes de homonymis Hyles iatricæ [Essais sur les homonymes d’Hylès, le centaure médecin] (Utrecht, 1689) que son père avait principalement consacrés à commenter les parties botaniques de l’Histoire naturelle ;

  • [6], lettre 126, pour sa contribution posthume à l’édition de l’Histoire naturelle de Pline publiée à Leyde et Rotterdam en 1688-1689.

6.

« il occupe la chaire de Scaliger »

Juste Lipse (de 1579 à 1590), Joseph-Juste Scaliger (1593-1609) et Claude i Saumaise (1631-1650) ont successivement fait briller l’érudition et les belles-lettres à l’Université de Leyde, où leur chaire a primé sur toutes les autres.

V. notes :

  • [2], lettre 119, pour Bénigne Saumaise, conseiller au parlement de Bourgogne et père de Claude i ;

  • [8], lettre 66, pour Frédéric Henri de Nassau, prince d’Orange et stathouder des Provinces-Unies, de 1625 à 1647 ;

  • [4], lettre 53, pour Daniel Heinsius, professeur à Leyde depuis 1605 et disciple de Scaliger.

7.

« Tu ne fais, Milon, que vendre de l’encens, du poivre, des vêtements, de l’argenterie, des manteaux, des pierres précieuses, et tout cela s’en va avec l’acheteur ; mais ta meilleure marchandise est ta femme : vendue souvent, jamais elle ne quitte ni ne lèse son vendeur. »

Achalander : « mettre une boutique, une maison en réputation d’avoir de bonne marchandise, et à bon prix : toute la fortune d’un marchand consiste à bien achalander sa boutique » (Furetière) ; ce qui revient ici, pour l’épouse du marchand, à dire qu’elle se prête volontiers aux galanteries des clients de son mari. « Elle retient tout » signifie qu’elle ne laisse rien échapper, qu’elle tire profit de tout.

8.

« rien d’autre que poudre aux yeux et tromperie. »

La « Cour romaine » était la curie pontificale, ou ensemble de l’administration, répartie en dicastères, qui gouverne temporellement et spirituellement l’Église catholique, depuis le xie s., sous la direction du pape. Les cardinaux y occupaient les charges les plus éminentes ; mais le Borboniana y associait sans doute le Collège cardinalice, composé de tous les cardinaux, assemblés périodiquement en consistoire, bien qu’il ne fît pas partie de la curie.

9.

« tant est vrai ce distique d’Hildebert, archevêque de Tours :

Rome serait heureuse si cette cité n’avait pas de maîtres,
et si, de plus, il était honteux pour ses maîtres de ne pas avoir la foi. »

Le Mystère d’iniquité, c’est-à-dire l’Histoire de la papauté. Par quels progrès elle est montée à ce comble, et quelles oppositions les gens de bien lui ont fait de temps en temps. Où sont aussi défendus les droits des empereurs, rois et princes chrétiens contre les assertions des cardinaux Bellarmin et Baronius. {a} Par Philippe de Mornay, {b} chevalier, seigneur du Plessy Marly, etc., conseiller du roi très-chrétien {c} en ses Conseils d’État et privé, capitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances, gouverneur de la ville et sénéchaussée de Saumur, et surintendant de ses Maison et Couronne de Navarre. Deuxième édition accrue d’indice et d’apostilles, {d} contient ce paragraphe intitulé Hildebert {e} dépeint Rome (pages 303 vo‑304 ro) :

« Mais sur les entreprises de ces papes, il n’y avait pas aussi faute de gens qui criassent au larron ; Hildebert, évêque du Mans, célèbre en ce temps, en une sienne épître, parlant de la Cour romaine, < écrivait > : Leur propre fonction c’est inferre calumnias, deferre personas, affere minas, auffere substantias, “ c’est d’imposer des calomnies, déférer les personnes, avoir leurs biens par menaces ” ; {f} leur louange est de chercher occupation en leur repos, butin en pleine paix, victoire dans les festins. Employez-les en vos causes, ils les retardent ; non employés, ils les empêchent ; sollicitez-les, ils vous dédaignent ; enrichissez-les, ils vous oublient ; ils achètent les procès, ils vendent leurs intercessions, vous députent des arbitres, leur dictent les jugements prononcés, qu’ils les ont, {g} les renversent, etc. Ils dénient aux clercs la révérence ; aux nobles, l’extraction ; aux supérieurs, la séance ; aux égaux, l’accointance ; à tous, justice. Ils n’aiment aucun genre d’homme, aucun ordre, aucun temps. Au Palais, Scythes ; {h} en la Chambre, vipères ; en festin, bouffons ; en exaction, harpies ; en devis, statues ; {i} en questions, bêtes ; en traités, limaces ; en contrats, banquiers. Pour entendre, ils sont de pierre, pour juger, de bois ; s’il faut brûler, tout feu ; s’il faut pardonner, tout fer ; en amitié, onces, {j} en facéties, ours, en tromperies, renards, en orgueil, taureaux ; s’il faut dévorer, minotaures. Leurs plus fermes espérances sont aux remuements, et cependant, c’est alors qu’ils tremblent, et de poltronnerie et de conscience. Lions aux conseils, lièvres aux armées, ils craignent la paix de peur qu’on fasse discussion d’eux, la guerre, de peur d’en venir aux mains. Sentent-ils le vent d’une escarcelle rouillée, aussitôt vous apercevez et les yeux d’Argus et les mains de Briarée, et l’esprit d’un Sphinx. {k}

En un<e> autre, < lors>qu’il fut fait archevêque de Tours, il se plaint à Honorius : {l} Qu’on tire tout par appellations {m} à Rome. Nous n’avons point, dit-il, encore ouï deçà les monts, {n} et aussi peu appris des saintes ordonnances, que toutes appellations doivent être reçues à Rome ; que si la nouveauté, peut-être, a mis cela en avant, la censure des évêques va à vau-l’eau, c’<en > est fait de la discipline ecclésiastique. Car y a-t-il ravisseur qui, à la seule menace d’une excommunication, ne soit appelé ? {o} y a-t-il clerc ou prêtre qui n’obéisse à ce refuge, ou croupisse en sa fange ? Et quel moyen restera-t-il plus à l’évêque de punir une désobéissance ? La moindre appellation cassera sa verge, {p} relâchera sa constance, amollira sa sévérité, lui imposant, d’une part, silence, et de l’autre promettant aux coupables impunité. De là regorgeront les sacrilèges, les rapines, les paillardises, les adultères, etc. Le délai de la censure fomentera les maux et les délinquants, par impunité, viendront aux plus profondes iniquités, etc. Et là-dessus, s’étend à lui représenter les anciens canons et règlements de l’Église, concluant, si cela dure, qu’il n’y a évêque qui se puisse acquitter de la charge qui lui est commise en l’Évangile. Bref, il conclut la description qu’il fait de Rome en vers, par ces mots :

Urbs fœlix si vel Dominis urbs illa careret
Vel Dominis esset turpe carere fide.

“ Heureuse ville si elle n’avait point de maîtres, ou si ces maîtres (les papes) avaient honte de n’avoir point de foi. ” » {q}


  1. V. notes [16], lettre 195, pour Roberto Bellarmino, et [6], lettre 119, pour Cesare Baronio, tous deux ardents hérauts de la contre-réforme.

  2. Dit « le pape des huguenots » (v. note [19], lettre 81).

  3. Henri iv, dédicataire du livre, mais assassiné un an avant la parution de sa première édition.

  4. Sans lieu ni nom, 1612, in‑8o de 1 320 pages ; première édition à Saumur, 1611, in‑fo.

  5. Hildebert de Lavardin (1056-1133), évêque du Mans (1097), puis archevêque de Tours (1125), auteur de plusieurs ouvrages de théologie et de piété, et de lettres.

  6. Dans une traduction plus moderne et littérale : « lancer des calomnies, dénoncer des personnes, proférer des menaces, ravir des biens ».

  7. Quand ils les ont.

  8. Des sauvages, v. note [19], lettre 197.

  9. En conversation, muets. V. notule {b‑ii}, triade 82 du Borboniana manuscrit (note [41]), pour les harpies.

  10. Panthères.

  11. V. notes [9], lettre 73, pour Argus et ses cent yeux, [28], lettre 226, et [33] des triades du Borboniana manuscrit, pour le Sphinx.

    Autre monstre fabuleux, Briarée, fils de Titan et de la Terre, avait « 100 mains, qui opposaient à Jupiter autant d’épées et de boucliers, 50 têtes et autant de bouches enflammées » (Fr. Noël).

  12. Honorius ii, pape de 1124 à 1130.

  13. Appels des jugements.

  14. De ce côté-ci des Alpes, en France.

  15. Sic pour (me semble-t-il) « ne fasse appel ».

  16. Le désarmera.

  17. Propos tenus par un archevêque quatre siècles avant Martin Luther : cela mérite d’être remarqué par qui s’intéresse aux origines de la Réforme et du gallicanisme.

10.

« fils de Guillaume, jurisconsulte » : après une digression sur son épouse, le Borboniana revenait à l’écrivain franco-britannique Jean (ou John) Barclay (v. note [20], lettre 80), auteur du célèbre Euphormion (Paris, 1605 et 1607).

La vie de Guillaume i Barclay (Aberdeen 1541-Angers 1605), fondateur de la Faculté de droit de l’Université de Pont-à-Mousson est détaillée dans la note [12] infra.

La note C de Bayle sur Jean Barclay (né en 1582) cite les Remarques sur la vie de Pierre Ayrault, par Gilles Ménage, qui suivent ses Vitæ Petri Ærodii quæstoris Adegavensis, et Guillelmi Menagii advocati regii Andegavensis [Vies de Pierre Ayrault, trésorier d’Angers, et de Guillaume Ménage, avocat du roi à Angers], {a} à l’endroit où il parle de la mort de Guillaume i Barclay, à Angers, à la fin de 1605 (page 230) :

« Après sa mort, son fils vint à Paris, où il épousa Louise Debonnaire, fille de Michel Debonnaire, trésorier des vieilles bandes, {b} et d’Ursuline Denisot. Ce Michel Debonnaire et cette Ursuline Denisot, quoiqu’habitant à Paris, étaient de la province du Maine. {c} Il passa ensuite en Angleterre avec sa femme, où il eut d’elle deux garçons et une fille. {d} Il était à Londres dès l’année 1606. »


  1. Paris, 1675, v. note [45], lettre 1019.

  2. « Bandes étaient autrefois des soldats qui portaient des bandes. {i} C’est de là qu’on dit encore quelquefois, de vieilles bandes pour dire de vieilles troupes de soldats. On appelle prévôt des bandes le juge des soldats du régiment des gardes » (Thomas Corneille).

    Le dictionnaire de Ménage ajoute : « Pasquier liv. viii de ses Recherches, {ii} chap. 51, dit que bandes, pour compagnies et troupes de guerre, vient des écharpes ou des bandes que portaient, sous Charles vi, ceux qui favorisaient le parti du duc d’Orléans contre le duc de Bourgogne, en quoi il se trompe : ce mot étant plus ancien en notre langue que le règne de Charles vi. Il est vrai pourtant que cette façon de parler vient des étendards que les Romains appelaient bandes. » {iii}

    1. Au sens de pièces d’étoffe.

    2. V. note [16], lettre 151.

    3. Bandi.

  3. Ménage et le Borboniana divergent donc sur le métier et l’origine géographique de Michel Debonnaire, comme sur le lieu du mariage de sa fille avec Jean Barclay. La Ioannis Barclaii Vita [Vie de Jean Barclay], publiée en 1624 (v. infra note [13]), va dans le même sens que Ménage :

    Tandem uxorem duxit Aloysam Debonnaire, Quæstoris militiæ Gallicæ filiam.

    [Enfin il épousa Louise Debonnaire, fille d’un trésorier des armées françaises].

  4. V. note [41] du Borboniana 3 manuscrit pour Guillaume ii Barclay, fils de Jean et Louise.

Antoine Lefebvre de La Boderie (1555-1615), diplomate français natif de Normandie, avait été nommé ambassadeur de France à Londres de 1606 à 1611 et a laissé des mémoires sur cette période de sa vie, où il a pris la défense des catholiques anglais auprès du roi Jacques ier. Après son veuvage en 1590, il avait épousé Madeleine Motier de La Fayette ; elle donna naissance en 1598 à une fille prénommée Catherine qui devint en 1613 l’épouse de Robert Arnauld d’Andilly (v. note [4], lettre 845), l’aîné de la fratrie janséniste des Arnauld.

11.

En 1589, le jésuite Jacques Commolet s’était ardemment engagé dans la Ligue et avait plaidé pour qu’on vengeât l’assassinat des deux frères de Guise sur l’ordre du roi Henri iii, le 23 décembre 1588. {a} Antoine i Arnauld, l’avocat, {b} a parlé de Commolet dans son plaidoyer contre les jésuites, prononcé devant le Parlement les 12 et 13 juillet 1594 (Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou, livre cx, Thou fr, volume 12, page 251) :

« Les jésuites leur ressemblent d’autant mieux {c} qu’ils regardent aussi comme martyrs de la religion chrétienne tous ceux qui se dévouent à la mort pour assassiner les princes. {d} Une preuve de ce que j’avance, c’est qu’à la fête de Noël dernière, leur Père Commolet, ayant pris pour texte de son sermon ce passage du Livre des Juges où il est rapporté qu’Aod tua le roi des Moabites et s’enfuit, {e} se mit à crier en pleine chaire : Il nous faut un Aod, fût-il moine, fût-il soldat, fût-il goujat, fût-il berger, il n’importe ! » {f}


  1. V. note [1], lettre 463.

  2. V. note [17], lettre 433.

  3. Arnauld venait d’évoquer les Assassins affidés au Vieux de la Montagne, qui tuèrent plusieurs nobles croisés français (v. notule {f}, note [15] dans les Commentaires de la Faculté de médecine, Affaires de l’Université en 1651-1652).

  4. Le moine Jacques Clément, poussé par la Ligue, avait assassiné le roi Henri iii le 2 août 1589 (v. note [2], lettre 48).

  5. Dans la Bible, le chapitre 3 du Livre des Juges relate comment Aod (Aoud ou Ehud) assassina Églon, roi de Moab, pour libérer le peuple d’Israël.

  6. Pierre de L’Étoile a aussi parlé du P. Commolet dans son Journal du règne de Henri iv, avec cette note 29 du chevalier C.B.A. (édition de La Haye, frères Vaillant, 1741, in‑4o), tome second, page 44, année 1594), qui prolonge la citation de de Thou sur le sermon de Noël 1593 :

  7. « “ […] n’importe de rien ; mais il nous faut un Aod, il ne faut plus que ce coup pour mettre nos affaires au point que nous désirons ” ; et que, dans le même sermon, il avait loué, et mis entre les anges ,Jacques Clément. »

    Jean Chastel allait blesser le roi Henri iv, d’un coup de poignard, le 27 décembre 1594 (v. note [13], lettre Grotiana 1). Les jésuites furent alors expulsés de France et n’y revinrent qu’en 1603 (v. note [8], lettre 16).


12.

« Voyez-en plus sur Barclay dans la Censura Euphormionis, pages 10, 11 et suivantes, publiée à Paris en 1620 » (note écrite dans la marge de gauche).

  • La Censura Euphormionis : auctore anonymo [Censure de l’Euphormion, par un auteur anonyme] {a} est une réponse adressée à un personnage que l’auteur salue en tant qu’Admodum illustris Domine [fort illustre Monsieur] qui lui avait demandé son avis sur l’Euphormion de Jean Barclay. {b}

    Elle est suivie, sous la même couverture, (pages 21‑56) de la Censura censuræ Euphormionis. [Ad Barclaium]. Auctore Petro Musnierio Vezelio [Censure de la Censure de l’Euphormion. (À Barclay). Par Pierre Musnier, (chanoine de) Vézelay] avec épître dédicatoire Claudio Gobelino [à Claudius Gobelinus]. Musnier est probablement un nom de fantaisie qui cache un ami de Barclay, voire Barclay lui-même, comme laisse penser le nom du dédicataire. {c}

    • Le latin de la Censura est prétentieux et ardu, avec une élégance plus écossaise qu’italienne. Cet extrait (pages 9‑10) en montre le ton mielleux et fourbe (voire loyolitique) :

      Nemo me hodie vivit candidior, acriorque æstimator, et admirator Barclaianæ eruditionis, quiqui libentius omnes meas, si modo sint aliquæ meæ, ad Barclaium transfuderim, quam aliqua partem exhauserim ex eius laudibus. Sed contendo Barclaianæ doctrinæ elegantiam hinc non esse æstimandam. Sunt enim alii istius ingenii fœtus, quibus famæ æternitatem meretur. Vehementer metuo, ne paranda meæ mihi sit Censuræ defensio. Sed litem tu, admodum illustris Domine tuam nunc feceris, qui tuis imperiis ad audendum laxasti linguæ repagula, digitorumque ad scribendum torpedinem excitasti. Pergo itaque porro de auctore prætexere.

      [Il ne vit aujourd’hui personne qui soit plus sincère, et plus fougueux appréciateur et admirateur de l’érudition barclayenne ; en sorte que, si j’en avais quelque capacité, j’eusse très volontiers répandu sur Barclay toutes mes louanges, jusqu’à en avoir épuisé la dernière goutte. Je suis néanmoins convaincu qu’il ne s’agit pas ici de juger les talents barclayens, car les autres productions de cet esprit sont de celles qui font mériter une éternelle célébrité. Je crains fort qu’il ne se prépare une riposte à ma Censure ; mais vous, fort illustre Monsieur, vous aurez maintenant établi votre propre jugement car, en me commandant d’être audacieux, vous avez levé les barrières de ma langue et réveillé la torpeur de mes doigts à écrire. Voilà pourquoi je m’en vais continuer à disserter sur notre auteur].

    • Le jugement proprement dit de la Censura sur l’Euphormion de Jean Barclay se lit aux pages 17‑20 (la dernière de l’opuscule) :

      Lectis Petronii Arbitri, quæ supersunt, fragmentiis, effinxit se totum ad huius scriptoris vultum, expinxitque sui temporis tabulam, et stylum strinxit in sæculi nostri pruriginem, et ulcera magno ausu, et incepto minime plebeio. Qui conatus cùm non infœliciter videretur succedere, nec doctis amicis improbaretur, edidit primam operis partem, quod satyricon inscripsit. In quo tamen plus salis, quam fellis ; iocorum, quam convitiorum, cachinni, quam nasi ; Timoris, quam sanginis ; profusionis, quam seriæ pugnæ, aut vulnerum. Gallicam, Anglicam, Belgicam, Lotharingam aulas, quas præsens viderat ; Hispanam, Romanam, Imperatoriam, de quibus sermocinando audierat, audaci manu adumbravit. Quam universam scriptionem fictitiorum nominum nube obscuravit, quæ tamen imposita invenientur aut traductione, et derivatione vocum hominibus, et gentibus, quæ perstringuntur, vernacularum in Græcæ dictionis formam opposite rem significantis, aut detortis in alium vultum propriis per literarum inversionem, aut additionem, duarumve Latinarum vocum in unam combinationem. Quibus originationum, transmutationumque mysteriis cognitis maximam partem detegitur quicquid fuit tenebrarum. Hic multus est Censor in præcipuorum, ut ait, nominum explicatione. Mox finem facturus, vides, inquit, admodum illustris Domine, quo me provexerit tibi satisfaciendi ardor, quantumve expresserit verborum in narrationem levem, nec mihi valde gratam, seriâve cogitatione dignam, parituram tibi fortassis in legendo plurimum fastidii. Malui enim tumultuaria opera, et properans dictare, quam non videri velle tua mandata gnaviter exhaurire. Quare æqui bonique consules alienam manum, et dictionis illuviem, ac neglectum interpretabere fiduciam sinceræ meæ erga te venerationis, animique serio, et sine fuco tui amantis.

      [Après avoir lu les fragments qui nous restent de Pétrone, l’Arbitre des élégances, il {d} s’est tout entier converti à la manière de cet auteur ; il a peint un tableau de son époque et, avec grande audace, lié son style aux démangeaisons et aux ulcères de notre siècle, dans un projet hors du commun. S’étant mis à la tâche, et voyant qu’il y parvenait plutôt heureusement et que de savants amis ne le désapprouvaient pas, il a publié la première partie de son ouvrage, en l’intitulant Satyricon ; {e} mais il y avait là plus de sel que de fiel, de plaisanteries que d’invectives, d’éclats de rire que de finesse, de crainte que de sang, d’effusion que de batailles sérieuses ou de blessures. D’une main hardie, il décrit les cours de France, d’Angleterre, de Flandres, de Lorraine, qu’il a vraiment connues, mais aussi celles d’Espagne, de Rome et de l’Empire, dont il n’a qu’entendu parler de-ci de-là. Il a embrouillé et comme embrumé tout son récit, en y mettant des noms factices ; mais la traduction ou la dérivation dévoilent ceux qu’il a employés pour piquer les personnes et les nations : ce sont mots courants travestis en les mettant en grec et en inversant leur sens ; ou en les transformant, soit en y ajoutant des lettres, soit en en retranchant ; ou encore en soudant deux mots latins. Quel qu’en soit le masque ténébreux, on peut trouver le sens de la plupart de ces traductions et permutations, et le rapporter à des noms connus. Il dit que plus d’un censeur y cherchera l’explication des principaux noms, et qu’il donnera bientôt la suite. {f} Vous verrez, fort illustre Monsieur, que l’ardeur m’a seule poussé à vous satisfaire, mais elle ne s’est traduite que par ce chétif compte rendu ; ce livre ne m’a guère procuré d’agrément et n’est pas digne de sérieuse méditation ; peut-être vous semblera-t-il donc fort ennuyeux à lire. C’est que j’ai préféré m’exprimer dans la confusion et la hâte, que sembler ne pas vouloir obéir avec empressement à votre requête. Vous trouverez donc bon et juste de prendre un autre avis, beaucoup plus disert, et tiendrez pour peu de chose l’assurance de ma sincère vénération à votre égard, qui est celle d’un être qui vous affectionne profondément et sincèrement].


      1. Paris, Ludovicus Boulanger, 1620, in‑8o de 56 pages.

      2. Le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes… de M. Barbier (Paris, Barrois l’Aîné, 1824, tome troisième, page 500, article 19989) attribue la Censura à l’Écossais catholique William Seton (secrétaire du cardinal Cobelluzzi, bibliothécaire de la Vaticane, v. note [33] du Naudæana 3).

      3. En bas-latin, gobelinus signifie « gobelin », c’est-à-dire (Furetière) : « esprit ou démon familier qu’on dit se divertir et rendre quelques services dans les maisons, comme de panser et étriller les chevaux, etc. »
      4. Jean Barclay.

      5. V. notes [14], lettre 41, pour le Satyricon de Pétrone, et [20], lettre 80, pour les éditions parisiennes latines de l’Euphormion de Jean Barclay, ainsi sous-titrées, de la première (en 1605) et de la seconde partie (en 1607).

      6. Ce passage (de traduction difficile et incertaine), mis en exergue dans la Censura, ne correspond à aucun propos imprimé de Barclay que j’aie su trouver. Il est surprenant que, publiée en 1620, la Censura parle de la seconde partie du Satyricon comme d’une publication prochaine, alors qu’elle a paru en 1607.

  • Le Borboniana donne ensuite une biographie factuelle de Jean et de son père, William (Guillaume i) Barclay (comté d’Aberdeen 1546-Angers 1608), dont toutes les assertions se lisent pareillement dans celle, plus riche, que Gilles Ménage a donnée dans ses Remarques sur la vie de Pierre Ayrault (v. supra note [10]), pages 228‑230 :

    « Ce Guillaume Barclay était écossais, de la ville d’Aberdeen ; et il était de la Maison de Barclay, Maison considérable d’Écosse et alliée à toutes les grandes maisons d’Écosse, comme il paraît par la lettre de Jacques, roi d’Écosse, et depuis d’Angleterre, à Charles, iie du nom, duc de Bourgogne, imprimée au devant de l’Argenis ; {a} mais il était né pauvre. Après avoir été longtemps à la cour d’Écosse, sans faire aucune fortune, quoiqu’il eût été en faveur auprès de Marie Stuart, mère du roi, il vint en France, où il savait que les étrangers étaient bien traités, et particulièrement les Écossais, anciens amis des Français. Ce fut en 1573 qu’il fit ce voyage. {b}

    Comme la jurisprudence romaine était en ce temps-là fort considérée dans la France, aussitôt qu’il fut arrivé à Paris, il s’adonna à l’étude des lois. Et quoiqu’il fût assez avancé en âge, car il avait près de trente ans, il fut à Bourges prendre des leçons de droit sous Cujas, sous Donneau et sous Leconte. {c} Il y prit quelque temps après le bonnet de docteur, Cujas présidant à son acte. Et comme il avait l’esprit excellent et qu’il était d’ailleurs très laborieux, et qu’il savait fort bien les lettres humaines, qui sont le fondement de la jurisprudence, il se rendit en peu de temps capable de régenter en droit. En ce temps-là, Charles ii, duc de Lorraine, {a} venait de fonder une université à Pont-à-Mousson. {d} Edmond Hay, Écossais, prêtre de la Compagnie de Jésus, qui était oncle de Guillaume Barclay et un des favoris du duc de Lorraine, le proposa au duc de Lorraine pour professeur en droit. Le duc de Lorraine n’accepta pas seulement Guillaume Barclay pour professeur en droit en sa nouvelle Université, mais il lui donna la première chaire ; et il le fit, outre cela, conseiller dans ses Conseils et maître des requêtes de son Hôtel. En 1582, il se maria à Pont-à-Mousson avec Anne de Malleville, demoiselle lorraine, de laquelle il eut Jean Barclay, qui naquit à Pont-à-Mousson le 28 janvier de l’année suivante. […] Les jésuites de Pont-à-Mousson, sous lesquels il étudiait, charmés de la beauté de son esprit, firent tous leurs efforts pour l’attirer dans leur Société, ce qui causa une grande inimitié entre eux et Guillaume Barclay. Et comme ils étaient puissants à la cour de Lorraine, ils rendirent à Barclay tant de mauvais offices auprès du duc qu’ils l’obligèrent enfin de quitter la Lorraine.

    Il passa en Angleterre avec son fils, espérant que le roi d’Angleterre, auprès duquel il avait été plusieurs années en Écosse, lui donnerait quelque emploi considérable. Le roi d’Angleterre, qui aimait les gens de lettres et qui était lui-même homme de lettres, reçut très humainement Guillaume Barclay. Il lui offrit une place dans son Conseil avec de grands appointements, en cas qu’il voulût changer de religion. Barclay refusa les offres du roi à cette condition : il était non seulement très persuadé de sa religion, qui était la catholique, mais il était grand ennemi des calvinistes et des luthériens. Dans son “ Commentaire sur le titre au Digeste de Rebus creditis ”, il dit, en parlant de Donneau, docteur régent en droit en l’Université de Bourges : Hugo Donellus, unus ex præceptoribus meis, vir civilis et disciplinæ peritus, sed malus, quia hæreticis Calvinista. {e} Le roi d’Angleterre, de son côté, était opiniâtrement attaché à sa religion anglicane, qui est une religion mêlée de calvinisme et de luthéranisme : de calvinisme pour la créance, et de luthéranisme pour les cérémonies ; ce qui faisait qu’il ne considérait pas autant Guillaume Barcay qu’il l’eût considéré s’il eût été de la religion d’Angleterre. En 1603, Jean Barclay, fils de Guillaume, fit un poème latin sur le couronnement du roi d’Angleterre, à qui le royaume d’Angleterre était nouvellement échu. {f} Le roi trouva ce poème très bien fait et il le reçut agréablement. Il avait reçu de même la première partie de l’Euphormion, que Jean Barclay lui avait dédié en la même année. Et comme il avait beaucoup d’estime et d’affection pour ce jeune homme, il pria Guillaume Barclay, son père, de le laisser en Angleterre, lui promettant d’en avoir soin. Il espérait de l’attirer avec le temps à la religion anglicane. Guillaume Barclay, qui appréhendait que son fils ne changeât de religion par les sollicitations du roi, le ramena en France au commencement de l’année 1604.

    Guillaume Barclay étant de retour à Paris, avec peu de bien et sans emploi, il arriva heureusement pour lui que l’Université d’Angers eut besoin d’un docteur régent en droit : Martin Liberge étant mort à la fin de l’année 1599, sa chaire n’avait point encore été remplie, le président Charpentier, Lorrain avec lequel la ville d’Angers avait traité pour cet emploi, ne l’ayant pas accepté. La ville d’Angers, sachant que Guillaume Barclay cherchait de l’emploi, donna ordre à Pierre Ayrault, lieutenant criminel d’Angers, qui était en ce temps-là à Paris pour ses affaires, de traiter avec lui. Ce Pierre Ayrault, qui était fils de notre Pierre Ayrault, {g} fut prier Barclay, de la part de la ville d’Angers, de vouloir accepter la chaire vacante de l’Université d’Angers, lui < en > offrant la première place ; et pour lui faire plus d’honneur, il se fit accompagner dans cette députation, de Guillaume Ménage, {h} pourvu d’une charge d’avocat du roi au siège présidial d’Angers, du Sr de Mongodin, pourvu d’une charge de conseiller au même présidial, et de plusieurs avocats angevins qui se trouvèrent en ce temps-là à Paris. Barclay accepta la condition et traita avec la Ville d’Angers pour cinq ans. Il est à remarquer que Jean Davy, Sr d’Argentré, doyen, et Mathieu Le Grand, sous-doyen des docteurs d’Angers, ne voulurent pas quitter leur place à Barclay, et que l’Université d’Angers décida que Barclay céderait au doyen et que le sous-doyen lui céderait. Barclay céda au doyen, mais le sous-doyen aima mieux quitter l’Université d’Angers que de céder à Barclay […]. Guillaume Barclay étant à Angers, il y régenta avec grand éclat. J’ai ouï dire à mon père {h} que lorsqu’il allait faire sa leçon, il était suivi de son fils et de deux valets, et vêtu d’une robe magnifique, avec une grosse chaîne d’or au cou.

    En 1605, il fit imprimer […] son “ Commentaire sur le titre au Digeste ” {d} […]. Il a fait quelques autres petits ouvrages, qui ont été imprimés de son vivant, et entre autres, Præmetia sur “ La Vie d’Agricola ” de Tacite ; {i} mais son ouvrage le plus considérable, c’est son livre de Potestate Papæ ; celui Contra Monarchomachos tient le second lieu entre ses livres. Il dédia le premier au pape Clément viii, et le second au roi Henri iv ; il fit imprimer ce dernier à Paris en 1600. {j} Il mourut à Angers à la fin de l’année 1605. Il est enterré aux Cordeliers. »


    1. Argenis (Leyde et Rotterdam, 1624, v. infra note [13]), Epistola Jacobi Scotiæ Regis, Carolo Lotharingiæ Duci, datée d’Édimbourg, le 19 mars 1582 (pages **4 ro et les deux suivantes) : le roi Jacques recommande Guillaume Barclay à la bienveillance du duc Charles iii (et non ii, quoique le numéro soit contestable) de Lorraine, qui a régné pendant 63 ans (1545-1608, v. note [35] du Borboniana 4 manuscrit).

    2. V. note [32], lettre 554, pour Marie Stuart et son abdication en 1567, suivie de son emprisonnement. Parlant de son père, Guillaume i, la Ioannis Barclaii Vita [Vie de Jean Barclay] (qui figure au début de l’Argenis) dit : Principem vero suam marcessere in infamis carceris situ, dolore confectus migravit anno milles. quingent. septuages. primo Lutetiam [Mais sa princesse languissant au fond d’une geôle infâme, pétri de chagrin, il émigra l’an 1571, d’abord à Paris].

    3. V. note [13], lettre 106, pour Jacques i Cujas. Hugues Donneau (Donellus, 1527-1591) était l’un de ses rivaux, et Antoine Leconte, l’un de leurs collègues (moins célèbre aujourd’hui).

    4. V. note [22], lettre 701, pour l’Université catholique (jésuite) de Pont-à-Mousson.

    5. « Hugues Donneau, l’un de mes précepteurs, homme de droit et rompu à l’enseignement, mais mauvais car hérétique calviniste », page 97 vo des :

      Guilielmi Barclaii, I.C., antehac Serenissimi Lotharingiæ etc. Ducis Consilarii, Supplicumque libellorum Magistri, atque in celeberrima Academi Pontimussana I.V. Professoris ac Decani, nunc vero in nobilissima Andegavendi Universitate Antecessoris primarii, in Titulos Pandectarum De rebus creditis, et De iureiurando, Commentarii.

      [Commentaires de Guillaume i Barclay, jurisconsulte, jadis conseiller et maître des requêtes du sérénissime duc de Lorraine, etc., et doyen et professeur des deux droits {i} en la très célèbre Université de Pont-à-Mousson, mais désormais premier professeur en la très noble Université d’Angers, sur les titres des Pandectes {ii} concernant les croyances et le serment]. {iii}

      1. Civil et canonique.

      2. Pandectes de Justinien, v. note [22], lettre 224.

      3. Paris, François Huby, 1605, in‑8o, ouvrage dédié au roi Jacques ier d’Angleterre.
    6. Le 29 juillet 1603, Jacques vi, roi d’Écosse, fut couronné roi d’Angleterre sous le nom de Jacques ier, successeur d’Élisabeth ire. V. note [80], lettre 80, pour le Carmen gratulatorium [Poème de congratulations] que Jean Barclay publia à cette occasion (Paris, 1603).

    7. Le trésorier d’Angers dont Ménage commentait ici la Vita.

    8. Le père de Gilles Ménage.

    9. C. Cornelii Taciti Opera quæ extant. Ad exemplar quod I. Lipsius quintum recensuit. Seorsim excusi Commentarii eiusdem Lipsii meliores plenioresque cum Curis secundis, et auctariolo non ante adiecto. Guil. Barclayus Præmetia quædam ex Vita Agricolæ libavit. Adjecti sunt Indices aliquanto ditiores.

      [Toutes les Œuvres connues de Tacite, suivant l’édition que Juste Lipse en a revue pour la cinquième fois, et avec ses commentaires, qui ont été améliorés et complétés avec le plus grand soin, ainsi qu’un petit supplément encore inédit. Guillaume i Barclay les a embellis de quelques Prémices tirés de la Vie d’Agricola. Des index quelque peu enrichis y ont été ajoutés]. {i}

      1. Paris, Ambrosius Drouart, 1599, in‑8o de 790 pages.

    10. De Potestate Papæ : An et quatenus in Reges et Principes seculares ius et imperium habeat : Guil. Barclaii I.C. Liber posthumus. Reddite Cæsari quæ sunt Cæsaris, et quæ Dei Deo.

      [La Puissance du pape : a-t-il droit et pouvoir sur les rois et les princes séculiers, et dans quelle mesure ? Livre posthume de Guillaume i Barclay. Rends à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu]. {i}

      1. Pont-à-Mousson, François Du Bois et Jacques Garnich, 1609 in‑8o de 343 pages, dédié au pape Clément viii, ouvrage inachevé, édité par Jean Barclay. L’exergue du titre est une célèbre injonction du Christ aux pharisiens.

      L’ouvrage « contre les tueurs de monarques » est intitulé :

      Guilielmi Barclaii Illustrissimi Ducis Lotharingiæ etc. Consilarii, Suppliciumque Libellorum Magistri, atque in celeberrima Academia Pontimussana I.V. Professoris ac Decani, de Regno et regali Potestate adversus Buchananum, Brutum, Boucherium, et reliquos Monachomachos, Libri sex. Time Dominum, fili mi, et Regem : et cum detractoribus non commisceatis : quoniam repente consurget perditio eorum. Prover. 24.

      [Six livres de Guillaume Barclay, conseiller et maître des requêtes de l’illustrissime duc de Lorraine, etc., et doyen et professeur en les deux droits de l’Université de Pont-à-Mousson, sur le Règne et le Pouvoir, contre Buchanan, {i} Brutus, {ii} Boucher, {iii} et les autres régicides. « Mon fils, crains le Seigneur et le roi ; ne te mêle pas avec les gens remuants, car soudain surgira leur ruine » Proverbes 24 (21‑22)]. {iv}

      1. George Buchanan, v. note [11], lettre 65.

      2. Marcus Junius Brutus, v. note [3], lettre 540.

      3. Jean Boucher, v. note [14] du Naudæana 4.

      4. Paris, Guillaume Chaudière, 1600, in‑4o, dédié à Henri iv, roi de France et de Navarre, avec un portrait de l’auteur portant cette devise :

        Stemmata quid faciunt ? Faciunt te
        sanguine clarum.
        At magis ingenii nobilitate micas
        .

        [Que signifient les généalogies ? (Juvénal, premier vers de la Satire viii) Elles te rendent illustre par le sang, mais tu brilles bien plus par la noblesse de l’esprit].


13.

« imprégné par le vinaigre italien ».

  • Le « vinaigre italien » est ici (comme ailleurs, v. note [18] de la thèse de Guy Patin sur la Sobriété) clairement pris au sens de poison. Horace l’a pourtant entendu autrement dans sa Satire vii, livre vii, vers 31‑34 :

    At Graecus, postquam est Italo perfusus aceto,
    Persius exclamat: Per magnos, Brute, deos te
    oro, qui reges consueris tollere, cur non
    hunc Regem iugulas ? Operum hoc, mihi crede, tuorum est
    .

    [Alors le Grec Persius, après s’être imprégné de vinaigre italien, s’exclame : « Grands dieux, Brutus ! toi qui a l’habitude d’éliminer les rois, pourquoi, je te prie, ne tuerais-tu pas ce Rex ? C’est à toi de le faire, crois-moi. »]

    Horace ironisait sur les injures échangées par Persius et son ennemi Rex Rupilius, dans le procès qu’il avaient engagé l’un contre l’autre. Érasme, dans son commentaire sur l’adage Acetum habet in pectore [Il a du vinaigre dans le cœur] (no 1252), a recommandé de prendre acetum [vinaigre] pour mordacitas [virulence] (mais non pour venenum [poison]). Bénédicte Delignon (Les satires d’Horace et la comédie gréco-latine : une poétique de l’ambiguïté, Peeters, Louvain, 2006, page 233) ajoute que le « vinaigre italien » était la langue railleuse et vulgaire des campagnards, opposée au latin châtié des citoyens romains.

  • Aucune des biographies de Jean Barclay que j’ai lues ne suggère qu’il soit mort de poison. La Ioannis Barclaii Vita [Vie de Jean Barclay] qui figure dans les pièces introductives de son Argenis, nunc primum illustrata [Argenis, pour la première fois éclaircie] {a} a ainsi résumé les dernières années de son existence (page ** 2 ro) :

    Huic autem triplici suæ proli timens quæ legi adversus Catholicos promulgatæ erat obnoxia, iterum solum vertit. Non sine tamen aliquo doloris sensu, et amicitiæ argumento eum Rex dimisit ; abeunti enim effigiem suam insertam aureæ pixidi, multis gemmis distinctæ, dono dedit. Missa Gallia Romam destinat peregrinationis metam, quo amicis precibus Romani Pontificis Pauli v. vocabatur per Gondomarum legatum Regis Hispaniæ. Istic per quinquennium cum vixisset, tandem obtinente Gregorio xv. (qui et amore in eum Paulo v. successerat, eumque et illustribus honorum titulis, et annua pensione una cum majore natu filio impertiverat) defecit hoc Europæ lumen, atque brevissimæ, sed acerrimæ febris æstu ultimum diem clausit anno milles. sexcent. vige. primo, Augusti duodecimo, vir de Musis optime meritus. Morti proximus locum sepulturæ destinavit sibi extra omne hominum commercium.

    [Là-bas, {b} craignant que la loi qu’on avait promulguée contre les catholiques ne nuisît à ses trois enfants, il changea à nouveau de pays. Le roi {c} le congédia, non sans quelque chagrin en raison de l’amitié qu’il avait pour lui, car, au moment de partir, le monarque lui fit cadeau de son portrait inséré dans un coffret en or, orné de nombreuses pierres précieuses. Après être passé en France, il se rendit à Rome, où l’appelaient les amicales prières du pape Paul v {d} que Gondomar, ambassadeur du roi d’Espagne, {e} lui avait transmises. Barclay y a vécu pendant cinq ans. Ayant enfin obtenu les faveurs de Grégoire xv {f} (qui avait succédé à Paul v dans l’affection qu’il lui portait, et qui l’avait gratifié, ainsi que son fils aîné, de distinctions honorifiques et d’une pension), cette lumière de l’Europe s’est éteinte : cet homme qui a très hautement mérité des Muses a fermé les yeux, emporté par l’ardeur d’une fièvre de très courte durée, mais extrêmement rude, le 12e jour d’août 1621. Tout près de mourir, il choisit le lieu de sa sépulture, à l’écart de tout commerce avec les hommes]. {g}


    1. Leyde et Rotterdam, Officina Hackiana, 1664, in‑8o de 637 pages ; v. note [4], lettre latine 325, pour d’autres éditions latines et françaises.

    2. À Londres, en 1616.

    3. Jacques ier, roi de Grande-Bretagne.

    4. Camillo Borghese, pape de 1605 à 1621 (v. note [5], lettre 25).

    5. Diego Sarmiento d’Acugna, comte de Gondomar, ambassadeur de Philippe iii à Londres.

    6. Grégoire xv a régné de 1621 à 1623 (v. note [3] du Naudæana 1).

    7. « Il mourut à Rome, le 12 août 1621, pendant que son Argenis s’imprimait en France. Son corps fut porté dans l’église de Saint-Onuphre sur le Janicule. Son fils lui fit élever un tombeau de marbre à l’église de saint Laurent sur le chemin de Tivoli » (Bayle, dont la curieuse note G relate ce qu’il advint du buste qu’on avait placé sur la tombe de Barclay).

14.

V. note [19], lettre 34, pour Maffeo Barberini, pape de 1623 à 1644 sous le nom d’Urbain viii.

Gilles Ménage a dit quelques mots sur l’attachement de Barberini pour Barclay à la page 232 de ses Remarques sur la vie de Pierre Ayrault (v. supra note [10]) :

« Jean Barclay […] était des amis particuliers du cardinal Maffée Barberin, qui fut depuis pape sous le nom d’Urbain viii, et ce fut lui qui procura la première édition qui se fit à Paris, en 1621, de la première partie des Poèmes de ce cardinal. »


  1. Illmi et Revmi Maffæi S.R.E. Card. Barberini, S.D.N. Signaturæ Iustitiæ præfecti, etc. Poemata [Poèmes de l’illustrissime et révérendissime Maffeo Barberini, cardinal de la sainte Église romaine, garde des sceaux de notre très saint Père, etc.] (Paris, Antoine Estienne, 1620 (mais privilège daté du 11 mars 1621, in‑4o de 101 pages dans une typographie fort aérée). Le nom de Barclay n’y apparaît nulle part.

15.

Bref article du Borboniana manuscrit que j’ai transféré depuis la page 4.

  • La Correspondence de Joseph Scaliger (Genève, 2012) contient trois lettres que Jean Barclay lui a écrites en français pour dire la profonde admiration qu’il lui vouait. Sa première, datée de Londres le 13 juin 1606 (volume vi, pages 439‑440), en dit autant que les deux autres :

    « Monsieur,

    C’est votre très illustre race qui oblige tous les gentilshommes, et vos perfections quasi plus qu’humaines, qui contraignent tous ceux qui ont jamais mis le nez en un livre de rechercher l’honneur de votre amitié. J’ai cherché les moyens d’y parvenir, Monsieur, par l’offre de mon très humble service, et n’ai encore pu trouver occasion qui m’y donnât aucune entrée, jusques au départ de ce très galant gentilhomme qui m’a fait l’honneur de me promettre de vous porter la présente, et l’accompagner de ses paroles et recommandations. Recevez-le<s>, je vous supplie, Monsieur, comme venant de la part de l’homme au monde qui vous est le plus serviteur, et qui ne s’estimera jamais heureux en ce monde que tant qu’il saura que vous lui avez donné place en vos bonnes grâces. C’est, Monsieur,
    votre serviteur très humble,

    Jean Barclay. »

    La Correspondence ne contient aucune réponse de Scaliger à Barclay. L’explication s’en trouve probablement dans cette phrase assassine de la lettre que Scaliger a écrite à Charles Labbé (v. note [5], lettre 487), datée de Leyde, le 27 juin 1605 (ibid. page 74) :

    Quanti Euphormionem faciam, ex eo cognescere potes quod vix sex folia eius legere potuerim. Sed hæc non possunt nisi coram exponi.

    [Vous pouvez connaître le cas que je fais de l’Euphormion en sachant que j’ai peiné à n’en lire que six pages ; mais cela ne peut vous être expliqué qu’en tête-à-tête].

  • Secunda Scaligerana sur Barclay (page 216) :

    « Il y a un Français qui a fait un Satyricon à l’imitation de Pétrone, et stylo Petroniano. {a} Il y a bien des fautes que tout le monde ne connaîtra pas, comme aux vers de Monsieur de Bèze il y a beaucoup de gallicismes. {b} Il y a un pédant à Angers qui a fait un Satyricon qui, au commencement, semble être quelque chose, mais puis {c} ce n’est rien du tout. »


    1. « et dans le style de Pétrone ».

    2. V. note [28], lettre 176, pour Théodore de Bèze (mort en 1605) et ses maladroits Juvenalia [Poèmes de jeunesse] (1548), qu’il chercha à faire oublier pendant tout le reste de sa vie. Ils ne figurent pas dans la :

      Theodori Bezæ Vezelii Poematum Editio secunda, ab eo recognita. Item, ex Georgio Buchanano aliisque variis insignibus poetis excerpta carmina, præsertimque epigrammata.

      [Seconde édition des Poèmes {i} de Théodore de Bèze, natif de Vézelay, qu’il a lui-même revus. Avec les poèmes, principalement des épigrammes, tirés de George Buchanan {ii} et d’autres insignes poètes]. {iii}

      1. Presque tous latins, mais quelques-uns en grec et en hébreu.

      2. V. note [11], lettre 65.

      3. sans lieu, Henri Estienne, 1569, in‑8o de 255 pages.
    3. Ensuite. Sauf à invoquer une confusion du Scaligerana entre Jean Barclay et son père, Georges, il est difficile d’identifier ce « pédant d’Angers » à un autre que Jean, car il a vécu dans cette ville, auprès de son père, de 1603 à 1605 (v. supra note [10]).

  • Gilles Ménage en a dit plus aux pages 232‑233 de ses Remarques sur la vie de Pierre Ayrault (v. supra note [10]) :

    « Voici les vers de Grotius qui sont gravés sous la taille-douce de Jean Barclay :

    Gente Caledonius, Gallus natalibus, hic est
    Romam Romano qui docet ore loqui
    . {a}

    Mais tout le monde ne demeure pas d’accord de cette louange que Grotius donne à Barclay. L’auteur anonyme du petit livre intitulé Censura Euphormionis, imprimé à Paris en 1620, parle du style de l’Euphormion en ces termes : Et quod miretur aliquis, Latinitas quoque ipsa Romanas aures perigrinitate radit, et veteris saporis imbutum palatum offendis. {b} On croit, pour le marquer ici en passant, que Séton, {c} Écossais, est l’auteur de ce petit livre. Joseph Scaliger, dans une de ses lettres à Charles Labbé, ne parle pas plus avantageusement de cette satire de Barclay. […] {d} Pierre Musnier, chanoine de Vézelay, a répondu au livre intitulé Censura Euphormionis par un autre livre intitulé Censura Censuræ Euphormionis ; mais il y a mal répondu, et c’est vraisemblablement ce qui a obligé Jean Barclay d’écrire lui-même l’Apologie de son Euphormion. Mais, comme il a été remarqué, Jean Barclay n’avait que 21 ans quand il fit imprimer la première partie de cette satire. » {e}


    1. « Écossais par sa famille, Français par sa naissance, voici celui qui enseigne à Rome la manière de parler le romain. »

      Ce portrait de Barclay et ce distique de Hugo Grotius figurent en tête de L’Argenis de Jean Barclay, traduction nouvelle enrichie de figures (Paris, Nicolas Buon, 1624, in‑8o).

    2. « Et, ce qui étonnerait n’importe qui, sa latinité déchire les oreilles romaines par son étrangeté, et offense un palais imprégné par le bon goût de l’Antiquité. »

    3. V. supra note [12] pour l’anonyme « Censure de l’Euphormion », attribuée à William Seton.

    4. Lettre du 27 juin 1605 citée plus haut dans la présente note.

    5. L’Euphormionis Satyrici Apologia pro se [Apologie pour lui-même du satirique Euphormion] accompagne les rééditions de l’Euphormion : elle occupe, par exemple, les pages 313‑357 de celle de Rouen en 1628 (Jean de La Mare, in‑8o).

16.

« Voyez les Essais de Casaubon contre le cardinal Baronius, page 29. »

  • V. note [18], lettre 318, pour les 16 Exercitationes de Rebus sacris et ecclesiasticis. Ad cardinalis Baronii Prolegomena in Annales et primam eorum partem… [Essais sur les affaires sacrées et ecclésiastiques. Contre les prolégomènes des Annales du cardinal Baronius et leur première partie…] (Francfort, 1615). Les pages 29‑30 concernent la rude controverse que Casaubon avait engagée sur les régicides encouragés par les jésuites, ce qui le menait ici à défendre vigoureusement la mémoire de son père :

    Ne vetustiora exempla repetam, Iohannes Castellus, non solum Christianis natus erat parentibus ; verum etiam, quod nemo ignorat, discipulus erat Iesuitarum. Ravaillacus prodigium illud hominis, sceleratorum ultima linea, genere et professione Christianus erat. Auctores Pulverariæ Conjurationis qua nihil magis horribile Diabolus unquam excogitavit Christiani omnes erant, Catisbeius, Percius, Digbeius, alii : partim etiam Iesuitæ, Garnetus, Gerardus, Tes<i>mondus. Græculus Cretensis Andreas Eudæmono-Iohannes, animosissimus ille Parricidiarum Patronus, lanienæ Parisiensis cupidissimus laudator, prodigium e mendaciis et ignorantia conflatum, non solum Christianus audit : sed est etiam Iesuita et Missas romæ quotidie, uti fama est, celebrat. Hic est ille Paricidiorum in Reges et Principes unicus Magister, qui ad cætera sua scelera, nuper adiecit immanitatis plusquam Turcicæ facinus execrandum. Nam qui obiectis a me criminibus, veri repondere nihil posset : non solum in me convicia falsa, absurda, ridicula, et furentis Cretis rabiem dumtaxat prodentia, effudit : sed etiam Arnaldi Casauboni, Venerandi Parentis mei, ante tot annos fato functi, pretiosam apud omnes bonos, qui norant, memoriam, contra ius Gentium : spreto anathemate, quod veteres Hebræorum sapientes in male de mortuo loquente pronunciarunt : denique contra ipsorum etiam Paganorum instituta ac leges, impie sollicitavit, ac Diabolico mendacio ivit infamatum. Fingit scelestus Cretensis, et audet affirmare, qua impudentia est, patrem meum, rei capitalis damnatum, laqueo vitam finiisse, ô furiam ! ô immanitatem plus quam Turcicam ! nam etiamsi ita esset (est autem falsissimum, ut demonstrabimus) quæ est Barbaries, in cineres iam pridem conditos furorem exercere suum ? filio casum patris, licet fabula non esset, exprobrare ? Nescit scelestus nescit, quid sit discriminis inter ατυχημα , h.e. infortunium, et αδικημα, h.e. injuriam. Sed vide mihi Cretici huius prodigii θεηλατον, h.e. divinitus immisam, amentiam. Quum enim ter figmentum hoc suum repetat, ut paucos ante dies narrabat mihi Oxonii Iohannes Prideaux, vir doctissimus, et pietatis eximiæ : (ego sancte iuro, me paucis paginis inspectis, putida et aperta mendacia floccifecisse et nunquam legisse) crimen tamen quod patri impingeret, ne fingere quidem ullum potuit. Elogium puniendi non recitat ; non locum, non tempus indicat ; crudum mendacium, ut fuerat sibi a Satana inspiratum, contentus evomere. En quales exquisitioris pietatis magistros patria Iovis edat : urbs septicollis sinu suo excipiat, educet, foveat. En qualia mendacia, auctoritate Censuræ suæ, Princeps Aquaviva soleat comprobare.

    [Sans revenir sur de plus anciens exemples, Jean Chastel était non seulement né de parents chrétiens, mais aussi, comme nul ne l’ignore, disciple des jésuites. Ravaillac, ce monstre d’homme, ce dernier des scélérats, était de famille et de confession chrétiennes. {a} Les auteurs de la Conspiration des poudres (le diable n’a rien imaginé de plus horrible) étaient tous chrétiens : Catesby, Percy, Digby et les autres ; une partie d’entre eux étaient même jésuites, Garnet, Gérard, Tesimond. {b} Andreas Eudæmon-Joannes, petit Grec de Crète, ce très impétueux avocat des parricides et le plus avide laudateur de la boucherie de Paris, {c} ce monstre enflé de menteries et d’ignorance, ne se dit pas seulement chrétien, mais est aussi jésuite, avec la réputation de dire la messe tous les jours à Rome. C’est ce maître unique des parricides contre les rois et les princes qui, à ses autres crimes, a récemment ajouté un exécrable attentat dont la sauvagerie surpasse celle des Turcs : ne pouvant rien répondre aux forfaits que je lui reproche, il a non seulement répandu contre moi un flot d’insultes, fausses, absurdes, ridicules et qui n’expriment que la rage d’un Crétois furieux ; mais il a aussi eu l’impiété, contre le droit des peuples, d’attaquer la précieuse mémoire d’Arnaud Casaubon, mon vénérable père, défunt voilà de nombreuses années, qu’avaient honorée tous les honnêtes gens qui l’ont connu ; en médisant sur sa mort, il l’a souillé de l’anathème que prononçaient les anciens sages hébreux ; enfin, contre les institutions et les lois des païens eux-mêmes, il l’a déshonoré par un diabolique mensonge. {d} Cet ignoble Crétois invente et ose affirmer, ce qui est pure impudence, que mon père a été condamné à la peine capitale et qu’il a fini sa vie pendu à une corde. Quel délire ! quelle monstruosité plus qu’ottomane ! Car même si tel avait été le cas (mais c’est parfaitement faux, comme nous le démontrerons), {e} quelle est cette barbarie qui exerce sa fureur contre des cendres déjà ensevelies depuis longtemps, en imputant au fils la faute de son père, même si ça n’était pas une fable ? Ce bandit ne le sait pas, il ne sait pas la différence entre l’infortune et l’injustice. Mais voyez la démence divinement inspirée de ce monstre crétois à mon égard : il répète trois fois ce conte qu’il a inventé, à ce que m’a raconté, voici quelques jours, John Prideaux à Oxford, {f} très savant homme, dont la piété est remarquable (car pour ma part, je jure solennellement, après en avoir parcouru quelques pages, n’en avoir fait le moindre cas et n’avoir jamais lu tel tissu d’inventions aussi fétides que flagrantes) ; mais il n’a certes pu qu’inventer le crime qu’il veut imputer à mon père. Il ne procure pas la preuve du forfait à punir : il ne fournit ni date ni lieu ; il se contente de vomir tout cru le mensonge que Satan lui a inspiré. Voilà la très exquise piété des maîtres qu’engendre la patrie de Jupiter, {g} puis qu’accueille en son sein, éduque et chérit la ville aux sept collines ! {h} Voilà les mensonges que, par l’autorité de sa censure, le général Acquaviva {i} a coutume d’approuver !] {j}


    1. V. notes [11] supra, notule {d}, pour Jean Chastel, auteur, en 1594, d’une tentative d’assassinat sur la personne de Henri iv, et [90], lettre 166, pour François Ravaillac, dont le coup de poignard tua le même roi de France en 1610.

    2. V. note [6], lettre 643, pour la Conspiration des poudres (Gun powder plot) contre le roi Jacques ier et le Parliament en 1605. Ses principaux auteurs y sont nommés, auxquels Casaubon ajoutait Sir Everard Digby et le jésuite Oswald Tesimond.

    3. Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572, v. note [30], lettre 211).

    4. Andreas Eudæmon-Joannes (La Canée, Crète 1566-Rome 1625), de noble origine grecque, était entré dans Compagnie de Jésus à Rome, en 1583. Il appartenait au proche entourage du cardinal Francesco Barberini (v. note [7], lettre 112), légat en Avignon (1623-1633) et en France (1625). Zélé défenseur de la papauté, il a publié plusieurs ouvrages de polémique religieuse, dont le plus fameux est intitulé Andreæ Eudæmon-Ioannis Cydonii e Societate Iesu, ad actionem proditoriam Edouardi Coqui, Apologia pro R.P. Henrico Garneto Anglo, eiusdem Societatis Sacerdote. Permissu Superiorum [Apologie d’Andreas Eudæmon-Joannes, natif de La Canée, de la Compagnie de Jésus, contre la perfide accusation d’Edward Cock (magistrat anglais, avocat général du royaume). En faveur d’Henry Garnet, prêtre anglais de la même Société. Avec permission des supérieurs] (Cologne, Joannes Kinckius, 1610, in‑8o).

    5. Dans son ad Frontonem Ducæum S.I. Theologum Epistola, in qua de Apologia disseritur, communi Iesuitarum nomine ante aliquot menses Lutetiæ Parisiorum edita [Épître à Fronton du Duc (v. note [4], lettre 669), théologien de la Compagnie de Jésus, où est discutée l’Apologie publiée à Paris, voici quelques mois, au nom commun des jésuites] (Londres, John Norton, 1611, in‑8o), Isaac Casaubon avait pris la défense de Jacques ier contre les jésuites, et tout particulièrement contre l’Apologia pro Garneto d’Eudæmon-Joannes.

      La R.P. Andreæ Eudæmon-Ioannis… Responsio ad Epistolam Isaaci Casauboni [Réponse d’Andreas Eudæmon-Joannes… à la Lettre d’Isaac Casaubon] (Cologne, Ioannes Kinckius, 1612, in‑8o) y avait très vivement riposté. Dans son chapitre vi, intitulé De Andrea Eudæmon-Ioanne [À propos d’Andreas Eudæmon-Joannes], le jésuite crétois répondait aux attaques personnelles de Casaubon contre ses ascendances, avec cette insinuation (page 95) :

      Fuit ista Pharisæorum olim argumentatio, qui patriæ vel splendore, vel moribus dona spiritus metientes, negabant Christum, quod Galilæus esset, Prophetam esse potuisse. Quorum præceptionibus institutus Nathanael vir alioqui sine dolo, vereque Israelita, Philippo de Christi laudibus prædicanti non credidit, quod a Nazareth esse posse boni quicquam negaret ; quod Iulianum Apostatam usque adeo delectavit : ut Christum Dominum per contemptum Galileum appellaret. Qua tu argumentatione cum uteris ; venia nimirum dignus es, qui armis utare e maiorum tuorum armamentario depromptis.

      Sanguinis multo maior est vis, quam cæli, solive, qua natura etiam ipsa a parentibus in filios traducitur, ut eam ob rem apud plerasque gentes regna a parentibus in filios hæreditaria transeant ; quam sæpe autem filii nec virtutes, nec vitia parentum imitantur ? ut insanire mihi videar, si tibi non dicam patriam, sed patrem obiecero, aut funiculum hæreditatis tuæ, quo fidem abrogem scriptis tuis. Hæc apud imperitam multitudinem, et minus æquos rerum æstimatores in utramlibet partem magna fortasse censeantur : apud sapientes tamen sua cuique virtus, aut vitium ornamento, vel dedecori sunt. Ista igitur, quæ tu Græcorum, atque Cretensium vocas vitia, non præiudicio patriæ, quod aut nullum, aut fallacissimum est, sed certo aliquo iudicio proba, si potes, in me reperiri : actum demum, vel me iudice viceris.

      [Les pharisiens, {i} suivant l’argument que les dons de l’esprit se jugent sur la splendeur ou sur les mœurs de la patrie, niaient jadis que le Christ eût pu être prophète parce qu’il était galiléen. Selon leurs préceptes, Nathanaël, que Jésus a du reste établi comme un homme sans artifice et véritablement Israélite, n’a pas cru Philippe quand il chantait les louanges du Christ, en niant que quoi que ce soit de bon pût venir de Nazareth. {ii} Julien l’Apostat {iii} s’en délectait et, par mépris, donnait le nom de Galiléen au Christ notre Seigneur. Quand tu emploies de tels arguments, tu es parfaitement digne d’excuse puisque tu emploies des armes que tu as tirées de l’arsenal de tes ancêtres.

      La force du sang est bien plus grande que celle du ciel ou du sol car, par sa propre nature, il se transmet des parents à leurs enfants : voilà pourquoi dans maintes nations, les couronnes sont héréditaires, passant des pères aux fils ; mais est-il très courant que les fils n’imitent ni les vertus ni les vices de leurs parents ? Je déraisonnerais, me semble-t-il, si je te reprochais non pas ta patrie, mais ton père, ou la corde de ton hérédité, pour refuser de donner foi à tes écrits. La multitude ignorante et les moins impartiaux des juges pourront prendre le parti qu’ils veulent sur ces grandes questions ; mais pour les sages, la vertu ou le vice de chacun est un objet de gloire ou de déshonneur. Prouve donc, si tu le peux, que tu as trouvé en moi ce que tu appelles les vices des Grecs et des Crétois, sans recourir à un préjugé sur ma naissance, parce qu’il est sans valeur ou parfaitement fallacieux, mais en te fondant sur quelque solide argument : fais simplement cela et tu m’auras convaincu].

      1. V. note [14], lettre 83.

      2. Évangile de Jean (1:43‑47) :

        « Le jour suivant, Jésus résolut d’aller en Galilée, et il rencontra Philippe.
        Et Jésus lui dit : “ Suis-moi. ” Philippe était de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre.
        Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : “ Nous avons trouvé celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les Prophètes : c’est Jésus, fils de Joseph de Nazareth. ”
        Nathanaël lui répondit : “ Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de bon ? ” Philippe lui dit : “ Viens et vois. ”
        Jésus vit venir à lui Nathanaël et dit de lui : “ Voici véritablement un Israélite, en qui il n’y a pas d’artifice ” ».

        Nathanaël, Galiléen de Cana, devint apôtre du Christ en prenant le nom de Barthélemy.

      3. V. notes [15], lettre 300, et [36] du Naudæana 3.

    6. John Prideaux (1578-1650), théologien britannique anglican, professeur à Oxford, évêque de Worcester (1641-1646).

    7. La Grèce.

    8. Rome.

    9. Le R.P. Claudio Aquaviva, supérieur général de la Compagnie de Jésus de 1581 à 1615.

    10. V. infra pour la suite de cet extrait.

  • Isaac Casaubon a donné le récit détaillé de la mort édifiante de son père, Arnaud Casaubon (Montfort-en-Chalosse, en Guyenne, dans l’actuel département des Landes, vers 1523-Die dans celui de la Drôme 1586) dans la suite de ses Exercitationes contre Baronius (pages 29‑30) :

    Pater meus, vir pietate, probitate, et prudentia inter paucos insignis, anno superioris seculi 86. Diæ vel ut veteres nominabant Deæ Vocontiorum, in Delphinatu, ipsis anni novi Kal. morbum contraxit : invasitque eum febricula, lenta quidem, verum continua. Quum medici, atque imprimis Laurentius Videlius, Avenionensis : (sed qui religionis varie corruptæ reformationem ante multos annos erat amplexus) in ea arte eximius, et veteri amicitia patri meo coniunctissimus, nihil periculi, et omnia signa ad salutem esse, confirmarent ; ipse tamen, ex quo primo decubuit, instare sibi fatalem horam intellexit : et qui de exitu morbi non dubitaret, uxorem suam, matrem meam, piis alloquiis sæpe est consolatus. 6. Kal. Febr. pater testamentum condidit : quod excepit notarius, uti vocant, Apostolicus, cui nomen Cheysieu. Scribendo testamento adfuerunt, A. Podianus (du Pui) Prætor urbis : qui paulo post peste extinctus, ingens sui desiderium civib. suis reliquit : L. Videllius, R. Bruierus, I. Draco, alij viri primarij amici patris, quorum nomina in tabulis testamenti leguntur. Kal. Febr. Dei nomen invocans, et delictorum veniam petens, sine ullo cruciatu, placide in Domino obdormuit : nactus, si quis mortalium, quam frustra sibi optabat Christum ignorans Augustus, ευθανασιαν, hoc est, beatam mortem. Adfuit ægrotanti, et beatam animam (sic opto et spero) Creatori suo reddenti, pia mater, singularis exempli fœmina, Iohanna Rousseau : quæ annos fere triginta, sine ulla, vel levissima, querela, vixit cum ipso coniunctissime : adfuerunt et filiæ duæ, Sara et Anna, sorores meæ : gener etiam, Petrus Chabanæus, cum duobus ex ipso nepotibus, Petro et Isaaco. Ego solus liberorum, quæ mea fuit infelicitas, aberam ; quod quadrienno ante, Francisco Porto, et Græco et Cretensi ; sed quem sincera pietas, virtus excellens, et singularis doctrina, bonis omnibus venerabilem reddebant ; in Græcarum literarum professione Genevæ adolescens successeram. Adfuerunt præterea ægrotanti frequentes cives, cum Dienses, tum Chrestenses : qui belli caussa Chresta, sive Crista, (oppidum est vicinum in Episcopatu Valentinensi, cuius olim Dia caput erat, nunc membrum) Diam concesserant : item e nobilitate Reformata provinciæ illius quamplurimi : quum forte eo tempore frequentissimus protestantium conventus Diæ ageretur. Elatus est 4. Non. Febr. succollantibus civib. honestissimis. Deduxerunt funus omnes civitatis ordines, et nobilium ac cæterorum, qui ad publica negotia convenerant, pars maxima. Luxerunt patrem, et diu desiderarunt, omnes pij, probi, ac prudentes viri. In his fortissimus heros, et gloria rerum gestarum toto Orbe notissimus, Lesdiguerius, et universa nobilitas : in qua præcipuos amicos habuit, Cugium, Guvernetium, Bellofortium, Poeticum, Dumasium, Consium, Chailarium : qui omnes, aut liberi eorum, etiam nunc sunt in vivis. Chailarius tunc admodum iuvenis, ad Pontificos postea transiit ; idem tamen Arnaldi Casauboni nomen sine honore usurpare, ne nunc quidem solet : memor arctissimæ amicitiæ, quæ olim patri meo cum ipsius parente, viro magno, et cum Pedegrotio eiusdem patruo, intercessit. Obiit ο μακαριτης, h.e., beatus, anno climacterico, ætatis suæ 63. Ego literis Videlii 15. Kal. Martij scriptis, quas a Theodoro Beza mihi traditas servo, de obitu optimi parentis factus certior ; dolorem meum paucis verbis απλαστως, id est, non ficte, testatus sum, in Commentariis ad Strabonem, quos tum scriberam, libro 5. pag. 84. Qui si Cretensis huius impostoris impudentiam, furorem et scelus prævidere potuissem : vitam patris mei literis mandassem, et ingentia Dei Opt. Max. erga ipsum beneficia enarrans, omnibus Cretensibus, omnibus Iesuitis os obrutassem ; et de universo nomine Casaubonio bene essem meritus. Neglexi hactenus hoc officium, conscius modestiæ et verecundiæ patris mei, quæ fuerunt in illo admirandæ. Nunc quia pietas id iubet, ne de veritate impune inimici Dei triumphent ; faciam tandem, volente Domino, quod ante multos annos factum oportuit ; et importunam ac truculentam hanc feram, veræ narrationis telis undique confodiam. At tu, Christiane Lector, criminatione ab una cognosce omnes. Nam qui de toto libello Cretensis Iesuitæ iudicandum sit, vel ex hoc uno potes statuere. Potes dico ? imo, si quid in te candoris, si quid veræ pietatis, omnino debes.

    [Le 1er janvier de la 86e année du siècle passé, mon père, cet homme auquel peu se peuvent comparer en piété, en probité et en sagesse, tomba malade à Die, dans le Dauphiné, ou Deæ Vocontiorum comme l’appelaient les Anciens, {a} en proie à une fièvre certes lente, mais continue. Les médecins, et en tout premier lieu, Laurentius Videlius, natif d’Avignon (mais qui avait adhéré, depuis nombre d’années, à la Réforme de la religion diversement corrompue), fort expérimenté en l’art de soigner et qu’une très solide amitié liait à mon père, affirmèrent qu’il n’y avait aucun danger et que tous les signes annonçaient une heureuse issue ; mais lui-même, dès qu’il s’alita, comprit que sa dernière heure allait arriver. Il ne doutait pas du tour fatal que prendrait la maladie, mais il tint souvent de pieux discours d’encouragement à son épouse, ma mère. Le 27e de janvier, il dicta son testament, que recueillit un dénommé Cheysieu, notaire apostolique (ainsi qu’ils s’intitulent) ; {b} furent présents à la rédaction de ce testament A. du Pui, échevin de la ville, qui mourut peu après de la peste, {c} à l’immense regret de ses concitoyens, L. Videlius, R. Bruierus, J. Draco et d’autres très proches amis de mon père, dont tous les noms se lisent dans la minute du testament. Le 1er de février, il s’endormit paisiblement, sans aucune souffrance, dans les bras du Seigneur, invoquant le nom de Dieu et lui demandant l’absolution de ses péchés. Au moment de subir le sort commun à tous les mortels, il a obtenu une euthanasie, c’est-à-dire une mort heureuse, telle qu’Auguste, qui ne connaissait pas le Christ, l’avait vainement souhaitée pour lui-même. {d} Ma pieuse mère, Jeanne Rousseau, était au chevet du malade au moment même où il rendit au Créateur son âme bienheureuse (comme je souhaite et espère). Femme tout à fait exemplaire, elle avait vécu pendant presque trente ans dans une entente parfaite avec lui, sans aucune querelle, si infime fût-elle. Ses deux filles, mes sœurs Sara et Anne, ainsi que son gendre, Pierre Chabanay, et deux de ses petits-fils, Pierre et Isaac, étaient à ses côtés. Quant à moi, son seul fils, quel ne fut pas mon malheur ! j’étais alors absent, résidant à Genève où, quoique bien jeune encore, j’avais depuis quatre ans succédé à Franciscus Portus dans la chaire de littérature grecque. Lui aussi était grec et crétois, mais sa piété sincère, ses éminentes vertus et sa singulière érudition avaient fait l’admiration de tous les honnêtes gens. {e} Se trouvaient en outre auprès du mourant quantité de citoyens de Die, comme de Crest (sa voisine dans le diocèse de Valence, dont elle était jadis l’évêché, mais qui n’en est plus qu’une dépendance), et ceux-là s’étaient réfugiés à Die en raison de la guerre, {f} ainsi qu’un grand nombre de gentilshommes réformés de cette province, car, à cette époque, le synode des protestants se réunissait presque toujours à Die. Les plus estimés de ses concitoyens le portèrent au tombeau sur leurs épaules le 2e de février. Toutes les compagnies de la ville, tant nobles que roturières, dont la plus grande part était réunie pour régler les affaires publiques, assistèrent aux funérailles. Tous les gens pieux, honnêtes et sages ont pleuré mon père et l’ont longtemps regretté. Parmi eux figuraient Lesdiguière, ce très courageux héros dont le monde entier connaît parfaitement les hauts faits, {g} et toute la noblesse, où mon père avait pour principaux amis Cugi, Guvernet, Belfort, Poët, Dumas, Consy, Chailar ; tous ceux-là, ou leurs enfants, sont encore en vie. Chailar était encore fort jeune à l’époque et s’est depuis converti au papisme ; encore aujourd’hui, il ne sait prononcer le nom d’Arnaud Casaubon sans lui rendre hommage, se souvenant de la très solide amitié qui lia jadis mon père au sien, et à son oncle Pedegrotte. Notre bienheureux mourut en sa 63 e année d’âge, qui est la grande climatérique. {h} Je conserve la lettre où Videlius m’a confirmé la mort de mon excellent père, elle est datée du 15 e de février, et Théodore de Bèze me l’avait remise. J’ai brièvement donné le témoignage non simulé de ma douleur au livre v, page 84, de mes Commentarii ad Strabonem, que j’écrivais alors. {i} Si j’avais pu prévoir l’impudence, la furie et le crime de cet imposteur crétois, j’aurais consigné par écrit la vie de mon père et, en relatant les immenses faveurs que Dieu lui a conférées en sa toute-puissance, j’aurais écrasé la gueule de tous les Crétois et de tous les jésuites, et j’aurais ainsi bien mérité du renom de tous les Casaubon. Jusqu’ici, j’ai négligé ce devoir, connaissant la modestie et la discrétion de mon père, qui étaient admirables en lui. La piété me l’ordonne maintenant : afin que les ennemis de Dieu ne triomphent pas impunément de la vérité, je ferai enfin, si Dieu veut, ce que j’aurais dû faire depuis bien des années, et je percerai partout cette bête sauvage, fâcheuse et redoutable des traits de mon authentique récit. Quant à toi, lecteur chrétien, mon seul réquisitoire suffit à te le faire connaître : tu peux en tirer le jugement à prononcer sur tout le libelle du jésuite crétois. Le peux-tu, dis-je ? Tu le dois absolument, si tu as en toi quelque trace de candeur et de véritable piété].


    1. Dea Vocontiorum [Déesse des Voconces] est le nom romain de Die (à environ 140 kilomètres au nord d’Avignon), parce qu’elle était l’ancienne capitale des Voconces, peuple gaulois installé dans les Préalpes du Dauphiné.

    2. Casaubon qualifiait ce notaire d’« apostolique » (v. fin de la note [63] du Naudæana 2) parce qu’il était catholique et rédigeait des actes tant royaux que diocésains.

    3. Cette remarque peut laisser supposer qu’Arnaud Casaubon succomba aussi à une forme lente de peste. Je n’ai pas cherché à mieux identifier les nombreux témoins dont son fils citait les noms pour dénoncer le mensonge d’Eudæmon-Johannes.

    4. V. note [32], lettre latine 4, pour cette allusion à Tacite sur le souhait de l’empereur Auguste, qui mourut subitement, en l’an 14 de notre ère, sans doute empoisonné par sa seconde épouse, Livie, et par son successeur, Tibère).

    5. Casaubon étudiait le grec à Genève auprès de François Portus (Phrankiskos Portos, Francesco Porto, Candie 1511-Genève 1581).

    6. Crest (Chresta, Crista ou Cresta en latin) est une ville fortifiée du Dauphiné (dans l’actuel département de la Drôme), une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Die. Arnaud Casaubon y avait été pasteur. Sévissait alors la huitième et dernière guerre de Religion (1585-1598).

    7. V. note [26] du Naudæana 1, pour François de Lesdiguière, connétable de France.

    8. V. note [27], lettre 146.

    9. V. note [62], lettre latine 351, pour les commentaires d’Isaac Casaubon qui sont à la fin de son édition des 17 livres de la Géographie de Strabon (Genève, 1587). À ladite page 84 (première colonne, repère E), il laisse à d’autres le soin de commenter un passage difficile de Strabon sur les coordonnées géographiques de la péninsule italienne, avec cette excuse :

      Mihi nec vacat, nec libet, hoc præsertim tempore : quo allatus mihi tristissimus de obitu, hei mihi ! optimi, optimeque de me meriti parentis mei nuntius, ita me perculit affecitque, ut prorsus ab istis mansuetioribus Musis abhorrens animus meus, alias literas requirat, in quibus acquiescat, ac tanti vulneris medicinam reperiat ; quæ profecto non aliæ sunt, quam eæ in quibus annos ferme triginta idem ille μακαριτης pater meus se non sine fructu (Deo gloria sit et laus,) exercuit : quasque voluit ille semper suis liberis versari ante oculos.

      [Je n’en ai ni le loisir ni la liberté, tout particulièrement au moment où, hélas pour moi ! m’est parvenue la très triste nouvelle de la mort de mon excellent père, envers qui ma reconnaissance est immense. Elle me bouleverse et afflige tant que mon esprit, s’éloignant avec aversion des douces Muses, a besoin d’autres livres qui l’apaiseront, et où il trouvera le remède d’une si profonde blessure : ce ne sont rien d’autre que ceux où, depuis bientôt trente années, feu mon bienheureux père, m’a appris à lire, non sans fruit (que Dieu en soit loué et honoré !), et sur lesquels il a toujours voulu que ses enfants tournent leurs yeux].


  • La Isaaci Casauboni Vita [Vie d’Isaac Casaubon] qui figure au début de ses Epistolæ (3e édition), {a} La France protestante {b} et Mark Pattison {c} complètent la biographie d’Arnaud Casaubon : tôt converti à la Réforme, il fuit les persécutions en s’exilant à Genève, où il obtint le droit de bourgeoisie en 1559, année où naquit Isaac. L’édit de janvier 1562, qui instituait la tolérance des religions, permit à Arnaud Casaubon de revenir en France pour devenir pasteur à Crest. Il interrompit son ministère pour participer aux combats des deuxième et troisième guerres de Religion (1567-1570), et revint à Crest à la trêve de 1570. La Saint-Barthélemy rouvrit les hostilités en 1572 et les guerres se succédèrent presque sans discontinuer jusqu’à la huitième et dernière (1585-1598). Comme on a vu, le pasteur de Crest mourut au cours de celle-là, à Die en 1586.


    1. Isaaci Casauboni Epistolæ, insertis ad easdem Responsionibus, quotquot hactenus repriri potuerunt, secundum seriem temporis accurate digestæ. Accedunt huic tertiæ editioni, præter trecentas ineditas epistolas, Isaaci Casauboni Vita, ejusdem Dedicationes, Præfationes, Prolegomena, Poemata, Frangmentum de Libertate Ecclesiastica. Item Merici Casauboni, I.F. Epistolæ, Dedicationes, Præfationes, Prolegomena, et Tractatus quidam rariores. Curante Theodoro Janson ab Almeloveen.

      [Toutes les Lettres d’Isaacus Casaubonus qu’on a pu trouver à ce jour, avec les réponses qui leur ont été faites, soigneusement classées par ordre chronologique. À cette troisième édition, outre trois cents lettres inédites, ont été ajoutées une Vie d’Isaacus Casaubonus, ses Dédicaces, Préfaces, Introductions et Poèmes, ainsi que son Fragment sur la Liberté de l’Église ; avec les Lettres de Mericus Casaubonus, {i} fils d’Isaacus, ses Dédicaces, Préfaces, Introductions et quelques Traités fort rares. Édition établie par Theodorus Janson ab Almeloven]. {ii}

      1. Méric-Florent-Étienne Casaubon, v. note [13], lettre latine 16.

      2. Rotterdam, Caspar Fritsch et Michael Böhm, 1709, 2 tomes in‑4o :

        • premier tome, en trois parties de 76 pages (Vita), 250 pages (textes divers d’I.C.), 216 pages (405 premières lettres d’I.C.), avec un joli portrait de Casaubon ;

        • second tome, en deux parties de 456 pages (705 dernières lettres d’I.C. et 50 qui lui ont été écrites) et 182 pages (textes de M.C.).

        Theodoor Jansson van Almeloveen (1657-1712), neveu de l’imprimeur Jan Jansson (v. note [15], lettre 150), a enseigné l’histoire, le grec et la médecine à Hardewijk.

    2. Volume 3, pages 230‑231.

    3. Isaac Casaubon 1559-1614 (Londres, Longmans, Green et Co, 1875, in‑8o de 543 pages), Parentage and education, 1559-1578, pages 3‑6).

17.

« Isaac Casaubon n’a jamais vu Joseph Scaliger, […] (ainsi le nommait-il). »

Cette remarque fournit l’un des innombrables arguments qui permettent d’attribuer le Borboniana manuscrit à Guy Patin, car on retrouve le même propos au début de sa lettre à André Falconet datée du 6 octobre 1665 :

« Votre compliment et votre courtoisie me font souvenir de ce que me racontait autrefois feu M. Nicolas Bourbon de Bar-sur-Aube, qui mourut l’an 1644 […]. C’était un homme qui savait tout et qui était d’un admirable entretien. Il me disait donc qu’Isaac Casaubon n’avait jamais vu Joseph Scaliger et néanmoins, ces deux grands hommes s’entre-écrivaient toutes les semaines. Casaubon eut plusieurs fois envie d’aller en Hollande pour y embrasser son bon ami, mais il arriva toujours quelque chose qui l’empêcha. Il avait mis dans une bourse de velours 200 écus d’or pour faire son voyage. »

En l’appelant « Monsieur de Scaliger », Casaubon flattait les prétentions nobiliaires (v. note [4] du Grotiana 1) de son grand ami (purement épistolaire).

18.

V. notes :

  • [16], lettre 463, pour Jérémie Ferrier, ses déboires avec les calvinistes de Nîmes en 1613 et sa conversion au catholicisme ;

  • [15], lettre 12, pour Henri ii de Montmorency qui était alors gouverneur du Languedoc.

19.

J’ai transféré le second paragraphe de cet article depuis la page 5 du Borboniana manuscrit.

Thomas Pelletier a connu son heure de célébrité au début du xviie s. (ses dates de naissance et de mort sont incertaines), mais n’a guère laissé de trace dans les biographies. Seules deux sources me semblent procurer des informations intéressantes et fiables à son sujet. J’y ai du moins trouvé les pistes qui m’ont permis de comprendre qui fut cet obscur mais fort intéressant personnage.

  • Le précieux site bibliographique data.bnf.fr lui attribue une quarantaine d’ouvrages publiés entre 1598 et 1634, dont les trois plus remarquables sont :

    • La Conversion du Sr Pelletier à la foi catholique. En laquelle il représente au naïf les vraies et infaillibles marques de l’Église. Contre les erreurs et fausses opinions des calvinistes ; {a}

    • le Discours lamentable sur l’attentat et parricide commis en la personne de très heureuse mémoire Henri iiii, roi de France et de Navarre ; {b}

    • et la Réfutation des erreurs et impertinences du Sieur Du Plessis, remarquées à l’ouverture de son livre intitulé Le Mystère d’iniquité. {c}


      1. Paris, Jean Jannon, 1610, in‑4o de 255 pages ; ouvrage dédié au cardinal Jacques Davy Duperron (v. note [20], lettre 146), avec une préface « à Messieurs de la Religion prétendue réformée ».

      2. Paris, François Huby, 1610, in‑4o de 15 pages : signé « Pelletier » à la fin et publié dans la semaine qui a suivi l’assassinat de Henri iv.

      3. Paris, François Huby, 1611, in‑4o de 468 pages ; avec épître dédicatoire de Pelletier (sans prénom) « À la reine mère du roi, régente en France » (Marie de Médicis), et à la fin, une vive attaque contre Isaac Casaubon, transcrite à la fin de la présente note.

        V. supra note [9] pour Le Mystère d’iniquité.


  • Après avoir parlé des impiétés commises par Jérémie Ferrier (v. supra note [18]), René Pintard a écrit ce paragraphe (Pintard b, page 18) :

    « On en dirait autant de Thomas Pelletier, autre créature du cardinal Duperron, autre pensionnaire du Clergé, autre familier de Richelieu et, de plus, secrétaire de la reine mère, {a} “ au reste, homme d’esprit et d’entendement, qui avait belle langue et encore plus belle plume ”. Il devint l’apologiste de la Compagnie de Jésus. Converti en 1609, ou peu avant, il touchait par an mille livres, sans compter les bagatelles. Ses collègues autrefois l’appelaient “ le libertin ” ; et maintenant, un naïf lui demandant “ qu’il dît en ami quelle était la meilleure des deux religions : Il y a apparence, répondit-il, que c’est l’autre (la réformée), vu qu’on m’a donné quatre cents écus par an de retour pour être de celle-ci. ” {b} Pelletier, inter Reformatos atheus, nunc inter Romanos est zelota, {c} écrivait de lui Casaubon ; mais on aurait pu aussi bien retourner la formule. »


    1. Marie de Médicis.

    2. Pintard a soigneusement lu le Borboniana manuscrit.

    3. « athée parmi les réformés, il est maintenant zélote parmi les Romains »

Dans la correspondance d’Isaac Casaubon (édition de Rotterdam, 1709, v. la fin de la note [16] supra) je n’ai pas trouvé le propos que Pintard lui prête ; mais cinq de ses lettres montrent qu’il a eu sérieusement maille à partir avec Pelletier (qu’il appelait Peleterius ou Pellio).

  1. Lettre dcclvii (pages 440‑441) à son fils aîné, Jean Casaubon, de Londres, le 28 novembre 1611 :

    Caussa Regum agitur, et quidem contra parricidas inauditos, et ego timebo ? au deerit mihi animus ? Deus meliora ! Peletrii vero judicium non magis reformido quam par est. Ille ne me Grammaticum vocat ? Ille meum stylum damnat ? Asinus, stultus, imperitus, nebulo, vappa ; de eo viro sine honoris præfatione loqui non debet, quem scit orbis terrarum (absit verbo invidia) non sine aliqua utilitate publica literas Græcas et Latinas excoluisse. Abeat Peleterius ad lustra et propinas, ibi judicet de forma scortorum, de vini saporibus ; de literis abstineat judicare ονος προς λυραν. Taceo quam tota Lutetia novit in rebus Religionis indifferentiam, quæ ab Atheismo quot gradibus differat, ipse viderit. Et his notis insignis nebulo de me graves sententias dicet ? Ego vero Deo gratias ago, quod ea scripserim, quæ illi displiceant : bonis sine dubio placebunt, quæ pessimo viro non placent. De stylo quidem judicare non adeo non potest, ut priusquam intelligat mea scripta, multi illi anni in Scholis sint ponendi. Si ausus sit in me aliquid, erit unus e meis famulis, qui illum excipiat, ut meretur ipsius detestanda malignitas. A me respondum ne exspectet, tuus fortasse cognatus, aut certe unus famulorum meorum illum depinget suis coloribus. Tu vero, fili, maledictis impurissimi nebulonis ne movearis. Ut nulla sine crista nascitur galerita, sic nemo aliquam ex his studiis gloriam consecutus, quem non comitetur invidia. Scis, fili, meam ταπεινοφροσυνην, qui si quid scio, et non multa sane scio ; sed tamen si quid scio, Deo Opt. Max. id totum sero acceptum. Illi honos, illi laus, illi gloria εις τους αιωνας των αιωνων. Moneo te, fili, abstineas a societate id genus hominum. Novi illum, de quo loquor, intus et in cute : acta, verba, ingenium produnt in causa Religionis profanum ; neque hoc te potest fugere. O fuge tales, abhorre, odi, ac detestare : sæpe hoc te præsens monui ; nunc absens moneo, quia est data occasio. Oro Deum immortalem, et quotidie orat pia mater tua, ut tibi adsit, te servet, tibi benedicat.

    [Il s’agit de plaider la cause des rois, et bien sûr contre des parricides inouïs, mais aurai-je peur ou manquerai-je de courage ? Puisse Dieu nous réserver des jours meilleurs ! Je ne redoute guère le jugement de Pelletier, qui m’est parfaitement indifférent. Ne me qualifie-t-il pas de grammairien ? Condamne-t-il mon style ? C’est un âne, un sot, un ignorant, un vaurien, un coquin ; mais il ne faut pas parler de cet homme sans préambule louangeur, car le monde entier (soit dit sans la moindre jalousie) sait que, non sans quelque avantage pour le public, il a soigneusement cultivé les lettres grecques et latines. Que Pelletier s’en aille donc à ses débauches et à ses tavernes, où il donnera son avis sur la beauté des putains et sur les saveurs du vin ; mais que cet âne devant une lyre {a} s’abstienne de le donner sur les belles-lettres ! Je tais son manque de discernement en matière de religion, fort peu éloigné de l’athéisme, car lui-même en prendra soin. Et ainsi stigmatisé, cet insigne vaurien prononcerait de lourdes sentences à mon encontre ? En vérité, je remercie Dieu d’avoir écrit ces mots qui lui déplaisent : ce qui ne plaît pas aux très mauvaises gens ne déplaira pas aux honnêtes gens. Quant à juger de mon style, il n’en est certes pas capable, dans la mesure où il lui faudrait passer quantité d’années aux écoles avant de comprendre ce que j’écris. Si j’avais quelque audace, je dirais à l’un de mes dévoués serviteurs de le traiter comme sa détestable méchanceté le mérite. Qu’il n’attende pas de réponse venant de moi, quelqu’un que tu connais peut-être, {b} ou certainement quelqu’un de mes familiers lui dira ses quatre vérités. {c} Mais toi, mon fils, ne t’émeus pas des médisances que profère cet infâme coquin. De même qu’aucune alouette ne naît sans crête, {d} personne ne cherche à tirer gloire de ses travaux sans provoquer la jalousie. Mon cher fils, tu connais mon humilité : si je sais quelque chose, je ne sais pas grand-chose ; mais pourtant, si je sais quelque chose, je dis l’avoir entièrement reçu de Dieu tout-puissant ; à lui l’honneur, à lui les louanges, à lui la gloire, dans les siècles des siècles ! Mon fils, je te mets en garde : abstiens-toi de fréquenter ce genre de personnages. Je connais jusqu’au bout des ongles {e} celui dont je parle : ses actes, ses paroles sont l’expression d’un esprit sacrilège à l’encontre de la Religion, et tu ne peux échapper à cela. Fuis, abhorre, hais, déteste donc de telles gens ! Je t’ai mis en garde quand tu étais près de moi, maintenant que tu es loin, je te mets encore en garde puisque l’occasion m’en est donnée. Je prie Dieu immortel, et ta pieuse mère le prie tous les jours, pour qu’il t’aide, te protège et te bénisse]. {f}


    1. V. note [5], lettre 439, pour le commentaire de cet adage antique. J’ai mis en italique ma traduction des mots grecs.

    2. Notre marginale de l’éditeur : Forte Isaacus Chabanæus [Peut-être Isaac Chabanay (fils de Pierre et Sara Chabay, sœur d’Isaac Casaubon)].

    3. Libre traduction d’illum depinget suis coloribus, en référence à l’adage no 306 d’Érasme, Tuis te pinguam coloribus [Je te peindrai avec tes propres couleurs], pour dire : Talem te describam, qualis es [Je te décrirai tel que tu es].

    4. V. note [10], lettre 970.

    5. V. note [16], lettre 7.

    6. Exhortation d’un père, résolu au calvinisme (faute de trouver mieux chez les catholiques, v. notes [41][43] du Borboniana 5 manuscrit), qui voit son fils aîné se convertir au catholicisme sous l’influence de l’apostat Pelletier. Cela n’empêcha pas Jean Casaubon de prendre l’habit des capucins, sous le nom de frère Augustin, pour subir un funeste destin en 1624 (v. note [21] du Naudæana 1). Son père s’insurgeait contre le livre cité dans sa lettre qui suit.

  2. Lettre dcclxxxvii (page 456‑457) à Thomas Morton (ministre calviniste anglais, qui était alors doyen de l’Église de Winchester), de Londres, le 7 avril 1612 :

    Etsi occupatissimus sum, abrumpo tamen silentium, ut te roga, accipias προφρονι θυμω libellum, quem mitto. Non enim patiar, ut meorum quicquam ignores : eam habeo fiduciam de tua erga me benevolentia, quam tot argumentis declarasti. Puto te non sine risu postremas paginas Præfationis lecturum. Ego, ut puto te nosse, si quis alius, modestiam amo ; sed est genus hominum perditorum, quos vehementer animus meus execratur. Ex isto genere est meus Pellio, bipedum nequissimus, de quo, si dignus fuisset, longam Iliadem potui contexere. Ille infelix asellus cum adversus Dominum Plessæum scriberet, me agressus est. Volui respondere ; sed vetuerunt viri graves, amici mei Parisienses ; indignum enim esse, de quo vel cogitarem. Parui. Accidit vero nuper, ut serenissimus Rex alium libellum ejus pestis mihi ostenderet, ubi iterum in me insurgit. Putavi semel defungendum illa molesta, cum præsertim maximo Principi id placeret.

    [Bien que fort occupé, je romps le silence pour vous demander de recevoir avec empressement le petit livre que je vous envoie. {a} Je ne souffrirais pas en effet que vous ignoriez quoi que ce fût de mes affaires, car je fais toute confiance à votre bienveillance envers moi, dont vous m’avez donné tant de preuves. Je pense que vous ne lirez pas sans rire les dernières pages de la préface. Vous savez, je pense, que, plus que tout autre, j’aime la modestie, mais voilà bien le genre d’hommes dépravés que mon esprit exècre profondément. L’ami Pelletier en est un, c’est le plus nul des bipèdes et, s’il en était digne, je pourrais lui chanter une longue Iliade. En écrivant contre le Sieur Du Plessis, ce misérable petit âne m’a attaqué. Je voudrais lui répondre, mais des amis parisiens, qui sont gens sérieux, me l’ont interdit, car il serait déshonorant de seulement y penser. J’ai obéi. Par coïncidence, le roi sérénissime m’a récemment montré un autre libelle de cette peste où il s’attaque de nouveau à moi. {b} Je penserais volontiers en finir une fois pour toutes avec ces désagréments, surtout si tel est le bon plaisir de notre éminent prince].


    1. La suite de la lettre désigne la Réfutation de Pelletier.

    2. Le roi est Jacques ier de Grande-Bretagne. L’autre livre de Pelletier est La Monarchie de l’Église, contre les erreurs d’un certain livre intitulé De la puissance ecclésiastique et politique [manifeste gallican d’Edmond Richer, v. note [27], lettre 337] (Paris, François Huby, 1612, in‑4o), qui se conclut sur une rude attaque contre Casaubon (pages 79‑83).

  3. Lettre dcclxxxviii (pages 458‑459) à Thomas Edmundus, de Londres, le 10 avril 1612 :

    Juvat hoc loco unius e multis ejus farinæ Scriptorculis audaciam στηλιτευειν, de quo scire te volo serenissimi Regis judicium. Is, quem dico, quemque nominare mihi religio, tanta vilitas novi Doctoris ; de trivio et compitis circumforaneus Pellio quidam est ; homo idiota, nullarum literarum, non Græce, non Latine doctus, sine scientia, sine conscientia, bonis obstrepere, et fruges natus consumere, aliud nihil. Hic, quod inter mulierculas sciolus, et in vernaculo sermone disertulus habetur ; in omnes diversarum partium Scriptores censoriam nuper accepit virgulam ; eo quidem libentius, qui ante biennium ære alieno oppressus, septingentorum aureorum mercedem pactus, ad expungenda vetera nomina, et stipendium annuum (narro quæ vera sunt, quæque ipse mihi dixit) mutatis partibus transfugium fecit ; quique inter eos, quos deseruit, a suspicione Atheismi infamis, et bonis omnibus, qui propius norant, exosus vixerit, novi zeli fervorem iis, ad quos transiit, hoc est, quos decepit, necesse nunc habet approbare. Igitur Doctor a se creatus Pellio, novos cottidie libellos scribit, vel potius vomit. Primum novæ professionis tyrocinium posuit ante biennium, cum adversus Monitoriam serenissimi Regis, Principis longe doctissimi, ipse vitilitigatorum postremus, συγγραφευς αγραμματος, inscitiæ retrimentum, librum emisit ; in quo si paucula excipias, nihil non protritum, nihil non millies dictum, non haustum e fæce ; paucula vero illa, cui suppilaverit, neque ignorat quisquam eruditorum Lutetiæ, et nobis compertissimum est. Non enim nescimus, sub cujus mensa colligere micas sit solitus ex quibus sua fercula instruit. Idem Pellio, quum ante paucos menses virum nobilissimum, et celeberrimæ famæ esset aggressus, eum et nobis honorem habuit, ut sua censura, novus Aristarchus, columen sapientiæ, dignos judicare ; sed obiter et velut in transcursu. Credo ne si aliter fecisset, dignitate tanti antagonistæ nomini nostro aliquid splendoris accederet. Edideramus paullo ante Epistolam ad Frontonem Ducæum, Societatis Jesu Theologum : in qua res in hoc Regno a nonnullis ejusdem Societatis gestas, fide historica ipsi exposuimus. Hanc epistolam Pelletier in fine ejus, quem dixi, libri, non refutat ille quidem, (neque enim poterat,) sed uno vehemente confodit obelo : deinde ad maximum Regem sermone converso, multis ab eo petit, ne quicquam eorum credat esse verum ; quæ universum hoc Regnum vidit ; quæ in Acta public sunt relata ; quæ Orbis jam terrarum scit esse verissima. Hæc omnia falsa, et adulandi studio ficta audet dicere, et quidem Regi dicere meus Pellio ; quasi is esset mitissimus hic et innocentissimus Princeps, cujus aures in perniciem sontium patere soleant. Quis laqueus, quæ crux tantum scelus expiabit ? Vidi ego serenissimum Regem ; quum illa legeret, et mihi ostenderet, qui prius non videram, inauditam Pellionis audaciam atque impudentiam severe detestantem. Me quoque adulandi artificem quod vult videri, sapientissimo Principi insignitam facit injuriam, potius quam mihi.

    [J’ai plaisir à dénoncer ici l’audace de l’un de ces nombreux petits écrivains de même farine, sur lequel je veux que vous sachiez le jugement de notre sérénissime roi. Celui dont je parle, mais j’ai scrupule à donner son nom, tant est insignifiant ce docteur de fraîche date : c’est un certain Pelletier qui erre de carrefour en carrefour, un homme ignorant, sans aucune instruction, qui ne connaît ni le grec ni le latin, sans science, sans conscience, né pour vociférer contre les honnêtes gens et ruiner les bons fruits, et rien d’autre. Cet homme, parce que des femmelettes le tiennent pour demi-savant et pour petit beau parleur en français, a récemment reçu une censoria virgula {a} contre les écrivains des divers partis ; ce qu’il a très volontiers accepté car, voilà deux ans, croulant sous les emprunts, il a conclu un marché de sept cents écus pour effacer ses vieilles dettes, et une rente annuelle (tout ce que je raconte est vrai, lui-même me l’a dit) l’a fait passer d’un parti à l’autre. Tous ceux qu’il a abandonnés, comme tous les honnêtes gens, le haïssaient car ils le savaient très proche de l’infâme athéisme : aussi se trouvait-il dans la nécessité de prouver la ferveur de son nouveau zèle contre ceux qu’il a trompés. Pelletier, après s’être conféré le titre de docteur, s’est donc mis à écrire, ou plutôt à vomir tous les jours de nouveaux libelles. Voici deux ans, il a entamé l’apprentissage de sa nouvelle confession en publiant un livre contre l’Avertissement de notre sérénissime roi, {b} de loin le plus savant des princes, quand lui n’est que le dernier des chicaneurs, un écrivain illettré, un égout d’ignorance : si vous en ôtez de menus passages, il ne s’y trouve rien qui ne soit rebattu, rien qui n’ait été mille fois dit, rien qui n’ait été puisé dans les latrines ; mais j’ai bien découvert celui à qui il a dérobé ces vétilles, et dont nul Parisien instruit n’ignore le nom, {c} car je sais bien sous la table de qui il a coutume de ramasser les miettes dont il confectionne ses plats. Ledit Pelletier, quand il s’est attaqué, voici quelques mois à un personnage de très haute noblesse et d’immense renom, lui a fait l’honneur, ainsi qu’à moi, de nous juger dignes de sa censure, mais sans insister et comme en passant, se prenant pour le nouvel Aristarque et pour une colonne de sapience. {d} Je crois que s’il n’avait fait autrement, la dignité d’un si grand antagoniste eût ajouté quelque splendeur à ma renommée. Peu avant, j’avais publié une Lettre à Fronton du Duc, théologien de la Compagnie de Jésus, où j’exposais, avec la fidélité de l’historien, les actions que certains membres de ladite Société ont accomplies en ce royaume. À la fin du livre que j’ai cité, Pelletier ne réfute pas ma Lettre (car il en était incapable), mais il la biffe impétueusement d’un seul trait de plume. {e} Quant au discours dirigé contre notre très grand roi, il s’en faut de beaucoup pour que quiconque croie à la vérité de ce qu’il contient ; mais le monde entier tient déjà pour très vrai ce qu’a vu tout ce royaume et ce que rapportent les actes publics. Mon cher Pelletier ose dire toutes ces faussetés et il invente par souci de flatter ; et il ose même le dire au roi, comme s’il s’agissait du plus doux et du plus innocent des princes, qui a coutume de prêter une oreille favorable au pardon des coupables. Quelle potence, quelle croix expiera un si grand forfait ? J’ai vu notre sérénissime roi alors qu’il lisait ces faussetés ; je ne les connaissais pas encore et il me les a montrées, en maudissant hautement l’audace et l’impudence inouïes de Pelletier. En voulant me faire passer pour un maître en l’art de flatter, c’est notre très sage prince, plutôt que moi, qu’il insulte ouvertement]. {f}


    1. Expression, désignant littéralement la « biffure du censeur », qu’Érasme a commentée dans ses Adages (no 3726).

    2. Dans La Religion catholique soutenue en tous les points de sa doctrine, contre le livre adressé aux rois, potentats et républiques de la chrétienté par… Jacques ier, roi d’Angleterre… (Paris, J. Jannon, 1610, in‑4o), Pelletier ripostait à l’Apologie pour le serment de fidélité que le sérénissime roi de la Grande-Bretagne requiert de tous ses sujets, tant ecclésiastiques que séculiers, tel que tout autre prince souverain le peut et doit légitimement requérir des siens. Premièrement mise en lumière sans nom, maintenant reconnue par l’auteur, le très haut, très puissant et très excellent prince Jacques, par la grâce de Dieu roi de la Grande-Bretagne, etc., défenseur de la foi. Contre deux brefs du pape Paul v aux catholiques romains anglais, et une lettre du cardinal Bellarmin à messire George Blackwell, archiprêtre d’Angleterre, le tout ci-contenu. Ensemble un ample avertissement ou préface du dit seigneur roi à tous les monarques, rois, princes, États et républiques libres de la chrétienté (Londres, Jean Norton, 1609, in‑8o).

    3. Le cardinal Duperron ; vV. note [28] du Faux Patiniana II‑5 pour le mot vétilles.

    4. V. la note [4], lettre 117, pour Aristarque de Samos. et la 3e notule {b} supra pour le livre de Pelletier contre du Plessis-Mornay.

    5. V. supra note [16], première notule {e}, pour l’Ad Frontonem Ducæum S.I. Theologum Epistola (Londres, 1611). Dans sa Réfutation, Pelletier a en effet vivement riposté à ce livre de Casaubon ; son attaque est transcrite à la fin de la présente note.

    6. Dans la vive querelle religieuse et politique opposant alors Rome à la Couronne britannique, les jésuites accusaient Casaubon d’être la plume grassement rétribuée du roi Jacques ier.

  4. Lettre dccxcii (page 460) à Johannes Meursius (v. note [9], lettre 443), de Londres, le 13 avril 1612, l’Epistola ad Frontonem [Lettre à Fronton du Duc] :

    Videbis ex eo libello, quem tibi mitto, provocatum me fuisse ab illustri viro, cardinali Perronio ; sed amice, et modeste ; itemque ab alio barbaro et agresti nebulone, qui nuper, pretio accepto, conscientiam prodidit. Huic vappæ et atheo quum non putarem esse repondendum, placuit Regi, ut obiter illum perstringerem. Audio has nundinas non carituras libris adversus Epistolam af Frontonem scriptis ; quos equidem, nisi aliquid afferant, quod ad rem faciat, aspernabor, et hostes veritatis sinam latrare. Nunc mihi in manibus est disputatio adversus Baronium ; cujus fraudes infandas est animus palam facere, ad gloriam Dei, et publicum bonum.

    [Dans ce petit livre que je vous envoie, vous verrez que j’ai été provoqué par le cardinal Duperron, mais amicalement et humblement, ainsi que par cet autre rustre et barbare vaurien qui a récemment trahi sa conscience contre argent comptant. {a} Je ne pensais pas devoir répondre à ce fripon athée, mais il a plu au roi que je l’égratigne sans tarder. J’entends dire que les librairies ne manqueront pas de livres écrits contre ma Lettre à Fronton ; je les ignorerai assurément s’ils n’apportent rien qui fasse avancer le débat, et je laisserai aboyer les ennemis de la vérité. Je travaille maintenant à mon essai contre Baronius : {b} pour la gloire de Dieu et le bien public, j’ai à cœur de dénoncer ses honteuses fourberies].


    1. Citée au début de la présente note, La Conversion du Sr Pelletier à la foi catholique (Paris, 1610) avait ouvert les hostilités.

    2. V. supra note [16] pour les Exercitationes de Casaubon contre les Annales ecclésiastiques de Baronius.

  5. Lettre mli (page 612) à Richard Montaguë, évêque de Bath et Wells, de Londres, le 21 janvier 1612 :

    Scripserunt ad me Parisienses amici, Jesuitas pusillum libellum adversus Epistolam ad Frontonem typis vulgasse ; verum publica auctoritate statim damnatum, et repressum fuisse illorum conatum ; adeo ut extinctus ille liber fuerit ante natus. Ego per amicos exemplar aliquod laboro consequi : ignarus enim quid illi blateraverint, quid ipse respondeam ignoro. Calumnia e privata ad Frontonem Epistola, qua editionem excusabam, ita putida est et absurda, ut optem id potissimum mihi objici. Parata responsio est, quæ imperitiam, malignitatem, et scelestum animum auctorum luculente demonstrat. Sed fortasse nihil ea de re liber Jesuitarum habet. Jam quod ad Atheum Peleterium attinet, qui falsa de Loiolitis dicit me scripsisse, oro Reverentiam tuam, ut significet serenissimo Regi, brevi me, favente Deo, Majestati ipsius scriptum aliquod esse ostenturum, quod spero ipsi fore non ingratum. Ego enim spreto illo nebulone, terræ filio, et Atheo, selegi e meis adversus cardinalem Baronium Animadversionibus, quæ faciunt ad propositam quæstionem de Papæ temporali potestate, et pestilentis doctrinæ immanitatem perspicue ostendi ; atque Hildebrandum perniciosi dogmatis auctorem primum novo penicillo et coloribus vere suis depinxi.

    [Des amis parisiens m’ont écrit que les jésuites on mis sous presse un tout petit libelle contre ma Lettre à Fronton ; mais l’autorité publique l’a interdit et mis fin à leur dessein, si bien que ce livre est mort avant d’être né. Mes amis me tourmentent pour que je rédige quelque suite ; mais sans savoir ce que vont dégoiser mes ennemis, j’ignore ce que je répondrai. Depuis la parution de ma Lettre à Fronton, la calomnie sur ma vie privée est si fétide et si absurde que je souhaite y riposter. Ma réponse est prête : elle met en pleine lumière l’ignorance, la méchanceté et l’impiété de ces auteurs ; mais peut-être le livre des jésuites n’avait-il rien à voir avec cela. Quant à Pelletier, cet athée qui m’accuse d’avoir écrit des faussetés sur les jésuites, je prie votre révérence d’aviser notre sérénissime roi, que, Dieu aidant, je montrerai sous peu à ladite Majesté un écrit qui, j’espère, ne lui sera pas désagréable : à l’intention de ce méprisable vaurien, fils de l’enfer et athée, j’ai choisi des extraits de mes Remarques contre le cardinal Baronius qui contribuent au débat sur le pouvoir temporel du pape, et j’ai clairement montré la monstruosité de sa doctrine pestilentielle ; et j’ai dépeint, avec un nouveau pinceau et sous ses véritables couleurs, Hildebrand, le principal auteur de ce dogme pernicieux]. {a}


    1. V. note [74] du Naudæana 1, pour le pape Grégoire vii (Ildebrando Aldrobrandeschi), fondateur du droit canon au xie s.

Pour conclure ma longue analyse de cette dispute, voici le paragraphe de la Réfutation de Thomas Pelletier, intitulé Le Sieur de Casaubon, dans le chapitre iv du Livre troisième où sont réfutées plusieurs autres impudentes calomnies et fausses suppositions, tant contre le Saint-Siège que contre les principaux points de la foi et religion catholiques (pages 213 vo‑218 ro) :

« Car pour tout ce que les ennemis de l’Église peuvent calomnier, c’est chose qu’on donne à l’esprit d’erreur et d’étourdissement qui les agite, ainsi que nous voyons de nouveau en ce livre qu’un de leur étoffe a mis au jour contre les jésuites {a} où, les dépeignant de tout autre crayon qu’ils ne méritent, ce serait autant d’encre mal employée de réfuter les reliefs des vieilles calomnies qu’il est allé mendier, pensant se rendre par ce moyen plus recommandable en la cour d’Angleterre : {b}

“ Mais, grand roi, si quelque jésuite a autrefois péché contre votre service, n’enveloppez pas, s’il vous plaît, l’innocent avec le coupable. Si un Garnet a confondu {c} la cause de la religion dans l’intérêt de l’État, il n’y a nul jésuite, nul catholique, de quelque nation qu’il soit, qui le voulût excuser. Si un Garnet, dis-je, a été convaincu d’avoir attenté contre la sacrée personne de Votre Majesté, on a aussi justement épandu son sang qu’il y eût eu de commisération (pour ne point dire de cruauté) si on lui eût ôté la vie pour la seule créance dont il faisait profession. Arrière donc, ô grand roi ! arrière de vos oreilles ces faux discours qui, abusant de votre bonté vous voudraient persuader que les jésuites ou autres catholiques avouent ce qu’un Mariana a insolemment écrit au désavantage des rois, {d} la vie desquels est chère et précieuse aux yeux du pape : rois, les sceptres et la couronne desquels le pape désire conserver, tant s’en faut qu’il ait dessein de les donner en proie comme on figure à votre Majesté ; mais il n’y a que les rois qui vivent tranquilles dans le sein de l’Église, qui savent proprement quelle est et jusqu’où s’étend l’autorité spirituelle du pape, laquelle on vous rend odieuse sous le masque d’une juridiction temporelle sur les rois, pour les dégrader injustement, chose que le pape ne s’attribue pas et que nul prince, vrai enfant de l’Église, n’a aussi à redouter. Et sur ce que ce nouvel antijésuite d’outre-mer {e} nous veut persuader par ses écrits que vous traitez les catholiques de vos États avec beaucoup plus de grâces et de faveurs que ne faisait la feu reine Élisabeth, {f} Dieu vous inspire et accroisse sans fin ce saint mouvement, dont le salaire vous sera réservé là-sus {g} au ciel, avec l’amour, la continuelle obéissance et éternelle bénédiction de vos pauvres sujets catholiques, qui attendent et soupirent toujours après leur restauration. Dieu ne vous a pas aussi doué de tant de vertus, sans les rapporter un jour à leur principale fin, laquelle consiste à redresser ses autels, à rétablir son service, à suivre et imiter la foi et religion de tant de bons rois catholiques, vos prédécesseurs ; {h} rois qui n’ont si longtemps assuré ni fortifié leur trône que de l’humilité et soumission qu’ils ont religieusement témoignées envers l’Église et le souverain chef qui la gouverne. ”

Ces deux illustres cardinaux, ces deux lumières de notre siècle, Bellarmin et Baronius, {i} méritent tant du public, se sont acquis tant de réputation qu’il n’y a homme de bon sens qui conçoive jamais d’eux la mauvaise impression que vous en désirez donner. La haine que vous leur portez, comme aux vents qui troussent vos drapeaux, {j} fait que vous ne pouvez magnifier leur vertu, comme fait aujourd’hui toute la chrétienté. Faux est ce que vous dites, qu’il est loisible d’être hérétique, profane et athée, pourvu qu’on ne contredise pas aux points qui touchent le pape. Qui choquerait comme vous faites l’autorité du Saint-Siège serait, comme vous êtes, tenu pour mauvais chrétien ; mais qui n’aurait que cette seule vertu de maintenir la primauté et juridiction spirituelle du pape, la créance de tous les autres points de la religion défaillant, j’oserais dire que la conscience de celui-là ne serait pas en meilleur état qu’est aujourd’hui la vôtre.

L’éclat de cette pompe dont on honore la dignité du pape vous fait encore mal aux yeux, mais n’est-il pas raisonnable que les honneurs souverains accompagnent les grandeurs souveraines ? […] Du bureau {k} des moines, de la magnificence de la cour du pape, vous venez à heurter le pourpre et l’écarlate des cardinaux ; et n’osant nier que leur institution ne soit fort ancienne, vous dites seulement qu’ils n’ont pas toujours été ce qu’ils sont à cette heure. Toutefois, comme remarque doctement ce digne protecteur du Saint-Siège, {l} Calvin dit qu’il n’a jamais trouvé auteur qui en ait parlé avant saint Grégoire : mais n’en est-il pas parlé au concile de Rome, au temps de Sylvestre qui précéda saint Grégoire près de trois cents ans ? {m} Calvin s’est trompé, tout de même que quand il dit qu’au temps de saint Grégoire, cette qualité de cardinal appartenait aux seuls évêques, sans qu’elle fût communiquée aux prêtres et diacres. […] Puissiez-vous donc crever de dépit, de voir à vos yeux cette grandeur du chef de l’Église et de tous les membres qui lui adhèrent, comme sont cardinaux, moines, jésuites, et autres de qui vous n’êtes pas digne de baiser les pans de leur robe. »


  1. La lettre de Casaubon au R .P. Fronton du Duc, v. supra deuxième notule {e} : c’est dans ce premier paragraphe que Pelletier la « biffe impétueusement d’un seul trait de plume » (uno vehemente confodit obelo).

  2. Je n’ai pas trouvé la source de la longue citation qui suit : il faut la tenir pour une supplique de Pelletier adressée au roi Jacques ier de Grande-Bretagne.

  3. Mêlé. V. supra note [15], notule {b}, pour le jésuite anglais Henry Garnet, tenu pour responsable de la Conspiration des poudres, condamné à mort et pendu à Londres le 3 mai 1606.

  4. V. note [30], lettre 307, pour le jésuite espagnol Juan Mariana et son livre De Rege et regis institutione [Du Roi et de l’institution du roi] (Tolède, 1598), où il approuvait l’assassinat du roi de France Henri iii par le moine Jacques Clément.

  5. Ou plus précisément d’outre-Manche : redoutant des représailles religieuses, Isaac Casaubon avait quitté la France pour l’Angleterre après l’assassinat de Henri iv (1610).

  6. En 1603, Jacques ier, premier souverain de la famille Stuart, avait succédé à Élisabeth ire, dernière des Tudors.

  7. Là-haut.

  8. Depuis l’évangélisation des îles britanniques (viie s.) jusqu’au schisme anglican de 1533 (sous le règne de Henri viii, (v. note [42] du Borboniana 10 manuscrit), tous leurs souverains avaient été catholiques.

  9. Les deux plus savants et éloquents chantres du pouvoir pontifical.

  10. Les opinions contraires à vos principes.

  11. La bure.

  12. Note marginale : « Monsieur de Raymond », v. note [46] du Naudæana 4.

  13. Grégoire ier le Grand (saint, docteur et Père de l’Église, v. note [19], § 2, du Naudæana 3) a été pape de 590 à 604. Sylvestre ier avait régné de 314 à 335 et œuvré pour l’adoption du christianisme par l’Empire romain ; le concile de Rome s’était tenu en 313. Les tout premiers cardinaux ont été nommés par le pape Alexandre ier (mort vers l’an 115).

20.

V. notes :

  • [13], lettre 12, pour le marquis d’Effiat, ambassadeur extraordinaire de France à Londres en 1624, pour négocier le mariage de Henriette de France avec le prince de Galles (successeur de Jacques ier en 1625 sur le trône de Grande-Bretagne, sous le nom de Charles ier) ;

  • [39] du Naudæana 3 pour George Buchanan sur Marie Stuart (v. supra notule {b}, note [16]) dans son Historia rerum Scoticarum [Histoire des affaires écossaises] (Amsterdam, 1643).

21.

Brève leçon de vocabulaire administrée par Nicolas Bourbon, professeur royal de grec :

  • le sens premier de l’infinitif grec lôpodutein est « revêtir les habits d’autrui » (Bailly), avec les sens dérivés de « dépouiller une personne de ses habits, voler, spolier », donnés en latin par le Borboniana ;

  • Lôpodutoménos est le participe futur de lôpodutein, correspondant au participe passé français, « dépouillé, volé, spolié » ;

  • lôpodutês est le substantif dérivé de lôpodutein, dont le sens premier est « celui qui revêt les habits des autres » (Bailly), avec les sens dérivés de « spoliateur, voleur de vêtements, brigand », donnés en latin par le Borboniana, qui y ajoute deux locutions françaises tombées en désuétude, « tireur de laine, tireur de manteau » : « un filou tire la laine, quand il vole la nuit les chapeaux, ou les manteaux des passants » (Furetière).

22.

V. note [8], lettre 97, pour Apollon, que les Romains nommaient Phébus.

Je n’ai trouvé aucun poème correspondant à ce titre latin ou grec d’Apollon dépouillé (même sous son surnom de Cynthius) dans les :

Nicolai Bornonii Professoris et Interpretis Regii, Opera omnia. Poemata, Orationes, Epistolæ. Versiones e Græco.

[Œuvres complètes de Nicolas Bourbon, professeur et interprète royal : poèmes, {a} discours, lettres, traductions {b} du grec]. {c}


  1. Latins et grecs.

  2. En latin.

  3. Paris, Siméon Piget, 1654, in‑12 de 286 pages.

Toutefois, en feuilletant ce recueil et son Appendix [Appendice], sous-titré Poematia exposita [Poèmes délaissés] (Paris, Robert Sara, 1633, in‑12 de 169 pages, relié sous la même couverture que les Opera), je me suis consolé en dénichant cette épigramme Ad præstantissimum virum G. Patinum Bellovacum, Doctorem Medicum Paris. [Au très éminent M. G. Patin, natif du Beauvaisis, docteur en médecine de Paris] (Appendix, page 153) :

Quod tibi curatur rursus Fernelius edi,
Multiplicis præstas hoc rationis opus :
Consulis in commune, Patine, situque recondi
Immensas medicæ non sinis artis opes.
Ars illi tecum est, patria et communis, et unum
Sunt Samarobrini Bellovacique genus :
Sic facis esse tuos, alienos, iure, labores,
Alterius sit laus incipit esse tua
.

[Soucieux de faire renaître Fernel, tu mets au grand jour les multiples intérêts de son œuvre : tu la recommandes, Patin, publiquement et à la place qui convient, {a} sans permettre que soient dissimulées les immenses richesses de l’art médical. Toi et lui avez en commun et cet art, et votre patrie, car les natifs de l’Amiénois et du Beauvaisis partagent un seul et même génie. {b} Tout comme, de bon droit, tu fais tiens les travaux d’un autre, la gloire de cet autre commence à être la tienne]. {c}


  1. Dans les Écoles de la Faculté de médecine.

  2. Approximation poétique sur la géographie picarde : Jean Fernel (v. note [4], lettre 2) se disait Ambianus [natif d’Amiens], mais il avait plus précisément vu le jour à Clermont-en-Beauvaisis (v. note [10], lettre 106) ; Hodenc-en-Bray, ville natale de Patin, se situe 45 kilomètres à l’ouest de Clermont, et Beauvais est à mi-chemin entre les deux et à 58 kilomètres au sud d’Amiens.

  3. Cet éloge est curieux : Patin vénérait certes Fernel et a contribué à faire connaître ses préceptes en les enseignant ; mais il n’a, semble-t-il, participé qu’à la réédition d’un seul de ses livres, sa Pathologia (Paris, 1638, v. note [1], lettre 36).

    V. note [2], lettre 100, pour une autre ode bourbonienne à Patin, imprimée dans le même recueil.


Ma digression ne résout pas l’énigme de l’Apollon dépouillé.

23.

Phrase ajoutée dans la marge de gauche par le transcripteur du Borboniana (qui a probablement recopié, avec la fidélité d’un excellent scribe, une mise à jour du texte faite par Guy Patin).

V. notes [46], lettre 216 (4 février 1650 à Charles Spon), pour Claude-Gaspard Brachet de Méziriac et son édition des six livres des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie, et [30] du Patiniana I‑1 pour son travail inachevé (entrepris en 1626) sur les œuvres de Plutarque, que Jacques Amyot avait traduites du grec en français (1565, v. note [6], lettre 116).

24.

« contre les lois de la nature. »

V. notes :

On donne le nom de Seconds Analytiques ou Analytiques postérieurs d’Aristote (ici abrégés en Postérieures) au livre iv de son Organon, qu’on rattache ordinairement à sa Logique. Cette savante allusion ne servait ici qu’à faire sourire en évoquant à mots à peine couverts la pédérastie de l’indélicat pédagogue écossais… plaisante manière de dire l’infâme qui devait courir dans les couloirs des collèges.

25.

V. note [60] du Naudæana 1 pour la triste histoire et la courte vie de Jacques Criton (qui donne James Crichton pour fils légitime d’un gentilhomme écossais).

26.

Dans le droit canonique, un dévolut (ou dévolu) est la « provision du pape d’un bénéfice qu’on lui expose être vacant par nullité de titre, ou incapacité de la personne du titulaire, qui le rend impétrable [cessible] suivant les canons […]. Les dévoluts ne s’obtiennent qu’en Cour de Rome. » Un dévolutaire est « celui qui est pourvu d’un bénéfice par dévolut » (Furetière).

27.

« ne niait pas l’existence du Christ, mais niait qu’il fût dieu : il tenait la Cabale pour la source de tous les miracles attribués à la toute-puissance de Jésus-Christ et le tenait pour le meilleur des cabalistes ; mais c’était pure impiété de la part de ce juif, car les cabalistes n’ont jamais accompli aucun miracle. »

  • Achille de Harlay de Sancy (Paris 1581-Saint-Malo 1646), fils de Nicolas i (v. note [36] du Borboniana 6 manuscrit), avait interrompu sa carrière ecclésiastique pour devenir ambassadeur de France au Levant (1610-1619). Pendant son long séjour à Constantinople, il avait appris les langues du Proche-Orient et constitué une riche collection de manuscrits. De retour en France, il était entré chez les prêtres de l’Oratoire (v. note [1], lettre 29) ; nommé évêque de Saint-Malo en 1631, il dirigea ce diocèse jusqu’à sa mort. Il n’a publié aucun ouvrage, mais sa précieuse bibliothèque est aujourd’hui conservée par la BnF. Le « docteur Jacob » dont il avait parlé à Nicolas Bourbon (qui était lui aussi oratorien) n’est pas identifiable, mais son propos justifie quelques explications.

  • La Cabale (Kabbale ou Cabbale) sacrée (judaïque), mot hébreu signifiant « réception, tradition », est un vaste ensemble de commentaires rabbiniques, toujours augmentés, sur l’Écriture (Torah). Elle est tout à fait distincte de la Massore, qui est son étude philologique, destinée à établir la pureté du texte (v. note [2], lettre latine 223). Dans son long article sur ce mot, le Dictionnaire de Trévoux en a ainsi défini l’origine et le propos :

    « Les juifs […] croient que Dieu donna à Moïse non seulement la Loi, mais encore l’explication de la Loi sur la montagne de Sinaï. Quand il était descendu et qu’il s’était retiré dans sa tente, Aaron l’allait trouver et Moïse lui apprenait les Lois qu’il avait reçues de Dieu, et lui en donnait l’explication, que lui-même avait aussi apprise de Dieu. Quand il avait fini, Aaron se mettait à la droite de Moïse, Eléazar et Ithamar fils d’Aaron entraient, et Moïse leur disait ce qu’il avait déjà dit à Aaron. Après quoi, s’étant placés l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, venaient les 70 vieillards qui composaient le Sanhédrin, et Moïse leur répétait encore tout ce qu’il avait dit à Aaron et à ses enfants. Enfin, on faisait entrer tous ceux du peuple qui voulaient et Moïse les instruisait encore comme il avait fait les autres. De sorte qu’Aaron entendait quatre fois ce que Moïse avait appris de Dieu sur la montagne ; Eléazar et Ithamar l’entendaient trois fois ; les 70 vieillards, deux ; et le peuple une fois. Or, des deux choses que leur apprenait Moïse, les lois que Dieu imposait et l’explication de ces lois, on n’en écrivait que la première, c’est-à-dire les lois, et c’est là ce que nous avons dans l’Exode, le Lévitique et les Nombres. Pour ce qui regarde l’intelligence et l’explication de ces lois, on se contentait de se l’imprimer bien dans la mémoire ; et ensuite, les pères l’apprirent à leurs enfants, et ceux-ci aux leurs, et ainsi de siècle en siècle jusqu’aux derniers âges. C’est pour cela que la première partie de ce que Dieu avait donné à Moïse s’appela simplement Loi, ou Loi écrite, et la seconde, Loi orale, ou cabale ; car voilà originairement ce que c’est que cabale, et le sens propre et primitif de ce nom. Quelques rabbins prétendent que leurs pères l’avaient reçue des Prophètes, qui l’avaient reçue des Anges. […] Les rabbins apportèrent de Chaldée les rêveries de la cabale et y ajoutèrent une infinité de fables. » {a}


    1. La Chaldée (actuel Irak), autrement nommée la Mésopotamie ou Babylonie, est le berceau d’où les hébreux migrèrent vers la Terre promise sous la conduite d’Abraham. Elle est aussi le berceau de l’astrologie.

      Le Trévoux explique ensuite longuement les diverses méthodes utilisées par les rabbins pour trouver les sens cachés de l’Écriture : permutation des lettres dans un mot, transposition des mots, numérisation des lettres, etc. ; ce qui définit la cabale dite artificielle, avec ses implications ésotériques, voire magiques.


    L’Encyclopédie a disserté plus longuement encore sur la cabale, en donnant des explications sur ses liens avec le Christ et sur les miracles bibliques, en montrant que le docteur Jacob n’extravaguait pas entièrement dans son propos cabalistique :

    « La première émanation, plus parfaite que les autres, s’appelle Adam Kadmon, le premier de tout ce qui a été créé au commencement. Son nom est tiré de la Genèse, où Dieu dit : “ Faisons l’homme ou Adam à notre image ” ; et on lui a donné ce nom, parce que, comme l’Adam terrestre est un petit monde, celui du ciel est un grand monde ; comme l’homme tient le premier rang sur la terre, l’Adam céleste l’occupe dans le ciel ; comme c’est pour l’homme que Dieu a créé toutes choses, l’Éternel a possédé l’autre dès le commencement, avant qu’il fît aucune de ses œuvres, et dès les temps anciens (Proverbes, ch. viii, vers. 22). Enfin, au lieu qu’en commençant par l’homme […], on remonte par degrés aux intelligences supérieures jusqu’à Dieu ; au contraire, en commençant par l’Adam céleste qui est souverainement élevé, on descend jusqu’aux créatures les plus viles et les plus basses […].

    Comme tout ce qu’on dit de cet Adam premier semble convenir à une personne, quelques Chrétiens, interprétant la cabale, ont cru qu’on désignait par là Jésus-Christ, la seconde personne de la Trinité. Ils se sont trompés, car les cabalistes […] donnent à cet Adam un commencement : ils ont même placé un espace entre lui et l’infini, pour marquer qu’il était d’une essence différente, et fort éloigné de la perfection de la cause qui l’avait produit ; et malgré l’empire qu’on lui attribue pour la production des autres mondes, il ne laisse pas d’approcher du néant et d’être composé de qualités contraires ; d’ailleurs les juifs qui donnent souvent le titre de fils à leur Seir-Anpin, ne l’attribuent jamais à Adam Kadmon, qu’ils élèvent beaucoup au-dessus de lui.

    La cabale se divise en contemplative, et en pratique : la première est la science d’expliquer l’Écriture Sainte conformément à la tradition secrète, et de découvrir par ce moyen des vérités sublimes sur Dieu, sur les esprits et sur les mondes ; elle enseigne une métaphysique mystique et une physique épurée. La seconde enseigne à opérer des prodiges par une application artificielle des paroles et des sentences de l’Écriture Sainte, et par leur différente combinaison.

    Les partisans de la cabale pratique ne manquent pas de raisons pour en soutenir la réalité. Ils soutiennent que les noms propres sont les rayons des objets dans lesquels il y a une espèce de vie cachée. C’est Dieu qui a donné les noms aux choses et qui, en liant l’un à l’autre, n’a pas manqué de leur communiquer une union efficace. Les noms des hommes sont écrits au ciel ; et pourquoi Dieu aurait-il placé ces noms dans ses livres s’ils ne méritaient d’être conservés ? […] Les cabalistes ne se contentent pas d’imaginer des raisons pour justifier leur cabale pratique, ils lui donnent encore une origine sacrée et en attribuent l’usage à tous les saints. En effet, ils soutiennent que ce fut par cet art que Moïse s’éleva au-dessus des magiciens de Pharaon et qu’il se rendit redoutable par ses miracles. C’était par le même art qu’Élie fit descendre le feu du ciel et que Daniel ferma la gueule des lions. Enfin, tous les prophètes s’en sont servis heureusement pour découvrir les événements cachés dans un long avenir.

    Les cabalistes praticiens disent qu’en arrangeant certains mots dans un certain ordre, ils produisent des effets miraculeux. Ces mots sont propres à produire ces effets, à proportion qu’on les tire d’une langue plus sainte : c’est pourquoi l’hébreu est préféré à toutes les autres langues. Les miracles sont plus ou moins grands, selon que les mots expriment ou le nom de Dieu, ou ses perfections et ses émanations ; c’est pourquoi on préfère ordinairement les séphirots, ou les noms de Dieu. Il faut ranger les termes, et principalement les soixante et douze noms de Dieu, qu’on tire des trois versets du xive chap. de l’Exode, d’une certaine manière, à la faveur de laquelle ils deviennent capables d’agir. On ne se donne pas toujours la peine d’insérer le nom de Dieu : celui des démons est quelquefois aussi propre que celui de la Divinité. […] Les cabalistes ont fait du démon un principe tout-puissant, à la manichéenne, et ils se sont imaginés qu’en traitant avec lui, ils étaient maîtres de faire tout ce qu’ils voulaient. Quelle illusion ! Les démons sont-ils les maîtres de la nature, indépendants de la Divinité ; et Dieu permettrait-il que son ennemi eût un pouvoir presque égal au sien ? Quelle vertu peuvent avoir certaines paroles préférablement aux autres ? Quelque différence qu’on mette dans cet arrangement, l’ordre change-t-il la nature ? Si elles n’ont aucune vertu naturelle, qui peut leur communiquer ce qu’elles n’ont pas ? Est-ce Dieu ? est-ce le démon ? est-ce l’art humain ? On ne peut le décider. Cependant on est entêté de cette chimère depuis un grand nombre de siècles. »

28.

« comme il se plaignait d’être moins vaillant dans les joutes amoureuses ».

Le marquis François-Annibal de Cœuvres, maréchal-duc d’Estrées, né en 1572 (v. note [7], lettre 26), était sexagénaire au moment où Guy Patin recueillait le Borboniana.

29.

V. note [4], lettre 721, pour un extrait particulièrement scabreux du livre « sur le Mariage » (Gênes, 1602, pour la première de multiples éditions) du casuiste jésuite espagnol Tomas Sanchez, que Guy Patin surnommait (ironiquement) le « docteur virginal ». Trois colonnes et demie de l’Index rerum [Index des matières] de son livre (édition de Venise, 1612) sont dévolues aux mots Impotens et Impotentia [Impuissant et Impuissance], incluant ses causes et les remèdes de la défaillance virile.

Le Borboniana faisait allusion à cet échange entre le moine Conrad (Conradus) et l’aubergiste (pandocheus) dans le colloque d’Érasme intitulé Πτωχοπλουσιοι ou Ptochoplusii Franciscani [Les Mendiants ou les Franciscains mendiants] (Familiarum Colloquiorum opus… [Recueil des Colloques familiers…], sans lieu ni nom, 1526, in‑8o, page 300), à propos du curé de l’endroit :

Conradus. Est ne peritus sacrarum literarum ?
Pandocheus. Ait se peritissimus sed quicquid talium rerum didicit, didicit in secreta confessione, sit ut fas non sit proferre apud alios. Quid multa ? Dicam in summa, qualis est populus, talis est sacerdos, et plane nacta est sum patella operculum

« Conrad. {a} Est-il instruit dans les Saintes Écritures ?
L’aubergiste. Il prétend qu’il est fort instruit ; mais tout ce qu’il sait à cet égard, il l’a appris sous le sceau de la confession, {b} et il lui est défendu d’en faire part aux autres. Bref, je vous dirai en un mot : tel est le peuple, tel est le prêtre, et le pot a parfaitement trouvé son couvercle. » {c}


  1. Traduction de Victor Develay, Les Colloques d’Érasme, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1875, tome 2, pages 55‑56.

  2. V. notule {c}, note [54] du Borboniana 5 manuscrit.

  3. V. note [46], lettre 279.

30.

« le patrimoine des rois d’Écosse ne fut jamais important. »

V. note [29], lettre 390, pour Adam Blacvod (Blackwood), ses fonctions, ses ouvrages et sa famille.

31.

« voyez son livre pages 250, ligne 5, et 283, ligne 37. »

V. note [24], lettre 317, pour les Historiæ de rebus Hispaniæ libri xxx [Trente livres d’Histoire sur les affaires d’Espagne] (Mayence, 1605) de Juan Mariana (v. note [30], lettre 307).

  • La page 250 du tome i est la première du chapitre xix, livre vi, consacré au roi Witiza (ou Wittiza) souverain chrétien wisigoth d’Hispanie et de Septimanie qui a régné de 702 à 711. Venant après une description de la vie dissolue que menait ce jeune souverain, le passage sur le célibat des prêtres occupe les lignes 2‑7 de la seconde colonne :

    Magno numero concubinas uxorum iustarum loco cultuque habuit : lege lata ut id cunctis liceret, tum promiscuo populo et proceribus, tum viris sacratis ; quod illi libenter factitabant : ut vitia Principum imitari, genus obsequii ducitur.

    [Il établit un grand nombre de ses concubines dans la place et les honneurs d’épouses légitimes, et prononça un édit autorisant cela tant au petit peuple qu’aux seigneurs et aux prêtres ; ce qu’ils pratiquaient volontiers car ce genre de complaisance est conçu pour que soient imités les vices des princes].

  • La page 283 ibid. est la première du chapitre vi, livre vii, consacré aux rois Fruela ier, Aurelio et Silo, qui régnèrent successivement sur les Asturies après la conquête musulmane (711-726). Le passage cité (lignes 35‑40 de la première colonne) suit l’établissement (en 757) d’Oviedo comme capitale des Asturies (petite principauté située au nord-ouest de la péninsule ibérique où s’étaient retranchés les souverains espagnols) :

  • Conditæ civitati ius et honorem Episcopatus dedit. Sacerdotum coniugia Froilæ iussu sunt dirempta, quæ consuetudo Witiziæ olim lege suscepta, et Græciæ dein exemplo firmata, in mores abierat.

    [L’évêque donna droit et honneur à la nouvelle cité. Sur un édit de Fruela les épouses des prêtres furent répudiées ; cette coutume, qui avait jadis été établie par une loi de Witiza, puis confirmée par l’exemple de la Grèce, fut bannie des mœurs].

32.

« étaient pourvus d’une puissance virile hors du commun ; peut-être avaient-ils trois testicules, comme ce prince allemand, landgrave de Hesse, dont parle de Thou, sur le règne de Charles ix, page 447. »

Cet article du Borboniana fait état de la même anomalie (polyorchidie) et l’attribue aux mêmes hommes que celui qu’on lit dans le Naudæana 1 (v. sa note [11]) : y manquent néanmoins Jean Fernel et Franciscus Philelphus.

Dans le livre xli de son Histoire universelle (année 1567, règne de Charles ix), Jacques-Auguste i de Thou a terminé son récit sur la mort de Philippe ier, landgrave luthérien de Hesse, par ces remarques (Thou fr, volume 5, page 306) :

« J’ajouterai une chose que plusieurs ont regardée comme une plaisanterie, et que je n’ai pas cru devoir omettre ; c’est que ce prince avait un tempérament très inépuisable pour les plaisirs de l’amour ; en sorte qu’étant d’ailleurs très chaste, n’ayant point de maîtresses et ne voyant que son épouse, qui ne pouvait le souffrir si souvent, il conféra avec ses ministres ou pasteurs, {a} qui consentirent, avec la permission de la princesse, qu’il prît une seconde femme ou concubine, dont la fréquentation le mît en état d’en user plus modérément avec son épouse. {b} Enfin, cette année, qui était son année climatérique, {c} il mourut le lendemain de Pâques. Les médecins ayant fait l’ouverture de son corps lui trouvèrent trois testicules. »


  1. L’un d’eux aurait été Martin Luther.

  2. En 1523, le prince Philippe avait épousé Catherine de Saxe, morte en 1549 après lui avoir donné dix enfants. En 1540, il avait pris pour maîtresse officielle Marie von der Saale, morte en 1566, et neuf enfants étaient nés de cette union.

  3. V. supra notule {h}, note [16].

33.

« né d’une union condamnée ».

V. note [2], lettre 423, pour le bienheureux carme Baptista Mantuanus. Son histoire et son portrait figurent aux pages 117‑118 des Elogia [Éloges] de Paul Jove, {a} avec cette phrase introductive :

Baptista Carmelitani ordinis princeps, Mantuæ ex Hispaniola gente honesta, verum ex damnato coitu natus naturam ad carmen attulit, verum instiabili Hebraicorum studiorum cupiditate ita occupatam, ut cum magnus et admirabilis in omnibus videri contenderet, in excolendis Musis curam ac diligentiam remittere cogeretur, quibus unis non dubius ad æternitatem gradus parabatur, si certa laude contentus, in reliquis inane nomen tempestive contemptisset.

[Baptista, supérieur de l’Ordre du Carmel, issu d’une honnête famille espagnole de Mantoue, mais né d’une union condamnée, {b} a chanté la nature en vers ; néanmoins, il a si insatiablement désiré l’envahir de références hébraïques que, cherchant à paraître grand et admirable aux yeux de tous, il s’est contraint à modérer son talent et sa diligence à cultiver les Muses ; chacune d’elles lui avait indubitablement ménagé un chemin pour l’éternité ; mais, sans se satisfaire d’une gloire qui lui était assurée, il a, pour le reste, opportunément méprisé la vanité de la renommée].


  1. Édition de Bâle, 1577 (v. note [27], lettre 925).

  2. J’ai mis en exergue le passage cité par le Borboniana.

    Baptista était fils de Pietro Modover, Espagnol originaire de Cordoue, et de Costanza Maggi, Italienne originaire de Brescia (qui n’était peut-être pas son épouse légitime).

34.

V. note [67] du Naudæana 2 pour ce qu’on peut penser des bâtardises de Jérôme Cardan et d’Érasme.

35.

« L’Asie a été soumise au joug des tyrans parce qu’on n’y pouvait prononcer la syllabe ouk, {a} pour refuser avec force et détermination. »

La citation est spécieuse car Plutarque a écrit le contraire dans son traité « De la mauvaise honte » (Dusôpias en grec), au tout début du chapitre 10 : {b}

« Celui qui a prétendu que tous les peuples de l’Asie sont sous la domination d’un seul homme parce qu’il y a une syllabe qu’ils ne peuvent pas prononcer, à savoir la syllabe non, celui-là ne parlait pas sérieusement : il voulait plaisanter. » {c}


  1. « Non » en grec.

  2. Traduction de Victor Bétolaud, Œuvres morales de Plutarque, Paris, Hachette, 1870, tome ii, pages 661‑662.

  3. Érasme a ainsi traduit ce passage du traité De vitiosa Verecundia (Plutarchi Opuscula, Henri Estienne, 1572, tome ii, page 169) :

    Etenim qui dixit omnes Asianos uni servire homini, eo quod non possent unam sonare syllabam, non, haud serio dixit, sed facetia lusit.

    Le latin du Borboniana n’est pas de la même eau et a curieusement interprété le propos à contresens en le tronquant. Une telle bévue surprendrait moins venant de Guy Patin que du très fin helléniste qu’était son maître Nicolas Bourbon.


36.

Les critiques ont entre autres reproché aux 138 livres des Historiarum sui temporis [Histoires de son temps], ou Histoire universelle, de Jacques-Auguste i de Thou (Genève, 1620, première partie publiée en 1604, v. note [4], lettre 13) l’abondance des emprunts qu’il y a faits sans citer ses sources.

V. notes :

  • [7], lettre 470, pour la Rerum Scoticarum historia [Histoire des affaires écossaises] de George Buchanan (Édimbourg, 1583) ;

  • [2], lettre latine 250, pour l’Histoire entière déduite depuis le Déluge jusques au temps présent (Genève, 1561, pour la première traduction du latin) de Johann Philippson Sleidan (v. note [2], lettre 474).

L’érudit Ubertus Folieta (Oberto Foglietta, Gênes 1518-Rome 1581) a publié de nombreux ouvrages de philosophie, de politique et d’histoire, dont :

  • Historiæ Genuensium Libri xii,

    [Douze livres de l’Histoire des Génois] ; {a}

  • Ex universa Historia rerum Europæ suorum temporum. Coniuratio Ioannis Ludovici Flisci. Tumultus Neapolitani. Cædes Petri Ludovici Farnesii Placentiæ Ducis.

    [Extraits de l’Histoire universelle des affaires de l’Europe, survenues de son temps : la Conjuration de Jean-Louis de Fiesque ; {b} le Tumulte de Naples ; {c} l’Assassinat de Pierre-Louis Farnèse, {d} duc de Plaisance]. {e}


    1. Gênes, Hieronymus Bartolus, 1585, in‑8o de 627 pages.

    2. v. note [84] des Déboires de Carolus.

    3. Insurrection survenue en 1547 contre l’établissement de l’Inquisition espagnole par le vice-roi de Naples, Pedro Alvarez de Toledo, qui dut abandonner son édit.

    4. Premier duc de Castro, et premier duc de Parme et Plaisance (1503-1547) assassiné dans les suites de la conjuration de Fiesque.

    5. Ibid. et id. 1587, in‑4o de 185 pages.

V. note [10] du Borboniana 3 manuscrit pour l’hommage que de Thou a rendu à Folieta dans son Histoire, en convenant s’être généreusement inspiré de lui.

37.

« Page 32, “ Mieux vêtu qu’un oignon de Gascogne ” » : annotation ajoutée dans la marge de gauche, qui est expliquée par un vers français extrait de la quatrième référence de la liste qui suit (v. troisième notule {d} infra).

Le Borboniana cite ici trois des pamphlets (auxquels j’en ai greffé deux autres) attribués au P. François Garasse. {a}

  1. Horoscopus Anticotonis, eiusque Germanorum Martillerii, et Hardivillerii, Vita, Mors, Cenotaphium, Apotheosis, Antiiesuitis, et omnibus Calvini Catulis Ministris, Vigilantiis, Dormantiis, Antiquis, Novis, Novantiquis, Informibus, Reformatis, Mustricoraliis, Cerdonibus, Hortulantis, Vespillonibus et toti Excucullatorum gregi. Auctore Andrea Schioppio, Gasparis fratre,

    [Horoscope de l’Anticotton, {b} sa vie, sa mort, son tombeau, son apothéose, ainsi que celui de ses frères La Martilière et Hardivilliers : {c} aux antijésuites et à tous les ministres petits chiens de Calvin, éveillés comme endormis, anciens comme nouveaux ou néo-anciens, mal formés comme réformés, cordonniers comme savetiers, jardiniers comme croque-morts, et à tout le troupeau des moines défroqués. Par Andreas Scioppius, {d} frère de Caspar]. {e}


    1. Mort en 1631, et non pas en 1632, alors qu’il prodiguait courageusement des soins aux pestiférés de Poitiers, v. note [1], lettre 58.

    2. L’Anticotton est un pamphlet de l’abbé Jean Du Bois-Olivier publié anonymement en 1610 contre le théologien jésuite Pierre Cotton, accusé d’avoir contribué à l’assassinat du roi Henri iv : v. note [9], lettre 128.

    3. Deux avocats de l’Anticotton qui l’avaient défendu contre la Compagnie de Jésus.

    4. Dans ce brûlot antiprotestant, Garasse s’est dissimulé sous le pseudonyme d’Andreas Scioppius, frère fictif de Caspar Scioppius frénétique ennemi des jésuites (v. note [14], lettre 79).

    5. Sans lieu, Hieronymus Verdussius, 1614, in‑8o de 34 pages.

      Bamberg est une ville bavaroise de Haute-Franconie, mais Verdussius était un imprimeur d’Anvers.


  2. Garasse a de nouveau employé ce pseudonyme dans son :

    Elixir Calvinisticum seu Lapis Philosophiæ Reformatæ, a Calvino Genevæ primum effosus, dein ab Isaaco Casaubono Londini politus. Cum Testamentario Anticotonis Codice nuper invento, et ad fidem M.S. membranæ castigato, reformatoque. Ad Anglogallicanos præsumptæ Reformationis fratres. Auctore Andrea Schioppio Gasparis fratre.

    [Élixir calviniste, ou la Pierre philosophale réformée, d’abord déterrée par Calvin à Genève, puis polie par Isaac Casaubon {a} à Londres. Avec le texte testamentaire de l’Anticotton, fidèlement corrigé et revu sur la foi du parchemin manuscrit. Contre les frères anglo-gallicans de la présumée Réforme. Par Andreas Scioppus, frère de Caspar]. {b}


    1. V. note [7], lettre 36.

    2. Au Pont de Charenton, Jean Molitor, 1615, in‑4o de 46 pages.

  3. Le Rabelais réformé par les ministres, et nommément par Pierre Du Moulin, {a} ministre de Charenton, {b} pour réponse aux bouffonneries insérées en son livre de la vocation des pasteurs. {c}

    Garasse y attaquait le livre De la Vocation des pasteurs par Pierre Du Moulin, ministre de la parole de Dieu en l’Église de Paris. {d} L’épître de Garasse Aux ministres des Églises prétendues de France touchant l’humeur de Pierre Du Moulin donne le ton et explique le titre du Rabelais réformé (pages 6‑7) :

    « Du Moulin ne pouvait faire une plus grande brèche à votre religion qu’en écrivant de cette manière ridicule, et traduisant les choses saintes en farces et comédies. J’en appelle à votre propre conscience, si vous avez aucun sentiment de piété, car vous n’êtes pas si nouveaux en la lecture des livres et de l’Histoire sacrée que vous ne sachiez la ruine que Lucian cuida porter {e} à la religion chrétienne par ses moqueries et impiétés ; et nouvellement, nous éprouvons quel débordement a ravagé les esprits par la lecture de Rabelais. Calvin s’éleva peu après avec le double esprit de ces deux faux prophètes : venimeux comme Lucian, dont il portait le nom par un fatal et malheureux anagramme, et bouffon comme Rabelais, {f} dont il avait lu les œuvres et humé le libertinage, ce personnage avait causé de grands dégâts dans l’Église, tant par le venin de sa plume enragée que par ses traits de bateleur, qui se voient en toutes les pages de ses opuscules, et dont il se glorifiait, au rapport de Baudouin en son Apologie, se flattant en ce qu’il était, à son dire, de l’humeur de Socrate, c’est-à-dire bouffon et ironique. {g}

    Or, comme l’impiété et l’orgueil de ceux qui haïssent Dieu monte toujours, dit le Prophète royal, {c} Pierre Du Moulin s’est élevé de notre temps, garni de l’esprit de ces trois bouffons : archibouffon et maître des moqueurs, ayant pour son partage l’impiété de Lucian, la rage de Calvin, et les sornettes de Rabelais, humeur qui prédomine en lui, comme la bile noire commandait en l’esprit de Calvin. »


    1. Premier du nom, v. note [29], lettre 29.

    2. Temple calviniste de Paris, v. note [18], lettre 146.

    3. Bruxelles, Christophe Girard, 1619, in‑8o de 248 pages ; avec cette citation de saint Pacien (évêque de Barcelone au ive s.) en exergue de son titre : Christianus mihi nomen est, Catholicus vero cognomen [Mon prénom est Chrétien, mais mon nom est Catholique] (lettre de Pacien à son frère Sympronian).

    4. Sedan, Jean Jannon, 1618, in‑8o de 357 pages.

    5. « la ruine que Lucien de Samosate [v. note [14], lettre 41) pensa porter… »

    6. Garasse donnait à Lucien son autre nom de Lucian pour le plaisir de l’anagrammatiser en Calvin. Guy Patin a surnommé Rabelais le Lucien français (Lucianus Gallicus, v. note [5], lettre latine 128).

    7. La Responsio altera ad Ioannem Calvinum [Seconde Réponse à Jean Calvin] {i} de François Baudouin {ii} est un tissu d’invectives contre le réformateur de Genève (mort en 1564), dont cette allusion à Socrate (pages 93‑94) :

      Sed multi audiunt, quod iampridem audivi, te mirifice tibi placere, cum de te præcones quidam tui, qui alios omnes præ te contemptunt et floccifaciunt, accinunt veterem versiculum Ille vir est solus : volitant alii, sicut umbræ, quod quidem ex Homero repetitum, de Scipione quoque dictum fuit : ut ab ea laude minus abhorreat modestia tua. Cumque is etiam Scipio non minus quam Socrates dictus sit ειρων, sæpe audivi honoris causa, tibi eundem titulum ascribi, qui est αλαζων.

      [Bien des gens entendent dire, comme je l’ai bien souvent entendu, que tu te complais merveilleusement de ta propre personne, puisque certains de tes suppôts, qui méprisent et dénigrent tout le monde à part toi, chantent ce vers : Ille vir est solus : volitant alii, sicut umbræ. Il est certes repris d’Homère, {iv} mais on l’a aussi appliqué à Scipion : {v} puisse cette louange rendre ta modestie moins haïssable. Et comme, à l’instar de Socrate, {vi} on a qualifié ce Scipion d’hypocrite, j’ai souvent entendu que, pour tes mérites, on te surnommait l’imposteur].

      1. Paris, Guil. Morelius, 1562, in‑8o de 157 pages.

      2. Franciscus Balduinus (Arras 1520-Paris 1573), juriste et théologien qui n’a pas cessé d’osciller entre catholicisme et protestantisme.

      3. « Cet homme est seul, les autres sont comme des ombres qui volent » : dans le vers ordinaire ment cité, est est remplacé par sapit, pour dire Cet homme est seul à être sage… ».

      4. L’Odyssée chant x, vers 493‑494, à propos de Tirésias, devin aveugle de Thèbes :

        τω και τεθνηωτι νοον πορε Περσεφονεια
        οιω πεπνυσθαι, τοι δε σκιαι αισσουσιν.

        [Il est le seul qu’après sa mort Perséphone ait doué de la clairvoyance ; les autres sont des ombres qui volent].

      5. Solus sapit [Lui seul est sage] est l’adage no 1253 d’Érasme : il sert à quelifier une personne qui s’est ime supérieure à toutes les autres. Son commentaire cite la source homérique et ajoute que :

        Sic et Cato senior de Scipione juniore pronuntiavit, ut narrat Plutarchus in Præceptis civilibus ac rursum in Apophthegmatis Romanorum.

        [Caton l’Ancien a dit la même chose de Scipion le Jeune, comme Plutarque le rapporte dans ses Préceptes civils et dans ses Apophthegmes des Romains].

        V. notes [5] du Manuscrit contre les consultations charitables pour Caton l’Ancien, et [32] du Borboniana 3 manuscrit pour Scipion le Jeune.

      6. Platon, Apologie de Socrate
      7. , où Socrate parle de son fidèle élève, Chéréphon (traduction de Victor Cousin, 1822, tome i, pages 71‑72) :

        « Un jour, étant allé à Delphes, il eut la hardiesse de demander à l’oracle (et je vous prie encore une fois de ne pas vous émouvoir de ce que je vais dire) : il lui demanda s’il y avait au monde un homme plus sage que moi ; la Pythie lui répondit qu’il n’y en avait aucun. […]

        Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? car je sais bien qu’il n’y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande ; que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin il ne ment point, un dieu ne saurait mentir. »

        Socrate, perplexe, rend alors visite à un homme qui a la réputation d’être le plus sage d’Athènes :

        « Examinant donc cet homme, dont je n’ai que faire de vous dire le nom, il suffit que c’était un de nos plus grands politiques, et m’entretenant avec lui, je trouvai qu’il passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et qu’il ne l’était point. Après cette découverte, je m’efforçai de lui faire voir qu’il n’était nullement ce qu’il croyait être ; et voilà déjà ce qui me rendit odieux à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je l’eus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : je suis plus sage que cet homme ; il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux ; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien ; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir ce que je ne sais point. »

    8. Psaume 10 de David : « Dieu abat les impies et sauve les humbles. »

  4. En 1624, parut La Suite du Rabelais réformé. Sur les impertinentes réponses du M. Pejus aux demandes de M. Durand. Avec la Coupelle mystique des ministres au sieur de La Pierre déministré (Au Palais, jouxte la copie imprimée à Mer, in‑8o en 2 parties de 594 et 60 pages), contre Samuel Durand, pasteur calviniste, confrère de Du Moulin à Charenton.

  5. Le Banquet des Sages dressé au logis et aux dépens de Me Louis Servin. Auquel est porté jugement, tant de ses humeurs que de ses plaidoyers, pour servir d’avant-goût à l’inventaire de quatre mille grossiers ignorants et fautes notables y remarquées. Par le sieur Charles de l’Espinœil, gentilhomme picard {a} est une satire, en prose mêlée de vers, décrivant un banquet fictif à quatre services, qui s’attaque aux Actions et plaidoyers de l’avocat général Louis Servin, {b} farouche ennemi des jésuites, qui attaquait régulièrement la politique fiscale et les alliances ultramontaines du roi de France. Le premier quatrain (page 22) de la Complainte de saint Yves {c} contre M. Servin fait référence au dicton sur les oignons :

    « Servin me tient en cette Chambre
    Plus moisi qu’un vieux champignon.
    Il est, pour lui, net comme l’ambre
    et aussi vêtu qu’un oignon. » {d}


    1. Sans lieu ni nom, 1617, in‑4o de 64 pages.

    2. V. note [20], lettre 79, pour l’édition de Paris, 1640, la première ayant paru en 1613.

    3. Le patron des avocats.

    4. « On dit proverbialement qu’un homme est vêtu comme un oignon, pour dire qu’il a plusieurs vêtements les uns sur les autres » (Furetière).

      Mes italiques mettent en exergue le vers qui explique la remarque latine portée dans la marge du Borboniana, que j’ai traduite au tout début de la présente note par « Mieux vêtu qu’un oignon de Gascogne », bien que la page ne soit pas la bonne (32 pour 22) et qu’il n’y soit pas question de Gascogne (Vasconia) ou de Biscaye, contrées dont, à ma connaissance, les oignons n’ont rien de particulier.


    Je n’ai pas trouvé le second pamphlet que Garasse aurait écrit contre Servin.

  6. Quæstiones quodlibeticæ tempori præsenti accommodæ. Ad Illustrissimum S.R.E. cardinalem de Rochelieu seu de Rupella, Negotiorum Status in Regno Galliarum, Supremem Præfectum. Disputabantur in antiqua Sorbona, anno, mense, die, loco consuetis. Præsidebit Mamorectus Iunior, Proponet Actius Sincerus. Respondere multorum vice conabitur Clemens Marottus le Miroir du temps passé.

    [Questions quodlibétaires adaptées au temps présent. Adressées à l’illustrissime M. de Rochelieu ou de La Rochelle, {a} cardinal de la sainte Église romaine, proviseur de l’antique Sorbonne, où elles ont été disputées en l’année, au mois, au jour et au lieu ordinaires. Mamorectus le Jeune y présidera et Actius Sincerus les proposera. Clemens Marottus, le Miroir du temps passé, entreprendra d’y répondre à la place de nombreuses gens]. {b}

    Ces thèses imaginaires de théologie font allusion au pamphlet anonyme intitulé Le Miroir du temps passé, à l’usage du présent. À tous les bons pères religieux, et vrais catholiques non passionnés, {c} dont le frontispice est paré de ces quatre vers :

    « La transmontaine {d} faction
    A fait, par subtil monopole,
    Du manteau de religion,
    Une roupille {e} à l’espagnole. »

    Le livre attribué à Garasse ne contient que les titres des 71 questions quodlibétaires, et se conclut sur deux supplémentaires, sous le titre d’Impertinens [Sans rapport avec ce qui précède] :

    Quid Buckinghamus apud castissimam Galliæ Reginam conatus sit, ut deinceps eius in Galliam reditus Regi Christianissimo omnino displicuerit ? An in eius rei vindictam Regis Sorori Britanniæ Reginæ tot secretis machinationibus molestias facessat, ut ei cum marito rege male sit, et sæpe Galliam respicere et suspirare cogatur infelix Helena ?

    Vidit Bassompierre.
    Imprimatur Nicolaus de Bailleul.

    [Qu’aurait entrepris Buckingham auprès de la très chaste reine de France pour, quand il est revenu en France, avoir tant indisposé le roi très-chrétien ? Dans sa revanche de cette affaire le roi aurait-il occasionné des désagréments à sa sœur, la reine de Grande-Bretagne, pour toutes ses secrètes machinations ? La malheureuse Hélène aurait-elle été souvent contrainte à montrer des égards envers la France et à soupirer pour elle ?

    Vu par Bassompierre.
    Imprimatur de Nicolas de Bailleul]. {f}


    1. Sic pour flatter Richelieu en mêlant son nom au symbole de son plus éclatant triomphe contre les calvinistes.

    2. sans lieu ni nom, 1626, Editio ultima [Édition ultime], in‑4o de 15 pages.

    3. Sans lieu ni nom, 1625, in‑8o : virulent pamphlet de 67 pages contre le clergé français soumis à l’autorité du pape (moines et jésuites).

      Plutôt qu’à la mention de ses Psaumes calvinistes, {i} l’attribution factice du Miroir du temps passé au poète français Clément Marot (mort en 1544, v. note [27], lettre 396) me semble liée à son rondeau nostalgique intitulé De l’Amour du siècle antique (écrit en 1525) :

      « Au bon vieux temps un train d’amour régnait
      Qui sans grand art et dons se démenait,
      Si qu’un {ii} bouquet donné d’amour profonde,
      C’était donner toute la terre ronde,
      Car seulement au cœur on s’en prenait.

      Et si par cas {iii} à jouir on venait,
      Savez-vous bien comme on s’entretenait ?
      Vingt ans, trente ans : cela durait un monde,
      Au bon vieux temps.

      Or est perdu ce qu’amour ordonnait :
      Rien que pleurs saints, rien que changes {iv} on n’oyt : {v}
      Qui voudra donc qu’à aimer je me fonde, {vi}
      Il faut premier {vii} que l’amour {viii} on refonde,
      Et qu’on la mène ainsi qu’on la menait
      Au bon vieux temps. »

      1. Pages 33‑34 du Miroir du temps passé, sur la « Cabale des Religionnaires » (c’est-à-dire des calvinistes) :

        « […] pour prudemment surmonter cette hérésie, il se faut disposer de la combattre dorénavant par bons exemples envers notre prochain, et apr charitables admonitions, sans continuer à nous harper toujours au collet, ni acharner les uns contre les autres à coups de chapelets et de Psaumes de Marot, par un zèle sans science, qui nous porte insensiblement à négliger le salut de la patrie, cependant que l’on s’amuse quelquefois à prêcher frauduleusement le salut de l’âme, et à donner des brocards contre la mémoire de nos rois, contre leurs ministres plus fidèles, contre les parlements, voire contre la Sorbonne, pour haut louer nos ennemis et leur artificielle piété. »

      2. Si bien qu’un…

      3. Chance.

      4. Échanges monnayés.

      5. On n’entend.

      6. Je me décide.

      7. D’abord.

      8. Mot employé au féminin.
    4. Ultramontaine.

    5. Petit manteau dont les Espagnols se vêtaient pour dormir.

    6. Ces trois audacieuses questions politiques visent la Grande-Bretagne anglicane et mettent en scène :

      • l’aventure supposée du duc de Buckingham {i} avec la reine Anne d’Autriche (surnommée Hélène, pour sa beauté) ;

      • la rage de son mari, Louis xiii roi de France, qui accusait sa sœur, Henriette-Marie, épouse de Charles ier roi d’Angleterre, d’avoir ourdi ce scandale ;

      • le maréchal François de Bassompierre {ii}, alors ambassadeur de France à Londres ;

      • le magistrat Nicolas ii Le Bailleul, qui était alors prévôt des marchands de Paris. {iii}

        1. V. note [21], lettre 403.

        2. V. note [10], lettre 85.

        3. V. note [5], lettre 55.

    Charles Nisard a fourni un commentaire détaillé de ces ouvrages dans la Notice (pages vii‑xii) qui introduit son édition des Mémoires de Garasse (François) de la Compagnie de Jésus publiés pour la première fois (Paris, Amyot, 1860).

    V. note [47] du Borboniana 3 manuscrit pour un retour féroce sur les méchancetés et l’impiété du R.P. Garasse.

    38.

    Phrase écrite dans la marge de gauche.

    • V. notes :

      • [15], lettre 198, pour Guillaume i de Bautru ;

      • [14], lettre 313, pour Hercule de Rohan, duc de Montbazon (de nouveau identifié comme la cible de Bautru dans le Borboniana 8 manuscrit, v. sa note [23]).

    • L’Onosandre {a} ou la croyance du grossier, par le sieur Bautru, est aux pages 558‑562 du Cabinet satirique ou Recueil parfait des vers piquants et gaillards de ce temps…. {b} L’auteur anonyme s’y moque à l’envi d’un « grand prince de l’ignorance », sans le nommer, mais qui dut bien se reconnaître, à en croire le Borboniana. En voici quelques vers qui l’accusent de croire :

      « Que l’Évangile fut écrite dans le Ciel,
      Même d’un des tuyaux de l’aile < de > saint Michel, {c}
      Et que là, tous les saints l’on cache, tout de même
      comme nous les voyons aux temples de carême ; {d}
      Qui tient que Mahomet et les Turcs, et les Goths,
      Confrères de Calvin, étaient bons huguenots, etc. » {e}


      1. Onosandre soude deux mots grecs, onos [âne] et andros [homme] pour désigner un « homme-âne ».

      2. Paris, Pierre Billaine, 1620, « Seconde édition, revue, corrigée, et de beaucoup augmentée », in‑12 de 669 pages ; v. notes [102] des Déboires de Carolus pour une édition clandestine de 1666.

      3. Archange ailé des Saintes Écritures.

      4. Coutume catholique de voiler croix et statues dans les églises pendant le carême (qui se raréfie et limite désormais aux derniers jours de la semaine sainte).

      5. V. note [24] du Borboniana 9 manuscrit pour d’autres vers de cette satire.

    39.

    « Ce Typhœus, etc. » (avec ille pour iste) : v. note [38], lettre Patiniana I‑3 pour cette épigramme complète de Dominicus Baudius (v. note [30], lettre 195) contre François Pithou (v. note [2], lettre 50).

    40.

    « Comment pourrais-je donc être joyeux quand l’aînée des Furies est couchée à mes côtés ? (Énéide, chant vi). »

    La référence au chant vi (vers 605‑606) de Virgile est ajoutée dans la marge de gauche :

    …Furiarum maxima juxta
    accubat et manibus prohibet contingere mensas
    .

    [L’aînée des Furies, {a} couchée là auprès, empêche les mains de toucher aux tables].


    1. V. première notule {d}, note [35], lettre 399, pour les trois Furies, dont Mégère était l’aînée.

    Bayle (note K) s’est très longuement épanché sur la vie déréglée de Baudius. Son épouse se prénommait Sophie, et il lui en fit voir de toutes les couleurs.

    41.

    V. notes :

    • [18], lettre 201, pour Janus Rutgersius ;

    • [23], lettre 209, pour le roi Gustave ii Adolphe de Suède, que Rutgersisus représentait devant les États de Hollande ;

    • [4], lettre 53, pour Daniel Heinsius, beau-frère de Rutgersisus ;

    • [23] du Grotiana 2, notule {b}, pour l’archiduc Albert d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas espagnols.

    Le « président du pays » était celui d’un des trois conseils, dits collatéraux, qui administraient les Pays-Bas méridionaux au nom du roi d’Espagne : Conseil d’État, Conseil privé et Conseil des finances.

    Dans sa note C sur Dominicus Baudius, Bayle a parlé de son séjour parisien et des relations amicales qu’il entretint alors avec Jacques-Auguste i de Thou.

    42.

    « qui triche en vin, triche en confiance. »

    Vincentius Obsopœus (ou Opsopœus, Vinzenz Heidecker, Passau, Bavière vers 1485-Ansbach 1539), médecin et philologue, fut recteur luthérien du gymnasium d’Ansbach. L’expression se trouve en effet dans ses De Arte bibendi libri tres… [Trois livres sur l’Art de boire…], {a} avec ces vers du livre troisième (bas de la page m vo) :

    Quamvis laudo minus factas in nectare fraudes :
    Qui fallit vino, fallit ille fide.
    Si tamen insidiis alios et fraude videbis
    Niteri, insidias vina bibendo strue.
    Fraude sinunt Bacchi leges depellere fraudem,
    Cæsaris ut vim vi pellere iura sinunt
    .

    [Il est vrai que je ne prise guère le nectar frelaté : qui triche en vin triche en confiance. {b} Si pourtant tu soupçonnes les autres de chercher à te leurrer et piéger, déjoue leurs ruses en buvant leurs vins. Les lois de Bacchus permettent de déjouer la fraude par la fraude, aussi bien que celles de César permettent de repousser la force par la force].


    1. Nuremberg, Ioh. Petreius, 1536, in‑4o de 12 feuilles.

    2. Ce passage mis en exergue correspond à la citation du Borboniana, mais lui donne un sens un peu différent : il ne s’agit pas de refuser de boire du vin, mais de le frelater, « qui frelate le vin frelate le reste ».

    43.

    « rameurs de coupes [en latin et en grec] […] Voyez les adages de Josephus Langius, page 40 ; voyez les décades des lettres de Lipse qui ne sont pas dans les centuries, page 49, lettre à Monavius ». Ce qui suit « ils l’ont haï » est ajouté dans la marge.

    • Josephus Langius (Lange ou Lang, Kaisersberg, Alsace vers 1570-Fribourg 1615), philologue, philosophe et médecin, professeur de rhétorique, de grec, puis de philosophie à l’Université de Fribourg (Bayle), est notamment auteur des :

      Adagia : sive Sententiæ proverbiales : Græcæ, Latinæ, Germanicæ, ex præcipuis autoribus collectæ : ac brevibus Notis illustratæ : inque Locos communes redactæ… Una cum Indice.

      [Adages ou sentences proverbiales grecques, latines, allemandes, recueillies chez les principaux écrivains, enrichies de courtes notes et présentées sous formes de lieux communs (citations)… Avec un index]. {a}

      Calicum remiges, κυλικων ερεται, y est brièvement commenté page 40, De Anima, et primum de Facultate vegetativa, Locus xxiiii [Lieu xxiv, De l’Âme, et d’abord de la faculté végétative], mais Langius y a seulement copié mot pour mot la première phrase de l’adage no 3641 d’Érasme :

      Κυλικων ερεται, id est, Calicum remiges dicti sunt, qui assidue perpotarent, vinum pro remo ducentes. Ita Dionysius cognomento æreus, apud Athenæum libro decimo in Elegiis :

      Καν τινες οινον αγοντες εν ειρεσια Διονυσου.
      Συμποσιου ναυται και κυλικων ερεται,
      id est,
      Si quis vina trahunt in remigio tibi Bacche
      Potandi nautæ, remigium calcum.

      Ingens poculum quasi sinus est ; in hoc trahunt, non remis, sed lingua, neque raro faciunt naufragium, iactura cum pecuniæ, tum mentis.

      [On appelle rameurs de coupes ceux qui n’arrêtent jamais de vider des bouteilles, qui puisent le vin comme on tire une rame. Ainsi Athénée, au dixième livre, cite-t-il les Élégies de Dionysius, surnommé Æreus : {b}

      « II y avait de ces gens qui font avancer le vin avec la chiourme de Bacchus, vrais matelots des festins et rameurs de gobelets. » {c}

      Une immense coupe est comme une baie dans laquelle ils plongent non pas la rame, mais la langue ; et il n’est pas rare qu’ils y fracassent leur fortune autant que leur cervelle].


      1. Strasbourg, Josias Rihelius, 1596, in‑8o de 546 pages.

      2. Les deux vers cités par Athénée de Naucratis (v. note [17], lettre 15), Déipnosophistes, livre x) sont parmi les rares vestiges connus des Élégies de Dionysius, poète et orateur de la lointaine Antiquité grecque, surnommé Æreus ou Chalcus (c’est-à-dire d’airain) parce qu’il prônait l’emploi monétaire exclusif du bronze, à l’exclusion de l’or et de l’argent.

      3. Traduction du grec de Dionysius par Lefebvre de Villebrune (1889). Le latin d’Érasme sonne un peu différemment :

        « Si en ton honneur, Bacchus, d’aucuns ingurgitent le vin à la rame, ce sont marins de beuverie et rameurs de calices. »

    • Iusti Lipsii Epistolarum (quæ in Centurijs non extant) Decades xiix [Dix-huit décades de lettres de Juste Lipse (qui ne figurent pas dans les centuries)…], {a} décade iii (pages 46‑52), lettre de Juste Lipse à Jacobus Monavius, {b} datée de Liège le 5 janvier 1592, avec cette protestation (page 49) :

      Quis germanissimus Germanus potuit de matre sua benignius ? Nec usquam læsa a me hac pietas (ita loquor et sentio :) nisi si quid ioculo in bibones quosdam, et, ut hoc quoque ioco, κυλικων ερετας, Calicum remiges sive trahones. Sed ille non contentus hoc mare in me commovisse, Imperatorem ipsum concitat, et postulat me maiestatis.

      [Quel Allemand, le plus Germain des Allemands, a pu parler plus aimablement que moi de sa mère patrie ? {c} Et jamais je n’ai offensé cette piété (je le dis comme je le pense), sinon en me moquant de certains ivrognes, qu’on appelle aussi, par raillerie, rameurs ou videurs {d} de calices. Mais il ne s’est pas contenté d’agiter cette tempête contre moi, il excite l’empereur soi-même, qui me poursuit de sa toute-puissance].


      1. Hardewijk, 1621, v. notule {c}, note [10] du Grotiana 1.

      2. Jacobus Monavius (Jakob Monau, Breslau 1546-ibid. 1603), érudit et meneur réformé, frère de Petrus Monavius (v. note [22] de l’Observation ii sur les us et abus des apothicaires).

      3. Le pamphlet d’un Allemand, que la lettre ne permet pas d’identifier, avait reproché à Lipse d’avoir médit sur la nation germanique dans son édition des Annales de Tacite (Anvers, 1574). Les Pays-Bas (delta du Rhin), d’où Lipse était originaire, faisaient partie de ce qu’on appelait alors l’Allemagne (Germanie).

      4. Traduction improvisée du substantif latin traho (génitif trahonis) que je n’ai trouvé dans aucun glossaire. J’en ai fait un dérivé exotique du verbe traho, « j’absorbe ».

    44.

    Nicolas Bourbon n’était jamais allé à Stockholm. {a} Ce qu’il en savait pouvait lui venir de son ami Charles Ogier, dit l’avocat ou le Danois, {b} qui, de juillet 1634 au début de 1636, avait accompagné Claude de Mesmes comte d’Avaux {c} dans ses ambassades successives au Danemark, en Suède et en Pologne, voyage dont il a publié les Ephemerides [Journaux]. {d} Il n’y a pas comparé Stockholm à Meaux, capitale de la Brie, {e} mais la découverte qu’il en fit, le 14 décembre 1634, lui a laissé un souvenir peu avenant (Iter Suecicum [Voyage en Suède], pages 143‑144) :

    Ille certe Stockholmi situs, inæqualesque viæ non admodum facilem triumphalibus rhedis decursum permittunt : Est enim illa urbs inter scopulos, ac salebras ædificata, quod, ut ipsimet narrant, non ex hominum delectu, qui hunc locum optaverint, sed ex fortunæ casu, cui se permiserant, factum est. Aiunt enim, cum sua Metropolis, vel incendio, vel aliis casibus sæpius diruta, ac instaurata fuisset, concilium cepisse maiores suos, ut aliam, ubicunque sors ferret, ædificarent ; baculumque in profluentem iccisse, ut quocumque in loco adhæresceret, ibi se sisterent. Cumque ille tandem baculus his scopulis, inter maris aufractus substitisset, urbem ibi suam statuisse, infelicemque urbis situm hac excusatione defendunt. Verumtamen quæ terræ commoditas deest, tanta maris opportunitate, et utilitate compensatur, ut nullibi fortasse securior sit, ac tranquillior portus : Maximæ enim, et onustissimæ naves tam adhærescunt urbi, ut domos ipsas contingant, ac sine anchoris, et funibus in portu quietissimæ sint. Quod quidem ea ratione sit, quia Stockholmum ab alto mari duodecim aut amplius milliaribus abest : tortuosisque fretis, ac divertigiis, quæ a variis insulis ac promontoriis teguntur, ad illud naves appellunt : quarum benefico per æstatem omnia illis ad victum necessaria importantur, vicissimque illi terræ suæ dotes exteris communicant, atque commutant. Ampla satis est illa urbs, nec paucis habitatoribus constat, quorum tamen per plateas, ac vias frequentiam vidi nunquam, adeo frigota per quæ ibi morabamur, universos in hypocaustis concluserant : Neque enim tam sunt imprudentes opifices ulli, aut venalitiarii, ut per hyemem in patentibus officinis, ac tabernis laborent. Rarus vero est fœminarum in publicum egressus, vixque illæ comparent, nisi cum ad templum se conferunt. Adscribo ego importunissimæ anni tempestati, quod tam rarum fuerit nobis cum civibus illis commercium : per enim quinque ipsos menses, viguit intensissimum frigus, indurati lacus, solidata flumina, constrictum mare : impalluerant omnia nive, torpebantque quasi in profundo naturæ veterno. Et vero statim atque intepuit, necdum bene liquatis nivibus profecti sumus in Borussiam.

    [La situation de Stockholm et ses rues raboteuses ne permettent pas de s’y déplacer aisément en carrosse de parade. Cette ville a en effet été construite parmi les rocs et les aspérités car, comme ils le disent eux-mêmes, elle ne le fut pas sur un choix des habitants, qui auraient élu ce lieu, mais sur un coup du hasard auquel ils se sont abandonnés : ils racontent que quand leur capitale fut reconstruite, après avoir été très souvent détruite par incendies ou autres accidents, leurs chefs décidèrent de la rebâtir à l’endroit que le sort désignerait ; ils jetèrent un bâton dans la rivière, pour s’établir là où le bâton s’arrêterait ; et il est parti se briser contre des rochers à l’endroit où ils ont édifié leur ville ; ainsi excusent-ils sa fâcheuse situation. {f} Néanmoins, cette incommodité de la terre est compensée par la très heureuse proximité et l’avantage de la mer : peut-être n’existe-t-il nulle part ailleurs de port plus sûr et mieux abrité ; de très grands navires lourdement chargés accostent au cœur même de la ville, jusqu’à toucher ses maisons, et à y demeurer parfaitement immobiles sans besoin d’ancres ni de câbles. Cela tient au fait qu’une distance d’au moins douze milles sépare Stockholm de la pleine mer ; les navires y accèdent par des bras de mer tortueux et entremêlés, semés d’îles et de presqu’îles ; {g} ils permettent les échanges pendant la belle saison, en important toutes les marchandises dont la population a besoin, et en remportant les productions venues de l’intérieur des terres. La ville est assez étendue et possède un nombre non négligeable d’habitants ; mais durant notre séjour, je n’en ai jamais vu beaucoup par ses ruelles et ses avenues, car les rigueurs du froid y étaient telles qu’elles les enfermaient tous chez eux auprès de leurs poêles. Il ne s’y trouve guère d’artisans ou de marchands qui aient l’imprudence d’œuvrer pendant l’hiver dans des ateliers ou des magasins ouverts aux quatre vents. Il arrive exceptionnellement d’y croiser des femmes, car elles se montrent peu en public, si ce n’est pour se rendre au temple. J’attribue à la saison fort incommode de l’année cette rareté de nos rencontres avec les habitants, car il a sévi une froidure très intense pendant les cinq mois de notre séjour : lacs, rivières et mer étaient figés par les glaces ; tout était blanchi de neige et engourdi, comme par une profonde léthargie de la nature. L’arrivée du printemps apporta un prompt attiédissement, mais les neiges n’avaient pas encore entièrement fondu quand nous partîmes pour la Prusse].


    1. V. note [42], lettre 216.

    2. V. note [2], lettre 330.

    3. V. note [33], lettre 79.

    4. Paris, 1656, v. note [6], lettre 378.

    5. V. note [6], lettre 125.

    6. Ce conte expliquerait plaisamment le nom de Stockholm, « l’île du bâton ». La ville, fondée au milieu du xiiie s. par le duc Birger Magnusson de Bjälbo, dit Birger Jarl, a d’abord été bâtie sur une île aujourd’hui nommée Gamla Stan [vieille ville] ; elle est devenue la capitale de la Suède au début du xve s.

    7. L’archipel de Stockholm contient plus de 24 000 îles et îlots. Un chenal de 80 kilomètres relie le port à la mer Baltique.

    45.

    « ce n’est pas un homme qui pendra [au bout de sa corde], mais une amphore » ; sans manquer de sens, la phrase devient plus conforme à l’histoire qui suit en y remplaçant pendet (« pendra », indicatif futur actif) par pensus est (« s’est pendu », indicatif parfait passif).

    Tout ce qui est connu de l’empereur Bonosus vient de l’appendice à l’Histoire Auguste (v. note [31], lettre 503) intitulé Quadrigæ tyrannorum [Le Quadrige des tyrans] et écrit par Flavius Vopiscus de Syracuse (pages 1127‑1131, édition d’André Chastagnol, Paris, 1994, vnotre Bibliographie) : né en Espagne d’une mère gauloise, il gravit un à un les échelons militaires ; mais en 280, au cours d’une campagne en Germanie, il se proclama empereur ; il ne régna que quelques mois, le temps d’être défait par Probus, l’empereur légitime, et Bonosus choisit alors de se pendre.

    Ce Bonosus était connu pour un grand ivrogne, ce qui lui vaut la mention du Borboniana, dont voici la source exacte (chapitre xv, § 2, avec la traduction de Chastagnol) :

    Nam longo gravique certamine a Probo superatus laqueo vitam finivit, cum quidem iocus exstitit amphoram pendere, {a} non hominem.

    « Il fut en effet vaincu par Probus après une lutte longue et âpre, et mit fin à ses jours en se pendant ; ce qui fit dire par plaisanterie qu’il y avait au bout de la corde non pas un homme, mais une amphore. » {b}


    1. Emploi de l’infinitif actif (pendere) accompagné de deux sujets accusatifs, (amphoram et hominem), aboutissant, en traduction littérale à : « la plaisanterie montre une amphore qui pend, et non pas un homme. »

    2. Un peu plus haut dans le même récit (xiv, § 2‑5) :

      Militavit primum inter ordinarios, deinde inter equites ; duxit ordines, tribunatus egit, dux limitis Rætici fuit, bibit, quantum hominum nemo. De hoc Aurelianus sæpe dicebat : “ non ut vivat, natus est, sed ut bibat. ” Quem quidem diu in honore habuit causa militiæ. Nam si quando legati barbarorum undecumque gentium venissent, ipsi propinabantur, ut eos inebriaret, semper securus et sobrius et, ut Onesimus dicit scriptor vitæ Probi, adhuc in vino prudentior. Habuit præterea rem mirabilem, ut quantum bibisset, tantum mingeret, neque unquam eius aut pectus aut venter aut vesica gravaretur.

      « Il commença par servir comme simple soldat, puis dans la cavalerie ; il devint centurion, remplit la fonction de tribun, commanda les troupes stationnées à la frontière de Rhétie. Il buvait plus que ne le fit jamais aucun mortel. Aurélien {i} disait souvent à son propos : “ Il n’est pas né pour vivre, mais pour boire ! ” Il lui manifesta néanmoins sa considération en raison de ses capacités à l’armée. En effet, chaque fois que se présentaient des ambassadeurs de quelque nation barbare, Bonosus leur offrait à boire de manière à les enivrer et à leur faire dévoiler tous leurs secrets sous l’effet du vin. Quant à lui, quelle que fût la quantité de boisson absorbée, il gardait toujours le calme et la lucidité d’un homme sobre et, comme le note Onesimus, le biographe de Probus, {ii} se montrait encore plus rusé quand il avait bu. Il avait par ailleurs la faculté surprenante d’uriner autant qu’il avait bu, sans jamais éprouver de lourdeurs dans la poitrine, le ventre ou la vessie. » {iii}

      1. Aurélien a été empereur romain de 270 à 275. V. notule {d}, note [16], lettre 95, pour la Rhétie.

      2. Chastagnol qualifie Onesimus d’auteur fictif.

      3. Selon les connaissances physiologiques modernes, cette faculté n’a rien de surprenant.

    46.

    « le malheur seul fait les tyrans. […] ».

    • Cette sentence n’a pas de relation bien claire avec le propos qui la précède. Guy Patin l’a reprise, à propos d’Oliver Cromwell, dans sa lettre à Charles Spon du 1e décembre 1654 (v. sa note [7]).

    • J’ai transféré la suite du latin depuis la page 6 du Borboniana manuscrit : il s’agit de la copie fragmentaire des extraits de l’Histoire Auguste transcrits et traduits dans la note [45] supra et sa notule {b}. Elle se termine par un renvoi :

      « Voyez Flavius Vopiscus, page 364, in‑4o, avec les notes de Casaubon. »

    • V. notule {a}, note [32], lettre 503, pour les annotations d’Isaac Casaubon sur l’Histoire Auguste (Paris, 1603, in‑4o), mais la page 364 se réfère au texte d’Ælius Lampridius sur la vie d’Alexandre Sévère. {a} Ce sont les pages 556‑557 qui correspondent aux commentaires sur la vie de Bonosus écrite par Vopiscus. Seul ce passage de sa note 6 sur Bonosus homo Hisp. [Bonosus, homme d’origine espagnole] a retenu mon attention, car il illustre son érudition philologique :

      Non infrequens eo seculo nomen Bonosus : quod Barbarum non est, sed Latinum. nam ut a canus fecerunt canosus, quo usus Valerianus Augustus in epistola ad Probum : sic a bonus, novum nomen ea etas fecit bonosus. Bonosi cuiusdam mentio habetur in epistola Hieronymi ad Chromatium : Bonosi Episcopi in lxxix. Ambrosii. in antiquis inscriptionibus et Bonosus invenies et Bonosa.

      [En ce temps-là, {b} Bonosus n’était pas un nom rare. Il n’est pas barbare, mais latin : de même que de canus, ils ont dérivé canosus, {c} mot qu’a employé Valerianus Augustus dans une lettre à Probus, {d} de même ce siècle a dérivé de bonus le mot nouveau bonosus. {e} Une lettre de Jérôme à Chromatius {f} fait mention d’un certain Bonosus, et la lettre lxxix d’Ambroise, d’un évêque Bonosus. {g} Dans les inscription antiques, vous trouverez et Bonosus et Bonosa]. {h}


      1. V. notule {a}, note [43] du Faux Patiniana II‑2.

      2. Au xviie s. de l’ère chrétienne.

      3. Adjectifs signifiant « blanc » et « blanc de cheveux ».

      4. L’empereur Valérien a régné de 253 à 260, et Probus, de 276 à 282 (v. première notule {d}note [43] du Faux Patiniana II‑6.

      5. Tous les dictionnaires latins attestent bien sûr bonus, « bon », mais je n’y ai trouvé Bonosus que comme un nom de personne. L’explication fournie par Casaubon me semble donc à ne recevoir qu’avec prudence.

      6. Saint Jérôme tenait saint Chromace, évêque d’Aquilée au iiie s., en très haute estime.

      7. Le numéro ne correspond pas, mais le volume 3, page 53‑64 (édition de Paris, 1746) des Lettres de saint Ambroise (v. note [24], lettre 514) contiennent plusieurs mentions de Bonose, évêque macédonien du ive s. qui niait la virginité de la vierge (ce qui ne devait pas déplaire au calviniste Casaubon), et fut condamné pour hérésie (dite bonosiaque ou bonosienne par Trévoux et Littré DLF).

      8. Tout cela pouvait bien être ce que le Borboniana souhaitait faire découvrir à son interlocuteur.

    47.

    V. notes :

    • [14], lettre 816, pour Guichardin (Francesco Guicciardini) et son Historia di Italia (Florence, 1561) parue 21 ans après sa mort ; Guy Patin du  31 juillet 1669 à André Falconet (v. sa note [3]) ;

    • [9], lettre 12, pour Scipion Dupleix (mort en 1661), sa monumentale Histoire générale de France (Paris, 1621-1643) et les soucis politiques qu’elle lui causa.

    48.

    « Le monde s’éteindra-t-il un jour ? Sur cette question, {a} voyez Balth. de Vias, Sylvæ Regiæ, page 395, {b} et les Quæstiones physologicæ de Campanella, page 8. » {c}


    1. L’ancienneté du monde et de l’humanité était alors au cœur d’âpres discussions, aujourd’hui éludées par la plupart des croyants (mais rénovées par les astronomes et le Big Bang), car elles menaient les plus audacieux à mettre en doute la vérité de la Genèse biblique. Exposée ailleurs dans notre édition (v. note [3], lettre 93), l’existence des préadamites contestait frontalement les Saintes Écritures en supposant que des humains avaient existé avant Adam et Ève.

    2. Balthazar de Vias (Marseille 1587-ibid. 1667), docteur en droit et poète latin, gentilhomme de la Chambre du roi et conseiller d’État sous Louis xiii, est auteur des :

      Sylvæ Regiæ Balthasaris de Vias Nobilis Massiliensis ad Ludovicum Iustum Galliarum et Navarræ Regem Christianissimum. Quibus selecti Francorum Annalium et politioris literaturae flores inseruntur.

      [Silves {i} royales de Balthazar de Vias, gentilhomme de Marseille, dédiées à Louis le Juste, roi très-chrétien de France et de Navarre, où ont été greffés les parfums tirés des annales et des lettres françaises les plus élégantes]. {ii}

      La page 395 appartient aux annotations sur la dernière silve intitulée Uranie, sive Æternitas Imperii Gallici [À Uranus, {iii} ou l’Éternité de la souveraineté française] et porte sur ses vers 6‑8 (page 375) :

      Nam quamvis elementa ruant, cœlisque minetur
      Ignis edax finem, flammaque fluentibus astris
      Communi moriens iaceat natura ruinæ […]
      .

      [Même si les éléments se disloquent, si, aux cieux, le feu dévorant annonce la fin, et si, par la flamme et par les étoiles fondantes, la nature mourante s’écroule en une ruine générale (…)]

      La note 4 de Vias les commente longuement (pages 395‑399) en commençant sur ce propos :

      Extitere de ortu Mundi variæ philosophorum sententiæ, diversæ quoque de interitu ; nec mirum ; fuit enim ante homines ortus, nec videre interitum ; de quo non conveniunt Philosophi quorum præcipuas sententias sic complectitur Arnobius : Mundum quidam ex sapientibus existimant neque esse natum, neque asserant esse periturum ; immortalem nonnulli, quamvis asserant esse natum et genitum, et ordinaria necessitate periturum.

      [Les philosophes ont prononcé des jugements variés sur la naissance du monde, et tout aussi divers sur sa fin ; et il n’y a pas là de quoi s’étonner, car il a commencé avant les hommes et ils ne l’ont pas vu s’achever. Arnobe {iv} résume ainsi les principales sentences sur lesquelles les philosophes ne s’accordent pas : « Parmi les sages, certains pensent que le monde n’a pas été créé et n’aura pas de fin ; d’autres, qu’il est immortel, mais en disant qu’il a eu une naissance et une gestation, et qu’il périra selon l’ordinaire nécessité. »]

      1. V. note [40], lettre Borboniana 6 manuscrit.

      2. Paris, Nicolas Buon, 1623, in‑4o de 424 pages : 12 poèmes latins suivis d’appendices en prose.

      3. Père de Saturne (v. note [31] des Deux Vies latines de Jean Héroard) et grand-père de Jupiter.

      4. Arnobe (v. note [2], lettre 126), Contre les païens, livre ii, chapitre 56, § 3 (dans une transcription abrégée).

    3. Les « Questions physiologiques » figurent à la fin de la section Physiologia cum Quæstionibus [La Physiologie et les questions qu’elle pose], qui est le deuxième des :

      Thomæ Campanellæ Ord. Præd. Disputationum in quatuor partes suæ Philosophiæ realis libri quatuor. Pro Rep. literaria ac christiana, id est vere Rationali, stabilienda contra sectarios. Una cum textu instaurato auctoque post editionem Tobianam. Suorum Operum tomus ii. Ad Illustrissimum et Excellentissimum D. Petrum Seguierum, Franciæ M. Cancellarium.

      [Quatre livres des Disputations de Tommaso Campanella {i} sur les quatre parties de sa Philosophie réelle. Pour la défense de la république littéraire et chrétienne, c’est-à-dire véritablement rationnelle, qu’il faut maintenir solidement contre les sectaires. Avec un texte établi et augmenté après l’édition de Tobias. {ii} Tome ii de ses Œuvres. Dédiés à l’illustrissime et excellentissime M. Pierre iv Séguier, {iii} grand chancelier de France]. {iv}

      1. V. note [12], lettre 467.

      2. Le philosophe et juriste allemand Tobias Adami (1581-1643) avait précédemment édité plusieurs traités de Campanella.

      3. V. note [2], lettre 16.

      4. Paris, Denis Houssaye, 1637, in‑4o.

      Leur page 8 appartient à l’article ii, Utrum Mundus incœperit, et quomodo ; et a quo [Le monde a-t-il eu un commencement, et comment, et par l’opération de qui ?]. On y lit, entre autres conjectures, que :

      Videmus enim cuncta ex aliquo ente materiali fieri : neque Deus immaterialis materiam facere potuisset. Vel factus est sæpe ex ruinis alterius Mundi, ut generata ex corruptis videmus fieri : sicut Empedocles docet. Et hoc falsum est. Nam vel casu ita sit ; et hoc impossibile, ut probatum est ; vel a Deo, ut videtur Origenes sentire, et hoc irrationnabile, quoniam quæ bona Deus facit, non destruit, nisi seipsum emendet. Vel ob fines alios ignotos nobis, fingamus hæc ita evenire, ut fingit opinando Origenes propter Angelorum variabilitatem : et Valentinus secula triginta fingit ; et hæc, cum a Deo non sint revelata, opinione stulta finguntur. Vel factus est ex Chaos, ut Anaxagoras opinatur, et tunc quæro, cur in Chaos tempore infinito torpescebant entia ? Et cur Deus accessit ad rerum productionem tunc, et non prius ? et quid movit Deum immobilem ad hoc ? Et utrum prius nesciebat, ut fingunt stulti Talmudistæ, exque multis formis a se factis didicit tandem rectam mundi formam ; quod impium est, falsumque ? vel non poterat ? et hoc falsius : non enim datur ratio cur nunc potuit, et non prius. Vel nolebat, et invidebat rebus entitatem ? et hoc irrationabilius de Deo dicitur. Item cur nunc, et non prius ? Et cur Deus otiosus ? Et Chaos otiosum ?

      [Nous voyons en effet que tout ce qui existe provient de quelque entité matérielle : un Dieu immatériel ne pourrait fabriquer la matière. Le monde, dit-on souvent, s’est fait à partir des ruines d’un autre monde, comme nous voyons la pourriture engendrer des choses : c’est ce qu’enseigne Empédocle, {i} mais c’est faux. Alternativement, il s’agirait d’un accident, mais cela est impossible, comme il a été prouvé ; ou encore d’une intervention divine, comme Origène {ii} semble le penser, mais cela est déraisonnable, car ce que fait Dieu est bien, et il ne le détruit pas, sauf à vouloir se corriger lui-même. Nous pouvons aussi imaginer que, pour des raisons que nous ignorons, les choses aient été créées, ainsi qu’Origène affecte de le penser, en raison de la versatilité des anges, et Valentin {iii} se figure qu’il y aurait fallu trente siècles ; mais tout cela ne se fonde que sur une sotte opinion, puisqu’elle n’a pas été révélée par Dieu. Ou encore, le monde serait né du chaos, comme le pense Anaxagore, {iv} mais je demande alors : pourquoi les entités étaient-elles demeurées engourdies pendant un temps infini ? et pourquoi Dieu s’est-il mis à produire les choses à ce moment, et pas avant ? et pourquoi Lui, qui est immobile, s’est-il mobilisé pour ce faire ? Et ignorait-il auparavant la manière de faire, comme d’insensés talmudistes {v} le pensent, disant qu’à partir des nombreux modèles qu’il avait conçus, il aurait enfin trouvé la bonne forme du monde, ce qui est impie et faux, ou qu’il ne le pouvait pas, ce qui est encore plus faux, car rien n’explique pourquoi il l’aurait pu alors, et pas avant ? Ou bien ne le voulait-il pas et refusait-il une existence aux choses ? mais il est fort déraisonnable de dire pareille chose de Dieu. Une fois encore : pourquoi maintenant et pas avant ? Et pourquoi Dieu a-t-il été oisif ? et le chaos oisif ?]

      1. V. première notule {b}, note [32] du Faux Patiniana II‑3.

      2. V. note [16] du Patiniana I‑2.

      3. Théologien chrétien gnostique du iie s.

      4. V. notule {c}, note [51] du Faux Patiniana II‑2, pour Anaxagore.

        Chaos est un mot grec, χαος, qui signifie « abîme, gouffre, espace immense et ténébreux qui existait avant l’origine des choses » (Bailly).

      5. V. note [2], lettre latine 223.

    Les notes [49] infra et [37] à [44] du Borboniana 2 manuscrit reviennent longuement sur les dilemmes de l’ancienneté du monde.

    49.

    • Pour l’Atlanticum, le Borboniana ne se référait pas directement à Platon, mais à Pline (Histoire naturelle, livre ii, chapitre xcii, Littré Pli, volume 1, page 140) :

      In totum abstulit terras : primum omnium, ubi Atlanticum mare est, si Platoni credimus, immenso spatio.

      « La mer a englouti des terres entières : d’abord celle où est maintenant l’océan Atlantique, continent immense qui a disparu, si nous en croyons Platon. » {a}


      1. Platon a décrit l’Atlantide dans deux de ses dialogues : Timée et Critias.

    • Pour La Sagesse de Pierre Charron (Bordeaux, 1601, v. note [9], lettre latine 421), voici ce qu’en disent les pages 314‑315 :

      « Platon dit que ceux de la ville de Saïs {a} avaient des mémoires par écrit de huit mille ans, et que la ville d’Athènes fut bâtie mille ans avant ladite ville de Saïs. Aristote, Pline et autres ont dit que Zoroastre vivait six mille ans avant l’âge de Platon. {b} Aucuns ont dit que le monde est de toute éternité, mortel et renaissant à plusieurs vicissitudes ; d’autres, et les plus nobles philosophes, ont tenu le monde pour un Dieu fait par un autre Dieu plus grand ; ou bien, comme Platon assure, et autres, et y a très grande apparence en ses mouvements, que c’est un animal composé de corps et d’esprit ; lequel esprit, logeant en son centre, s’épand par nombres de musique en sa circonférence, et ses pièces aussi, le ciel, les étoiles composées de corps et d’âme, mortelles à cause de leur composition, immortelles par la détermination du créateur. Platon dit que le monde change de visage en tous sens : que le ciel, les étoiles, le soleil changent et renversent parfois leur mouvement, tellement que le devant devient le derrière, l’Orient se fait Occident. Et selon l’opinion ancienne fort authentique, et des plus fameux esprits, digne de la grandeur de Dieu et bien fondée en raison, il y a plusieurs mondes, d’autant qu’il n’y a rien un et seul en ce monde : toutes espèces sont multipliées en nombre ; par où semble n’être pas vraisemblable que Dieu ait fait ce seul ouvrage sans compagnon, et que tout soit épuisé en cet individu. »


      1. V. notule {a}, note [8], lettre latine 7.

      2. Zoroastre (Trévoux) : « célèbre législateur des anciens Perses. Il disait avoir un génie familier qui lui dictait les lois qu’il proposait ensuite aux peuples. C’est lui qui avait déterminé le culte qu’on devait rendre au Soleil et aux astres. » Ce culte, fondé sur l’astrologie, porte le nom de zoroastrisme. Selon les historiens modernes, ce prophète prébiblique, en grande partie fabuleux, aurait vécu entre les xve et xie s. av. J.‑C. Philosophe tout à fait incontestable, quant à lui, Platon est mort au ive s. av. J.‑C.

    50.

    Limité à la ville de Zutphen et à ses environs, le comté homonyme avait été rattaché au xiie s. au comté puis duché de Gueldre, que Charles Quint avait incorporé à ses états en 1543. Dans les années 1630, il n’existait donc plus de comté de Zutphen à proprement parler.

    Daventria est le nom latin de Deventer (v. note [28], lettre 418), ville située à 16 kilomètres au nord de Zutphen, mais qui appartient à la province d’Overijssel, et non à celle de Gueldre.

    Les biographies de Théodore Marcile (v. note [12], lettre 564) le disent natif d’Arnhem (Gueldre), à 32 kilomètres au sud-ouest de Zutphen.

    On appelait patin un « soulier de femme qui a des semelles fort hautes et pleines de liège, afin de paraître de plus belle taille : cette femme en quittant ses patins perd une bonne partie de sa taille. Borel [v. note [35], lettre 387] dérive ce mot du grec pateo, d’où il dérive aussi pate, qui signifie “ un grand pied ” » (Furetière). Pour ne pas laisser une raillerie tentante à un autre que moi, une méchante langue pourrait dire que les patins de Guy Patin étaient sa plume : ôtez-la-lui, il perd une bonne partie de sa valeur.

    Des escarres fessières de compression (v. note [2] de la Consultation 17) ne surviennent guère chez les personnes saines qui restent longtemps assises ou alitées : Marcile devait aussi souffrir d’une paralysie par atteinte de la moelle épinière (paraplégie ou tétraplégie) ou du cerveau (hémiplégie).

    51.

    « disait Rutgers, auteur de ce petit vers sur Marcille : “ Que Carmilius ne vienne pas me provoquer, quelle punaise ! ” (parodie d’Horace, Satires, livre i, lettre x) ».

    Le contenu de ma parenthèse est ajouté dans la marge de gauche du manuscrit ; il renvoie au vers 78 du poème cité (dans une édition que je ne suis pas allé chercher) :

    Men’ moveat cimex Pantilius…

    [Que Pantilius ne vienne pas me provoquer, quelle punaise !…]

    Jan Rugers (Janus Rutgersius, v. supra note [41]) donnait ici à Marcile le surnom de Carmilius ; en tolérant les variations orthographiques (Carnulius, Carnilius, Carvilius) cela peut correspondre à trois personnages de l’Antiquité romaine, selon diverses sources :

    • le maître d’école Spurius Carvilius Ruga aurait été le premier citoyen à avoir obtenu le divorce, au temps de la République, en raison de la stérilité de son épouse (Plutarque, Quæstiones Romanæ [Questions romaines], question 59) ;

    • un vaillant soldat, blessé en combattant pour Rome, qui avait honte de boiter, mais à qui sa mère disait qu’il devait tirer gloire de son infirmité (Cicéron, De l’Orateur, livre ii, chapitre lxi) ;

    • un malheureux que Tibère avait arbitrairement condamné à mort, et qui préféra le suicide au bourreau, faisant dire à l’empereur furieux « Carnulius m’a échappé ! » (Pétrarque, Le Sage résolu contre la fortune, Paris, Cardin et Augustin Besongne, 1667, in‑12, De la Vengeance, et de la mort d’un ennemi, livre i, chapitre xxvii, page 191).

    52.

    « Les Anglais ne perçoivent pas ce genre de subtilités. »

    En dépit de son nom, qu’on pouvait confondre avec Rogers, Rutgers (Rutgersius) était un Hollandais de noble ascendance, natif de Dordrecth. Il devait suivre les cours de latin de Marcile au Collège de France (où il a professé à partir de 1602).

    53.

    « avant le repas » : expression latine médicale consacrée pour prescrire un remède à prendre avant de manger (v. note [24], lettre 332, pour les pilules ante cibum, dites gourmandes) ; mais la subtilité ou la drôlerie m’en échappe ici (sauf à prendre le passage à la selle pour un repas, mais cette grossièreté me semble fort improbable).

    54.

    En langue gasconne (variété de l’occitan), « oie » se dit auca, sans lien avec le latin (anser) ou le grec (khên), mais proche de l’espagnol (oca). Leucate {a} voudrait dire « l’oie ». Dans la même ligne, la légendaire reine Pédauque {b} était ainsi nommée à cause de ses « pieds d’oie », comme a dit Rabelais dans son Quart Livre (chapitre xli) en décrivant un monstre volant qui avait :

    « les pieds blancs, diaphanes et transparents, comme un diamant ; et étaient largement pattés, comme sont des oies, et comme jadis à Toulouse les portait la reine Pédauque. » {c}


    1. L’étymologie rattache ordinairement le nom de Leucate (v. note [9], lettre 51) au grec leukos, « blanc », couleur de son promontoire et de ses plages vues depuis la mer.

    2. Légendaire souveraine du royaume wisigoth (dont Toulouse était la capitale), au ve s.

    3. Gilles Ménage a cité ce passage de Rabelais dans ses Origines de la langue française, avec ce commentaire :

      « La statue de cette reine, avec ses pieds d’oie, se trouve à Dijon, dans le vestibule de l’église de Saint-Bénigne, et à Nevers, dans celui de l’église cathédrale. Cette reine fut ainsi appelée sans doute, parce qu’elle avait les pieds larges comme ont les oies. Il y a un pont à Toulouse appelé le pont de la Reine Pédauque. M. Catel, dans ses Mémoires de Languedoc, page 128, dit que ce pont a été ainsi appelé par le peuple parce qu’il était si étroit qu’un homme, ou autre animal, n’y pouvait si commodément passer que faisait une oie : ce qui est dit sans aucune apparence de vérité. »

    55.

    Le second tome de l’Histoire généalogique de la Maison de France… des frères Scévole ii et Louis de Sainte-Marthe, {a} livre xxviii, La Descente et postérité des reines et princesses sorties du roi saint Louis, chapitre viii, Catherine de Bourbon, comtesse de Harcourt, section consacrée aux Seigneurs de Clermont, marquis de Galerande, donne la descendance de Charles de Clermont d’Amboise, seigneur de Bussy (second § 25 de la pages 839, et non 838)  :

    « a eu un fils de Jeanne de Monluc de Balagny, son épouse, laquelle est remariée avec Henri de Mesmes, chevalier, seigneur d’Irval, conseiller du roi en ses Conseils et président en sa Cour de Parlement de Paris. {b} Elle est fille de Jean de Monluc, seigneur de Balagny, maréchal de France, {c} et de Renée d’Amboise, ci-dessus mentionnée. » {d}


    1. Paris, Sébastien Cramoisy, 1628, in‑4o de 1 089 pages ; v. note [45], lettre 242, pour l’édition de 1647.

    2. Henri ii de Mesmes, premier président du parlement de Paris, v. note [12], lettre 49.

    3. Jean ii de Montluc (ou Monluc, vers 1545-1603), seigneur de Balagny, était bâtard légitimé de Jean i de Montluc, évêque de Valence (v. note [27], lettre 229). Après avoir été grand ligueur à la solde des Espagnols (v. dernière notule {b}, note [10] du Borboniana 10 manuscrit), Balagny s’était si diligemment rallié à la Couronne de France que Henri iv l’avait nommé maréchal et prince-gouverneur de Cambrai en 1594. La suite de la présente note détaille les mésaventures que ce gouvernement valut en 1595 à celui qu’on appelait le prince de Cambrai.

    4. Fille de Jacques de Clermont d’Amboise, marquis de Gallerande, Renée (1546-1595) était devenue princesse-maréchale de Cambrai en épousant Jean ii de Montluc en 1579 ; la suite de son existence, qui en a fait la « généreuse femme » que saluait le Broboniana, est aussi relatée plus bas dans la présente note.

      Renée était sœur de Georges de Clermont d’Amboise, père de Charles. Jeanne de Montluc, fille de Renée, était donc cousine germaine de son premier mari, Charles d’Amboise.

      En 1621, Henri ii de Mesme avait épousé Jeanne de Montluc, dame de Balagny, Pargny, Bohain et Beaurevoir, veuve de Charles de Clermont d’Amboise, marquis de Renel et de Bussy ; morte en 1638 sans enfants, elle était fille de Jean ii de Montluc et de Renée d’Amboise (Popoff, no 121).


    Au début du livre cxiii de son Histoire universelle (règne de Henri iv, Thou fr, volume 12, pages 412‑437), Jacques-Auguste i de Thou a détaillé les événements survenus à Cambrai en 1595 : défaite sans gloire de Jean ii de Montluc (ici nommé Balagny), et conduite héroïque et mort de son épouse, Renée de Clermont d’Amboise.

    • Portrait peu flatteur de Balagny, prince-gouverneur de Cambrai, et celui, élogieux, de son épouse Renée (pages 414‑415) :

      « Peu de temps auparavant, Charles de Chambes, comte de Montsoreau, pour venger un affront fait à sa Maison, avait assassiné Louis de Clermont de Bussy-d’Amboise. {a} Renée, sœur de Bussy, femme dont le courage et l’ambition étaient au-dessus de son sexe, au désespoir de voir ses parents, et son propre frère, {b} négliger de venger la mort de Bussy, épousa, malgré sa famille, Balagny, qui lui promit de tirer vengeance du comte de Montsoreau. Cette femme courageuse inspira des sentiments si élevés à son mari qu’il parut digne de sa fortune. L’idée qu’on avait de son mérite fit que le duc d’Alençon {c} lui confia le gouvernement de Cambrai, lorsque les Espagnols eurent levé le siège de cette place. {d} Ce prince donna par son testament, et recommanda à la reine Catherine, sa mère, {e} la ville de Cambrai, qui était le seul fruit des prodigieuses dépenses qu’il avait faites dans les Pays-Bas. Catherine la conserva avec grand soin pendant sa vie, en donnant une forte paye à sa garnison.

      Balagny, non content des sommes que cette princesse lui fournissait, s’était encore emparé des revenus de l’archevêque (sous prétexte qu’il était rebelle), de ceux des abbayes des environs et de plusieurs autres bénéfices. La France entière étant prête à suivre le parti de la Ligue, il offrit aux peuples voisins, qui ne respiraient que la révolte, de se mettre à leur tête. Le duc de Guise {f} voulant donner, dans ces commencements, de la réputation à ses armes et attirant à son parti une ville de l’importance de Cambrai, gagna Balagny à force d’argent. À la mort de ce duc, qui fut suivie quelque temps après de celle de la reine mère, Balagny ne se croyant plus lié par aucun serment, prit ouvertement les armes en faveur de la Ligue. Il répandit la terreur sur toute la frontière aux environs de Cambrai ; et ayant attaqué les seigneurs et la noblesse du pays, qui ne s’attendait à rien moins, il ravagea leurs terres, et mit tout à feu et à sang. Mais le malheureux succès qu’il eut au siège de Senlis diminua beaucoup l’opinion qu’on avait de ses forces et de son habileté. Ses troupes en vinrent même jusqu’à le mépriser. Enfin, il se brouilla ouvertement avec le duc de Parme. {g}

      Ayant eu lieu alors de soupçonner les habitants de Cambrai de conspirer contre lui, il les traita, en général et en particulier, avec plus de dureté qu’auparavant. Ces malheureux citoyens, à qui l’on intentait sans cesse des accusations, se croyant peu en sûreté à l’abri de leur innocence et n’ayant point de juges devant qui ils pussent se justifier, abandonnaient la ville et étaient aussitôt proscrits. Depuis ce temps-là, Balagny ne parut plus dans l’armée des ligueurs et ne leur envoya plus que de faibles secours. également agité de la crainte d’être puni et de l’espérance de faire mieux ses affaires dans le parti du roi, il eut toujours depuis des agents à la suite de Sa Majesté. Il avait lui-même l’année précédente dressé un traité, qui renfermait des conditions, que ce prince ratifia en quelque sorte malgré lui.

      De Rosnes, {h} qui s’était entretenu avec quelques-uns des habitants de Cambrai, sachant que Balagny était extrêmement haï de toute la ville, persuada au comte de Fuentès {i} qu’il ne fallait que former le siège de la place, faire brèche aux murailles et se préparer à donner l’assaut, pour exciter de grands mouvements parmi les bourgeois. »


      1. V. note [17] du Borboniana 4 manuscrit pour les deux protagonistes de cette malheureuse affaire.

      2. Le père de Renée, Jacques de Clermont, et son deuxième fils Georges (devenu aîné de la famille après la mort de Louis).

      3. Autre titre de François d’Anjou, dernier fils du roi Henri ii : de 1580 à sa mort (1584), il avait été protecteur des provinces septentrionales des Pays-Bas, en rébellion contre l’Espagne (v. note [13] du Borboniana 3 manuscrit).

      4. En 1578, le duc d’Anjou avait confié le gouvernement de Cambrai à Balagny, qui avait dès lors combattu du côté de la Ligue, avant de se rallier à Henri iv en 1593 (v. supra première notule {a}).

      5. Catherine de Médicis, morte en 1589.

      6. Henri i er de Lorraine, duc de Guise, meneur de la Ligue, assassiné sur ordre du roi Henri iii à Blois en 1588 (v. note [1], lettre 463).

      7. Alexandre Farnèse, gouverneur des Pays-Bas espagnols et allié des ligueurs français (v. note [12], lettre 152). En mai 1589, les ligueurs avaient échoué devant Senlis, ralliée au parti royaliste.

      8. Chrétien de Savigny, seigneur de Rosnes, l’un des maréchaux de la Ligue.

      9. Pedro-Henriquez d’Azevedo, comte de Fuentès, brillant chef militaire espagnol (v. note [3], lettre 796) : face à lui, Balagny allait payer cher son abandon de la Ligue et son ralliement à la Couronne de France.

    • Siège de Cambrai par les Espagnols (13 août-9 octobre 1595), comportement héroïque de Renée de Clermont d’Amboise, maréchale de Balagny (pages 432‑436) :

      « La maréchale de Balagny, dont les sentiments étaient au-dessus de son sexe, avait durant le siège rempli tous les devoirs d’un soldat intrépide. Elle se trouvait dans les travaux avec les femmes de sa suite, sur les remparts et sur la brèche, au milieu des soldats ; on l’avait souvent vue pointer elle-même l’artillerie, mettre le feu aux canons, et faire la ronde à cheval la nuit et le jour. Elle se rendit à la grand-rue pendant que les députés étaient allés au camp, {a} et se tournant vers le peuple : “ Mes enfants, dit-elle, que faites-vous ? Avez-vous pu vous laisser abattre par de vaines frayeurs, jusqu’à oublier votre sûreté, jusqu’à mettre plutôt votre espérance dans un cruel ennemi altéré de votre sang, et qui, ne respirant que le pillage, nous assiège avec des forces inégales, que dans votre courage et dans ces armes que nous avons prises pour le salut commun ? Avez-vous donc quelque chose de plus à craindre de la part de l’ennemi que le bruit de ses canons ? La brèche est si escarpée, si étroite et si raide que le soldat ne pourra jamais y monter : croyez-vous qu’il soit assez hardi pour marcher à l’assaut, tandis que la batterie du bastion Robert lui fermera l’entrée du fossé ? Mais je veux qu’ils le franchissent, ces Espagnols, l’objet de votre haine : n’auront-ils pas à combattre, en montant à l’assaut, contre cinq cents hommes couverts de tous côtés, qui défendront le poste avec vigueur ? L’avantage est si grand de notre côté que les troupes françaises qui sont ici peuvent repousser une armée de cinquante mille hommes des meilleures troupes : voyez donc quel succès peut attendre cette poignée d’Espagnols qui vient nous attaquer ! Le succès fait tout leur courage : ce n’est point leur valeur, c’est notre frayeur qui les enhardit. Rassurez-vous donc et prenez courage, à l’exemple de ces braves Français que vous voyez les armes à la main. Songez que vous êtes sûrs de tout avec vos amis ; songez que vous ne pouvez espérer de faire une paix durable avec des ennemis réconciliés, et surtout avec des Espagnols. Ne soyez point en peine de la rareté de l’argent : j’engage ma parole de vous faire changer, après le siège, cette monnaie de cuivre qu’on ne vous donne que pour servir de gage ; je m’oblige à récompenser les efforts que vous ferez pour vous défendre. Je ne vous trompe point ”, ajouta-t-elle, et tirant de son sein des pièces d’or et d’argent, elle les jeta au peuple. “ Vous voyez, continua-t-elle, que je fais ce que je puis. ” En même temps, cette héroïne se saisit d’une pique et, se mettant en devoir de marcher : “ Suivez-moi ! dit-elle, venez combattre avec moi sur la brèche ! Venez, nous allons à la victoire ! ” Mais s’apercevant que la haine qu’on avait pour son mari l’emportait sur tout ce qu’elle pouvait dire, elle se tourna vers les chefs de la garnison : “ Braves Français, dit-elle, je me repose sur vous pour la conservation de ma dignité et pour la défense de la ville, que ses habitants abandonnent lâchement. Je vous donnerai l’exemple avant qu’il le sera possible. J’aime mieux mourir souveraine que de vivre sujette. ” […] {b}

      Il sortit environ mille hommes de pied et quatre cents hommes de cavalerie de la citadelle, dans le jour dont on était convenu. Le général espagnol fit de grands honneurs au duc de Rethelois […] {c} La femme de Balagny, au désespoir de la perte qu’elle venait de faire, lui fit des reproches sanglants de ce qu’il survivait à sa fortune, et mourut dans les soupirs et les sanglots, avant de sortir de la citadelle. » {d}


      1. La population de Cambrai s’était insurgée contre Balagny et avait envoyé des députés négocier une trêve avec les assaillants espagnols. des troupes françaises étaient néanmoins venues renforcer la garnison de Cambrai.

      2. En dépit de ce discours mémorable, la ville se rendit aux assaillants espagnols.

      3. Louis de Gonzague-Nevers, duc de Rethel et de Nevers, dirigeait les troupes royales françaises venues au secours de Cambrai.

      4. Renée périt ainsi sans que la mort de son frère Louis eût jamais été vengée. Une dysenterie emporta Rethel le 23 octobre suivant, âgé de 56 ans.

        Balagny se remaria en 1599 avec Diane d’Estrées (v. note [16] du Borboniana 5 manuscrit), sœur de Gabrielle (célèbre maîtresse de Henri iv, v. note [7], lettre 957). Cambrai demeura espagnole jusqu’en 1678.


    56.

    « Voyez de Thou, page 701, tome 4. »

    V. notes :

    • [6] du Borboniana 6 manuscrit pour le chronologiste et médecin Nicolas i Vignier, mort en 1596, et pour l’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou à son sujet ;

    • [2], lettre 381, pour le Collège parisien de Clermont, qui était celui des jésuites ;

    • [13] du Grotiana 1, pour leur expulsion de France en 1595, après l’attentat commis par Jean Chastel sur la personne du roi Henri iv, commis en décembre 1594.

    Un logement avait sans doute été attribué à Vignier dans le Collège de Clermont temporairement désaffecté. Les jésuites y reprirent leurs activités en 1606.

    57.

    V. note [2], lettre 21, pour Jean Passerat, professeur royal d’éloquence latine, qui profita apparemment du même logis vacant que Nicolas Vignier (v. supra note [56]).


    Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
    Borboniana 1 manuscrit.
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    (Consulté le 08.08.2022)

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