Annexe
Une mazarinade contre Théophraste Renaudot (1649)

Le Voyage de Théophraste Renaudot, Gazetier, à la cour [a][1][2]

Maître fourbe, et plus menteur que ne fut jamais le plus subtil arracheur de dents qui soit dans le domaine du Pont-Neuf, [1][3] où diable allez-vous ? Tout le monde sait que le lendemain des Rois vous vous enfuîtes à Saint-Germain, [4] < dans la > crainte que vous aviez d’être enfermé dans les barricades, ou d’être enseveli dans l’un des tonneaux qui servirent de remparts à la défense des bourgeois de Paris, [2][5] lorsque le roi, quittant son palais, t’avait laissé seul dans les galeries de son Louvre, [6] où tu étais demeuré un moment pour apprendre ce qui se passait dans l’esprit, dans la pensée, dans l’intention des habitants. Ô dieux ! tu manques de nez, si ce n’est que les plus courts soient les plus beaux, ou que les plus puants soient les meilleurs, [7] comme l’on dit des fromages, [8] mais tu en eus cette fois, car les paysans révoltés étaient résolus de te faire mourir dans un tonneau de la plus fine merde qui se trouve dans les marais, ou dans la rue des Gravilliers. [3][9]

Mais dis-moi, en vérité, que vas-tu faire à Compiègne ? [10] L’on dit que le roi t’a mandé, [11] et qu’il a dessein de t’envoyer en Canada [12] apprendre de ces peuples la façon de dissimuler avec adresse, et faire passer des impostures pour des vérités ; [4][13] mais il veut que tu sois monté sur un âne, afin que ta personne, tes gazettes et ton voyage n’aient rien qui ne sente la bête. Les autres disent que c’est pour contenter l’humeur du prince de Condé, [5][14] qui désire que tu sois à la cour afin de rédiger par écrit ses plus belles actions, et le mettre au rang des conquérants, comme tu es au nombre des hommes illustres et des plus célèbres en méchanceté. À propos de ce discours, je me trouvai l’autre jour dans une compagnie où un jeune homme qui revenait d’Italie protesta que tu serais le très bienvenu à Rome, si tu voulais y aller pour enseigner aux Italiens les remèdes dont tu t’es servi pour te guérir de la vérole, [15] ou les moyens de bien empoisonner quelqu’un, [16] sachant qu’en ta personne, comme en celle de ta femme, [17] tu as excellé en ces deux secrets. Pour moi, je ne te conseille pas d’y aller, et peut-être gagneras-tu plus ici que là, pour des raisons que tu sais bien et qu’il ne faut pas dire. [6] Les âmes moins scrupuleuses croient que tu vas à Compiègne pour y apprendre quelque religion, parce que tu n’en eus jamais aucune, [18][19] et que celle des mahométans [20] t’est aussi bonne que celle des chrétiens : en effet, tu les approuves toutes et tu n’en rejettes pas une ; et tu ressembles proprement le poète Arétin qui disait du mal de tout le monde, excepté de Dieu parce qu’il ne le connaissait pas, et que même il ne voulait pas connaître. [7][21] L’on pourrait te comparer au caméléon qui reçoit toutes sortes de couleurs, mais qui ne prend jamais de blancheur : [8][22] tu connais toutes les malices, mais tu ignores l’innocence ; et de toutes les mauvaises qualités que tu possèdes, la moins banale est celle de mépriser la vertu. Les courtisans disent que tu vas à Compiègne pour composer un livre à la louange de la beauté, en faveur de mademoiselle de Beauvais, [9][23] parce qu’elle avait eu assez de complaisance pour dire un jour que si tu n’étais pas parfaitement beau, qu’au moins tu étais agréable, et que tu pouvais gagner par les charmes de ton discours ce que tu pouvais perdre par les déformités de ton visage et les puantes infections de ton nez pourri. Pausanias [24] dit qu’il y avait à Laida, ville de Grèce, une statue d’Esculape plus laide qu’un démon, qui était néanmoins respectée parce qu’elle rendait des oracles avec une voix assez harmonieuse et assez intelligible ; qui par après fut brisée par les citoyens de la même ville, à cause qu’elle avait prédit des faussetés. [10][25] Il en arrivera de même de ta personne, tu es déjà haï pour la difformité de tes yeux, de tes mœurs, de tes actions, de tes débauches infâmes, de tes saletés, de tes abominations ; tu ne manqueras pas à Compiègne d’écrire et d’annoncer mille malheurs à la ville de Paris ou au Parlement, qui n’a pas voulu rechercher ta vie, de peur qu’en la trouvant criminelle, il ne fût obligé de la mettre avec les charognes de Monfaucon. [26] Prends garde que les mensonges de ta Gazette [27] n’animent le peuple à te réduire en cendres. L’on demandait avant-hier, en compagnie de plusieurs peintres, ce que tu allais faire à Compiègne : les uns dirent que la reine [28] avait dessein de faire tirer ton portrait afin d’avoir toujours devant les yeux l’image d’un démon, pour lui ôter l’envie d’aller en enfer, où les objets sont si épouvantables que leur seule vue est capable de tourmenter les hommes et leur causer mille supplices ; les autres protestèrent que le grand maître, [29] qui sait presque tous les noms des diables et cocus, parce qu’il est connu des uns et des autres, souhaitait de savoir comment était fait celui qui tenta saint Antoine dans les déserts, [30] et que lui ayant dit que ton visage avait bien du rapport avec le sien, selon au moins que nous témoignent les tableaux qui représentèrent cette sainte histoire, sinon que tu n’avais point de cornes à la tête ; « Hé bien, répliqua le grand maître, ne faites aucune difficulté de lui en mettre, il est bien diable et cocu tout ensemble. » [11] Les autres, enfin, conclurent qu’il faisait voyage à la cour pour obliger le maréchal de Gramont, [31] qui l’a prié instamment de faire à part un volume du Mercure français [32] qui contienne l’histoire, la vie, les combats, les victoires, les mémorables actions de cet incomparable guerrier, qui gagne toujours en fuyant et qui est plus heureux au jeu qu’à la guerre. [12] Plutarque [33] dit que les princes ont été heureux, qui ont eu auprès de leurs personnes des hommes capables de décrire leurs belles actions ; Néron [34] ne pouvait rien faire que Sénèque [35] ne pût dire, et Sénèque ne pouvait rien dire que Néron, dans le commencement de son règne, ne pût aussi faire. [13] Le maréchal de Gramont a ce bonheur, il peut conquérir tout le monde, bien qu’il ne le fasse jamais, et Renaudot peut faire récit de ses prouesses, mais le plus grand miracle qu’ils puissent faire tous deux, c’est de guérir l’un de la vérole, et l’autre des gouttes. [36]

Viens-çà, vendeur de thériaque, [14][37] confesse ingénument et ne dissimule point : que vas-tu faire à la cour ? Sans doute Mazarin [38] a dessein de t’employer et te faire imprimer des arrêts contre le Parlement. Tu me diras, et il est vrai, que tu as perdu ton crédit à Paris, que ta vie y est en horreur à tout le monde, que tes impudicités y sont découvertes, tes effronteries reconnues, tes mensonges méprisés. D’ailleurs, tu sais que maintenant non seulement tu passes pour être peu versé dans les sciences, mais pour être ignorant tout à fait : deux cents esprits dont le moindre te surpasse en vertu, en doctrine, en expérience, ont écrit ces jours passés, avec autant d’admiration que d’éclat, qui ont donné au public les plus belles choses du monde et qui, par la splendeur de leur savoir éminent, ont enseveli sous les cendres d’un oubli éternel toutes tes œuvres et tes productions. Tu vois que ta Gazette ne marche plus, que le peuple, aussi bien que les curieux, sont désabusés de ces impostures. Tu veux l’aller débiter à la cour, où ta personne et tes mensonges seront toujours bien reçus tandis que Mazarin vivra. Marche, hâte-toi, on te pourrait ici couper les oreilles, après que le feu t’a brûlé le nez ! Mais prends garde ou de ne rien écrire contre le généreux duc de Beaufort, [39] ou de ne plus retourner ici, car sans doute on t’y jouerait un mauvais parti. [15] On tient pour assuré que le cardinal te demande avec instance, et il se persuade que tu lui rendras deux bons offices, il attend ce service de ta courtoisie et se promet de ta fidélité tout ce qu’il peut espérer d’un honnête homme comme tu es. Le premier sera de tant dire de bien de lui, de mander si souvent qu’il n’a autre dessein que de rendre le roi puissant et glorieux, que de rendre les peuples heureux et la France victorieuse, que de procurer une paix générale, que d’exterminer la race des monopoleurs [16][40] et d’abolir les maudites inventions qui ruinent les sujets sans enrichir le Domaine du roi ; [41] qu’à la fin, les peuples vaincus par ces fausses persuasions seront contraints de changer d’opinion, et de croire Mazarin l’auteur et l’appui de leur fortune, bien que son âme malicieuse et damnée ne médite que des vengeances et des cruautés. Ce perfide t’envoie donc quérir pour le justifier ! Mais je crois que tu auras bien de la peine à le faire, qu’un méchant ne saurait guère obliger un autre méchant, et que les peuples ne sont aucunement disposés à donner créance ni à ce que tu diras, ni à ce que fera Mazarin. Le second service qu’il prétend de vous, [17] c’est qu’étant à la cour, vous instruisiez ses nièces [42] à faire de si beaux compliments qu’elles puissent enfin par leurs discours attraper quelques princes et les obliger à les prendre pour femmes ; mais prenez garde que les dames de France qui y sont intéressées ne vous fassent danser quelque cabriole. Surtout, pour aller à Compiègne, ne vous servez pas de la monture de votre servante : [43] elle jure qu’elle est bien lasse de vous porter et qu’elle aime mieux boire au Robinet ; [18][44] elle ne vous porta l’autre jour que l’espace d’un quart d’heure dans votre imprimerie, et néanmoins elle était si fatiguée qu’elle n’en pouvait plus. Mais servez-vous de la Chaux, ce sera un âne monté sur une bête. [19]

FIN [20][45]


1.

Arracheur (Furetière) : « ne se dit guère que des charlatans qui se mêlent d’arracher les dents ; et on dit proverbialement “ Il est menteur comme un arracheur de dents. ” » Trévoux ajoute qu’ils arrachaient aussi les cors des pieds, et que :

« Les arracheurs de dents s’appellent entre eux opérateurs pour les dents, ou médecins pour la bouche ; mais personne ne leur donne des titres si honorables. Un arracheur de dents ne s’occupe pas seulement à arracher les dents, mais aussi à nettoyer et à buriner celles qui sont malpropres et cariées ; et même à en remettre d’autres en place de celles qu’on s’est fait arracher ou qui sont tombées d’elles-mêmes. Il a pour toutes ces diverses opérations plusieurs sortes d’instruments, qu’on nomme le déchaussoir, le burin, la feuille de sauge, la langue de serpent, la rugine aiguë, la rugine plate, le triangle, la sonde, etc. » {a}


  1. Le Musée virtuel de l’art dentaire donne commodément accès aux images de tous ces instruments et à leurs modes d’emploi.

V. note [64], lettre 166, pour le Pont-Neuf et ses activités foraines.

2.

V. note [28], lettre 164, pour la fuite de la cour à Saint-Germain le 5 janvier 1649, veille de la fête des Rois, suivie par le siège de Paris par les troupes royales (levé en mars suivant), qui fut l’acmé guerrière de la première Fronde, dite parlementaire. Elle avait été inaugurée par la journée des barricades proprement dites, les 27 et 28 août 1648 (v. note [7], lettre 160), dont le pamphlétaire évoquait simplement ici le glorieux souvenir, car on n’en dressa guère dans les rues de Paris durant le siège.

Un mois après la paix de Saint-Germain (1er avril 1649), la cour gagna Compiègne le 3 mai, où elle séjourna jusqu’au 17 août (v. notule {d}, note [3], lettre 168). Ces repères datent le Voyage de Renaudot du mois de mai ou juin 1649.

3.

L’auteur du Voyage est passé du vouvoiement au tutoiement de Théophraste Renaudot.

V. note [64], lettre 101, pour Le Nez pourri de Théophraste Renaudot… (1644), libelle infâme attribué à Guy Patin. Il avait en toutre une profonde aversion pour le fromage (v. note [4], lettre 261).

« Paysan » n’est pas à prendre ici au sens de « roturier qui habite dans les villages, qui cultive la terre et qui sert à tous les ménages de campagne [matériel agricole] » (Furetière) ; mais dans celui, moqueur et figuré, d’« homme grossier, rustique, incivil, malpropre » (ibid.), pour désigner les frondeurs (« révoltés ») parisiens.

La rue des Gravilliers existe toujours dans le Marais (iiie arrondissement de Paris), entre la rue du Temple et la rue Saint-Martin. Elle devait son nom aux nombreux ouvriers qui y fabriquaient la cendre gravelée (v. notule {a}, note [3], lettre 258), utilisée par les teinturiers et les blanchisseurs. Les émanations dégagées par cette activité chimique devaient en faire un lieu puant.

La suite du texte laisse entendre que le gazetier aurait quitté Paris clandestinement, enfermé dans un tonneau, pour se rendre à Compiègne (v. note [5], lettre 20) et y recevoir les instructions politiques du Grand Condé et de Mazarin ; v. note [4], lettre 175, pour le calendrier des séjours de la cour dans ce château pendant le printemps et l’été de 1649.

4.

Le Canada pouvait évoquer ses indigènes, les Canadois, « hommes originaires de Canada, sauvages, barbares de Canada ; les Canadois en général sont sanguins, de couleur olivâtre, de belle taille et ont le visage assez beau ; ils ont les yeux gros et noirs, de même que les cheveux, et les dents de la couleur de l’ivoire ; les Canadoises sont aussi d’une taille au-dessus de la médiocre » (Trévoux). L’auteur du Voyage semblait bien plutôt penser aux missionnaires jésuites qui y étaient tout-puissants (v. note [8], lettre 380).

5.

Le Grand Condé, qui avait dirigé le siège de Paris, a séjourné à Compiègne en mai 1649 (v. note [5], lettre 175).

6.

Ce sous-entendu visait probablement les mauvaises mœurs attribuées aux Italiens, médisances que propageaient volontiers les Français.

V. note [29], lettre 284, pour Marthe Dumoustier, première épouse de Théophraste Renaudot et mère de ses enfants. Elle était morte en 1639 et, selon Guy Patin, on accusait son mari de l’avoir tuée en lui communiquant sa vérole…

7.

Épitaphes de Jean Vauquelin de La Fresnaye, {a} De l’Arétin, {b} page 664 de ses Diverses poésies… : {c}

« L’Arétin repose en ce lieu,
Qui de tout médit, fors {c} de Dieu :
Car l’Arétin ne médisait,
Que de cela qu’il connaissait :
Dieu ne connaissant en nul point,
L’Arétin n’en médisait point. »


  1. Poète normand (1536-1607).

  2. V. note [26], lettre 405.

  3. Caen, Charles Macé,1605, in‑8o de 744 pages.

  4. Hormis

8.

Le dernier paragraphe des Manuscrit inédit de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot (v. sa note [23]) cite Tertullien pour appuyer l’idée que « le Gazetier est un caméléon » (capable de « jouer sa propre peau »).

9.

Catherine de Beauvais, dite le Catau, première femme de chambre d’Anne d’Autriche, est apparue pour la première fois dans les lettres de Guy Patin le 27 novembre 1649 pour annoncer son bannissement temporaire de la cour, en lien avec ses intrigues galantes (v. sa note [12]).

10.

Dans son Tour de la Grèce, Pausanias le Périégète (v. note [41] du Borboniana 8 manuscrit) a abondamment parlé d’Esculape et de ses sanctuaires, mais je n’y ai trouvé ni ce récit ni la ville de Laida. Le seul nom approchant est celui du fleuve Ladon (Λαδων) en Arcadie, au bord duquel, dit Pausanias (livre viii, chapitre xxv), il y avait un temple dédié à Esculape, mais sans qu’il s’y fût passé ce qui est ici raconté. Il n’était pas dans les habitudes de Guy Patin de citer indûment un auteur.

11.

Saint Antoine le Grand ou l’Ermite a fondé le monachisme en Égypte au ive s. Sa tentation par le démon est un thème illustre de méditation religieuse et de représentation artistique.

En 1649, le « grand maître » (de l’Artillerie) était Armand-Charles de la Porte de La Meilleraye, qui devint duc de Mazarin en 1661 par son mariage avec Hortense Mancini, nièce du cardinal (v. note [33], lettre 291). Attaché au roi et à sa cour, il pouvait alors séjourner à Compiègne (mais sans de témoignage probant que j’en aie su trouver).

Les peintres ne faisaient pas partie des fréquentations ordinaires de Guy Patin.

12.

Médisances contre le maréchal-duc Antoine de Gramont (v. note [14], lettre 39) qui avait harcelé Paris pendant le siège et resta fidèle au roi pendant toute la Fronde.

V. note [2], lettre 9, pour le Mercure français, parution annuelle favorable au gouvernement qu’avait dirigée Théophraste Renaudot, disparue en 1648.

13.

Le propos de Plutarque est trop général et vague pour m’avoir permis de le localiser dans l’océan de ses œuvres.

Sénèque le Jeune a été le précepteur de l’empereur Néron (v. note [2], lettre 64), mais je n’ai pas trouvé de source aux paroles qui illustraient ici leur étroite interdépendance morale.

14.

V. note [2], lettre 105, pour le polychreston, panacée imitant la thériaque, que Théophraste Renaudot prétendait avoir inventée et dont il avait fait un livre (Loudun, 1619).

15.

« On a joué un mauvais parti à quelqu’un lorsqu’on l’a attrapé, qu’on lui a fait quelque vilain tour » (Furetière).

V. note [3], lettre 176, pour le surnom de « roi des halles » que valurent au duc François de Beaufort sa popularité pendant la Fronde et son opposition acharnée à Mazarin.

16.

Monopoleur : « Celui qui est seul à faire le commerce de quelque chose, particulièrement de ce qui est nécessaire à la vie ; le peuple a rendu encore ce nom plus odieux, car il l’étend à ceux qui sont exacteurs des impôts et des maltôtes » (Furetière). Dans ce second sens, notre glossaire définit les deux synonymes de monopoleur que sont maltôtier et partisan. Ce mot n’a jamais paru sous la plume de Guy Patin, il appartenait au vocabulaire des libelles frondeurs (v. notule {b}, note [124], lettre 166).

17.

Retour du texte au vouvoiement de Théophraste Renaudot (v. supra note [3]), ce qui pourrait suggérer une contribution de plusieurs plumes.

En mai 1649, la Gazette a régulièrement débité des nouvelles datées de Compiègne et de Paris, tout à l’avantage de la Couronne et du cardinal, comme on en lit dans les ordinaires :

18.

Charles Robinet de Saint-Jean (vers 1608-1698), conseiller historiographe du roi avait été un des rédacteurs de la Gazette depuis le début des années 1640 (Dictionnaire des journalistes).

La « servante » de Théophraste Renaudot était Louise de Mâcon, sa concubine d’alors, qu’il allait épouser en octobre 1651 (v. note [29], lettre 284), pour former un ménage malheureux : elle se sépara de son mari en août 1652, un an avant la mort de Renaudot (octobre 1653), puis se remaria avec Robinet en novembre 1656, et mourut en 1702 (ibid.). Le Voyage insinue ici qu’elle était infidèle à Renaudot avant même de l’épouser.

19.

Le contexte me fait penser que « la Chaux » est une déformation de « la Cathau », la laide dame de Beauvais brocardée dans le texte (v. supra note [9]).

Même sans attestation que j’aie su trouver dans un dictionnaire, la seule manière de comprendre cette conclusion est d’y donner un double sens grivois au verbe « porter » : pout une bête de somme, c’est servir de monture à une personne, et pour une femme, c’est coucher avec (sous) un homme.

20.

Ce texte reprend certes des propos que Guy Patin a tenus sur Théophraste Renaudot, mais tout bien pesé, je ne parviens pas à me persuader qu’il en soit l’auteur, sans écarter la possibilité qu’il ait pu contribuer à sa rédaction.

Pour l’auteur principal, le Manuscrit inédit de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot pourrait orienter les soupçons vers René Moreau (v. note [28], lettre 6), autre ennemi acharné de Renaudot.

Les curieux pourront aussi feuilleter La Conférence du cardinal Mazarin avec le Gazetier (Bruxelles, 1649), citée dans la note [5], lettre 27, et analysée dans la note [64], lettre 101. On y retrouve le quatrain du Nez pourri… (v. supra note [3]), inséré dans un dialogue imaginaire entre Renaudot et Mazarin.

a.

Dans le flot des mazarinades (v. note [22], lettre 166), Le Voyage de Théophraste Renaudot, Gazetier, à la cour (sans lieu, ni nom, ni date, in‑4o de 6 pages) a retenu mon attention car c’est un violent coup de griffe contre Renaudot (v. note [6], lettre 57), bête noire de Guy Patin, qui l’a maudit en maints endroits de ses écrits.

Ce texte anonyme (v. infra note [20] pour mes supputations sur ce point) est aussi une occasion de transcrire et commenter de bout en bout un pamphlet frondeur, si caractéristique de l’esprit qui régnait alors.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Une mazarinade contre Théophraste Renaudot (1649).
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(Consulté le 05.10.2022)

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