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Ana de Guy Patin :
Borboniana 3 manuscrit  >

Ms BnF Fr 9730 page 13 [1]


1.

« pauvres d’esprit. » V. note [12], lettre 34, pour Jean Grangier (natif de Châlons-sur-Marne).

La date du 14 décembre 1637 est écrite dans la marge. Dans sa lettre à Claude ii Belin du 3 janvier 1638 (v. note [5]) Guy Patin a relaté et commenté la répudiation du R.P. Nicolas Caussin, éphémère confesseur de Louis xiii, nommé en mars 1637.

Le Collège royal de Blois avait été fondé en 1581 par Henri iii, et confié aux jésuites en 1622. Le collège de la ville de Troyes était tenu par les cordeliers, avant d’être confié aux oratoriens (en 1630), sans jamais passer aux mains des jésuites.

La note 3, tome second, pages 851‑852, des Annales de la Société des soi-disant jésuites… {a} présente cette intéressante archive :

« Il est bien constant que les Troyens n’ont jamais voulu accorder aux Soi-disant aucune espèce d’établissement dans leur ville, et que toutes les menées et manœuvres de ces pères, à l’effet d’y en obtenir un de gré ou de force, n’ont abouti qu’à rendre la résistance des Troyens plus éclatante, et l’expulsion des jésuites, qui déjà y avaient loué une maison, plus humiliante. {b} Le Père Caussin jésuite, étonné de que la ville de Troyes, sa patrie, renonçait à son bonheur, disait-il, en repoussant si vigoureusement les jésuites, ses confrères, s’en plaignait à son père dans la lettre suivante :

Lettre du Père Caussin, jésuite,
depuis confesseur du roi,
à son père, médecin à Troyes.

“ Monsieur mon père,
Je n’ai voulu laisser partir d’ici M. Collinet, sans lui donner de nos nouvelles sur ce que vous me mandez de notre collège. Je ne doute pas qu’il n’y ait toujours bien de l’opposition ; et je m’étonne que cette ville s’oppose tant à son bonheur. Notre Compagnie étant maintenant chargée de tant d’autres collèges, n’a pas sujet de s’échauffer beaucoup à cette poursuite. Néanmoins, par l’affection naturelle que tous nos Troyens portent à la patrie, ils désirent un bon succès de cette affaire. {c} J’ai vu M. d’Aultruy : {d} il est un homme de bien, et qui nous respecte ; au reste zélé pour l’Université, quoiqu’il ne soit pas un de nos plus grands adversaires. M. le conseiller Colbert m’a visité en ce collège avec M. Hénault, {e} qui m’a dit de vos nouvelles. Je ne vois plus M. Bourgeois, je ne sais ce qu’il prétend faire : il ne me ferait pas plaisir de publier les vers que j’ai composés en mon enfance ; chaque chose a son temps. Touchant ce que vous me mandez de faire tenir des livres à Chevillot, je vois que notre libraire n’est guère content de lui ; ils feront leur marché ensemble. Je vous envoie deux copies, l’une pour vous, l’autre pour la bibliothèque des Jacobins. Il ne me reste plus de copie ni de l’un ni de l’autre. {f} Je serai contraint de renvoyer au libraire ceux qui m’en demanderont. Les deux livres n’ont pas été plus tôt imprimés en Allemagne qu’on poursuit de les faire imprimer derechef ; et un libraire de Cologne m’en a fait prier, mais je lui manderai qu’il ait encore patience. Nous avons ici reçu M. le cardinal de Savoie, {g} qui a fort agréé ce qui lui a été récité. Je prie Notre Seigneur qu’il vous donne tous les jours sa sainte paix, et à ces jours de dévotion vous remplisse des consolations de son Esprit.
Votre très obéissant fils, Nic. Caussin.
De Paris, le 9 décembre 1618. ”
Adressée à Monsieur et père M. Caussin, docteur en médecine à Troyes, {h} et cachetée du cachet de la Société. »


  1. Paris, 1765, v. note [26] du Naudæana 4 manuscrit.

  2. V. note [2], lettre 37, pour les échecs des jésuites à Troyes.

  3. « Les Troyens dont il est parlé dans cette lettre sont le Père Marguenat, qui professait la philosophie, et le P. Mecas, qui enseignait la théologie dans le Collège de Clermont [v. note [2], lettre 381], où le Père Caussin était en même temps régent de rhétorique » (note de l’éditeur des Annales).

  4. « M. d’Aultruy, Troyen, docteur et professeur en Sorbonne, où il enseignait l’Écriture Sainte ; il savait les langues, et surtout l’hébreu ; il demeurait chez le père d’Omer Talon [v. note [55], lettre 101], qui était médecin [sic pour magistrat] ; il est parlé de lui dans les affaires de Richer [v. note [7], lettre 337] » (note de l’éditeur).

  5. « M. [Nicolas] Hénault [v. note [27], lettre 301] était de Chaource [ou de Langres], près de Troyes, docteur de la Faculté [de médecine] de Paris, et attaché à la Maison de Navarre » (note de l’éditeur).

    Oudard Colbert, reçu conseiller au Parlement en 1614, mort en 1633 (Popoff, no 993), était grand-père de Jean-Baptiste, le futur ministre de Louis xiv.

  6. « Chevillot était imprimeur à Troyes » (note de l’éditeur).

    En 1618 avaient paru deux livres complémentaires de Nicolaus Caussinus Trecensis e Societate Iesu [Nicolas Caussin de la Compagnie de Jésus, natif de Troyes] sur les hiéroglyphes (au sens de mystères) égyptiens :

    • Electorum Symbolorum et Parabolarum historicarum Syntagmata. Ex Horo, Clemente, Epiphanio et aliis cum Notis et Observationibus…

      [Recueils de Symboles et Paraboles historiques choisis. Tirés de Horus, {i} de Clément, {ii} d’Épiphane {iii} et d’autres, avec des notes et observations] ; {iv} ;

    • Polyhistor symbolicus, electorum Symbolorum et Parabolarum historicarum stromata xii libris complectens…

      [Le Polyhistor {v} symbolique, contenant le recueil des Symboles et Paraboles historiques en 12 livres…]. {vi}

      1. Horapollon du Nil, philosophe alexandrin du ve s.

      2. Clément d’Alexandrie, v. notule {a‑63}, note [34] des Triades du Borboniana manuscrit.

      3. V. note [6], lettre 119.

      4. Paris, Romain de Beauvais,in‑4o de 236 pages ; réédition à Cologne, 1631.

      5. Omniscient.

      6. Paris, Romanus de Beauvais. in‑4o de 708 pages ; réédition à Paris, 1634.

  7. Maurice de Savoie, v. note [10], lettre 45.

  8. Ce médecin nommé Caussin (prénom inconnu), père de Nicolas, ne figure pas dans les listes académiques dressées par Baron (Paris) et par Dulieu (Montpellier), ce qui est surprenant parce que le Collège des médecins de Troyes n’admettait en principe que des gradués de l’une de ces deux universités.

2.

« en sa farce sur la mort de l’empereur Claude ».

« Il convient de naître soit roi, soit fou » est un adage que Sénèque le Jeune a cité dans son Apocoloquintose (ou Métamorphose en citrouille) sur la mort de l’empereur Claude, et qu’Érasme a commenté : v. note [20], lettre 179.

3.

Le Borboniana se délectait de quatre autres adages d’Érasme.

  1. V. note [5], lettre d’Adolf Vorst, datée du 4 novembre 1661, pour « La guerre est douce à ceux qui ne la connaissent pas » (no 3001).

  2. Scarabæus aquilam quærit [Le scarabée cherche l’aigle] (adage no 2601) est très longuement commenté, en commençant par cette explication :

    Cum imbecillior, atque impotentior, mali quidpiam molitur, struitque inimico longe potentiori.

    [Quand un plus faible et plus impuissant ourdit quelque méfait et organise une embuscade contre un ennemi qui est de beaucoup plus fort que lui].
  3. V. note [10], lettre 164, pour « Les silènes d’Alcibiade » (no 2201, à propos de Socrate).

  4. V. notule {a}, note [2], lettre latine 265, pour Spartam nactus es, hanc orna, « Le sort t’a remis Sparte, fais-la resplendir » (no 1401).
4.

En 1621, Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, {a} avait obtenu le doyenné de Saint-Germain-l’Auxerrois, {b} paroisse du Louvre (et de Guy Patin), soit la tête de l’un des plus prestigieux chapitres du royaume, dont l’abbé Jean Lebeuf a décrit les avantages dans son Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, {c}, tome premier, première partie, pages 53‑54 :

« Le chapitre qui a fourni à l’Église de France tant d’illustres personnages a eu le droit de nommer presque à tous les bénéfices qui avaient été fondés sur son territoire, desquels je parlerai en détail ci-après : ce qui renfermait presque tout le quartier occidental de la ville et faubourgs de Paris, à commencer au grand Châtelet inclusivement et suivant la grande chaussée Saint-Denis, pour ne se terminer que vers Saint-Cloud, dont Chaillot se trouve excepté. {d} Les chanoines avaient même fait entre eux une répartition de ces nominations en 1565, et ils allaient officier dans beaucoup de ces églises aux fêtes de patron.

Entre plusieurs chapitres du royaume avec lesquels cette célèbre église était en confraternité, il n’est venu à ma connaissance que la très ancienne collégiale de Saint-Germain de la Châtre, au diocèse de Bourges, fondée par les princes Déols, {e} qui s’est dite sœur de Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris.

Enfin, cette église collégiale, qui pouvait à juste titre se dire la fille aînée de la cathédrale de Paris, est retournée en 1744 dans le sein de celle dont elle était sortie il y avait onze à douze cents ans ; et la nomination des bénéfices auxquels elle présentait est revenue à l’ordinaire ; en sorte que la postérité ne pourra plus apercevoir de vestiges de sa primauté sur toutes les églises paroissiales de Paris que dans l’histoire de cette ville, et qu’autant que l’on maintiendra le culte de saint Germain évêque d’Auxerre, {f} dans tout le diocèse, dans un degré supérieur à celui du commun des autres saints, ainsi que le bréviaire de l’an 1745 l’a prescrit. » {g}


  1. V. note [9], lettre 72.

  2. V. note [25], lettre 317.

  3. Paris, Prault père, 1754-1758, 15 tomes in‑8o.

  4. Soit le quart nord-ouest de Paris et de sa proche banlieue, v. note [1], lettre 720, pour Chaillot.

  5. La principauté berrichonne de Déols, fondée au début du xe s., a été successivement dirigée par les barons puis comtes de Château-Raoul, puis par les ducs de Châteauroux (titre que possédaient les Bourbon-Condé depuis 1588).

  6. Germain d’Auxerre (Appoigny, près d’Auxerre, vers 380-Ravenne 448), évêque d’Auxerre en 418, saint évangélisateur de l’Auxerrois et de la Grande-Bretagne.

  7. V. note [66], lettre 150, pour Philippe ii Séguier qui fut en 1641 l’un des successeurs de Camus au doyenné de Saint-Germain-l’Auxerrois.

    V. note [55] du Borboniana 7 manuscrit pour la révision du Bréviaire romain consécutive au concile de Trente, qui a été rééditée (entre autres) en 1745 (4 volumes in‑4o, un pour chaque saison).

5.

V. notes [29] et [30], lettre 390, pour George Critton et son mariage avec Hélène Blacvod (Blackwood), fille d’Adam, conseiller au présidial de Poitiers. Les deux familles étaient d’origine écossaise. Rapidement veuve, Hélène se remaria avec le fameux littérateur sceptique François i de La Mothe Le Vayer (v. note [14], lettre 172).

6.

« sur tout ce qu’il est possible de savoir. »

V. note [60] du Naudæana 1 pour l’Écossais James Crichton (Jacobus Critonius, Jacques Criton), et sa fulgurante et triste existence de génie précoce.

7.

Le jeune duc de Mantoue, assassin de James Crichton en 1582, était Vincent de Gonzague (1562-1612), qui succéda à son père, Guillaume (1538-1587).

Le Borboniana citait cinq références (que je n’ai pas toutes épluchées) sur le génie précoce et l’injuste sort de James Crichton.

  1. L’épître dédicatoire des Paradoxa [Paradoxes (des stoïciens)], adressée posthumement Nobilissimo iuveni Iacobo Critonio Scoto [au très noble jeune Écossais Jacobus Critonius] se trouve dans le :

    In M. Tullii Ciceronis de Officiis libros tres Aldi Mannuccii, Paulli F. Aldi N. Comentarius. Item in Dialogos de Senectute, de Amicitia. Paradoxa. Somnium Scipionis, ex vi. de Republica…./p>

    [Commentaire d’Alde Manuce le Jeune, {a} fils de Paul et petit-fils d’Alde l’Ancien, sur les trois livres des Devoirs de Cicéron. Ainsi que sur : les Dialogues sur la Vieillesse et sur l’Amitié ; les Paradoxes ; le Songe de Scipion, tiré du livre vi de la République…] {b}.

    C’est un éloge biographique de trois pages sur lequel s’est fondé l’essentiel de ce qui a été écrit sur Crichton : ses nobles ascendances et ses mérites littéraires y sont loués, mais rien de précis n’est dit sur les circonstances de sa mort.


    1. V. note [38] du Patiniana I‑1.

    2. Venise, Alde, 1591, in‑4o de 260 pages.

  2. « Voyez les Præmetiæ de Conæus » (référence ajoutée dans la marge).

    Georgius Conæus (George Conn), prêtre catholique écossais, mort à Rome en 1640, a assuré des missions diplomatiques pontificales auprès de la cour d’Angleterre. Il est entre autres auteur de :

    Præmetiæ, sive calumniæ Hirlandorum indictæ, et Epos de Deipara Virgine.

    [Prémices, ou les calomnies qu’ont publiées les Irlandais, et Épopée sur la Vierge mère de Dieu]. {a}


    1. Bologne, Nicolaus Tebaldinus, 1621, in‑12, de 60 pages.

  3. « Sur ce Critonius, voyez le paranymphe {a} de Gabriel Naudé, {b} dans l’éloge de Nicolas Héliot. » {c}


    1. V. note [8], lettre 3

    2. De Antiquitate et dignitate Scholæ medicæ Parisiensis Panegyris… [Panégyrique de l’ancienneté et dignité de l’École de médecine de Paris…], Paris, 1628, v. note [9], lettre 3.

    3. L’éloge de Nicolas Héliot (v. note [4], lettre 164), alors promu à la licence de médecine, occupe les pages 110‑114. Naudé y cite (page 111) les noms de ceux que leurs compatriotes louent pour la précocité de leur sagesse, en déplorant la brièveté de leur existence (ut præcosis sapientiæ, sic brevioris vitæ adolescentes) : celui de Jacobus Critonius y figure pour les Écossais.

  4. « voyez Crittonius, dans les deux discours prononcés, etc., in‑8o, 1609, page 31. »

    G. Crittonii Professoris Regii Orationes duæ habitæ in Auditorio Regio, anno m. dc. ix. Ad illustrissimum cardinalem, et de Christianis sacris optime meritum, D.D. du Perron, Archiepiscopum Senonesem, Galliarum et Germaniæ Primatem, Franciæ Eleemosynarium.

    [Deux Discours de G. Critton, {a} professeur royal, prononcés l’an 1609 au Collège royal. À M. l’illustrissime cardinal Davy Duperron, {b} qui a très hautement mérité des rites chrétiens, archevêque de Sens, primat de Gaule et de Germanie, grand aumonier de France]. {c}

    Premier discours, pages 31‑32, 13 février 1608, cum in Draconis et Solonis leges præfaretur [pour son introduction sur les lois de Dracon et Solon] : {d}

    Eadem liberalitate usi professores Patavini in Iacobum Critonium popularem ac gentilem meum qui ex omni matheseos et philosophiæ parte collectas theses, per triduum indefessus sustinuit, tantumque sui studium et admirationem excivit, ut quemadmodum Platoni ex Sicilia revertenti, relicto Olympico spectaculo tota Atheniensium celebritas occurisse fertur : sic ad hunc spectandum omnis Patavina civitas et Venetorum se vicinitas effuderit. Cuius certaminis sortitus non solum dignissimum tali theatro populum, sed dignum tanta victoria preconem Aldum Manutium, meum certe aut alterius cuiusvis preconium non expectat.

    [Les professeurs de Padoue ont usé de la même générosité à l’égard de James Crichton, mon compatriote et mon apparenté : c’est lui qui soutint, durant trois jours entiers, des thèses portant sur toutes les parties des mathématiques et de la philosophie, et qui éveilla autant d’attention et d’admiration que Platon s’acquit, dit-on, de célébrité à son retour de Sicile, {e} au point que les Athéniens détournèrent leurs regards du spectacle olympique ; tant et si bien que les habitants de Padoue et leurs voisins de Venise vinrent en foule pour le voir. Le panégyrique d’Alde Manuce a loué l’issue de cette joute, disant mon peuple parfaitement digne d’une telle représentation, mais digne aussi d’une si belle victoire ; {f} qu’on n’attende donc ni le mien, ni celui de n’importe qui d’autre].


    1. George Critton, v. supra note [5].

    2. Jacques Davy Duperron, v. note [20], lettre 146.

    3. Paris, Ioannes Libert, 1609, in‑4o de 56 pages.

    4. V. notes [40] du Faux Patiniana II‑7 pour Dracon, et [6], notule {a}, lettre 380, pour Solon, législateurs athéniens.

    5. Platon a fait trois séjours en Sicile, pour y instruire et conseiller les souverains de Syracuse, ce qui le mena deux fois en prison.

    6. V. supra citation 1.

  5. Les cent premières Nouvelles et avis de Parnasse, par Trajan Buccalin, Romain. {a} Où, sous admirables inventions, gentilles métaphores et plaisants discours, sont traitées toutes matières politiques et d’État de grande importance, et préceptes moraux choisis et tirés de tous les bons auteurs. Plus le poids, prix et valeur fait par Laurent de Médicis des états de toutes les monarchies et principautés de l’Europe. Le tout traduit d’italien en français par Th. de Fougasse, gentilhomme. {b}

    La page 256 correspond aux pages 180‑181 de la 2e édition italienne, {c} Ragguaglio xxx, sur les éclatantes disputes de James Crichton à Padoue.


    1. Traiano Boccalini, v. note [55] du Naudæana 2.

    2. Paris, Adrian Perier, 1615, in‑8o.

    3. De Ragguagli di Parnasso… Centuria Prima (Venise, 1617 in‑8o de 478 pages).

8.

« car complètement desséchée » : la sécheresse des parties génitales était tenue pour une cause de stérilité.

La situation était celle des années 1558-1560 et décrivait un croisement d’alliances entre les couronnes d’Angleterre, d’Écosse, de France et d’Espagne.

  • Marie Stuart (v. note [32], lettre 554), reine d’Écosse (1543), était devenue reine de France en épousant (1558) François ii (mort en 1560, v. note [7], lettre 102).

  • Philippe ii, roi d’Espagne en 1556 (v. note [13], lettre 152), s’était marié en 1554 avec Marie Tudor (née en 1516), fille aînée de Henri viii, couronnée reine d’Angleterre en 1553 sous le nom de Marie ire d’Angleterre, après la mort de son demi-frère, le roi Édouard vi, âgé de 15 ans.

  • Si Marie Tudor, catholique et désireuse de ramener son royaume dans le giron de Rome, et sa demi-sœur, la future Élisabeth ire (v. note [6], lettre 511), protestante et rebelle, mouraient sans enfant, Marie Stuart pouvait revendiquer le trône d’Angleterre et François ii, son royal époux français, ravir cette couronne à l’Espagne. Face à cette menace, Philippe ii avait renoncé à éliminer Élisabeth. Les décès de Marie Tudor (1558) et de François ii (1560) redistribuèrent les cartes : Élisabeth (que Philippe ii voulut en vain épouser) devint reine, l’Angleterre demeura anglicane et britannique, et Marie Stuart eut la tête coupée.

9.

« Comment en effet aurais-je pu le surpasser ? »

V. notes [36] du Borboniana 2 manuscrit pour l’historien italien Ubertus Folieta (Oberto Foglietta), et [10] infra pour l’abondance de ce que Jacques-Auguste i de Thou lui a emprunté pour écrire son Histoire universelle.

10.

« contre Ubertus Folieta. Il mourut en 1581. Voyez de Thou, tome 3, page 534 […]. »

  • Henri ii Estienne {a} et Ubertus Folieta se sont opposés sur l’opportunité d’entreprendre une croisade chrétienne contre les Ottomans :

    Oratio Henr. Stephani ad Augustiss. Cæs. Rodolphum ii, et ad universos sacri Rom. Imp. amplissimos ordines, Ratisbonae conventum habentes : Adversus lucubrationem Uberti Folietæ de magnitudine et perpetua in bellis felicitate imperii Turcici. Ejusdem Henr. Stephani ad eosdem exhortatio ad expeditionem in Turcas fortiter et constanter persequendam.

    [Discours de Henri Estienne adressé au très auguste empereur Rodolphe ii {b} et à tous les États du Saint-Empire romain, réunis en diète à Ratisbonne : Contre la rêverie d’Ubertus Folieta sur la grandeur et les perpétuels succès guerriers de l’Empire turc. Exhortation du dit Henri Estienne aux mêmes à poursuivre avec fermeté et constance l’expédition contre les Turcs]. {c}


    1. V. note [31], lettre 406.

    2. V. infra note [29].

    3. Francfort, Wechel, 1594, in‑8o de 208 pages.

  • La référence (dont je n’ai pas compris la fin, qui la répète) à l’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou correspond dans Thou fr au volume 8, pages 567‑568 (livre lxxiv, règne de Henri iii, année 1581), avec un hommage de Folieta, où Thou regrette qu’il n’ait publié que des fragments diffus sans composer un ouvrage général et bien ordonné :

    « Comme j’ai inséré dans le mien plusieurs choses que j’ai tirées de lui, et souvent dans ses propres termes (car comment aurais-je pu les surpasser ?), {a} je me suis fait un devoir non seulement de l’avouer ingénument, mais de parler de lui avec la reconnaissance qu’il mérite. »


    1. nam qui meliora potuissem ? (v. supra note [9]).

11.

« cela est un barbarisme. »

V. notes [6] du Naudæana 3 et [12] infra pour la querelle qui avait opposé Johann Reuchlin à Érasme sur la manière de prononcer la lettre grecque η : êta (êtacisme érasmien) ou ita (iotacisme reuchlinien).

12.

« Voyez la Logica de Johann [Heinrich] Alsted, pages 753 et 754. {a} Voyez l’Alphabetum Græcum avec les notes de Théodore de Bèze, signatures C, page 11, et D, page 5. » {b}


  1. La Logica [Logique] est le viiie des 35 livres de l’Encyclopædia de Johann Heinrich Alsted. {i} J’ai feuilleté ce livre dans le tome premier (pages 405‑467) de la réédition de Lyon, 1649, {ii} mais sans y trouver de passage sur le sujet. Les pages 753‑754 indiquées par le Borboniana ne m’ont pas aidé car elles ne correspondent à aucune des éditions que j’ai pu consulter. La question est toutefois brièvement abordée dans le livre vi du même tome, Sectio Quarta Grammaticæ, exhibens Grammaticam Græcam [Quatrième section de la Grammaire, montrant la Grammaire grecque], chapitre i, De Literis [Les Lettres], fin du § ii, page 302 :

    Eta dico, non Ita : quia Terentianus Maurus ait :

    Literam namque E videmus esse ad Eta proximam.

    [Je dis Êta et non Ita, car Trentianus Maurus {iii} dit :

    Nous voyons bien que la lettre E est la plus proche d’Êta].

    1. V. note [6], lettre 153.

    2. V. note [11], lettre 203.

    3. Grammairien latin du iie s. de notre ère, originaire de Mauritanie.

    4. La seconde référence, bien plus instructive que la précédente, renvoie à un merveilleux petit livre dont les pages ne sont pas numérotées (on s’y repère donc à l’aide des signatures) :

      Alphabetum Græcum. Addita sunt Theodori Bezæ Scholia, in quibus de germana Græcæ linguæ pronuntiatione disseritur.

      [Alphabet grec. Les notes de Théodore de Bèze {i} y ont été ajoutées, dissertant sur la prononciation originelle de la langue grecque]. {ii}

      1. V. note [28], lettre 176.

      2. Oliva Roberti Stephani [Genève, Robert i Estienne, v. note [7], lettre 659], 1554, in‑8o de 5 feuilles.

      • Les 10e et 11e pages de la signature C correspondent au début des notes de Bèze sur la prononciation, De literis in genere : deinde de xvi Cadmi literis [Des lettres en général, et ensuite des 16 lettres de Cadmus]. Dans le mythe, Cadmus (ou Cadmos), fils d’Agénor, roi de Tyr, est celui qui aurait introduit l’alphabet phénicien (sémitique) chez les Grecs. Le Borboniana y renvoyait probablement à cette phrase (dernière ligne de la 10e page et trois premières de la 11e) :

        Simplices igitur Græcæ li<n>guæ sonos sexdecim, totidemque necessarias literas, ex eo apparet, quod ex reliquis octo qui totidem literis scribuntur, alii sint compositi, alii suapte natura iidem cum compositis.

        [Aux 16 sons élémentaires de la langue grecque correspond nécessairement un nombre égal de lettres ; {i} d’où s’ensuit que des huit lettres restantes, qui s’écrivent à l’aide du même nombre de signes, les unes sont composées et les autres se lient naturellement aux composées]. {ii}

        1. Des 24 lettres qui composent l’alphabet grec, les 16 attribuées à Cadmus sont : alpha (Α, α), bêta (Β, β), gamma (Γ, γ), delta (Δ, δ), epsilon (Ε, ε), iota (Ι, ι), kappa (Κ, κ), lambda (Λ, λ), mu (Μ, μ), nu (Ν, ν), omicron (Ο, ο), pi (Π, π), rho (Ρ, ρ), sigma (Σ, σ et ς), tau (Τ, τ) et upsilon (Υ, υ).

        2. Ces 8 lettres, dont l’invention est attribuée au prince mythique grec Palamède et au poète athénien Simonide de Céos (vieve s. av. J.‑C.), sont :

          • les six consonnes composées, dzêta (Ζ, ζ, dz), ksi (Ξ, ξ, ks ou x), psi (Ψ, ψ, ps), thêta (Θ, θ, th), phi (Φ, φ, ph) et khi (Χ, χ, kh ou ch) ;

          • et les deux voyelles complémentaires, êta ou ita (Η, η) et oméga (Ω, ω).

      • En fin philologue, Bèze défend l’êta contre l’iota aux pages D iii ro‑vo, écrivant notamment :

        Vetreres arbitror η elemento aspirationem formasse, quamobrem etiam Romani omnibus aspiratis nominibus η proscribunt. Hactenus Athenæus. Eam autem notam postea pro ε longo Græcia usurpavit, ut diserte testatur Plato in Cratylo, his verbis ου γαρ η εχρωμεθα, αλλα ε το παλαιον, id est, η enim non usurpamus olim, sed ε. Sed et in eodem dialogo scribit, pro ι, quo veteres libenter uterentur, usurpari cœpisse vel ε vel η, clariores scilicet et magis insignes literas. Ex quibus verbis apparet, perperam eos facere qui cum iota confundunt, sicut hodie solent homines alioquin valde eruditi, a quibus ego magnopere contendo ut rationem tandem authoritate veterum confirmatam discant depravatæ consuetudini anteponere. Quid scripserit Eustathius lib. Iliad. α, de parechesis loquens, non ignoro : sed quam depravata fuerit ipsius tempore Græca pronuntiatio, vel illud declarat, quod non modo η cum ι, sed etiam η, ι, et ει, deinde ει et η, postremo αι et ε confundit. Itaque tanti non debet esse unius recentioris authoritas, ut veteribus omnibus opponatur : quum præsertim hæc depravatio maximas scribentibus obiiciat difficultates, dum hæsitant quod per ι profertur, sitne per ι, an per η, vel υ, vel ει, vel οι, vel η scribendum. Quod si hæ rationes non sufficiunt, age alias etiam proferamus. Quæro igitur si η ut ι proferendum est, cur inventum sit et usurpatum, quum ι anceps maneat ? Quæro etiam cur in præteriti argumento ε in η mutetur. Nam certe ε quanvis tenue, uberius tamen est quam ι : ut si in iota mutes, non augeri, sed imminui videatur. Quæro demum cur η a Latinis Græca verba usurpantibus nunquam mutetur in ī, nisi fortasse in vestis ab εσθης, quod tamen omnibus non placet, sed in e perpetuo, vel breve, ut κρηπις crepida : vel longum, ut Πηνελοπη Penelopea.

        [Je crois que les Anciens, au moins durant la période attique, {i} ont marqué l’aspiration par le signe η, puisque les Romains commencent aussi par un η tous les mots aspirés. {ii} Ensuite, la Grèce a employé cette lettre pour marque l’ε long, comme en témoigne clairement Platon dans Cratyle, par ces mots : « Jadis en effet, nous n’utilisions pas η, mais ε. » {iii} Toutefois, dans ce même dialogue, il l’écrit aussi pour ι, lettre que les Anciens utilisaient volontiers : ils ont commencé à employer soit ε, soit η, comme étant des lettres plus distinctes et beaucoup plus remarquables que ι. Ces propos prouvent que ceux qui les assimilent à iota se trompent, c’est pourtant ce que les plus érudits ont coutume de faire aujourd’hui ; mais je ne suis pas du tout de même avis qu’eux quand ils enseignent qu’il faut préférer une habitude corrompue à la règle fondée sur l’autorité des Anciens. Je ne suis pas sans connaître ce qu’a écrit Eustathius, parlant des paréchèses, sur le chant i de L’Iliade, {iv} mais, de son temps, la prononciation grecque était déjà fort corrompue, au point qu’il déclare non seulement assimiler η à ι, mais aussi confondre η, ι et ει, et de là, ει et η, et enfin, αι et ε. Il ne faut donc pas prêter d’autorité à ce seul auteur récent, puis qu’il contredit tous les plus anciens que lui. La raison principale en tient à ce que cette corruption confronte les écrivains aux plus grandes difficultés, quand ils hésitent sur ce qu’un ι signifie : doit-on le transcrire par un ι ou par un η, voire par un υ, par ει, par οι, ou par η ? Si ces arguments ne sont pas suffisants, eh bien j’en présenterai encore d’autres. Je demande donc, si η est à prendre pour ι, pourquoi l’a-t-on inventé et utilisé, alors que ι demeure équivoque ? Pourquoi, au fils du temps, ε s’est-il transformé en η ? Il est certain que ε est bref, mais il est plus long que ι, et si vous le remplacez par un iota, il semble non pas s’allonger, mais se raccourcir. Je demande en outre pourquoi les Latins, quand ils emploient des mots dérivés du grec, ne transforment-ils jamais η en ī, {v} hormis peut-être dans vestis qui dériverait de εσθης {vi} (ce dont tous ne conviennent pourtant pas), mais en font-ils un e accentué, soit bref, comme dans κρηπις, crĕpida, {vii} soit long, comme dans Πηνελοπη, Pēnĕlopēa ?] {viii}

        1. Depuis Homère (viiieviie s. av. J.‑C.) jusqu’au début de l’ère chrétienne.

        2. Cet η d’aspiration se marque en latin par le h (déformation graphique d’η) et le H (η majuscule).

        3. Paroles de Socrate dans le dialogue de Platon (veive s. av. J.‑C.) intitulé Cratyle.

        4. V. note [5], lettre 748, pour Eustathe, grammairien grec du xiie s., commentateur des œuvres d’Homère.

          La paréchèse ou le paréchème est un « défaut de langage par lequel on place à côté l’une de l’autre des syllabes de même son, comme : dorica castra et fortunatam natam ; il faut qu’entre nous nous nous nourrissions » (Littré DLF).

        5. Pour i long.

        6. Vêtement, esthês en grec aurait donné vestis en latin, avec transformation de η en i.

        7. Sandale : krêptis en grec a donné crepita en latin, avec transformation de η en ĕ (é bref).

        8. Pénélope (la fidèle épouse d’Ulysse, v. note [7], lettre latine 7) : Pênélopê en grec a donné Pēnĕlopēa, avec transformation des deux η en ē (ê longs).

          Aujourd’hui, le grec académique ancien est érasmien, mais le grec moderne, reuchlinien (v. supra note [11]) : Andrea Marcolongo, Lα Lαngue gέnίale, 9 bonnes raisons d’aimer le grec (Les Belles Lettres, Le Livre de Poche, 2019, page 81).


    13.

    Né en 1577, François Leclerc du Tremblay, en religion le Père Joseph (v. note [8], lettre 19), éminence grise du cardinal de Richelieu, était fils puîné de Jean Leclerc du Tremblay, reçu conseiller au Parlement en 1564, président aux Requêtes en 1567 (Popoff, nos 221 et 967).

    Dernier fils de Henri ii et de Catherine de Médicis, François de France (1555-1584), frère benjamin des rois François ii, Charles ix et Henri iii (mort en 1589), a porté les titres de duc d’Alençon, d’Anjou (à partir de 1574) et de Brabant (à partir de 1582). Surnommé le Malcontent, il a connu le sort habituel des princes cadets du sang royal. Il a surtout été (en 1581) le plus sérieux prétendant à la main de la reine Élisabeth ire d’Angleterre, et (de 1580 à 1584) le premier souverain des Pays-Bas septentrionaux après leur rébellion contre la Couronne d’Espagne. Sa mort prématurée a permis aux Bourbon de monter sur le trône.

    Sainte-Croix de la Bretonnerie est le nom de la rue de Paris où s’élevaient le couvent et l’église des Billettes (v. note [9], lettre 380).

    14.

    V. notes :

    • [3], lettre 375, pour les cautères, ici assimilés par métonymie aux abcès qu’ils servaient à traiter ;

    • [16], lettre 41, pour les érysipèles ;

    • [10], lettre 85, pour le maréchal François de Bassompierre, insigne ennemi de Richelieu, embastillé de 1631 à 1643, et grand amateur de sarcasmes ;

    • [5], lettre 23, pour « le pourpre » ou fièvre pourprée, dont la forme « rentrée », réputée plus grave, était celle dont l’éruption ne s’extériorisait pas ; mais Bassompierre s’amusait ici à l’expliquer par le dépit du P. Joseph de ne pas être honoré de « la pourpre » (cardinalice).

    15.

    Antoine Petit était médecin de la reine mère, Marie de Médicis. Le catalogue de Baron le cite comme natif d’Amiens, reçu bachelier de la Faculté de médecine de Paris en 1564. Classé neuvième des treize candidats à la licence, le 14 mai 1566, sous le décanat de Simon i Piètre (Comment. F.M.P. tome vii, fo 127 ro), Petit quitta Paris et fut, semble-t-il, reçu docteur à Orléans.

    Antoine Le Camus (mort en 1619), sieur de Jambeville (Jambville), etc., avait été successivement reçu conseiller au Grand Conseil en 1573, maître des requêtes en 1585, puis président à mortier au Parlement de Paris en 1602. Le Borboniana 10 manuscrit fournit d’autres détails sur sa carrière (v. sa note [15]). Le seul enfant de Le Camus qui atteignit l’âge adulte fut une fille, prénommée Marie (1583-1651) : dame d’honneur de la Marie de Médicis, elle épousa successivement (1) Claude Pinart, sire de Cramilles, etc., gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, et (2) François-Christophe de Lévis, duc de Dampville, etc., capitaine de Fontainebleau et gouverneur de Limousin (Popoff, no 73).

    Honoré de Balzac a inventé un Christophe Lecamus, héros de la première des trois parties, Le Martyr calviniste, de ses Études philosophiques sur Catherine de Médicis (achevées en 1846), qui sont le tome le moins connu et le plus déconcertant de la Comédie humaine. Ce personnage fictif, fils du pelletier de la reine, est censé avoir joué un rôle de tout premier plan dans la conjuration d’Ambroise (1560), aux côtés de La Renaudie (v. note [13], lettre 113), avoir eu les jambes brisées par les brodequins de la question, puis avoir fondé la famille parlementaire des Lecamus… Plus sérieusement Popoff la fait remonter à Martin Le Camus, mort en 1564, conseiller à la Grand’Chambre du Parlement de Paris, et père d’Antoine.

    16.

    V. note [28], lettre 240, pour Carolus Paschalius (Charles Paschal) qui se disait lui-même Cuneatis, c’est-à-dire natif de Coni (Cueno) dans le Piémont. Carmagnole (Carmagnola) se situe une cinquantaine de kilomètres au nord de Coni.

    Le fils de son épouse, Marguerite Manessier, était Philippe Paschal de Lavernot (ou de Lavernot-Pascal), président au présidial d’Abbeville, vicomte d’Argny (ou Dargnies), seigneurie que son beau-père avait achetée en 1578.

    17.

    V. notes [8], lettre 925, pour Claude Belurger (ou Belurgey) et ses pérégrinations, [12], lettre 301, pour Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, où il naquit, et [9], lettre 453, pour Alexandrie d’Égypte où il mourut.

    18.

    Le moins inconnu des ouvrages de Jérôme (Hiérosme) de Bénévent, trésorier général de France en Berry, conseiller du roi, mort après 1615, est sa :

    Paraphrase sur les x livres de l’Éthique ou Morale d’Aristote à Nicomaque. Divisée en deux parties. Dernière édition. {a}


    1. Rouen, Jean Viret, 1644, in‑8o de 334 pages (première édition à Paris, 1615) ; dédicace non datée à la reine Marguerite (première épouse de Henri iv, morte en 1615), signée « Votre très humble et très obéissant serviteur, de Bénévént ».

    Eustratius (Eustrate) de Nicée est un philosophe et théologien byzantin du xiexiie s. qui a notamment commenté l’Éthique d’Aristote. Son nom n’apparaît pas dans la Paraphrase de Bénévent.

    19.

    « Adiathétos {a} se dit de celui qui est mort sans testament, qui n’a ni droit ni pouvoir de tester, alors qu’il aurait pu le faire. Voyez Théophile dans les Institutions, Inst. 3, titre 1. {b} Ce Théophile n’est pas ancien, il n’a guère dépassé le temps d’Accursius. {c} Voyez le Lexicon de Robert Constantin, page 30, sur le passage de Plutarque. » {d}


    1. « Intestat », forme privative de diatithêmi, « répartir ».

    2. Theophilus Antecessor [le Précurseur] et Dorotheus sont les deux juristes byzantins qui ont rédigé (en latin) les Institutes (ou Digeste) de Justinien au vie s., sous la supervision de Tribonien. {i} Théophile en avait rédigé une paraphrase grecque, découverte au xve s. par Ange Politien. {ii} Parmi les nombreuses éditions de ce livre, j’ai consulté les :

      Ινστιτουτα ΘΕΟΦΙΛΟΥ Αντικενσωροσ Institutiones Theophilo Antecessore, Græco interprete. Imper. Iustiniani Institutionum libri iiii. Paratitla et Notæ ad eundem Theophilum Græcum, Latinumque ipsis Institutionibus Latinis εκ παραλληλου coniunctum commissumque. Græca titulorum de verborum significatione, et de regulis iuris fragmenta hinc et inde collecta. Dionysio Gothofredo I.C. Authore.

      [Les Institutions dans l’interprétation grecque de Théophile le Précurseur. Les quatre livres des Institutions de l’empereur Justinien. Paratitles {iii} et notes sur le texte grec de Théophile grec, et sur le texte des mêmes Institutions rédigées en latin, qui y est joint en vis-à-vis. Des fragments grecs épars ont été réunis sur la signification des titres et des mots, et sur les règles du droit. Par Denys Godefroy, {iv} jurisconsulte]. {v}

      1. V. note [41], sur la triade 81 du Borboniana manuscrit.

      2. V. note [7], lettre 855.

      3. Brefs commentaires.

      4. Paris 1549-Strasbourg 1622.

      5. Sans lieu, Guillelmus Læmatius, in‑8o en 2 parties de 308 et 329 pages, bilingue grec et latin juxtalinéaires.

      Le titre 1 du livre iii (2e partie, pages iii 1‑17) est intitulé De Hereditatibus quæ ab intestato deferuntur [Les héritages laissés par les intestats].

    3. Accursius (Accorso da Bagnolo, Accurse) est un jurisconsulte florentin, mort vers 1260. Les historiens modernes ont établi que, contrairement à ce que disait le Borboniana, Theophilus Antecessor l’a précédé de sept siècles.

    4. Robert Constantin {i} est le principal auteur du :

      Lexicon Græcolatinum novum ac recens, usum vocabulorum omnis generis continens, dictionibusque ac dicendi formis pene innumeris auctum ac locupletatum. In quod, quicquid in Suida, Hesychio, Polluce ac Henr. Stephani Thesauro habetur eximium, Floridum, rarum ac cognitu dignum, in unum quasi cumulum congestum est, Ita ut studiosis linguæ Græcæ iam Thesauri loco esse possit. Opera ac solertia cuiusdam viri linguæ Græcæ peritissimi

      [Lexique grécolatin, nouveau et récent, contenant l’emploi des mots en tous genres, augmenté et enrichi de leurs dictions et des manières presque innombrables de les prononcer. Tout ce qu’il y a de remarquable, de brillant, de rare et digne d’être connu dans Suidas, {ii} Hésychios, {iii} Pollux {iv} et dans le Trésor de Henri ii Estienne {v} s’y trouve réuni en un seul ouvrage ; de sorte qu’il peut tenir lieu de Trésor pour ceux qui étudient la langue grecque. Par les soins et le savoir-faire d’un homme parfaitement instruit en grec], {vi}

      Le mot Αδιαθετος est défini au milieu de la deuxième colonne de la page 30 :

      intestatus, indispositus, inordinatus, illiberalis. Est etiam ociosus. Plutarchus in Catone : μεταμεληθηναι δ´ αυτος εν παντι τω βιω, τρεις μεταμελειας.·μιαν μεν επι τω γυναικι πιστευσαι λογον απορρητον. ετεραν δε πλευσας, οπου δυνατον ην πεζευσαι. την δε τρίτην οτι μιαν ημεραν αδιαθετος εμεινεν.

      [intestat, imprévoyant, négligent, mesquin ; et aussi oisif, pour Plutarque, dans Caton : « Je n’ai jamais eu, dans toute ma vie, < disait-il, > que trois remords : le premier, d’avoir confié un secret à une femme ; le second d’avoir été par mer où je pouvais aller à pied ; le troisième d’être resté oisif une journée. »] {vii}

      1. V. note [4], lettre latine 97 pour Robert Constantin, dont le titre de la préface explique la contribution :

        Lexicon Græcolatinum, Rob. Constantini partim ipsius authoris, partim Francisci Porti et aliorum additionibus plurimum auctum, tum quanta sciri potuit diligentia recognitum, ita ut Græcæ linguæ studiosis possit esse vice thesauri.

        [Lexique grécolatin, dont l’auteur est pour partie Rob. Constantin, et pour partie Franciscus Portus (le médecin et helléniste François Duport, v. note [2], lettre 359) et d’autres, si largement augmenté et revu avec un si indicible soin qu’il peut être tenu pour un trésor par ceux qui étudient la langue grecque].

      2. V. note [47] du Grotiana 2.

      3. V. note [41] du Borboniana 8 manuscrit.

      4. Julius Pollux ou Polydeukês, rhéteur grec du iie s.

      5. V. note [31], lettre 406.

      6. Genève, Caldoriana Societas, 1607, in‑fo.

      7. Plutarque, Vie de Caton l’Ancien (v. note [5] de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot), chapitre ix.

    20.

    « il avait quelque chose de féroce ; il médisait sans raison de Cujas et de Turnèbe »

    • La note N de Bayle sur Jean Bodin {a} parle de ses disputes avec Jacques i Cujas. {b} La plus vive attaque de Bodin se lit aux 2e‑4e pages de l’épître latine, Vido Fabro Curiæ Parisiorum Præsidi [à Guy du Faur, {c} président au Parlement de Paris] ajoutée aux rééditions de ses Six livres de la Répubique : {d}

      Duo tamen sunt reprehensionum genera, quæ tibi, si longiore epistola non gravarebis, explicabo. Unum genus est eorum qui de verbis ac rebus inanibus puerile in modum disputationes instituunt : quo de genere minus sollicitus esse debeo : sed tamen ne spretos se querantur, iis etiam aliquid respondendum putavi : ac potissimum populari tuo Cuiacio, qui ne verbo quidem a me violatus, quin etiam honorifice et illa qua decuit animi moderatione admonitus, tanta nihilominus iracundia exarsit, ut cum acerba oratione in me invectus esset, nulla meæ dignitatis habita ratione, ad extremum doloris impatiens, universum advocatorum ordinem forensia pecora vulturesque togatos appellaret. Neque vero existimavi eum qui politiore doctrina mediocriter esset imbutus adeo modestiæ et humanitatis oblitum, ut etiam libellos famosos teneris adolescentibus, quos virtute non minus quam eruditione informare debuerat, publice dictaret : cum satis, opinor, intelligat lege Cornelia intestabiles esse, qui famosum libellum scripserunt, et capitali pœna teneri qui repertum non corruperunt. Ac tametsi ferendæ non sunt iniuriæ, quas in me singulari quadam contumelia congessit, feramus tamen, ne aut intemperanter scripsisse, aut nostro dolori minus ignovisse videamur : sed ferre non debenus clarissimum ordinem advocatorum forensia pecora vulturesque togatos appellari a Cuiacio, qui profecto aliter sensiret, nisi ab asino Apulei rudere potius, quam Latine loqui a Marco Tullio didicisset, qui de se ipse scribens, Nullus est dies, inquit, quo die non dicam pro reo. Nam etsi oratoris ac patroni, qui postea causidici et advocati dicti sunt, divisa fuere ab iurisconsultis munera, ut tu quidem ninime ignoras, omnia tamen omnium officia in advocatorum nomine conquieverunt, de quibus lex ipsa, Non minus, inquit, advocati provident humano generi, quam si vulneribus patriam parentesque servarent. Et quidem clarissima Reipublicæ lumina non modo sunt, ac semper fuerunt in ordine, sed etiam ab ordine advocatorum prodierunt, oratores, inquam, legati, senatores, iudices, atque omnino iurisconsulti ex eo veluti scientiarum ac virtutum seminario peti consueverunt, qui quidem Respublicas instituere, fines imperiorum regere, causas regum disceptare, populorum mores sanare, principum fœdera sancire, civium lites et controversias dirimere, divinas humanasque leges ad hominum inter homines societatem accommodare didicerunt. Sunt illa forensia Cuiacii pecora, quæ discipulis ad intuendum et ad imitandum proponere debuerat, non Apuleium istum, qui primus fœda barbarie Latini sermonis puritatem, ac detestanda maleficarum fortium impietate sacram philosophiam conspurcavit. Si tamen error veniam meretur, Cuiacium quodammodo venia dignum putem, cum ipse in eodem errore fuerim, de quo quidem confiteri non pudet.

      [Deux sortes de critiques me sont adressées et, si une lettre un peu longue ne vous importune pas, je m’en vais vous les expliquer. La première sorte vient de ceux qui engagent des arguties puériles sur les mots et les choses. Je ne devrais guère m’inquiéter de ceux-là, mais j’ai pensé devoir leur faire quelque réponse, pour qu’ils n’aillent pas se plaindre d’être dédaignés. Il s’agit en particulier de votre compatriote Cujas : {e} bien que je n’aie pas proféré un seul mot d’outrage à son encontre, l’ayant seulement honorablement admonesté, avec toute la modération d’esprit qui convenait, il s’est enflammé d’une telle colère qu’il m’a attaqué en un acerbe discours, {f} sans le moindre égard pour ma dignité ; et m’infligeant la pire des peines, il y traite toute la corporation des avocats de « troupeau procédurier », et les appelle « vautours en toge ». Je n’eusse pas jugé cet homme, passablement imprégné de distingué savoir, capable d’oublier les règles de la modération et de l’amabilité au point même de dicter publiquement des libelles diffamatoires à de tendres jeunes gens dont il ne devrait pas moins former l’instruction que la vertu. Il comprend suffisamment, je pense, que, selon la lex Cornelia, {g} sont maudits ceux qui ont écrit un pamphlet diffamatoire, et passibles de la peine capitale ceux qui, en ayant trouvé un, ne l’ont pas détruit. Bien que les blessures que tout affront a amassées contre moi en particulier soient intolérables, nous les supporterons {h} toutefois pour ne pas sembler avoir écrit avec emportement, ou avoir insuffisamment purgé le chagrin que nous éprouvons ; mais nous ne devons pas tolérer que Cujas qualifie la très éminente profession d’avocat de « troupeau procédurier », et ses membres, de « vautours en toge ». Il penserait tout autrement s’il avait moins appris à braire comme l’âne d’Apulée {i} qu’à mieux parler le latin que Cicéron, cet auteur qui, écrivant à son propre propos, dit Nullus est dies quo die non dicam pro reo. {j} De fait, comme vous ne l’ignorez certes pas, bien que les jurisconsultes aient séparé les charges d’orator et de patronus, qui ont plus tard pris les noms de causidicus et d’advocatus, {k} toutes les fonctions de ces gens ont depuis fait adopter le nom d’avocats, dont la loi elle-même dit « Les avocats ne veillent pas moins au bien du genre humain qu’ils ne protègent la patrie et les parents contre les affronts » {l} Les plus brillantes lumières de la république non seulement sont, et ont toujours été, dans l’ordre des avocats, mais en sont issues : procureurs, assesseurs, conseillers, juges, jurisconsultes, absolument tous, dirai-je, en viennent ordinairement, comme d’une pépinière des savoirs et des vertus ; car les avocats sont ceux qui ont appris à instituer les affaires publiques, à délimiter les pouvoirs, à prononcer les causes des rois, à assainir les mœurs des peuples, à ratifier les traités des princes, à trancher les procès et les controverses des citoyens, à accommoder les lois divines et humaines pour l’intérêt de la communauté qui unit les hommes aux hommes. Voilà les « troupeaux procéduriers » de Cujas, qui aurait dû pousser ses élèves à les regarder attentivement et à les imiter, plutôt que cet Apulée, qui a été le premier à souiller la pureté de la langue latine de sa barbarie fétide, et la philosophie sacrée, de la détestable impiété de ses sorts maléfiques. Pourtant si l’erreur mérite le pardon, je penserais que Cujas est digne d’excuse, puisque j’ai moi-même été dans la même erreur que lui, mais je n’ai pas honte de l’avouer]. {m}


      1. V. note [25], lettre 97.

      2. V. note [13], lettre 106.

      3. Guy du Faur de Pibrac, v. note [2], lettre 434.

      4. Paris, Jacques du Puys, 1579, in‑8o de 1 058 pages (quatrième édition)

      5. Cujas et du Faur de Pibrac étaient natifs de Toulouse.

      6. La leçon donnée par Cujas contre Bodin n’a, à ma connaissance, pas été imprimée ; seules des copies manuscrites devaient en circuler alors.

      7. Loi romaine établie par le dictateur Sylla (v. note [14] du Borboniana 5 manuscrit) au ier s. av. J.‑C. pour punir ceux qui avaient commis des actes injurieux.

      8. En passant du singulier au pluriel, de « je » à « nous », Bodin signifiait qu’étant lui-même avocat, il prenait la défense de toute sa corporation, meurtrie par les insultes que Cujas avait proférées dans sa leçon.

      9. L’Âne d’or est le sous-titre de la Métamorphose d’Apulée (v. note [33], lettre 99).

      10. Cicéron, Lettres à Quintus, livre iii, lettre iii, où se lit cet exemple de son latin parfois inutilement emphatique (répétition du mot dies [jour]), pour dire « Il n’est de jour où je ne plaide pour un accusé » ; il aurait pu se contenter de Nullus est dies quo non dicam pro reo.

      11. Dans les procès de l’ancienne Rome, l’orator, puis causidicus, présentait la cause du plaignant, et le patronus, puis advocatus, défendait la partie adverse.

      12. Sentence extraite du Code justinien, titre intitulé De advocatis diversorum judiciorum [Des avocats des diverses juridictions].

      13. V. infra note [36] pour un retour du Borboniana sur cette citation.

    • Dans la note C du même article, Bayle détaille l’accusation portée contre Bodin d’avoir plagié Adrien Turnèbe (v. note [20], lettre 392) dans la traduction latine qu’il avait publiée (De Venatione [De la Chasse], Paris, 1555) des Cynégétiques d’Oppian d’Apamée (poète naturaliste grec du iiie s.).

    V. infra note [36], pour un retour du Borboniana sur ces deux sujets. Dans la note [25], lettre 97, sur Bodin, se lit la raison pour laquelle Gabriel Naudé le considérait comme juif : il était hébraïsant si érudit et si imprégné de la Torah qu’on pouvait le tenir pour un savant rabbin, sans qu’il se fût bien sûr converti au judaïsme (car ce n’était pas possible).

    21.

    « où il cite à peine Aristote. » J’ai tout de même relevé dix fois son nom dans cet ambitieux ouvrage qui a paru en latin et en français :

    • Universæ naturæ Theatrum. In quo rerum omnium effectrices cauæ, et fines contemplantur, et continuæ series quinque libris discutiuntur. Autore Ioan. Bodino,

      [Le Théâtre de la nature universelle. Où sont examinées les causes efficientes et finales de toutes choses, et leur ordre continu, discuté en cinq livres. Par Jean Bodin] ; {a}

    • Le Théâtre de la nature universelle de Jean Bodin, juriscons. Auquel on peut contempler les causes efficientes et finales de toutes choses, desquelles l’ordre est continué par questions et réponses en cinq livres. Œuvre non moins plaisant<e> que profitable à ceux qui voudront rendre raison de toutes questions proposées en Philosophie. Traduit du latin par M. François de Fougerolles, Bourbonnais, docteur aux arts et en médecine. {b}


      1. Lyon, Jacobus Rousssin, 1596, in‑8o de 633 pages.

      2. Lyon, Jean Pillehotte, 1597, in‑8o de 917 pages.

    22.

    V. notes :

    • [5], lettre latine 302, pour le Colloquium heptaplomeres [Colloque des sept personnages] de Jean Bodin (dont ne circulaient alors que des copies manuscrites) ;

    • [20] supra pour son Oppian ;

    • [2], lettre 543, pour la Methodus ad facilem Historiarum cognitionem [Méthode pour connaître facilement l’histoire] (Paris, 1566) de Bodin, dont ni l’épître ni la Préface (Proœmium) ne contiennent de médisances sur Jacques i Cujas ; ce qui me mène à penser que le Borboniana voulait parler de l’épître de La République, longuement citée dans la note [20] supra ;

    • [2], lettre 423, et [33] du Borboniana 1 manuscrit pour Baptista Mantuanus, pieux et bienheureux supérieur de l’Ordre du Carmel ;

    • [5], lettre 97, pour la lettre de Jacques Gillot à Joseph Scaliger, datée du 9 février 1607, où il écrivait : « Bodin est mort juif, sans parler de Jésus-Christ par les dernières paroles que j’ai en vers de lui ».

      Jacques Gillot (Langres 1544-1619), érudit chanoine de la Sainte-Chapelle (v. note [38], lettre 342), était conseiller clerc au Parlement de Paris, reçu en 1573 en la troisième des Enquêtes (Popoff, no 1306).

      Outre de nombreuses lettres qu’il échangées avec Scaliger et Isaac Casaubon (publiées dans leurs correspondances respectives), Gillot a contribué à la Satire Ménippée (v. note [18], lettre 310) et laissé une Relation de ce qui se passa au Parlement séant aux Augustins, touchant la régence de la reine Marie de Médicis, mère du roi Louis xiii, les 14 et 15 mai 1610 (Nouvelle collection des mémoires pour servir à l’histoire de France… de Michaud et Poujoulat, tome onzième, Paris, 1838, pages 471‑484).

    23.

    Ce court article, sans relation avec le précédent ni avec le suivant (dont je l’ai séparé), me semble ne pouvoir se comprendre qu’avec l’addition que je propose (entre chevrons), inspirée de Furetière : « Il s’est levé trop matin, il s’est allé recoucher. »

    Un peu plus bas, le Borboniana a recouru à une expression voisine pour blâmer les débauches romaines du cardinal Duperron (v. infra note [29]).

    24. Nicolai Borbonii poëmatia exposita. Alienam operam et manum, qua sparsim iacentia tollerentur atque servarentus, nacta. Quibus accesserunt aliquot Præfationes, et Divi Cyrilli Archiepsicopi Alexandrini liber primus contra Iulianum Græce nunc primum editus e codice ms. eodem interprete.

    [Poèmes délaissés de Nicolas de Bourbon. Les soins et la main d’un autre que lui {a} ont trouvé ceux qui étaient éparpillés çà et là, et les a sauvegardés. On y a ajouté quelques préfaces et le premier livre de saint Cyrille, archevêque d’Alexandrie, contre Julien, {b} pour la première fois édité en grec à partir d’un manuscrit et traduit en latin par le même auteur]. {c}


    1. Gabriel Juliot, ami de Bourbon.

    2. Cyrille, archevêque d’Alexandrie (au ve s.), est saint, docteur et Père de l’Église catholique. V. note [15], lettre 300, pour l’empereur romain Julien, dit l’Apostat.

    3. Paris, Robertus Sara, 1630, in‑12 en deux parties de 406 (Poésie et prose de Bourbon) et 159 pages (Appendix).

    Ce distique est imprimé à la page 188 de la première partie :

    « Epitaphium Henrici Magni.

    Henrici parva hæc urna est, quem magna probarunt
    Facta fuisse Deum, Fata fuisse Hominem.

    G. Duvallius, Profess. Regius, et Doctor Medic. {a}

    Version française.

    Ci-gît le Grand Henri, dont les faits héroïques
    Faisaient croire à chacun qu’il était immortel :
    Mais la mort nous fait voir qu’il ne fut jamais tel,
    Puisqu’en si peu de lieu reposent ses reliques.

    Séb. Hardy Par. Receveur des tailles du Mans. » {b}


    1. « Guillaume Du Val, professeur royal et docteur en médecine » : v. note [10], lettre 73, pour Guillaume Du Val, professeur de philosophie au Collège de France et docteur régent de la Faculté de médecine de Paris.

    2. Sébastien Hardy, poète et traducteur natif de Paris (mort en 1650), devint plus tard conseiller à la Chambre des comptes. Il était le père de Claude Hardy (v. note [7], lettre latine 148). Sa plume était généreuse ; une traduction plus littérale du distique serait :

      « Cette petite urne est celle de Henri le Grand que ses hauts faits ont fait croire un dieu, mais la mort a montré qu’il n’était qu’un homme. »

      Hardy était aussi mathématicien : on lui attribue une Seconde Réfutation de la prétendue quadrature du cercle… Où il est démontré que le carré des huit neuvièmes du diamètre du cercle est plus grand que la figure des trente-deux côtés circonscrits (Paris, Robert Sara, 1641, in‑4o).


    L’éloge de Matthias Corvinus Rex Pannoniæ [Matthias ier Corvin, roi de Hongrie] {a} figure, avec son portrait, aux pages 113‑115 des Elogia Virorum bellica virtute illustrium… [Éloges des hommes qui se sont illustrés par leur vertu guerrière…] de Paul Jove. {b} On y lit en effet exactement le même distique, attribué à Antonio Tebaldeo (Antonius Thebaldeus, poète italien natif de Ferare,1463-1537), avec remplacement de Henrici parva hæc urna est… par Corvini brevis hæc urna est… au début du premier vers.


    1. V. note [50] du Naudæana 2.

    2. Bâle, Petrus Perna, 1596, in‑fo de 258 pages ; v. note [2], lettre 533, pour Paul Jove.

    Un « B » a été ajouté dans la marge devant le nom de Du Val. Il en figure dix semblables dans le manuscrit du Borboniana : ce sont, me semble-t-il, des repères ajoutés par l’éditeur du Borboniana imprimé (1751) pour marquer les passages à y insérer ; mais le présent article, sur le distique prêté à Nicolas Bourbon, fait exception à cette règle éditoriale (s’il s’agit bien de celle qui a été suivie).

    25.

    « Voyez les Poemata de Buchanan, édition de Saumur, page 146 de la 2e partie. »

    John Hamilton (Johannes Hamiltonius ou Hamiltonus, 1512-1571) était le fils illégitime de l’homonyme premier duc d’Arran. Après avoir étudié à Paris, le jeune homme se fit moine bénédictin et fut bientôt nommé abbé de l’abbaye de Paisley (Écosse). En 1545, il devint archevêque de Saint-Andrews grâce à la puissante influence de son demi-frère, James, 2e duc d’Arran et régent de la Couronne écossaise. Bien que sa maîtresse lui eût donné six enfants, le prélat se fit le défenseur acharné du catholicisme et de Marie Stuart contre le parti protestant écossais. Impliqué dans l’assassinat de Henry Stuart, {a} roi consort d’Écosse et père de Jacques vi (futur roi Jacques ier de Grande-Bretagne), Hamilton périt sur le gibet.

    Les deux épitaphes citées figurent à la page indiquée (146), et à la suivante, du second tome des :

    Georgii Buchanani Scoti, poetarum sui sæculi facile principis, poemata quæ supersunt omnia, in tres partes divisa, multo quam antehac emendatiora

    [Tous les poèmes qui subsistent de George Buchanan, {b} Écossais, de loin le premier des poètes de son siècle ; distribués en trois parties et bien mieux corrigés que précédemment]. {c}


    1. Lord Darnley, v. notes [32], lettre 554, et [39] du Naudæana 3.

    2. V. note [11], lettre 65

    3. Saumur, Cl. Girardus, Dan. Lerpinerius et Ioan. Burellus, 1621, in‑12 de 374 pages

    Buchanan y déchaîne sa haine de Marie Stuart et de ses partisans.

    1. Ioanni Hamiltono fani Andreæ Archiepiscopo.

      Prostibulum plebis miseræ, lupa publica mater,
      Fecit ut incerto de genitore fores.
      Vix tandem inventus prolis cupidusque et egenus,
      Qui te progeniem diceret esse suam.
      Sed generis mansere notæ, mens subdola, fallax
      Lingua, animus gaudens sanguine, dextra rapax,
      Luxuries parti male peius prodiga, fornix
      Pro thalamo, nummus numinis instar erat.
      Adiunxti his vitiis naturæ plurima sponte,
      Dignus Hamiltona dum cupis esse domo.
      Stemmate sed falso nihil a te dignius actum est,
      In cruce quam laqueo quod tua colla dares
      .

      [À John Hamilton, archevêque de Saint-Andrews.

      Pour la misère du peuple, une prostituée, ta fille publique {a} de mère, te fit naître d’un géniteur incertain. Puis enfin, il s’est trouvé un homme sans enfant et désireux d’en avoir, pour dire qu’il était ton père. Mais t’en sont restées les marques de cette ascendance : intelligence fourbe, langue perfide, complaisance à faire couler le sang, main voleuse, volupté prodigue à engendrer les pires méfaits, bordel pour chambre à coucher, et argent pour unique dieu. À ces vices de ta nature, tu en as sciemment ajouté quantité d’autres, et tu désires maintenant être digne de la Maison des Hamilton. Pour la généalogie dont tu te targues faussement, rien n’est plus digne de ce que tu as fait que de donner ton cou à la corde qui pend devant la croix]. {b}


      1. Lupa, la « louve », est en latin (et particulièrement pour Buchanan) synonyme de putain : v. note [6], lettre 580.

      2. Hamilton a fini pendu au pied de la mercat cross [nom écossais de la market cross, « croix du marché »] de Stirling le 6 avril 1571.

    2. Eidem.

      Corpus Hamiltoni jacet hac antistitis urna :
      Impurus lassat spiritus Eumenidas.
      Prodigio tandem respirat libera tellus,
      Ad stygium gaudet noxia turba lacum :
      Dum totus ruit in pœnas unius Avernus,
      Stat rota, nec Phlegyas flagra, facesque timet.
      Sisyphus in saxo sedet, haurit Tantalus undam,
      Et Tityi, lasso vulture, fibra jacet.
      Quæ multis cæso quæsita est gloria, monstro,
      Iure suo hanc propriam crux, laqueusque tulit.
      Exitus ut justus, sic justa iniusta fuerunt,
      Corpore sacrilego quod caruere canes
      .

      [Au même.

      En cette urne de prélat gît le corps d’Hamilton : son esprit impur fatigue désormais les Furies ; {a} enfin libérée, la terre se repose de ce monstre, la foule se réjouit d’expédier ses méfaits dans les eaux du Styx, les enfers tout entiers se ruent pour ne plus tourmenter qu’un seul homme : la roue s’arrête et Phlégyas ne craint plus ni fouet ni torches ; {b} Sisyphe s’assied sur son rocher ; {c} Tantale se gorge d’eau ; {d} et le foie de Tityos se repose, le vautour étant enfin lassé de le dévorer. {e} Cette gloire que le monstre s’est acquise en massacrant tant de gens, la croix et son gibet l’ont emportée proprement et comme il méritait. Sa fin fut aussi juste que sa justice fut injuste, pussent les chiens s’être chargés de son cadavre impie].


      1. V. note [8], lettre latine de Reiner von Neuhaus, datée du 1er août 1669.

      2. Dans le mythe, Phlégyas, fils de Mars, avait incendié le temple de Delphes pour se venger d’Apollon qui avait séduit et engrossé sa fille Coronis. Les dieux le punirent en le jetant dans le Tartare (aux enfers), « où il est dans une continuelle appréhension de la chute d’un rocher qui lui pend sur la tête » (Fr. Noël). Buchanan le confondait ici avec Ixion, fils de Phlégyas : ayant effrontément demandé la main de Junon à Jupiter, son père, le dieu des dieux, l’expédia aussi aux enfers « où Mercure, par son ordre, alla l’attacher à une roue environnée de serpents, qui devait tourner sans relâche » (ibid.).

      3. Fils d’Éole, Sisyphe « régna à Corinthe. Les poètes le mettent dans les enfers et le condamnent à un supplice particulier, qui consiste à rouler incessamment une grosse roche au haut d’une montagne, d’où elle retombe aussitôt par son propre poids, et il est obligé sur-le-champ de la remonter par un travail qui ne lui donne aucune relâche ; On donne plusieurs raisons de ce supplice » (ibid.).

      4. Lors d’un banquet, Tantale, fils de Jupiter et roi de Lydie (v. note [91] du Faux Patiniana II‑7), avait servi aux dieux un plat composé des membres de son fils Pélops. Les poètes ont conté sa punition en le peignant « consumé d’une soif brûlante, au milieu d’un étang dont l’eau sans cesse échappe à ses lèvres desséchées, et dévoré par la faim sous des arbres dont un vent jaloux élève les fruits jusqu’aux nues, chaque fois que sa main tente de les cueillir » (Fr. Noël).

      5. Fils de la Terre, Tityos avait eu l’insolence de vouloir attenter à l’honneur de Latone (v. note [34] de Guy Patin éditeur des Opera omnia d’André Du Laurens en 1628). Il « fut tué par Apollon et par Diane, à coups de flèches, et précipité dans le Tartare : là, un insatiable vautour, attaché sur sa poitrine, lui dévore sans cesse le foie et les entrailles, qui renaissent éternellement pour son supplice » (Fr. Noël).

    26.

    « un pur centon loyolitique, et rien de plus. »

    V. note [17], lettre latine 7, pour le R.P. Jacobus Pontanus (Jakob Spannmüller), éditeur des œuvres de Virgile (nombreuses éditions, dont Lyon, 1588, et Augsbourg, 1599).

    27.

    « sévère et morose ».

    V. notes :

    • [46] du Borboniana 2 manuscrit pour ces mêmes qualificatifs appliqués à Pierre i Pithou ;

    • [6], lettre 54, pour le P. Denis Petau ;

    • [7], lettre 37, pour le P. Jacques Sirmond, choisi pour être confesseur de Louis xiii en 1638.

    Dans son ouvrage intitulé Le Père Denis Petau d’Orléans, jésuite, sa vie et ses œuvres (Paris, Librairie catholique internationale de l’Œuvre de Saint-Paul, 1864), J.‑C. Vital Chatelain, chanoine missionnaire, a donné des détails sur sa famille (page 8). Deuxième fils de Jérôme Petau, marchand à Orléans, Denis avait cinq frères et deux sœurs. Cinq d’entre eux entrèrent aussi dans les ordres : l’aîné, Jacques, devint chartreux ; Claude, curé de Pithviers ; François, capucin ; Étienne, chanoine d’Orléans ; et Marguerite, carmélite. Ils étaient petits-neveux de Paul Petau (page 22), conseiller au Parlement (v. note [13], lettre 238), qui n’était que de 15 ans plus âgé que Denis.

    Le chapitre troisième de la biographie établie par Vital Chatelain pages 37‑51 est entièrement consacré à Denis Petau professeur de philosophie à Bourges. On y lit ce passage sur ses premières relations avec la Compagnie de Jésus (pages 46 et 48) :

    « Or les jésuites, que Denis n’avait pu connaître à Orléans parce qu’ils n’y étaient pas encore, et à Paris parce qu’ils n’y étaient plus, les jésuites étaient à Bourges. […]

    La vocation de Denis devait se décider à Paris. On peut dire qu’elle fut le résultat de son désir de combattre et de souffrir aux premiers rangs pour la bonne cause, beaucoup plus que le fruit de ses relations avec les jésuites. La Compagnie de Jésus lui apparut clairement à Bourges comme le moyen parfaitement adapté à la fin qu’il voulait atteindre et qu’il avait depuis déjà si longtemps en tête : voilà tout. Et quelles furent au juste ses relations avec les jésuites de Bourges ? Nous ne saurions le dire, bien que nous sachions avec certitude qu’elles eurent lieu. Allait-il souvent frapper à la porte de leur maison, ou seulement de loin en loin ? Était-ce dans leur église qu’il donnait essor à sa piété ? Se confessait-il à l’un d’eux ? S’entretenait-il avec eux des règles, des travaux et des entreprises de la Compagnie ? Autant de questions auxquelles nous ne trouvons trace de réponse nulle part. {a} Ce qui est parfaitement sûr, parce que le Père Oudin, qui nous l’apprend, savait par cœur toute l’histoire de celui dont il a eu le tort de ne nous laisser qu’une courte et sèche biographie, c’est que pendant son séjour à Bourges, “ Denis Petau goûta l’institut des jésuites, et que ce qui l’y affectionna davantage fut le déchaînement de Joseph Scaliger et des sectaires contre ces pères. ” {b}

    Son cours de philosophie étant terminé, le jeune professeur quitta Bourges et vint passer à Orléans les vacances de l’année 1604, {c} avant de retourner à Paris pour y reprendre sa théologie interrompue. Il avait alors vingt et un ans. »


    1. Le propos du Borboniana résoudrait les interrogations de Vital Chatelain, en disant tout simplement que Petau enseignait dans le collège même des jésuites de Bourges (fondé en 1573), et se trouvait donc naturellement en contact permanent avec eux.

    2. Le jésuite François Oudin (1673-1752) a contribué aux dictionnaires bio-bibliographiques des écrivains de la Compagnie de Jésus, mais je n’ai pas trouvé la source exacte de cette citation.

      L’institut des jésuites est la règle de leur Compagnie.

      V. note [4], lettre 119, pour la virulence de Petau contre la « Correction des temps » (1587) du sectaire (calviniste) Joseph Scaliger (mort en 1609).

    3. La Saint-Rémy (1er octobre), citée par le Borboniana, marquait la fin des vacances, avec la reprise des cours.

    28.

    V. notes :

    • [20], lettre 146, pour le cardinal Jacques Davy Duperron ;

    • [14], lettre 748, pour Philippe Des Portes, abbé de Tiron ;

    • [19], lettre 469, pour Achille i de Harlay, premier président du Parlement ;

    • [4], lettre 13, pour Jacques-Auguste i de Thou, président au mortier ;

    • [20], lettre 79, pour Louis Servin, avocat général ;

    • [29], lettre 186, pour les avant-derniers états généraux de France, réunis d’octobre 1614 à février 1615.

    La badine allusion du Borboniana aux mauvaises mœurs du cardinal Duperron ouvrait une perspective beaucoup plus vaste sur le gallicanisme, qui était la grande question politico-religieuse de l’époque, et allait bientôt trouver un nouvel essor avec la querelle du jansénisme.

    Les Résolutions et arrêtés de la Chambre du tiers état, touchant le premier article de leur cahier, présenté au roi. Les doctes harangues et répliques du sieur cardinal Duperron y sont contenues, et les discours graves et éloquents des sieurs archevêque et évêques d’Aix, Montpellier, Mâcon et Beauvais, comme aussi d’autres signalés personnages (sans lieu ni nom, 1615, in‑8o) contiennent plusieurs pièces qui éclairent le propos du Borboniana.

    1. Objet du litige, le Premier article du cahier de Paris et Île-de-France (pages 9‑10), présenté par le tiers état, était une requête hardie contre Rome, en faveur du gallicanisme (richérisme, v. note [27], lettre 337) :

      « Que pour arrêter le cours de la pernicieuse doctrine, qui s’introduit depuis quelques années, contre les rois et puissances souveraines établies de Dieu, par esprits séditieux, qui n’entendent qu’à les troubler et subvertir, le roi {a} sera supplié de faire arrêter en l’assemblée de ses états, pour loi fondamentale du royaume, qui soit inviolable et notoire à tous.

      Que comme il est reconnu souverain en son État, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n’y a puissance en terre, quelle qu’elle soit, spirituelle ou temporelle, qui ait aucun droit sur son royaume pour en priver les personnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou absoudre leurs sujets de la fidélité et obéissance qu’ils lui doivent, pour quelque cause ou prétexte que ce soit.

      Que tous les sujets, de quelque qualité et condition qu’ils soient, tiendront cette loi pour sainte et véritable, comme conforme à la parole de Dieu, sans distinction, équivoque ou limitation quelconque ; laquelle sera jurée et signée par tous les députés des états ; et dorénavant, par tous les bénéficiers et officiers du royaume, avant que d’entrer en possession de leurs bénéfices et d’être reçus en leurs offices ; tous précepteurs, régents, docteurs et prédicateurs, tenus de l’enseigner et publier.

      Que l’opinion contraire, même qu’il soit loisible de tuer et déposer nos rois, s’élever et rebeller contre eux, secouer le joug de leur obéissance, pour quelque occasion que ce soit, est impie, détestable, contre vérité et contre l’établissement de l’État de la France, qui ne dépend immédiatement que de Dieu.

    2. Que tous livres qui enseignent telle faute et perverse opinion seront tenus pour séditieux et damnables, tous étrangers qui l’écriront et publieront, pour ennemis jurés de la Couronne ; tous sujets de Sa Majesté qui y adhéreront, de quelque qualité et condition qu’ils soient, pour rebelles, infracteurs des lois fondamentales du royaume et criminels de lèse-majesté au premier chef. {b} Et s’il se trouve aucun livre ou discours écrit par étranger, ecclésiastique ou d’autre qualité, qui contienne proposition contraire à ladite loi, directement ou indirectement, seront les ecclésiastiques des mêmes ordres établis en France obligés d’y répondre : {c} les impugner {d} et contredire incessamment, sans respect, ambiguïté ni équivocation, {e} sur peine d’être punis de même peine que dessus, comme fauteurs {f} des ennemis de cet État.

      Et sera ce premier article lu par chacun an, tant aux cours souveraines qu’aux bailliages et sénéchaussées du dit royaume, à l’ouverture des audiences, pour être gardé et observé avec toute sévérité et rigueur. »


      1. Louis xiii.

      2. V. note [3], lettre 832.

      3. Allusion à peine voilée aux jésuites, alors chassés du royaume car suspectés d’avoir armé la main des régicides qui avaient poignardé Henri iii (Jacques Clément, 1589, v. note [16], lettre 551) et Henri iv (François Ravaillac, 1610, v. note [90], lettre 166).

      4. Combattre.

      5. « Sans hésitation, ambiguïté ni équivoque ».

      6. Complices.

    3. « Le mercredi matin, dernier jour du dit mois de décembre [1614], Monsieur le cardinal Duperron se fit porter en la Chambre de la noblesse et, les remerciant de leur bonne volonté, leur fait un grand et docte discours, touchant le premier article du dit tiers état. Sommaire de la harangue de Monsieur le cardinal Duperron, en la Chambre de la noblesse » (page 39), dont le principal se lit dans ces trois paragraphes :

      « Cette Église, pour qui nous avons exposé ce prix précieux de notre sang et de notre vie, que l’on voudrait maintenant abattre par la proposition d’un article, le plus dangereux et le plus pernicieux qui fût jamais. Nous lisons que Julien l’Apostat, {a} pour contraindre les chrétiens ou d’être idolâtres, ou d’être criminels de lèse-majesté, se servant de la coutume que l’on avait d’adorer la statue de l’empereur, fit faire la sienne et mettre < de>dans la statue de Mercure et de Vénus, Pallas et autres faux dieux, afin que, par nécessité, en adorant la statue, ils adorassent, par même moyen, les faux dieux qui étaient dedans et se rendissent, en ce faisant, idolâtres ; ou bien, refusant d’adorer la sienne, ils se rendissent criminels de lèse-majesté. Que ceux qui avaient dressé cet article avaient eu la même intention de faire adorer de faux dieux dans la statue du prince ; qu’en proposant la puissance souveraine du roi, qui était indubitable, et le salut de sa personne, qui nous doit être très cher, ils y cachaient une hérésie et un schisme, voulant juger une question qui avait été problématique, et laquelle ne pouvait être décidée que par un concile général, {b} n’appartenant à nous, ni à une partie de l’Église, de décider ce que tout le reste devait croire. […]

      Que si ce malheureux Ravaillac, Jean Chastel, {c} Jacques Clément et autres, eussent cru qu’en faisant ce qu’ils faisaient, ils étaient excommuniés et damnés à tous les diables, sans doute qu’ils ne l’auraient pas entrepris. Que pour eux, qu’ils n’étaient pas capables de les déterminer, et que c’était à un concile général de le faire ; et qu’il n’y en avait point qui l’exprimât plus clairement et plus directement que le concile de Constance, {d} lequel il {e} avait fait porter pour le lire, comme il fit ; lequel déclare qu’aucun tyran, sous quelque prétexte que ce soit, ne peut être tué, ou par embûches, ou par flatterie, {f} ou autrement ; et quiconque le fait est excommunié et soumis aux peines des excommuniés (il le lut en latin, puis il l’expliqua en français). […]

      Pendant son discours, il pria deux diverses fois la Compagnie de l’excuser s’il était un peu long, mais que la matière était si importante qu’il ne pouvait pas la raccourcir, qu’il se fût volontiers déchargé de cette action sur quelque autre de leur Compagnie, qui eût plus éloquemment, plus disertement et plus doctement traité cette matière que lui ; que néanmoins, ils l’en avaient voulu charger, qu’il était fils d’obéissance et qu’humilité passe sacrifice ; qu’il connaissait bien ses manquements. » {g}


      1. V. notes [15], lettre 300, et [36] du Naudæana 3.

      2. Le concile de Trente (v. note [4], lettre 430), dont la réception en France était le véritable enjeu du débat.

      3. Auteur d’un attentat manqué contre Henri iv en 1594, v. note [13] du Grotiana 1.

      4. Réuni de 1414 à 1418 à Constance (Bade-Wurtemberg). Duperron voulait dire que, si toutes les résolutions de tous les conciles avaient été reçues en France, les régicides n’auraient pas agi, par crainte de l’excommunication.

      5. Duperron.

      6. La flatterie peut être une arme redoutable pour amadouer un tyran, mais sans tout de même aller jusqu’à son élimination physique.

      7. « Passe » est à prendre dans le sens d’« accepte ».

        Ce commentaire laisse deviner qu’il dut y avoir des murmures dans la salle, probablement en lien avec le passé trouble et les mœurs du cardinal Duperron qui s’acharnait à défendre la cause de Rome (le pape, ses moines et ses jésuites) contre les gallicans (tenus pour schismatiques).


    4. Bien plus houleuse encore dut être la réunion du vendredi matin 2 janvier 1615, où « Monsieur le cardinal Duperron, accompagné de plusieurs archevêques, évêques, abbés, et plus de soixante gentilshommes députés de la Chambre de la Noblesse, pour l’assister sur le sujet du premier article du cahier du tiers état, se fait porter en ladite Chambre, où il fait ce noble et renommé discours, duquel on a pu recueillir ce qui ensuit » (pages 52‑70).

      Suit la relation des nombreux échanges qui eurent lieu entre les trois chambres des états (noblesse, clergé et tiers) et le roi, pour aboutir, le samedi 21 février 1615, à la conclusion, de portée beaucoup plus large, qui satisfaisait le tiers état (pages 123‑124) :

      « Ledit jour, la Compagnie étant assemblée, ledit sieur évêque de Beauvais {a} est député par lesdits sieurs du clergé, vient à la Chambre du tiers état pour derechef l’inviter à se joindre aux sieurs du clergé pour demander la publication dudit concile de Trente. Et après avoir discouru sur ce sujet, lecture est faite de la demande que lesdits sieurs faisaient au roi du dit concile, à laquelle demande s’était jointe la noblesse, requérant pareille adjonction {b} du tiers état.

      L’article contenait la demande du dit concile, sans néanmoins préjudicier aux cérémonies de l’Église de France, ni aux droits de l’État, pour lesquels sa Sainteté {c} serait suppliée de modifier ledit concile.

      Monsieur le président Miron {d} fait réponse au dit sieur de Beauvais que la Compagnie ne pouvait quant à présent recevoir ledit concile ; que néanmoins elle embrassait la foi y contenue, mais que, pour la police, {e} on n’y pouvait entendre, puisqu’elle était préjudiciable aux droits de l’État ; que Messieurs du clergé pouvaient garder et observer eux-mêmes ledit concile entre eux, et en donner le premier exemple en quittant la pluralité des bénéfices ; que ceux d’entre eux qui en avaient deux ou trois en pouvaient quitter à ceux qui n’en avaient point.

      Prie Messieurs de l’Église d’avoir pour agréables les excuses et raisons par lui ci-devant déduites.

      Le vingt-troisième du dit mois, les cahiers sont présentés au roi, en la salle de Bourbon. {f} Monsieur l’évêque de Luçon {g} présente le cahier du clergé ; Monsieur le baron de Sennecey, {h} président de la Chambre de la noblesse, présente celui de la Noblesse ; Monsieur Miron, président, présente celui du tiers état. »


      1. René Potier, frère d’Augustin et son prédécesseur sous la mitre de Beauvais (v. notes [6], lettre 83, et [51] du Borboniana 6 manuscrit).

      2. Adhésion.

      3. Paul v, v. note [5], lettre 25.

      4. Robert i Miron, président au mortier et prévôt des marchands de Paris, v. note [20], lettre 180.

      5. Opposition des pouvoirs spirituel (la foi) et temporel (la police).

      6. Grande salle du Louvre où se réunissait l’assemblée générale de ces états généraux en présence du roi.

      7. Armand Jean du Plessis, le futur cardinal de Richelieu.

      8. Henri de Bauffremont (1578-1662), baron de Sennecey.

    29.

    Cette addition marginale précise les débauches « vénériennes » (sexuelles) du cardinal Duperron, avec une version abrégée de ce féroce dialogue entre Pasquin (v. note [5], lettre 127) et un passant (Viator), attribué à Celio Secondo Curione (Cælius Secundus Curionus, humaniste protestant piémontais du xvie s.), contre les mœurs sodomites des pontifes romains et de leurs concitoyens, jouant sur le palindrome Roma [Rome], Amor [Amour] :

    – Roma quid est ? – Quod te docuit præposterus ordo.
    – Quid docuit ? – Iungas versa elementa scies.
    – Roma amor est. – Qualis ? – Præprosterus. – Unde hoc ?
    – Roma mares. – Noli dicere plura, scio
    .

    [– Qu’est-ce que Roma ? – Tu l’apprendras en en lisant les lettres à l’envers.
    – Qu’apprend-on ainsi ? – Tu le sauras en inversant de nouveau les lettres.
    – Roma est Amor – Mais lequel donc ? – Inversé. – Et qu’en déduire ?
    – Rome, les mâles ! – Inutile d’en dire plus, j’ai compris].

    V. supra note [23] pour la voluptueuse habitude de se lever à midi.

    30.

    Celui que l’abbé de Tiron appelait « notre très sage Maître » pourrait avoir dû son impotence à une ataxie syphilitique (tabès dorsal, v. note [17] du Naudæana 2). Toutefois, Duperron, mort en 1618, avait séjourné à Rome de 1604 à 1606, et la vérole (telle qu’on l’a connue avant l’invention de la pénicilline, au milieu du xxe s.) aurait donc mis douze ans à tuer sa victime (ce qui n’est pas du tout incncevable). V. note [9], lettre 122, pour son traitement qui consistait principalement à faire suer l’humeur morbifique.

    31.

    V. notes :

    • [27], lettre 146, pour les années climatériques, c’est-à-dire multiples de sept, comme est, ici, la 56e ;

    • [2], lettre 434, pour Guy du Faur de Pibrac (1529-1586, pour aboutir au compte juste, mais 1584 pour les biographes modernes), magistrat toulousain puis parisien, et poète ;

    • [9], lettre 87, pour le cardinal Arnaud d’Ossat.

    À l’âge de 38 ans, en 1574, d’Ossat avait accompagné, en qualité de secrétaire, Paul de Foix (Paulus Foxius, 1528-1584), dans son ambassade à Rome. Popoff (no 1209) a résumé la vie de ce conseiller clerc au Parlement de Paris et prélat français, qui ne survécut pas à sa 8e année climatérique :

    « Fils puîné de Jean de Foix, comte de Carmain, et de Magdelaine de Champagne, il fut fait conseiller au Parlement dès l’âge de 18 ans, en 1546. Il avait fait de grandes études sur l’histoire, sur les lois et les intérêts des princes. Il fut impliqué dans l’affaire célèbre, connue sous le nom de Mercuriale du Parlement du 10 juin 1559, qui ne se trouve plus dans les registres de cette Cour. Le roi {a} s’y trouva et fit opiner devant lui sur ce que les conseillers ne punissaient pas de mort les coupables d’hérésies ; et sur un édit qu’il avait envoyé contre les luthériens, dont ils refusaient l’enregistrement, du Faur, Fumée, de Foix, de La Porte et du Bourg, ayant opiné à leur tour, furent arrêtés et conduits à la Bastille ; leurs procès furent faits. Paul de Foix se sauva au moyen de ses réponses lors de son interrogatoire et, par arrêt du Parlement du 10 janvier 1560, il fut mis en liberté, ayant déclaré en pleine Cour, chambres assemblées, qu’au sacrement de l’autel, la forme est inséparable de la matière, et que le sacrement ne peut se bailler ni exhiber en autre forme que l’Église romaine l’a baillée ; {b} et ce fait, est suspendu de son état de conseiller pendant un an, mais cet arrêt fut cassé le 18 février 1560 et déclaré nul par un autre arrêt, rendu sur un nouvel interrogatoire. Il était encore conseiller au Parlement le 9 juin 1562, fait conseiller d’État en 1565. On croit qu’il eut des lettres de conseiller d’honneur au Parlement en 1571. Nommé par le roi {c} à l’archevêché de Toulouse en 1582, ayant été plusieurs fois ambassadeur en Angleterre, Écosse, Suisse, Venise, Italie, et à Rome vers le pape Grégoire xiii, où il se distingua. Il mourut à Rome le 29 mai 1584, âgé de 56 ans, et y fut inhumé en l’église de Saint-Louis, où Muret prononça son oraison funèbre. » {d}


    1. Dernier lit de justice de Henri ii, mort un mois plus tard, blessé d’un coup de lance au cours d’un tournoi (v. note [26], lettre 86).

    2. Dogme catholique de la transsubstantiation, nié par les protestants (v. note [5], lettre 952).

    3. Henri iii (v. note [2], lettre 48).

    4. V. note [62] du Borboniana 4 manuscrit, pour l’éloge que Jacques-Auguste i de Thou a rendu à Paul de Foix, et sa notule {b} pour l’oraison funèbre de Marc-Antoine Muret et l’église Saint-Louis des Français à Rome.

    De Thou avait accompagné de Foix et d’Ossat dans le voyage de Rome (1573-1575), et en a donné un récit détaillé dans ses Mémoires (Thou fr, volume 1, pages 14‑36) : v. notes [22] (seconde citation) du Naudæana 3, et [27] du Borboniana 10 manuscrit, pour deux extraits sur la partie italienne de cette autobiographie.

    32.

    « et aussi Scipion, dans Le Songe de Scipion de Cicéron (il s’agit de Publius Scipio Africanus Minor, qu’on a trouvé mort dans son lit). {a} Voyez à son sujet Scipion Dupleix, au tome 2 de son Histoire romaine, page 277 ; {b} et sur l’année climatérique, Henricus Rantzovius, en son Tractatus de Annis climactericis, pages 216 et suivantes. {c} Voyez aussi Louis Duret sur les Coaques d’Hippocrate, page 439. » {d}


    1. Publius Scipio Africanus Minor, Scipion l’Africain le Jeune, aussi appelé Scipion Émilien, homme politique romain, était le petit-fils adoptif de Scipion l’Africain l’Ancien (Major, v. note [4], lettre 561).

      Le Songe de Scipion est une méditation de Cicéron (dans le livre vi et dernier de son traité De Republica, en grande partie perdu aujourd’hui) sur les rêves prémonitoires. Scipion le Jeune voit son père en songe, qui lui annonce un brillant avenir, avec ce passage du chapitre vii :

      Nam cum ætas tua septenos octiens solis anfractus reditusque conuerterit duoque hi numeri, quorum uterque plenus alter altera de causa habetur, circuitu naturali summam tibi fatalem confecerint, in te unum atque in tuum nomen se tota convertet civitas ; te senatus, te omnes boni, te socii, te Latini intuebuntur ; tu eris unus, in quo nitatur civitatis salus, ac, ne multa, dictator rem publicam constituas oportet, si impias propinquorum manus effugeris.

      [Lorsque, depuis ta naissance, huit fois sept révolutions du soleil se seront accomplies, et que ces deux nombres, tous deux parfaits, mais chacun pour des raisons différentes, auront, par leur cours et leur rencontre naturelle, complété pour toi une somme fatale, la république tout entière se tournera vers toi, et invoquera le nom de Scipion ; c’est sur toi que se porteront les regards du sénat, des gens de bien, des alliés, des Latins ; sur toi seul reposera le salut de l’État ; enfin, dictateur, tu régénéreras la république, si tu peux échapper aux mains impies de tes proches].

    2. Scipion le Jeune ne dirigea pas la république romaine et mourut avant d’avoir atteint l’âge de 56 ans. Une relation de ses infortunes politiques et de sa mort se lit dans les trois derniers paragraphes du chapitre iv, livre xxii (pages 278‑279), de l’Histoire romaine de Scipion Dupleix (tome ii, 2e partie, Paris, 1638, v. note [17], lettre 34) :

      • ixGénéreux repars de Scipion l’Africain le Jeune, c’est-à-dire la « généreuse repartie » qu’il fit en apprenant l’assassinat de Tiberius Gracchus, tribun de la plèbe, en 133  av. J.‑C. (v. note [6], lettre 959), « S’il avait de mauvais desseins contre la République, j’estime qu’il a été justement tué » ;

      • xLa populace romaine conspire contre sa vie ;

      • xiIl est trouvé mort dans son lit, en 170  av. J.‑C., âgé d’environ 41 ans, soit assassiné (strangulation), soit suicidé (pendaison).

    3. Parmi maints autres ouvrages, Henricus Rantzovius (ou Ranzovius, Henrik ou Heinrich Rantzau ou Rantzow, 1526-1598), historien, géographe et astrologue danois, gouverneur du duché de Holstein, a publié (Leipzig, Georgius Defner, 1584, in‑4o de 470 pages) un fumeux ouvrage intitulé :

      Catalogus Imperatorum, Regum, ac Virorum illustrium, qui artem astrologicam amarunt, ornarunt et exercuerunt. Quibus addita sunt : Testimonia quæ ostendunt elementa, et quæ ex his constant corpora, perpetuo affici a corporibus cœlestibus… ; Astrologicæ quædam prædictiones veræ ac mirabiles omnium temporum… ; Tractatus de Annis climactericis, et periodis Imperiorum, una cum variis exemplis illustrium virorum, qui annis illis et præsertim anno ætatis suæ 49. 56. aut 63. mortem obiere : Unde perspicitur, quomodo periodi illæ circumactæ insignes in Imperiis et Respub. mutationes adferre soleant. Insuper versus nonnulli de Planetis mensiumque laboribus. Quæ omnia tam lectu iucunda, quam scitu necessaria sunt, olim ab autore illo collecta, et nunc denuo revisa, exemplis multis aucta, et in meliorem ordinem redacta, ac iterum a Theophilo Sylvio edita

      [Catalogue des empereurs, des rois et des hommes illustres qui ont aimé, honoré et exercé l’art astrologique. On y a ajouté : les Témoignages qui montrent les éléments, et les corps qui se constituent à partir d’eux et sont perpétuellement affectés par les astres… ; quelques Prédictions astrologiques véritables et admirées de tout temps… ; le Traité des Années climatériques et des périodes des empires, avec les divers exemples d’illustres personnages qui moururent à cet âge, particulièrement pour les 49e, 56 e et 63e années ; d’où l’on voit bien qu’à la révolution de ces périodes des changements remarquables ont coutume de survenir dans les empires et les républiques. Avec en outre, quelques vers sur les planètes et les souffrances de la menstruation. Le tout est d’agréable lecture et utile à connaître, a jadis été recueilli par l’auteur et se trouve maintenant réédité par Theophilus Sylvius, revu, augmenté de nombreux exemples et présenté en meilleur ordre].

      Dans cette édition, le fastidieux Traité des Années climatériques occupe les pages 225‑460 ; la liste chronologique des personnages morts dans leur 56e année d’âge occupe les pages 341‑354, allant de l’improbable Saturnus, fondateur de Babylone, à Cosme ier de Médicis, mort en 1574.

    4. Cette dernière phrase, écrite dans la marge, est très probablement une addition de Guy Patin. V. note [1], lettre latine 299, pour la critique de Louis Duret sur les années climatériques dans son édition commentée (Paris, 1588) des Prénotions coaques d’Hippocrate.

    33.

    Tous ces auteurs latins et grecs de l’Antiquité, dont une partie des ouvrages, voire la totalité, a été perdue, figurent ailleurs dans notre édition, à l’exception de :

    • Diodore de Sicile, ou le Sicilien, historien grec du ier s. av. J.‑C., auteur d’une Bibliothèque historique ;

    • v. note [51] du Faux Patiniana II‑2 pour Ammien Marcellin ;

    • Denys d’Halicarnasse, rhéteur et historien grec de la fin du ier s. av. J.‑C., auteur d’Antiquités romaines en 20 livres, dont certains sont incomplets ;

    • Trogius Pompeius (Trogue Pompée), historien gallo-romain de la fin du ier s. av. J.‑C., natif de Vaison-la-Romaine, auteur de deux ouvrages aujourd’hui perdus, les Histoires philippiques (v. note [5], 3e lettre de Roland Desmarets) et une Histoire des animaux ;

    • Quintus Fabius Pictor, politique romain du iiie s. av. J.‑C., auteur d’Annales rédigées en grec et aujourd’hui perdues.

    V. note [66] du Naudæana 1, pour une amère réflexion de Gabriel Naudé sur la responsabilité du premier christianisme (pontifical et impérial) dans la perte irrémédiable de nombreux ouvrages antiques.

    34.

    « Plutarque est de toute première richesse, et le dispensateur de la science universelle. »

    35.

    « “ Le renard sait bien des ruses, quand le hérisson n’en sait qu’une seule, mais celle-là est bien grande. ” Voyez les Adages de Jos. Langius, page 450. »

    V. note [43] du Borboniana 1 pour Joseph Langius et ses Adagia (Strasbourg, 1596). Le proverbe cité se trouve page 450, avec sa version grecque et un commentaire :

    πολλ΄ οιδ αλωπηξ, αλλ΄εχινος εν μεγα.
    Dicitur in astutos et variis consutos dolis, vel potius, ubi significamus quosdam unica astutia plus efficere, quam alios diversis technis. Zenodot.

    [Se dit des gens rusés et attachés à faire des fourberies de toutes sortes ; ou plutôt quand nous voulons parler de ceux qui tirent plus d’efficacité d’une seule ruse que des nombreuses dont se servent les autres. {a} Zénodote]. {b}


    1. Les épines du hérisson font mieux que les mille roueries du renard.

    2. Zénodote, grammairien grec du iiie s. av. J.‑C., fut le premier directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie.

    C’est la copie mot pour mot du début de l’adage no 418 d’Érasme, qui y ajoute un développement de deux grandes pages.

    36.

    « Nous ne devons pas tolérer, dit-il, que Cujas qualifie la très éminente profession d’avocat de “ troupeau procédurier ” et ses membres, de “ vautours en toge ”. Il penserait tout autrement s’il avait moins appris à braire comme l’âne d’Apulée qu’à mieux parler le latin que Cicéron, etc. Voilà les “ troupeaux procéduriers ” de Cujas, qui aurait dû pousser ses élèves à les regarder attentivement et à les imiter, plutôt que cet Apulée, qui a été le premier à souiller la pureté de la langue latine de sa barbarie fétide, et la philosophie sacrée, de la détestable impiété de ses sorts maléfiques, etc. »

    V. supra note [20], pour un plus large extrait de cette épître de Jean Bodin (placée en tête de l’édition française de sa République, Paris, 1579) contre Jacques i Cujas, et pour son animosité envers Adrien Turnèbe.

    37.

    Réponse de René de La Fon, pour les religieux de la Compagnie de Jésus, au plaidoyer de Simon Marion en l’arrêt donné contre iceux le 16 octobre 1597. Avec quelques notes sur le plaidoyer et autres sujets des Recherches d’Étienne Pasquier. {a} À Nosseigneurs de la Cour de Parlement de Paris, {b} chapitre premier (pages 13‑14), Les jésuites persécutés par calomnies comme toute l’Église et le chef d’icelle, Jésus-Christ :

    « Et qui eût pensé qu’après si insignes calomniateurs, et calomnies en tant de façons et si malicieusement controuvées, se pût trouver homme si débordé de langue qui en voulût dire davantage, et qui n’eût plutôt horreur de ce qui était dit contre les jésuites, et les jésuites condamnés ? {c} Quel calomniateur fut-il onques si cruel qui ne se contentât de la mort de celui qu’il persécute et qu’il mord ? Et s’il se devait trouver quelqu’un, par miracle, qui voulût entrer en cette recharge {d} de diffamation, qui jamais eût jeté les yeux et la pensée sur Marion, {e} homme catholique de religion, ancien d’âge, avancé en crédit, nouvel officier du roi et qui, par ses conseils < et > plaidoyers, prononcés comme écrits, s’était jà {f} acquis le nom de prud’homme {g} et de disert avocat en la France ? Qui eût pensé que, comme la chèvre qui d’un coup de pied renversa son pot à lait, il voulût, par un libelle diffamatoire, perdre et renverser toute la substance de sa réputation acquise par les essais du barreau ? Qu’il voulut qu’on dît de lui et d’Arnauld, son gendre, Socer generque perdidistis omnia ; {h} et qu’après qu’ils auraient tout perdu, on ajoutât :

    Egregiam vero laudem et spolia ampla refertis
    Tuque generque tuus
    . » {i}


    1. V. note [16], lettre 151.

    2. Villefranche, Guillaume Grenier, 1599, in‑8o de 238 pages.

    3. Les jésuites avaient été bannis de France par un arrêt du Parlement de Paris prononcé le 29 décembre 1594, deux jours après l’exécution de Jean Chastel, auteur d’une tentative d’assassinat sur la personne du roi Henri iv (v. note [13] du Grotiana 1). Ils furent rétablis à partir de 1603 (v. note [8], lettre 16).

    4. Nouvel assaut.

    5. Simon Marion (Nevers 1540-Paris 1605), baron de Druy, était alors au sommet de sa brillante carrière de juriste : « avocat célèbre au Parlement de Paris ; conseiller et avocat général du duc d’Alençon en 1583, avocat général de la reine Catherine de Médicis en 1588, président en la deuxième Chambre des enquêtes du Parlement de Paris le 30 décembre 1596, avocat général du même Parlement, par résignation d’Antoine Séguier [v. note [36] du Patiniana I‑3], le 31 mai 1597. Il était grand orateur, et avait le discours plus persuasif que par écrits » (Popoff, no 1679).

    6. Déjà.

    7. Homme d’honneur et de valeur, sage et loyal.

    8. « Beau-père et gendre, vous avez tout anéanti » : dernier vers du poème xxix de Catulle, In Cæsarem [Contre César], c’est-à-dire contre Jules César et son gendre Pompée, triumvirs de la République romaine, avec Crassus.

      V. note [17], lettre 433, pour l’avocat Antoine i Arnauld (mort en 1619), géniteur de la grande lignée janséniste du xviie s. Il avait épousé en 1585 Catherine Marion (1573-1641), fille de Simon. Le couple eut vingt enfants. Devenue veuve, Catherine Arnaud prit le voile à Port-Royal sous le nom de sœur Catherine de Sainte Félicité, où elle prononça ses vœux en 1629.

    9. « L’illustre mérite, les amples dépouilles que vous rapportez là, toi et ton gendre ! » : Virgile, Énéide (chant iv, vers 93‑94, invective de Junon contre Vénus), avec remplacement de puerque tuus [et ton enfant] par generque tuus [et ton gendre].

    Le rude et habile pamphlétaire qui se cachait sous le pseudonyme de René de La Fon était le R.P. Louis Richeome (Digne 1544-Bordeaux 1625), jésuite que ses compagnons surnommaient le Cicéron français. Il s’est surtout fait connaître par ses combats de plume contre la Ligue, qui avait obtenu l’expulsion des jésuites hors de France. Un de ses plus fameux libelles est la Plainte apologétique au roi très-chrétien de France et de Navarre pour la Compagnie de Jésus, contre le libelle de l’auteur sans nom intitulé Le franc et véritable Discours, etc., Avec quelques notes sur un autre libelle dit le Catéchisme des jésuites… (Bordeaux, S. Millanges, 1602, in‑8o, orné d’un élégant frontispice).

    Étant donné l’interdit qui frappait sa Compagnie, Richeome a écrit sous d’autres pseudonymes : François des Montaignes (Franciscus Montanus), Louis (Ludovicus) de Beaumanoir et Félix de La Grâce.

    38.

    « Jules-César Scaliger de Burdon, médecin natif de Vérone ».

    V. notes :

    • [10], lettre 104, pour les prétentions, aussi vaniteuses qu’obstinées et fausses, des Scaliger à être issus de la haute noblesse de Vérone ;

    • [4] du Grotiana 1 pour les lettres de naturalité de Jules-César Scaliger, datées de 1528 (plutôt que 1526), sous le règne de François ier ;

    • [3], lettre 997, pour François Guyet.

    39.

    Rodolphe ii de Habsbourg (1552-1612), petit-fils de Charles Quint par sa mère, a régné sur le Saint-Empire germanique de 1576 à sa mort. Il fut un grand protecteur des arts et des lettres, et fort intéressé par l’ésotérisme.

    Le Borboniana les :

    M. Manilii Astronomicωn libri quinque. Josephus Scaliger Iul. Cæs. F. recensuit, ac primo ordini suo restituit. Eiusdem Ios. Scaligeri Commentarius in eosdem libros et castigationum explicationes.

    [Les cinq livres des Astronomiques de M. Manilius. {a} Joseph Scaliger, fils de Jules-César, les a revus et en a rétabli l’ordre primitif. Commentaire du dit Jos. Scaliger sur les mêmes livres, et explications de ses corrections]. {b}

    Leur fort élogieuse dédicace (4 pages en vers latins) est intitulée Christianissimo Francorum et Polonorum Regi Henrico iii Urania Musa [La Muse Uranie {c} à Henri iii, roi très-chrétien de France et de Pologne], et signée Iosephus ScaligerIul. Cæs F. Maiestati tuæ devotiss. [Joseph Scaliger, fils de Jules-Cédar très dévoué serviteur de votre Majesté] (sans autre revendication de sa noblesse).


    1. V. note [4], lettre 334.

    2. Paris, Mamertus Patissonius, 1579, in‑4o en deux parties de 136 pages (5 livres de Manilius en vers latins) et 292 pages (commentaires de Scaliger).

    3. V. notule {b}, note [6] du Borboniana 7 manuscrit.

    V. notes :

    • [30] du Borboniana 2 manuscrit, pour la rage de Joseph Scaliger quand François Viète l’avait qualifié de « maître ès arts » (alors le plus humble grade des universités) ;

    • [31] du Naudæana 2, pour les obscures origines (roturières ou même bâtardes) d’Andriette Scaliger, mère de Joseph (qui n’a jamais évoqué son souvenir dans ses écrits) ;

    • [6] du Borboniana 1 manuscrit, pour la prestigieuse chaire de Leyde, où Joseph Scaliger succéda à Juste Lipse en 1593.

    40.

    « je fais bien plus grand cas d’un seul Turnèbe que de dix cardinaux ».

    V. note [9], lettre 92, pour Philippe de Cospéan, évêque de Liseux de 1636 à sa mort, en 1646.

    41.

    V. note [14] du Borboniana 1 manuscrit pour la bienveillance du cardinal Maffeo Barberini (élu pape sous le nom d’Urbain viii en 1623) à l’égard de Jean Barclay (mort à Rome en 1621, v. note [20], lettre 80).

    Le fils de Jean était Guillaume ii Barclay, camérier du pape Urbain viii ; avec la qualité « d’Anglais », il fut nommé abbé de Saint-Léon de Toul en 1626 et mourut en 1656 (Histoire de Lorraine… par le R.P. Dom Calmet, abbé de Senones, Nancy, veuve et héritiers d’Antoine Leseure, 1757, in‑4o, colonne cxv). On apprend ici qu’il avait accompagné le cardinal Barberin (Francesco Barberini, neveu de Maffeo, v. note [7], lettre 112) au cours de sa légation en France (1625-1626).

    V. note [27] du Borboniana 1 manuscrit pour Achille Harlay de Sancy, évêque de Saint-Malo (mort en 1646).

    42.

    V. notes :

    • [10], lettre 488, pour Nicolas de Nancel, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris mort en 1610 ;

    • [16], lettre 643, pour Paul i Scarron, surnommé l’Apôtre, conseiller au Parlement de Paris, mort en 1642, qui eut deux épouses, Gabrielle Goguet (morte en 1613), puis Françoise de Plais ou de Plaix.

    L’abbaye de Fontevraud en Anjou, près de Saumur (Maine-et-Loire), fondée au xiie s., appartenait à un ordre monastique spécifique, apparenté à celui des bénédictins. Éléonore de Bourbon (1532-1611), en avait été abbesse de 1575 à sa mort. Elle était la plus jeune des 13 enfants de Charles iv de Bourbon, duc de Vendôme ; ses frères les plus connus ont été Antoine, roi de Navarre et père du roi Henri iv de France, Charles i de Bourbon, cardinal de Vendôme (premier du nom, v. note [64] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii), et le prince Louis ier de Bourbon-Condé (v. note [16], lettre 128).

    Pierre de Nancel, substitut du procureur général, était fils de Nicolas. Né à Tours en 1570 et mort vers 1641, il s’est surtout fait connaître comme auteur dramatique. Trois de ses pièces en vers français, intitulées Dina, ou le Ravissement, Josué, ou le Sac de Jéricho et Débora, ou la Délivrance ont été publiées dans Le Théâtre sacré (Paris, Claude Morel, 1607, 2 volumes in‑8o).

    Je n’ai pas identifié la belle-sœur de Paul i Scarron que le Borboniana disait être l’épouse de Pierre de Nancel, et n’ai pas non plus trouvé trace des « grands procès » qu’il eurent l’un contre l’autre pour la succession de leur commune belle-mère. En revanche, il existe maintes traces des litiges entre Paul ii Scarron, l’écrivain, fils du premier lit de Paul i, et sa marâtre, Françoise de Plaix.

    43.

    V. note [7], lettre 73, pour Pierre Charron et sa Sagesse (Bordeaux, 1601), livre que Guy Patin vénérait profondément.

    Le mépris de Nicolas Bourbon pour les livres écrits en français est suffisamment surprenant (et plaisamment argumenté) pour mériter une entrée dans notre index. Il a néanmoins cité, çà et là, quelques ouvrages publiés en langue vulgaire.

    44.

    Cet article où Nicolas Bourbon parle de sa propre carrière de régent (en omettant le Collège de Cambrai, c’est-à-dire le Collège royal de France) est un aparté que Guy Patin a jugé utile de noter, mais sans faire parler directement son interlocuteur.

    Les collèges où s’enseignaient les humanités étaient répartis en six classes ou années, allant de la sixième à la première, qui était la plus savante et la plus noble pour le maître qui y régentait.

    Le Collège de Calvi (ou Calvy, Collegium Calvicum, sans lien apparent avec la ville corse de Calvi) avait été fondé en 1271 par Robert de Sorbon près de la Sorbonne, dont il était une annexe, pour y enseigner les humanités et la philosophie, ce qui lui valait de porter cette inscription sur sa porte : Sorbona parva vocor, mater mea Sorbona major [Je m’appelle petite Sorbonne, la grande Sorbonne est ma mère]. Associé à son proche voisin, le Collège des Dix-Huit (car il accueillait initialement 18 écoliers), Calvi fut démoli avec lui en 1628 et incorporé à la nouvelle Sorbonne de Richelieu. Il se situait exactement à l’endroit où on a bâti plus tard la chapelle dans laquelle repose le corps du cardinal.

    V. notes :

    • [6], lettre 211, pour le Collège d’Harcourt ;

    • [8], lettre 59, pour celui des Grassins.

    45.

    V. note [5], lettre 95, pour la conversion de Claude i Saumaise au calvinisme, vers 1623.

    46.

    V. note [1], lettre 58, pour le R.P. François Garasse et sa plume féroce contre les ennemis de la religion et des jésuites (dont Étienne Pasquier, v. note [29], lettre 396).

    En 1588, pour satisfaire aux exigences des ligueurs, le roi Henri iii chassa de la cour son ancien favori (mignon, v. note [18] du Borboniana 6 manuscrit), Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon (v. note [12], lettre 76), qui se retira dans son gouvernement d’Angoumois et Saintonge. Sur l’instigation du roi, les habitants d’Angoulême avaient fomenté une « émotion », contre le duc, visant à l’emprisonner, voie à le massacrer ; mais il résista bravement et parvint à en réchapper. L’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou conclut ainsi sa longue narration de ce tumulte (livre xcii, règne de Henri iii, année 1588, Thou fr, volume 10, pages 355‑367) :

    « Ce fut ainsi que le duc d’Épernon se tira de ce mauvais pas, après avoir passé, lui et ses gens, trente heures entières sans boire ni manger, et sans qu’il lui restât un coup de poudre. Jamais on eut plus de fermeté et de présence d’esprit qu’il en fit paraître en cette occasion. Il crut d’abord Villeroy l’auteur de cette conjuration tramée contre lui, mais il sut depuis, à n’en point douter, qu’elle n’était que l’effet du refroidissement du roi à son égard ; et il apprit par sa propre expérience qu’il y a peu de fonds à faire sur la faveur des grands de la terre, aussi inconstante que la fortune qui la produit, et qu’un homme sage ne doit compter que sur sa propre vertu, que rien ne peut lui enlever.

    Lorsqu’on reçut à la cour la nouvelle de ce qui s’était passé, le roi se repentit d’avoir fait une pareille entreprise sans en être venu à bout, dans la crainte que le ressentiment et le désespoir ne portassent le duc, qu’il connaissait pour homme de cœur, à se jeter entre les bras du roi de Navarre. {a} Aussi, lorsque le duc lui écrivit ensuite à cette occasion, pour se plaindre de Villeroy, {b} Henri lui répondit que ceux d’Angoulême n’avaient rien fait que par son ordre, et que c’était lui-même qui leur avait mandé de le prendre, de le lui amener sain et sauf, dans la résolution où il était de ne plus le regarder que comme son propre fils. » {c}


    1. Henri de Navarre, futur roi Henri iv.

    2. Nicolasi i de Neuville de Villeroy (v. note [5] du Borboniana 8 manuscrit), conseiller ligueur de Henri iii.

    3. Subtil mélange de loyauté et d’hypocrisie, que seul un tout-puissant souverain peut se permettre.

    Ce traquenard d’Angoulême est aussi évoqué dans l’anonyme Défense pour Étienne Pasquier, vivant conseiller du roi, et son avocat général en la Chambre des comptes de Paris, contre les impostures et calomnies de François Garasse. {a} Autrement nommé L’Anti-Garasse, cet ouvrage a connu de nombreuses éditions ; écrit pour défendre la mémoire d’Étienne Pasquier, il distribue son flot d’invectives en cinq livres, intilulés : 1. Le Bouffon ; 2. L’Imposteur ; 3. Le Pédant ; 4. L’Injurieux ; 5. L’Impie.

    On y lit dans le premier livre (pages 35‑37) que :

    « […] sans m’enquérir, dis-je, si ses illustres ancêtres demeuraient dans la ville d’Angoulême ou au faubourg de Saint-Pierre, {b} s’ils faisaient trafic de drap de bure ou de filasse, il me suffira de savoir qu’il a grand tort de trompeter sa noblesse partout, et de faire une généalogie de ses nobles ancêtres dans son Apologie, {c} puisque les chardons sont ses armoiries ; car, pour ce qui est de son père (qui ne lui a jamais passé procuration {d} du libelle qu’il a fait contre Pasquier, bien qu’il dise le contraire, page 238), {e} il saura que l’auditeur des comptes (qu’il accuse dans son Apologie de Poitiers, d’être semper auditor, page 28) {f} a ouï dire qu’il fut un des premiers qui conspira contre M. d’Épernon, le jour < de la > Saint-Laurent, {g} et qu’il fut assommé à la porte du château d’Angoulême, comme il voulait entrer dedans et le surprendre ; en quoi, je trouve qu’il a eu tort car, puisqu’il savait si bien le style de procureur, il devait substituer quelqu’un en sa place, afin qu’il reçût par procuration ce qu’il a reçu en < sa > propre personne. » {h}


    1. Paris, Thomas de la Ruelle, 1624, in‑8o de 940 pages.

      V. note [29], lettre 396, pour Les Recherches des Recherches (Paris, 1622) du R.P. François Garasse contre les œuvres d’Étienne Pasquier (mort en 1615, v. note [16], lettre 151).

    2. Actuel quartier de la cathédrale de même nom, qui était initialement située près des remparts de la cité.

    3. Apologie du Père François Garassus, de la Compagnie de Jésus, pour son livre contre les athéistes et libertins de notre siècle. Et Réponse aux censures et calomnies de l’auteur anonyme (Paris, Sébastien Chappelet, 1624, in‑12 de 360 pages).

    4. Procuration : « pouvoir, acte par lequel on donne charge à quelqu’un de faire quelque chose qui soit aussi valable que si on la faisait en personne » (Furetière).

    5. Dans la section viii (pages 238‑239) de ses Recherches des Recherches d’Étienne Pasquier (v. supra notule {a}), Garasse ne parle pas de son père, mais de procuration :

      « Or je me plains de vous, Maître Pasquier, comme ayant procuration de tous les notaires, procureurs, tabellions, sergents, huissiers, imprimeurs, libraires, relieurs, tailleurs, chaussetiers, cordonniers, lunettiers, cogne-fétus, {i} papetiers, crocheteurs, {ii} mangonniers {iii} et crieurs d’allumettes, qui prétendent que leurs vacations sont aussi nécessaires à l’État, aussi importantes aux recherches de France, aussi anciennes et privilégiées que celles des barbiers ; et partant, vous avez tort, disent tous mes postulants, {iv}de les passer par un fidelium, {v} pour user de vos proverbes, et faire si grande et honorable mention de tous les barbiers. » {vi}

      1. Ceux qui se donnent beaucoup de peine pour n’arriver à rien, les incapables.

      2. Portefaix.

      3. Revendeurs de marchandises (regrattiers).

      4. Avocats.

      5. « Accomplir en bloc quelque obligation ; s’acquitter légèrement des commissions dont on est chargé » (Littré DLF).

      6. Sans vraiment éclaircir le propos de l’Anti-Garasse, cette citation illustre le style cocasse de sa victime.

    6. « de n’être toujours qu’auditeur » (sans avoir jamais accédé à un office supérieur, comme maître des comptes). En dépit des indications fournies, je n’ai pas trouvé la source de cette citation.

    7. Le 10 août 1588.

    8. S’il n’était peut-être pas lieutenant criminel d’Angoulême, Garasse, le père (de prénom inconnu), est au moins qualifié ici de « procureur » de justice.

    47.

    « Garasse a voulu assouvir sa haine en s’exposant au péril de la peste » : manière fort cruelle d’interpréter, comme un suicide, l’abnégation et la pieuse mort de François Garasse.

    Ce curieux portrait, qui le dépeint comme vénal, cynique et même athée, s’accorde mal avec les très vigoureux combats qu’il mena contre les libertins et les jansénistes, et lui valurent leur très profonde haine.

    V. note [7], lettre 25, pour l’écrivain Jean-Louis Guez de Balzac, dont Garasse critiqua la plume et les mœurs.

    48.

    « sauf avant cent ans d’ici. »

    V. notes [4], lettre 37, pour un copieux développement sur l’expulsion des jésuites de Venise en 1606, et [1], lettre 465, pour leur rétablissement en 1657.

    49.

    Le contexte des deux citations latines aide à comprendre le propos déroutant du Borboniana, qui assimile les poètes aux carmes déchaussés (v. note [22], lettre 198).

    1. La « caste d’hommes la plus inoffensive » provient du commentaire en prose de Dominicus Baudius {a} qui suit son poème intitulé In obitum Philippi ii Hispaniarum Regis [Sur la mort de Philippe ii, roi des Espagnes], page 500 des Poemata (Leyde, 1607). {b} Baudius s’y justifie d’avoir crûment décrit la très singulière mort du souverain, en 1598, dévoré par les poux : {c}

      Quæ meditatio quum penitus animo meo insedisset, simul etiam studio partium incitatus fui forte nonnihil acerbior atque intemperantior, quam homini privato in supremam potestatem licere fas piumque sit. Sed difficile est tenere modum, ubi semel prævalidi isti affectus animum occupaverunt, quibus regendis impares sumus. Illud etiam vehementiam styli exasperavit quod non memineram quenquam excelsæ dignitatis principem interisse tali genere mortis, nisi qui vel sæviendo, vel divinos honores affectando humanitatem exuisset. Ferunt tamen duos poetas, genus hominum innocentissimum phtiriasi consumptos fuisse, Pherecyden et Alcmanem, e quibus ille Philosophi nominis inventorem Pythagoram disciplum habuit, et primus inter ethnicos asseruit æternitatem animarum.

      [Cette méditation s’est profondément installée dans mon esprit, en même temps aussi que l’examen soigneux des faits m’y a incité ; mais peut-être ai-je néanmoins été plus acerbe et plus excessif que la règle et le respect ne le permettent à un modeste particulier envers le pouvoir suprême. Il est toutefois difficile de garder la juste mesure quand ces très vifs sentiments, qui rendent partiaux à l’égard des souverains, vous ont préoccupé l’esprit. Ce qui a aussi attisé la véhémence de ma plume fut que je n’avais pas souvenance d’un prince du plus haut rang qui eût jamais succombé à une telle sorte de trépas, à part celui-là qui mourut après avoir déchaîné tant de furie et s’être tant acharné contre le respect dû à Dieu. On raconte cependant que deux poètes, caste d’hommes la plus inoffensive, {d} ont été rongés par la phtiriase : {e} Phérécyde et Alcman ; {f} le premier des deux eut pour disciple Pythagore, l’inventeur du mot philosophie, et fut le premier parmi les païens à revendiquer l’immortalité de l’âme].


      1. V. note [30], lettre 195.

      2. V. note [36] du Patiniana I‑3.

      3. V. note [4], lettre 831.

      4. Mise en exergue du passage cité par le Borboniana.

      5. Lésions cutanées provoquées par les poux, v. note [29], lettre 146.

      6. Phérécyde de Syros est un philosophe présocratique du vie s. av. J.‑C., l’un des Sept Sages de la Grèce (v. notule {e}, note [24] du Borboniana 9 manuscrit) et l’oncle de Pythagore (v. note [27], lettre 405).

        Alcman est un poète lyrique grec du viie s. av. J.‑C.

        Aristote, dans son Histoire des animaux (livre v, chapitre xxv, § 3) dit qu’ils sont tous deux morts dévorés par les poux.

        Diogène Laërce (Vies des philosophes illustres, livre i, chapitre 122) cite cette lettre de Phérécyde à Thalès (v. note [26], lettre latine 4) :

        « Puisses-tu connaître une belle mort quand viendra pour toi ce qui doit advenir. La maladie m’a surpris alors que je recevais ta lettre. J’étais tout entier couvert de poux et la fièvre me terrassait. J’ai donc enjoint à mes serviteurs, lorsqu’ils m’auront enseveli, de t’apporter ce que je t’ai écrit. […] Alors que j’étais toujours davantage opprimé par la maladie, je ne laissais plus entrer aucun des médecins ni des compagnons ; comme ils se tenaient à la porte et me demandaient comment j’allais, en faisant passer mon doigt par le trou de la serrure, je leur montrai comme j’étais dévoré par le mal. Et je leur ai dit à l’avance de venir le lendemain pour les obsèques de Phérécyde. »

    2. « la caste irritable des poètes » vient de la lettre 2, livre ii des Épîtres d’Horace (vers 102) :

      Multa fero ut placem genus irritablie vatum.

      [J’en supporte énormément pour plaire à l’irritable caste des poètes].

    L’Ordre des carmes déchaussés a été fondé au xvie s. par Thérèse d’Avila (v. note [6], lettre 758) et par le moine espagnol Jean de la Croix (1542-1591), bienheureux (1675), saint (1726) et docteur (1926) de l’Église catholique. La grande qualité littéraire de ses poèmes mystiques lui a valu d’être consacré au xxe s. « Prince des poètes » espagnols.

    Nicolas Bourbon, ne s’intéressant qu’aux livres latins, {a} avait pu lire les :

    Opera mystica V. ac Mystici Doctoris F. Ioannis a Cruce primi religiosi discalceati ordinis D.V.M. de Monte Carmelo et Seraphicæ Virginis Theresiæ fidelissimi coadiutoris. Ex Hispanico idiomate in Latinum nunc primum translata, per R.P. F. Andream a Iesu Polonum eiusdem Ordinis Religiosum. Una cum Elucidatione Phrasium Mysticarum, quas Author in his suis Operibus usurpat. Quorum seriem versa pagina docebit.

    [Œuvres mystiques du Frère Jean de la Croix, vénérable et mystique docteur, premier religieux déchaussé de l’Ordre des frères de Notre Dame du Mont Carmel, et très fidèle coadjuteur de Thérèse, vierge séraphique. {b} Pour la première fois traduites de l’espagnol en latin par le R.P. André de Jésus, religieux polonais du même Ordre. Avec un éclaircissement des expressions mystiques que l’auteur emploie dans ses œuvres, dont la page suivante procure la liste]. {c}


    1. V. supra note [43].

    2. Thérèse d’Avila.

    3. Cologne, Henricus Krafft, 1639, in‑4o en deux parties de 469 et 200 pages.

    Sachant tout cela, il appartient à chacun de décider ce qu’a voulu dire le Borboniana : si Nicolas Bourbon se moquait des carmes déchaussés (va-nu-pieds), des poètes (dont il était lui-même), ou des deux castes à la fois. Nous en savons toutefois un peu plus sur l’exécration qui poussait les écrivains à imaginer que leur pire ennemi était mort dévoré par les poux, hors de toute vraisemblance médicale.

    50.

    « “ La bonne santé ne repose pas sur l’opinion d’autrui, si quelqu’un souffre d’une maladie interne, etc. ” Allons M. Ramus, allons M. Talon ! Voyez le tome i des Opera d’Adrien Turnèbe, page 262. »

    Omer i Talon (Audomarus Talæus, vers 1510-Paris 1562), grand-oncle de Jacques {a} et du plus célèbre Omer ii, {b} avocats généraux qui se sont succédé au Parlement de Paris, était prêtre et curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. {c} Professeur de rhétorique au Collège du Cardinal Lemoine, {d} Omer i Talon était très ami de Pierre Ramus. {e}

    Avec deux « allons… ! », dont le sens est à prendre pour ironique, le Borboniana citait les :

    Viri clarissimi Adriani Turnebii Regii quondam Lutetiæ Professoris Opera : nunc primum ex bibliotheca Amplissimi Viri Stephani Adriani F. Turnebi Senatoris Regii, in unum collecta, emendata, aucta et tributa in Tomos iii

    [Œuvres du très distingué M. Adrien Turnèbe, {f} jadis professeur royal à Paris. Tirées pour la première fois de la bibliothèque du très éminent M. Étienne Turnèbe, le fils, conseiller du roi, {g} qui les a réunies en un seul volume, corrigées, augmentées et distribuées en trois tomes…]. {h}


    1. V. note [53], lettre 155.

    2. V. note [55], lettre 101.

    3. V. note [29] des Affaires de l’Université de 1651-1652 dans les Commentaires de la Faculté de médecine.

    4. V. note [6], lettre 34.

    5. V. note [7], lettre 264.

    6. Mort en 1577, v. note [20], lettre 392.

    7. Au Parlement de Paris.

    8. Strasbourg, Lazarus Zeznerus, 1600, un volume in‑fo en trois parties totalisant 770 pages.

    La page 262 du tome i des correspond à la première page des deux discours qui composent l’Adriani Turnebi Responsio ad Audomari Talæi admonitionem Leod. a Quercu Nomine edita m. d. lvi. [Réponse d’Adrien Turnèbe à l’avertissement d’Omer Talon publié à l’adresse de Leodegarius a Quercu {a} l’an 1556], dont le premier est intitulé Leodegarii a Quercu Responsio ad Audomari Talæi Admonitionem [Réponse de Léger Duchesne à l’Avertissement d’Omer Talon] ; c’est donc Duchesne, et non Turnèbe, qui s’adressait à Omer Talon. La citation du Borboniana est extraite des premières lignes (numérotées 13‑28) de cette réponse :

    Miror equidem, Audomare Talæe, tantum esse a valetudine tua otii tibi, ut aliena potius negotia, quam eam cures, præsertim sic afflictam et perditam. Quis enim non videt, cuivis potius quam tibi has partes admonitionis suscipiendas fuisse ? Consultius multo fecisse, si corpusculo consuluisses, tuo, tibique pepercisses : ac sane vereor, ne admonitio ista ad morbum aliquid addat : est enim omnis offensio ; omnisque labor sic affecto copore magnopere cavendus : nec tibi prospexit, qui hoc oneris aliorum admonendorum tibi imposuit, præsertim salvus ipse et valens tam debili et emaciatio : ultroque, si te amasset, impetum tuum retinere retardareque debuisset, et tuarum te virium, tuæ imbecillitatis admonere ; nisi forte hoc hominibus ostendere voluisti, te aliquando firmiorem esse, et nonnihil ex morbo esse recreatum. Sed mihi velim credas, valetudo, ut alia, fama non constat ; si intus æger sis, cum hac in re nemo plus aliis debeat credere quam sibi : si enim te confirmatiorem paulo esse crediderimus, nihilo magis fueris : nos enim non morbum fefelleris. Sed quoniam te sibi patronum tam infirmum Logicus quæsivit, qui alium quemvis parare debuisset, ne bona caussa qualicunque tuo patrocinio obscurata esse videatur ego, qui ut confido, te aliquanto firmior sum, ei non deero, et amicitia Adriani et bonitate causæ adductus, non admonitioni sed criminationi tuæ breviter respondebo.

    [Je m’étonne assurément, cher Omer Talon, que tu te soucies si peu de ta santé que, quand elle est profondément abattue et ruinée, tu préfères t’occuper d’autres affaires que de te soigner. Qui donc ne te reconnaît-il pas, plutôt que n’importe qui d’autre, comme l’auteur de cet avertissement ? Tu aurais été bien mieux avisé de penser à ton pauvre petit corps et de le ménager, car je crains sincèrement que cet avertissement n’aille empirer ton mal : il est en effet tout entier irritation et souffrance, et doit alarmer sur le point de délabrement que ton corps a atteint ; et tu n’as bien eu égard à qui t’a imposé la charge d’admonester les autres, quand celui-là est en belle santé et en possession de toutes ses forces, tandis que tu es, toi, faible et tout émacié. En outre, celui-là, s’il t’aimait vraiment, aurait dû modérer et freiner ton élan, et te mettre en garde contre l’état de tes forces et contre ta débilitation ; à moins peut-être que tu n’aies voulu montrer aux hommes que tu te savais encore ferme, sans t’être néanmoins rétabli de ta maladie. Je voudrais pourtant que tu me croies : la bonne santé, comme le reste, ne repose pas sur l’opinion d’autrui ; si quelqu’un souffre d’une maladie interne, {b} il ne doit là-dessus faire confiance à nul autre que lui-même ; car si nous voulions bien croire que te voilà un peu plus solide, cela ne te rendrait pas tel, car nous n’aurions pas déjoué ton mal. Mais puisque Logicus {c} s’est choisi un avocat si impotent, quand il aurait dû prendre n’importe qui d’autre afin que ton patronage ne semblât quelque peu assombrir la bonté de sa cause, moi, qui, comme, à n’en pas douter, suis plus solide que toi, je ne lui ferai pas défaut et, poussé par mon amitié pour Adrien {d} et par l’excellence de sa cause, je m’en vais répondre brièvement non pas à ton avertissement, mais à ce qui qui ressemble plutôt à ton réquisitoire]. {e}


    1. Leodegarius a Quercu est le nom latin de Léger Duchesne (mort en 1588), jurisconsulte et philologue originaire de Rouen, lecteur royal de rhétorique et de latin, et prolifique écrivain.

    2. Mise en exergue du passage cité par le Borboniana, qui a omis ut alia [comme le reste], et remplacé si intus æger sis [si tu es malade de l’intérieur] par si quis intus æger sit [si quelqu’un est malade de l’intérieur].

    3. Le « Logicien » est le surnom que Duchesne donnait ici au littérateur Lancelot de Carle (ou Carles, Bordeaux vers 1508-Paris 1568), évêque de Riez (en 1550), dont le nom figure (en grec, Λαγκιλοτος Καρλος επισκοπος Ρηγιει, Lagkiotos Karlos episcopos Rêgiei) en titre du discours suivant (écrit par Turnèbe, page 265). Le prélat avait demandé à Talon d’écrire pour sa défense dans sa dispute académique avec Turnèbe. Elle portait sur le commentaire qu’il avait donné du livre de Cicéron De Fato [Du Destin], et qui est imprimé avant le discours de Duchesne dans les Opera.

    4. Turnèbe.

    5. La « brièveté » de la réponse de Duchesne est une litote : elle continue sur les trois grandes pages suivantes de l’ouvrage. Rien de ce qu’il y a écrit ne permet de déduire que la maladie de Talon était une syphilis ; mais en poussant très loin la spéculation, on pourrait penser à une démence mégalomaniaque liée à une paralysie générale (phase tertiaire de la maladie, v. note [9], lettre 122).

    51.

    « Andrea Navagero, ambassadeur de la sérénissime République de Venise auprès de François ier, roi de France, mourut à Blois, cité située au bord de la Loire, le 8 mai 1529, en sa 46e année d’âge. »

    J’ai corrigé (de 1629 en 1529) l’erreur du manuscrit sur l’année de la mort d’Andrea Navagero (Andreas Nangerius, Venise 1493-Blois 1529), poète, botaniste et diplomate vénitien. Il s’est surtout fait connaître par ses vers et ses discours latins.

    52.

    Célèbre épisode de l’Histoire sainte, le Massacre des Innocents n’est relaté que dans l’Évangile de Matthieu (2:13‑18), après la visite des Mages venus adorer le nouveau « roi des Juifs » (le jeune enfant Jésus) :

    « Après leur départ, l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “ Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse. Car Hérode {a} va rechercher l’enfant pour le faire périr. ” Joseph se leva, prit de nuit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il demeura jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi devait s’accomplir cet oracle prophétique du Seigneur :

    D’Égypte, j’ai appelé mon fils. {b}

    Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Mages, {c} fut pris d’une violente fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les Mages. Alors s’accomplit l’oracle du Prophète Jérémie :

    Dans Rama s’est fait entendre une voix,
    qui sanglote et moult se lamente :
    c’est Rachel pleurant ses enfants ;
    et ne veut pas qu’on la console,
    car ils ne sont plus
    . » {d}


    1. V. note [24], lettre 183.

    2. Osée 11:1.

    3. Hérode avait chargé les Mages de le renseigner sur l’enfant qui venait de naître : ils le trouvèrent à Bethléem en suivant l’étoile qui les guidait, et l’adorèrent ; mais, avertis par un songe, ils ne retournèrent pas voir Hérode pour l’en aviser (Matthieu 2:1‑12).

    4. Jérémie 31:15.

    V. notes :

    • [18], lettre 95, pour Flavius Josèphe, historien judaïque du ier s. de l’ère chrétienne ;

    • [8] du Borboniana 2 manuscrit, pour Philon d’Alexandrie, dit le Juif, exégète biblique contemporain du Christ (dont il n’a pas dit mot dans ses écrits).

    53.

    Macrobe, {a} dans ses Saturnales (livre ii chapitre 4), a relaté quelques bons mots de l’empereur Auguste, {b} dont celui que citait ici le Borbonianai :

    « Quand il apprit que, parmi les enfants de deux ans et au-dessous qu’Hérode, roi des Juifs, avait fait massacrer en Syrie, {c} était compris son propre fils, il dit : “ Il vaut mieux être le porc d’Hérode que son fils. ” »


    1. Au ive s. de notre ère, v. note [52], lettre 52).

    2. Qui régna de 27 avant à 14 après J.‑C.

    3. En l’an 6, Auguste avait incorporé la Judée à la Syrie.

    Iosephi Scaligeri Iulii Cæsaris F. Opus de Emendatione temporum : Hac postrema Editione, ex Auctoris ipsius manuscripto, emendatius, magnaque accessione auctius. Addita veterum Græcorum Fragmenta selecta, quibus loci aliquot obscurissimi Chronologiæ sacræ, et Bibliorum illustrantur : cum Notis eiusdem Scaligeri

    [Ouvrage de Joseph Scaliger, fils de Jules-César, sur la Correction des temps. En cette dernière édition, il a été mieux corrigé, suivant le manuscrit de l’auteur, et augmenté d’une grande annexe. On y a ajouté des Fragments choisis des anciens Grecs, qui éclairent quelques passages fort obscurs de la Chronologie sacrée et des Bibles, avec des notes du dit Scaliger]. {a}


    1. Genève, Typis Roverianis, 1629, in‑fo de 784 pages ; Paris, Mamert Patisson, 1583, in‑fo, pour la première édition.

    La citation et la réfutation du passage de Macrobe se lisent en effet dans le livre vi, page 550 :

    Sed omnino tam falsum est Antipatrum Herodis filium inter illos pueros cæsum, quam ipsum Antipatrum bimulum fuisse : nisi forte hominem xxv annorum, aut amplius bimulum vocaveris. Neque enim Iosephus infanticidia illa tacuisset, si eodem tempore, quo cædes Antipatri, contigissent. Interfectus est autem Antipater iussu patris quinque diebus ante obitum ipsius patris.

    [D’Antipater, fils d’Hérode, {a} il est tout aussi faux de dire qu’il fut l’un des enfants qu’on a massacrés, que de le tenir pour un enfant deux ans ; à moins peut-être d’appeler enfant de deux ans un homme âgé de 25 ans, voire plus. En outre, Josèphe n’aurait pas passé sous silence de tels infanticides s’ils avaient eu lieu au moment où mourut Antipater, car son père a ordonné de le tuer cinq jours avant sa propre mort]. {b}


    1. Antipater (distinct de son frère Hérode Antipas), l’un des six fils d’Hérode, serait né en 21 s. av. J.‑C. Flavius Josèphe (Guerre des Juifs, livre i, chapitres xxixxxxiii) a décrit l’alliance d’Antipater avec les Romains pour renverser Hérode, qui ordonna la mort de son fils peu avant de mourir lui-même (en l’an 4 de l’ère chrétienne).

    2. V. infra note [54] pour une copieuse suite de la discussion sur ce point d’Histoire sainte qui agitait fort les esprits du temps, partagés entre foi et incrédulité.

    54.

    « Voyez Casaubon contre Baronius, page 145, {a} Salian, au tome 6 de ses Annales, page 793 et dans leur Épitomé, page 1081. {b} Voyez aussi Sponde dans l’Épitomé de Baronius, tome i, page 16, {c} la Chronologie d’Abraham Bucholcer, in‑fo, page 627. {d} Voyez Montagu dans sa Vie du Christ, première partie, page 257. » {e}


    1. V. note [18], lettre 318, pour les 16 Exercitationes [Essais] d’Isaac Casaubon contre les Annales ecclesiasticæ [Annales ecclésiastiques] du cardinal Baronius (Londres, 1614). Dans le chapitre xvi de l’Exercitatio ii (pages 193‑194), Casaubon exprime ses doutes historiques sur le fils d’Hérode : {i}

      De quarto Herodis filio a patre occiso inter innocentes, quem Baronius et alii eruunt ex Augusti ioco apud Macrobium, magna est dubitatio. Nam constat Alexandrum, non quidem inter innocentes, sed tamen eodem fer tempore fuisse affectus supplicio, quo innocentibus via est erepta. An autem putandus est Herodes, qui septuagenarius, aut non multis mensibus minor obiit, ante biennium genuisse filium, qui bimulus cum cæteris occisus ? Miramus iure inexcusabile silentium Iosephi, qui de infanticidio nihil dixit : sed ei admirationi iustior locus, si inter cæteros unus extitit, ipsius Herodis filius. An fuerit Iosepho norum infanticidium potest fortasse dubitari : quia intra Bethlehemi fines illa tragœdia fuit parata ? Herodis filium eius ætatis, Bethlehemi potius quam in urbe regia fuisse nutritum, nulla suadet ratio saltem necessaria. Si, ut videtur probabilius, Ierosolymis colebatur, cur occidendis in Bethlehem est adnumeratus ? Postremo cædes infantium Bethlehemitarum, caussam habuit, quia e Scripturis persuasum Herodi fuerat, quendam esse Bethlehemi natum infantem, qui futurus esset Rex Iudææn translato ad se regno e domo Herodis. Dura est pene absurda coniectura, Herodis coniugem Bethlehemi, potius qaum in regia, peperisse, siquidem peperit. Tum autem qui feræ illius crudelissimæ, Herodem dico, mores norit, merito dubitaverit, an amore tanto liberos alios suos maiores, vel nepotes e filiis quos occiderat, sit prosecutus ; ut natum ex se infantem, propterea iusserit necari, ne priores liberi regnum amitterent : quum præsertim, nihilominus in sua domo regnum cognosceret fore mansurum. Apud Credenum ex aliquo veteri scriptore extat hujusmodi observatio : Herodem παιδοκτονον, infanticidam audire, et propriam quasi appellationem esse hanc illi inditam, non solum propter infantes Bethlehemicos ; sed etiam propter tres filios proprios quos occidit δια το τοτου ιδιους τρεις υιους επικτειναι ; nimirum auctori huius observationis de quarto filio Herodis, quem inter infantes infantem peremit, nihil erat auditum : nam illi tres filii occisi ab Herode notissimi sunt, Alexander, Aristobulus, Antipater. Cæterum in hac historia Baronius toties peccat, quoties de temporibus adversus Iosephum aliquid mutit : ille vero etiam scriptores priores confidenter reprehendit, quia eandem secum erroris viam non sint ingressi.

      [Le doute est profond quant au quatrième fils d’Hérode que son père aurait fait tuer parmi les Innocents, et que Baronius et d’autres ont déniché dans le bon mot d’Auguste rapporté par Macrobe ; car il est clair qu’Alexander a été soumis au supplice fatal à peu près à la même période que celle où les Innocents ont été massacrés, mais n’en faisait certainement pas partie. Doit-on en effet penser qu’Hérode, alors septuagénaire et à quelques mois de sa propre mort, ait engendré deux ans plus tôt un fils qui aurait été tué avec les autres enfants de son âge ? Nous sommes légitimement surpris du silence inexcusable de Josèphe, qui n’a pas dit mot de cet infanticide ; et notre étonnement s’accroît encore si le propre fils d’Hérode en a été l’une des victimes. Ne peut-on même se demander si Josèphe a seulement eu connaissance de cette tragédie, car elle a eu lieu dans les murs de Bethléem ? Aucune raison tant soit peu plausible n’explique pourquoi Hérode aurait envoyé un fils de cet âge en nourrice à Bethléem plutôt que le garder dans la capitale de son royaume. Si, comme il semble plus probable, il vivait à Jérusalem, pourquoi l’a-t-on compté parmi ceux qu’on a tués à Bethléem ? Enfin, selon l’Écriture Sainte, la cause de la tuerie des enfants de Bethléem fut la conviction d’Hérode qu’y était né un enfant qui deviendrait roi de Judée en prenant possession du pouvoir qui appartenait à la Maison d’Hérode. Il est difficile et presque absurde de supposer que l’épouse d’Hérode ait accouché à Bethléem plutôt que dans le palais royal, pour autant qu’elle ait jamais accouché. En outre, qui connaît les mœurs de cette très cruelle bête sauvage, j’entends Hérode, aura raison de douter qu’elle ait manifesté, envers ses autres enfants plus vieux, ou envers ses petits-enfants nés des fils qu’il avait tués, un amour si grand qu’il ait ordonné que le tout jeune garçon, qu’il avait lui-même engendré, fût mis à mort ; et ce afin que la succession de son royaume n’échappât pas à ses frères aînés, surtout quand il était assuré que sa couronne demeurerait désormais entre les mains de sa famille. On lit dans Cédrène cette sorte de remarque tirée de quelque ancien auteur : {ii} « Hérode est appelé l’infanticide, et ce surnom particulier lui a été attribué non seulement à cause des enfants de Bethléem, mais aussi parce qu’il a tué trois de ses propres fils » L’auteur de cette observation n’avait assurément rien ouï dire d’un quatrième fils d’Hérode qui aurait été tué en bas âge parmi les Innocents ; mais les trois fils qu’Hérode a occis sont parfaitement connus, ils s’agit d’Alexandre, d’Arsitobule et d’Antipater. {iii} Autrement, Baronius se trompe en cette histoire chaque fois qu’il altère quelque fait chronologique en contredisant Josèphe ; mais il a aussi corrigé avec assurance les anciens auteurs, parce qu’ils ne l’avaient pas suivi dans la voie de son erreur].

      1. Chapitre intitulé Eusebii locus a Baronio negligenter tractatus. De puero Herodis inter infantes innocentes occiso [Passage d’Eusèbe que baronius a négligemment traité. Sur la fils d’Hérode massacré parmi les enfants innocents].

      2. Georges Cédrène (Georgios Kedrenos) est un moine byzantin du xie s., auteur d’une compilation d’ouvrages historiques intitulée Synopsis historion ou Chronique universelle, allant de la création d’Adam à l’avènement de l’empereur Isaac Comnène en 1057.

      3. Dans ses Antiquités judaïques, Flavius Josèphe accuse Hérode d’avoir fait tuer deux de ses fils, prénommés Alexandre et Aristobule, qu’il suspectait de comploter contre lui (livre xvi, fin du chapitre 11) ; mais il explique ensuite qu’un troisième fils, Antipater, aurait été le véritable auteur du meurtre de ses deux frères (livre xvii, chapitre 1).

    2. La page 793 du tome vi (et dernier) des Annales Ecclesiastici… de Jacques Salian {i} porte sur l’an premier de la vie du Christ, 43e de celle d’Auguste et dernier de celle d’Hérode ; elle est entièrement consacrée au Massacre des Innocents (Cædes Innocentium), et à l’insatiable cruauté et la mort du roi de Judée (datée ici de l’année même du Massacre).

      Un résumé s’en lit à la page 1081 (bas de la 1re colonne et haut de la 2e) de l’Annalium Ecclesiasticorum Veteris Testamenti Epitome ab ipsomet eorum Auctore Iacobo Saliano Societatis Iesu Presbytero fideliter accurateque confecta… [Abrégé des Annales ecclésiastiques de l’Ancien Testament, rédigé par leur auteur, Jacques Salian, prêtre de la Compagnie de Jésus…], {ii} dans les paragraphes xiv, Herodis morbi mortis prævii [Maladies qui ont précédé la mort d’Hérode] et xv, Accipit potestatem in filium [Il reçoit le pouvoir de punir son fils] :

      De ea morte pauca refere par est, in argumentum divinæ in consceleratum hominem vindictæ. Regi ait, morbus factus est gravior, pœnam Impietatis exigente Numine. Lento enim calore torrebatur, qui non tam externo tactu deprehenderetur, quam intus viscera popularetur. Aderat et vehemens voracitas, cui necesse esset cibos suggerere continenter : simulque vexabatur intestinorum exulceratione, et colicis doloribus pedes tumebant phlegmate humido et pellucido, similiterque inguina : ipsa quoque verenda putrefacta scatebant verminibus, cum molesta tentigine et fœtore gravissimo. Super hæc omnia nervorum contractione laborabat, et difficultate anhelitus. Cumque ei mortem remedia accelerarent, atra bile prægravante, immane facinus aggressus est. Nobiliores enim Iudæorum minaci edicto convocatos conclusit in circo, et sororem suam Salomem, eiusque virum Alexam infimis precibus ac lacrymis exorare aggressus est, ut cum primum exhalasset, tantisper ius morte cælata, eam omnem multitudinem immisso milite trucidaret ; sicque publico luctu honoraretur, omnibus per totam ditionem non ficte lugentibus. Expectatione tamen sua frausus est tyrannus immanissimus, et totum facinoris reatum secum tulit ad inferos, facinore non perpetrato, sicut mox cum sibi ipse manus adferre tentavit.

      Dum hæc ille dat mandata cognatis, supervenerunt ab urbe literæ quibus Antipater suscepti convictus patricidii, et Regis et Patris arbitrio relinquebatur, sive ipsum vellet in exilium pellere, sive capite plectere. Quibus auditis Herodes paululum recreatus est : moxque gravi dolore repetitus, cibi tamen avidus, malum simul et cultellum poposcit, seipsum ferire cupiens, fecissetque, nisi Achiabus ex sorore nepos, ictum præveniens, eius dexteram clamore sublato cohibuisset. Is tumultus auditus est ab Antipatro, qui ratus Patrem extinctum, seque statim regem fore, egit cum custode carceris multis promissis, ut dimitteretur liber. Ille vero usque adeo non patuit, ut Herodi rem totam proderet. Rex præ indignatione exclamans, et caput sibimet verberans, misit unum de satellitibus, qui Antipatrum sine mora perimeret, et corpus ignobili conderet sepulchro.

      [Il n’est que juste de conter brièvement sa mort, pour preuve de la vengeance divine contre un scélérat. « La maladie du roi, dit-il, {iii} s’aggrava, car Dieu exigeait de punir son impiété : une fièvre lente s’était emparée de lui ; elle n’était pas très perceptible en lui palpant la surface du corps, mais n’en envahissait pas moins ses entrailles. Elle se manifestait par une insatiable voracité qui l’obligeait à absorber continuellement de la nourriture ; et en même temps qu’il était tourmenté d’ulcérations des intestins et de douleurs coliques, un flegme humide et transparent lui enflait les membres inférieurs, des pieds jusqu’aux aines ; ses parties sexuelles putréfiées grouillaient de vers, avec une insupportable érection et une puanteur épouvantable. En outre, il était torturé de crampes de tous les muscles et d’une gêne à respirer. » Comme les remèdes ne faisaient que hâter son trépas, en le surchargeant d’atrabile, il fomenta un monstrueux crime : sur un édit menaçant, il convoqua les plus nobles des Juifs et les enferma dans un cirque ; puis, en ses dernières prières et lamentations, il entreprit d’obtenir de sa sœur Salomé et de son mari, Alexas, qu’une fois qu’il aurait rendu le dernier soupir et avant la célébration de ses funérailles, ils enverraient des soldats qui massacreraient tous ces gens ; et qu’ainsi, il recevrait les honneurs du deuil public, en provoquant les larmes sincères de tous le sujets de son royaume entier. Toutefois, l’espérance de ce plus exécrable des tyrans fut déçue : il emporta avec lui aux enfers toute l’impiété de son crime, qui ne fut pas exécuté, en prétendant qu’il avait lui-même bientôt après décidé de revenir sur son ordre.

      Tandis qu’il donnait ces instructions à sa famille, arrivèrent de Rome des lettres disant qu’Antipater avait été convaincu d’ourdir un parricide, et laissant au roi, son père, le soin d’en établir la sentence soit en l’exilant, soit en le châtiant de la peine capitale. À ces nouvelles, le roi avait retrouvé quelque vigueur ; mais ses souffrances ayant bientôt repris, avec son avidité pour la nourriture, il demanda une pomme et un couteau, dont il tenta de se frapper lui-même ; et il l’aurait fait si Achab, le fils de sa sœur, n’avait détourné le coup en lui retenant la main, tandis qu’il poussait un grand cri. Antipater ayant eu vent de ce tumulte et pensant que son père était mort et qu’il allait aussitôt devenir roi, fit mille promesses au gardien de sa prison afin qu’il le libérât ; ce qu’il lui refusa tant qu’il n’aurait pas rapporté toute l’affaire à Hérode. Le roi poussa de grands cris d’indignation, en se frappant la tête, et envoya un de ses soldats tuer Antipater sur-le-champ et jeter son corps dans une fosse infâme]. {iv}

      1. Paris, 1624, v. note [8] de la Leçon au Collège de France sur la manne.

      2. Cologne, Johannes Mikinchius, 1639, in‑fo de 1 108 pages.

      3. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre i, chapitre xxxiii, § 5, mais dans une traduction latine plus répugnante encore que l’original grec (pour accentuer la cruauté de la vengeance divine) : en particulier la « pénible érection », qui évoque un priapisme mais que Josèphe n’a pas mentionnée.

      4. Ce récit de Salian est un fidèle condensé de celui de Josèphe.

    3. Annales Ecclesiastici, ex xii. tomis Cæsaris Baronii S.R.E. Presb Cardinalis, Bibliothecarii Apostolici, in Epitomen redacti. Editio altera, priori longe accuratior… Opera Henrici Spondani Mauleonensis, S.R.E. Protonotarii.

      [Annales ecclésiastiques, tirées des 12 tomes de Cæsar Baronius, cardinal-prêtre de la sainte Église romaine, bibliothécaire apostolique, mises en abrégé par les soins de Henri de Sponde, {i} natif de Mauléon, protonotaire apostolique… Seconde édition beaucoup plus exacte que la première]. {i}

      La relation de Macrobe est commentée à la page 13 de la section De Adventu Filii Dei [Sur l’Avèvnement du Fils de Dieu] :

      […] Melius est Herodis porcum esse, quam filium ; quod scilicet qui filios occideret, abstineret a nece porcorum, utpote religione Iudæus, quibus porci abominationi erant. His autem videas, eo insaniæ atque furoris processisse cœcam Herodis dominandi cupidinem, ut cum omnes homines sic regnare velint, ut cupiant etiam regnum ipsum in filios propagare ; ipsamet modo armaverit parentem in filios ne regnent. Non enim unum tantum, quem Macrobius tradit, occidit Herodes filium ; sed tres alios, licet aliis temporibus, aliisque de causis, ut docet Iosephus. Verum quis iste parvulus fuerit, de quo Macrobius agit, nec apud Iosephum invenies, nec nomen quidem eius sciri potest ; facile enim accidit, ut nulla ratio haberetur infantis, qui e vestigio de utero translatus esset ad tumulum : ne tu putes Macrobium erroris esse redarguendum ex silentio Iosephi, quem multa quidem memoria digna præteriisse constat. Quod autem pertinet ad necatos infantes ; quod illi pro Christo innocentes occisi sint, immo et in singulis Christus videatur occisus, merito magno honore eos semper Ecclesia affectit, et ut Martyres coluit atque anniversaria memoria celebrare consuevit.

      [(…) Il vaut mieux être le porc d’Hérode que son fils : pour dire que cet homme qui massacrait les fils, s’abstenait de tuer les porcs, car il était juif de religion, laquelle tient naturellement les pourceaux en abomination. Ces paroles font aussi entendre que le désir aveugle de dominer, qui possédait Hérode, avait atteint un tel degré de folie et de furie qu’il alla jusqu’à armer le père contre ses fils afin qu’ils ne règnent pas, quand tous les princes sensés désirent que leurs enfants héritent de leur royaume. De fait, Hérode ne s’est pas contenté de tuer un seul de ses fils, comme raconte Macrobe, mais trois autres, selon Josèphe, quoiqu’à d’autres moments et pour d’autres raisons. {iii} Pourtant, vous ne trouverez pas dans Josèphe ce tout jeune enfant, dont parle Macrobe, et ne pourrez même en connaître le nom. On en déduit aisément qu’il n’accordait aucune valeur à un nourrisson qu’on aurait directement fait passer du sein de sa mère au tombeau ; mais ne songez pas à convaincre Macrobe d’erreur en vous fondant sur le silence de Josèphe, car il a omis quantité de faits dignes de mémoire. Cela concerne aussi les enfants qui furent massacrés : l’Église a toujours légitimement et grandement honoré le fait que ces Innocents aient été tués à la place du Christ, et même que chacun d’eux soit une image du Christ sacrifié, au point qu’elle les a vénérés comme martyrs et qu’elle a instauré la coutume de célébrer chaque année leur souvenir]. {iv}

      1. V. note [21], lettre 408.

      2. Mayence , Antonius Hieratus, 1623, in‑fo.

      3. V. supra notule {a-ii}.

      4. Dans le rite catholique, la fête des Saints Innocents est célébrée le 28 décembre de chaque année.

    4. Abrahamus Bucholcer (Abraham Buchholtzer, Schönau, Saxe 1529-Freistadt, Autriche 1584), théologien protestant et chronologiste allemand n’a pas parlé d’Hérode dans sa Chronologia [Chronologie], {i} qui va seulement de la création du monde à l’exil des Israélites à Babylone. En revanche le règne de ce roi est résumé dans deux paragraphes (pages 133‑134) de son :

      Index chronologicus, monstrans annorum seriem a Mundo condito usque ad annum nati Christ 1580. Tertia cura Emendatus, auctus, et ad Rodolphi Cæsaris obitum continuatus.

      [Index Chronologique, exposant la série consécutive des années depuis la création du Monde jusqu’à l’an 1580 suivant la naissance du Christ. Corrigé pour la troisième fois, augmenté et prologé jusqu’à la mort de l’empereur Roldolpe]. {ii}

      1. Görlitz, Ambrosius Fritschius, 1585, in‑fo de 445 pages.

      2. Francfort, Nicolaus Hofmannus, 1612, in‑8o, v. supra note [39] pour Rodolphe ii de Habsbourg, mort en 1612.

      • Infanticidium Herodis [Infanticide d’Hérode] :

        Herodes inaudito crudelitatis exemplo iussit infantes Bethleemicos, et unum infantem Christum quærens in multos rabiosissime sæviit. Matth. 2. in narratione Evangelica fit mentio bimatus infantum : ideo referimus hoc ad annum a concepto Christo secundum. Estque hoc primum in Novo testamento martyrium, in quo Rex est carnifex. […] Hæc immanitas Herodis locum fecit adagio Augusti Cæsaris, quod recitat Macrobius..

        [Donnant un exemple de cruauté inouïe, Hérode, ne cherchant qu’à en tuer un seul, le Christ, a massacré maints petits enfants de Bethléem. Comme l’Évangile de Matthieu, chap. 2, fait mention d’enfants de deux ans, nous rapportons cet événement à la deuxième année depuis la naissance du Christ. Dans le Nouveau Testament, il s’agit du premier martyre où un roi est bourreau. (…) Cette sauvagerie d’Hérode a donné lieu à l’adage de l’empereur Auguste que raconte Macrobe].

      • Mors Herodis [Mort d’Hérode] :

        Herodes carnificatus morbis sævissimis Hierichunti moritur circa tempus Paschalis : æt. ferme 70. Et consentaneum est, eum horrendo isti infaticido Bethleemitico non diu fuisse superstitem, agitantibus et inquietantibus illum ultricibus furiis, et divina Nemesi ad supplicia iustissima tyrannum rapiente. Immodica enim sævitia, enormis furor, et extrema rabies raro est diuturna atque durabilis. Quinto autem die antequam crudelem exhalaret animam, filium suum Antipatrum iugulari iussit. Joseph.

        [Torturé de très cruels maux, Hérode est mort à Jéricho vers le temps de la Pâque, âgé d’environ 70 ans. On s’accorde à penser que, étant donné l’horreur de cet infanticide commis à Bethléem, il n’y a pas survécu longtemps : des furies vengeresses l’ont agité et tourmenté, et la dive Justice a emporté ce tyran dans de très mérités supplices ; il est rare que la cruauté démesurée, l’immense fureur et l’extrême rage durent longtemps. Cependant, cinq jours avant que son âme cruelle ne le quitte, il a ordonné l’assassinat de son fils Antipater (Josèphe)].

    5. Richardi Montacutii, Episcopi Cissacestriensis, de Originibus Ecclesiasticis Commentationum, tomus primus.

      [Premier tome des Commentaires de Richard Montagu, {i} évêque de Chichester, sur les Origines de l’Église]. {ii}

      Le Massacre des Innocents est relaté dans les paragraphes 160‑161 (pages 257‑258) de la Pars prior. Annus Jesus Christi secundus, a xxv. Decembris [Première partie. Seconde année de Jésus-Christ, depuis le 25 décembre], avec cet autre commentaire des paroles de l’empereur Auguste :

      […] Melius est Herodis porcum esse quam filium. Unde hanc narrationem habuerit Macrobius non constat, certum est aliunde habuisse qua e Scriptura : Non tantum quod a Religione Christiana abhorrebat, sed quod Auguti responsum commemoret de facto tam atroci : Proculdubio Romanorum rerum aliquis Scriptor, qui multi Macrobio visi et lecti nobis perierunt, illius fecerat mentionem. Silentio rem pressit Josephus, quod miror ; Nec tamen assentior doctissimo viro, qui Josephi silentium trahit in argumentum negativum, nullum talem filium Herodi fuisse ; utcunque liberos et progeniem Herodis etiam particularius recenseret. Fieri potuit, ut inter illos innocentes aliquis Herodis filius, vel filiorum filius occubuerit. Quid enim impedit quo minus Herodes, per totam vitam λαγνοτατος, liberis daret operam, et re venerea uteretur septugenarius, cum sciamus non modo Masinissam, sed et nostra ætate aliquos nonagenarios genuisse. Quid impedit quo minus filiolus ille Bethleemi nutriendus elocaretur, et non Hierosolymis, vel in aula. Non erat multum solicitus Herodes de liberis suis conservandis, et illorum vita tuenda, quoties aliquid de regno et successione interveniret. Certum et de fide, nemo dixerit tenendum ; sed tamen de Historica fide certum, nihil video allatum per obtrectatores, quin habeatur. Atque velut ejus generis, non aliter, retulit illud in Historiam cardinalis.

      [(…) Il vaut mieux être le porc d’Hérode que son fils. On ne sait d’où Macrobe aura tiré ce récit, mais il est certain que c’est d’ailleurs que de l’Écriture : non seulement parce qu’il avait la religion chrétienne en horreur, mais parce que seule la réponse d’Auguste nous conserve la mémoire d’un fait si atroce. Sans doute a-t-il a été mentionné par quelque historien romain, du grand nombre de ceux que Macrobe avait vus et lus, mais dont nous avons aujourd’hui perdu toute trace. Je m’étonne que Josèphe ait passé cela sous silence, sans pourtant partager l’avis du très docte auteur qui a tenu son silence pour un argument contraire, en niant qu’un tel fils d’Hérode ait jamais existé. Il a pu se faire qu’un fils ou un petit-fils d’Hérode ait été l’un de ces Innocents qu’on a tués. Qu’est-ce qui aurait empêché Hérode, dont toute l’existence fut celle d’un débauché, d’avoir eu soin de sa descendance et d’avoir pratiqué l’amour charnel passé soixante-dix ans, quand nous savons que non seulement Massinissa, {iii} mais d’autres nonagénaires de notre temps ont été capables de procréer ? Qu’est-ce qui l’aurait empêché d’envoyer son jeune enfant en nourrice à Bethléem, plutôt qu’à Jérusalem ou dans son propre palais ? Hérode n’était pas fort soucieux de garder ses enfants près de lui, ni de veiller à leur survie, chaque fois que quelque accident menaçait son royaume et sa succession. Il est certain, en toute bonne foi, que personne n’a dit qu’il s’en soit préoccupé ; mais, en me fondant sur les faits prouvés par l’histoire, je ne vois rien que ses détracteurs aient rapporté à l’appui du contraire. Quant à sa famille, l’Histoire du cardinal {iv} n’a pas raconté autrement les choses].

      1. V. note [23], lettre 529.

      2. Londres, Milo Flesher et Robertus Young, 1636, in‑4o de 423 pages.

      3. Massinissa, premier roi de la Numidie unifiée, mourut à 86 ans, en l’an 148 av. J.‑C., après avoir engendré une quantité incroyable d’enfants, dont 43 fils.

      4. Les Annales ecclésiastiques de Baronius.


    Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
    Borboniana 3 manuscrit.
    Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8204
    (Consulté le 26.06.2022)

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