L. latine reçue 8.  >
De François Rassyne, le 27 décembre 1656

[Ms BIU Santé 2007, fo 331 ro | LAT | IMG]

Très distingué Monsieur, [a][1][2]

Grâce à notre ami M. Dehors, curé de Saint-Gervais, [1][3] j’ai récemment éprouvé l’immense joie d’être rassuré sur votre bonne santé ; je prie pour qu’elle vous soit prospère et heureuse pendant tout le cours de votre vie, et surtout pendant cette prochaine année. Je connais votre grand cœur qui, s’il a une fois concédé une faveur à quelqu’un, est toujours disposé à la lui accorder de nouveau, ainsi qu’à n’importe quel autre, surtout parmi ceux qui se consacrent au salut des hommes et au prestige de la médecine. C’est pourquoi je vous écris volontiers ces lignes, tout comme j’ose en outre y demander instamment votre avis.

La très honnête épouse d’un très honnête homme, âgée de 33 ans, est décédée avant-hier. Elle avait fort heureusement accouché 36 jours auparavant, hormis que l’arrière-faix complet ne sortit pas avec l’enfant ; [2][4] mais il fut pourtant expulsé tout entier par morceaux le premier ou second jour après la délivrance ; si bien que rien d’anormal n’est survenu et qui plus est, après l’écoulement des lochies, [3][5] tout a semblé bien se passer pour la défunte femme, comme il convient à la suite d’une naissance. Par exemple, le vingtième jour après l’accouchement, elle mangeait des aliments solides. Une douleur est apparue dans l’aine droite, qui s’est peu à peu étendue du bas vers le haut, avec quelque rénitence autour de la région du foie, [4] jusqu’à être à la fin suivie par une grande oppression et une difficulté à respirer, avec chaleur des parties internes, lipothymie, [5] refroidissement des extrémités, pouls très faible, un peu de soif ; ensuite, rougeur des joues, toux et au surplus, fièvre ininterrompue qui s’exacerbait ordinairement le soir et la nuit, mais qui s’adoucissait un peu à l’approche du jour. [6] Le médecin qu’on appelait se rangeait tantôt à un avis, tantôt à un autre, soupçonnant tantôt une indigestion provoquée par des huîtres et de la saucisse qu’elle avait mangées, tantôt cette suffocation qui provient de la matrice. [6][7] On a lavementé de manière répétée, [8] toujours de la même façon, mais une seule fois en y mettant l’émétique antimonial, [9] sans aucun effet ni soulagement de la malade. Ensuite, après consultation d’un médecin de Beauvais, elle a tiré un peu plus de profit d’une saignée de la saphène. [10][11] Néanmoins, [Ms BIU Santé 2007, fo 331 vo | LAT | IMG] un point de côté douloureux et un crachement de sang sont survenus le lendemain ; ceux qui étaient à son chevet ont cru à une authentique pleurésie ; [12][13] seul un médecin stibial, philosophant au delà de la mesure ordinaire, a cru à une hépatite. [7][14] Après qu’on eut ensuite saigné la veine basilique, [15] la douleur a certes immédiatement cédé ; mais en toussant, cette femme hémoptysique n’a pas cessé de rejeter du sang pur et vermeil. À ce stade de la maladie, la patiente a refusé pendant quelques jours tous les remèdes qu’on lui présentait, et je ne sais combien de médicaments on lui a proposés en tout. Après quoi, du pus se mêla aux crachats, la toux opiniâtre persista, une oppression pesante apparut. Tandis qu’au début la douleur avait intéressé le côté droit, une très intense sensation de suffocation siégeait alors au côté gauche. Quand apparut un gonflement du visage et de toute l’habitude du corps, vous auriez dit une authentique leucophlegmasie, [16] on fit prendre tous les deux jours à la malade une infusion de séné avec du sel de prunelle et de la manne ; [17][18][19] des déjections aqueuses s’ensuivirent, mais les symptômes se sont aggravés de manière continue et elle décéda rapidement, au 16e jour de sa maladie.

Jusqu’à la fin, tout ce que j’ai dit m’était chaque jour rapporté, je dirais presque que j’ai vu tout cela de mes propres yeux.

À l’ouverture du cadavre, [20] pour laquelle les parents de la défunte malade m’avaient sollicité, mais contre le gré de son médecin ordinaire, qui y assistait en personne, on a trouvé dans la cavité de l’abdomen jusqu’à une pinte de Paris d’eau transparente, principalement autour de la rate, qui apparut pourtant être en excellent état ; le foie ne l’était pas moins, présentant une constitution saine, n’étant déformé par aucune tumeur, aucune induration ni aucune putréfaction, tant extérieurement qu’intérieurement. Mon confrère était fort inquiet car il prédisait qu’on allait trouver la rate enflée ou gorgée d’eau, et une corruption entière et complète du foie. Aussitôt qu’on a introduit le scalpel dans la partie gauche du thorax, il a jailli une grande abondance d’humeur séreuse, semblable à la lavure des viandes. [8] Le poumon du même côté était flasque ; mais le droit adhérait aux côtes inférieures, il était de couleur plombée tirant sur le rouge, et comme frappé de la foudre ; quand le chirurgien a essayé de le séparer de la plèvre, une grande quantité de pus blanc a fait irruption. Dans son péricarde, le cœur [Ms BIU Santé 2007, fo 332 ro | LAT | IMG] était également immergé dans les eaux. Autrement, la matrice était parfaitement saine et si contractée qu’on ne pourrait en trouver une plus contractée chez une vierge. Voilà ce dont je désire que vous m’expliquiez les causes et le mécanisme. S’il m’est permis de dire quelque chose en préambule, je vous rappellerai d’abord que cette femme était υδαταινουση, [9][21][22][23] ses règles lui duraient sept jours. Ses lochies avaient été pareillement abondantes, comme elles le furent aussi en cet ultime accouchement qui l’a tuée. Vingt jours s’étaient écoulés quand la maladie s’est déclarée, et peut-être alors en une femme qui s’était régalée d’abondants aliments, à la fois digestes et nourrissants ; chez qui il restait un excès de sang ou à qui la purgation a fait venir les menstrues ; [24] et en raison de l’excessive constriction des vaisseaux de l’utérus, la menstruation s’est faite par les veines hypogastriques et honteuses en montant vers les parties supérieures, [10][25] surtout autour du cœur et du poumon ; d’où cette pesante oppression et la lipothymie ; laquelle, puisqu’elle est survenue soudainement, avait plutôt exprimé un accablement qu’une disparition des forces (c’est pourquoi il ne fallait guère se priver de la phlébotomie) ; mais étant donné que le poumon était affaibli depuis longtemps, car cette femme était essoufflée quand elle hâtait le pas, c’est là que l’abcès s’est fixé. Pour m’exprimer comme Hippocrate, ce phlegmon a été engendré par le sang et par voie de conséquence, [26] une pleurésie s’est constituée, s’étendant vers l’hypocondre ; et en raison de la sanie [11][27] qui suintait tant du poumon que des membranes qui ceignent les côtes, une adhérence s’est établie entre ces parties, à moins qu’elle n’eût préexisté ; de là sont aussi venus le crachement de sang et de pus. Il reste pourtant la difficulté d’établir comment une hydropisie s’est ajoutée : ne croiriez-vous pas qu’elle est venue du poumon enflammé, et peut-être aussi ulcéré par certaines membranes qui ont fait couler goutte à goutte le sérum du sang sanieux dans la cavité de la poitrine, [28] ce qui a provoqué cette hydropisie du thorax dont parle Hippocrate au 2e de Morbis ; [12][29] Fernel n’a pas dit autre chose en affirmant que la matière de l’ascite provient du foie brisé. [13][30] J’ai vu jadis à Montpellier le poumon et le thorax emplis d’une pareille humeur quand on a ouvert le cadavre d’un de mes très chers collègues qui était mort de péripneumonie. [31] Je suis donc d’avis que chez cette femme une portion de pituite [32] plus déliée s’est écoulée par débordement dans le ventre au travers d’obscurs soupiraux ou au travers des artères, [Ms BIU Santé 2007, fo 332 vo | LAT | IMG] et le cœur ayant été franchi de même, dans le reste du corps. Je n’en dirai pas plus, mais je voudrais découvrir ce que vous en pensez, en vertu de votre bonté et de cette science qui vous vaut la soumission de la république médicale. Je suis surtout curieux que vous écriviez si (comme avait répété mon confrère) d’autres affections, hormis un abcès ou un ulcère, peuvent provoquer la formation de pus dans cette partie ; car si je ne me trompe, je me souviens avoir entendu M. Moreau dire que toute suppuration provient du sang, [14][33] et que donc du pus véritable ne peut provenir de quelque autre humeur que ce soit, bien que la pituite puisse engendrer une matière qui a l’apparence du pus. [15][34][35] En attendant, s’il vous plaît, vous aviserez mon frère qu’on vient de réimprimer les ouvrages de Duret sur les Coaques, et lui direz où et à quel prix ils s’achètent, pour qu’il prenne soin de me les envoyer. [16][36][37][38] Portez-vous bien, très éminent Monsieur.

Votre très dévoué François Rassyne, médecin de Gisors, [39]

le 27e de décembre 1656.


1.

Je n’ai pas trouvé trace de cet abbé Dehors, curé de l’église collégiale Saint-Gervais-Saint-Protais de Gisors.

2.

Le mot latin secundina (secondines en vieux français) désigne l’arrière-faix ou ensemble des membranes fœtales et du placenta, ainsi nommé parce qu’il est expulsé en dernier lors de l’accouchement (dont cette phase ultime porte le nom de délivrance).

3.

Saignement utérin normal du post-partum (v. note [62], lettre 219).

4.

Résistance élastique, empâtement des chairs.

5.

Évanouissement, syncope.

6.

Hystérie ou hystéromanie (v. note [14], lettre 97).

7.

On donne aux inflammations du foie le nom général d’hépatite ; c’était ce qu’on appelait alors l’atonie du foie.

8.

Eau qui a servi à laver la viande ou, plus vraisemblablement ici, sérosité sanguinolente qui sourd des viandes.

9.

« de constitution humide ».

Dans son Œconomia Hippocratis… (v. note [23], lettre 7), au mot υδαταινομενοι (qu’il traduit par aquescentes [faisant de l’eau] en latin), Anuce Foës définit υδαταινουσας (féminin υδαταινουση, udatainousê) en citant et traduisant ce passage de Galien (dans son commentaire du livre vi des Épidémies d’Hippocrate) :

Aquosas quidam intellexerunt eas quæ prompte aqua inter cutem corripiuntur, nonnulli vero eas quæ natura tenuem et aquosum habent sanguinem. Potest autem et de utrisque intelligi, ac potius quidem de iis quibus sanguis natura tenuis inest, nullo alio morboso affectu corpus infestante.

[Certains ont tenu pour humides les femmes qui retiennent l’eau dans l’épaisseur de leur peau ; mais pour quelques autres, ce sont celles qui ont un sang naturellement dilué et aqueux. Cela peut aussi s’entendre des deux sortes de femmes, mais plutôt de celles qui possèdent un sang naturellement délié, sans être affectées d’aucune autre maladie du corps].

10.

On appelle honteux ou pudendaux les vaisseaux qui irriguent les organes génitaux (dans les deux sexes). Les veines honteuses étaient ici les veines utérines qui drainent le sang de la matrice dans les veines hypogastriques (iliaques internes), d’où il rejoint le cœur par la veine cave inférieure.

11.

Sanie : pus délié (fluide) ou sang mêlé de pus.

12.

Le traité d’Hippocrate Des Maladies (Περι Νουσων) est composé de quatre livres. Le chapitre 16 du 3e (et non du 2e livre) est consacré à la pleurésie ; avec ce passage qui correspond probablement à ce que voulait indiquer François Rassyne (Littré Hipp, volume 7, pages 151‑153) :

« C’est traitées de la sorte que ces maladies guérissent, à moins que l’expectoration ne laisse dans le poumon un reliquat qui devienne du pus. D’une telle terminaison naissent des toux sèches, de la fièvre, du frisson, de l’orthopnée ; la respiration est fréquente et pressée ; la voix est un peu plus grave ; au moment de la chaleur fébrile, le visage est bien coloré. Au bout d’un certain temps, la maladie se montre davantage et nettement. Si vous prenez un tel malade dans les dix premiers jours, vous l’échaufferez par le régime et le bain chaud, et vous infuserez {a} dans le poumon ce qui fait sortir le pus ; vous userez de tous les autres moyens qui ont cette propriété. Son régime sera celui des empyématiques. Vous dessécherez la tête afin que rien n’en découle. Si l’infusion faite dans le poumon ne mûrit ni n’amène le pus, l’abcès se fait jour du poumon dans la poitrine ; {b} après cette éruption, le malade paraît guéri, parce que le pus est passé d’un lieu étroit en un lieu large, et que l’air que nous respirons trouve à se loger dans le poumon. Mais avec le temps, la poitrine se remplit de pus ; {c} la toux, les fièvres et toutes les autres souffrances accablent le malade plus que jamais, et la maladie devient manifeste. Après cette éruption, on laissera en repos le malade pendant quinze jours, afin que le pus mûrisse de nouveau, en effet, en arrivant dans un lieu large, le pus s’est refroidi et a réuni en soi le liquide préexistant dans la poitrine, de sorte qu’il n’est plus qu’à demi-maturation. »


  1. Par inhalations de remèdes.

  2. S’ouvre du poumon dans la plèvre (son enveloppe).

  3. Sans doute ce que François Rassyne entendait par l’écoulement goutte à goutte du sérum, dérivé du sang sanieux, dans la cavité de la poitrine.

13.

Ioan. Fernelii Ambiani, Pathologiæ libri vii [Les 7 livres de la Pathologie de Fernel], livre vi (De partium quæ sub diaphragmate sunt morbis [Maladies des parties qui sont sous le diaphragme]), chapitre viii (Iecoris lienisque symptomata, et horum causæ [Symptômes du foie et de la rate, et leurs causes] (Ioannis Fernelii Ambiani, universa Medica… [La Médecine universelle de Jean Fernel, natif d’Amiens,…], Jakob Stoer, 1588, page 289 ; traduction par A.D.M. pages 436‑437, v. note [1], lettre 36) :

Itaque in leucophlegmatia quoniam solida sunt omnia, cruditas e visceribus per venas in omne corpore permeat : in ascite vero quoniam exesum, apertum, ruptum, fussumve aliquid est, serosus humor utpote tenuis, sine sanguine solus uti solet per renes excidit, et in addominis capacitatem illabitur. Haud secus atque suppurans pleritis, exesa aut discissa succingente costas membrane, affatim irruit in thoracis capacitatem. Turpiter hallucinantur qui putant pe angustos cæcosque poros serosum humorem transferri in capacitatem abdominis. Nam hac ratione ascites peræque omnes invaderet : et distribuendis humoribus videretur natura inutiliter vias ductúsque tam multos destinasse.

[C’est pourquoi en la leucophlegmasie, {a} n’y ayant point de solution de continuité, la crudité est portée des viscères par les veines dans tout le corps ; mais en l’ascite, l’humeur séreuse étant subtile, passe seule sans être accompagnée de sang, de même qu’elle a coutume de sortir par les reins, et s’écoule en la capacité de l’abdomen, parce qu’il y a quelque chose de rongé, ouvert, rompu ou fendu. {b} Comme le pus de la pleurésie, qui tombe <tout> à coup dans la capacité du thorax, quand la membrane qui entoure les côtes est percée ou déchirée. Car autrement, il ne se peut faire en ce lieu-là un si grand amas de sérosités outre l’ordre de la nature. Ceux-là se trompent lourdement, qui pensent que l’humeur séreuse passe dans la capacité de l’abdomen par des pores étroits et cachés. Car par cette raison, toutes sortes de personnes seraient également sujettes à cette sorte d’hydropisie, et semblerait que la nature eût inutilement destiné tant de passages et de conduits pour la distribution des humeurs].


  1. Anasarque ou hydropisie confirmée (v. note [19], lettre 307).

  2. Fernel ne nomme pas explicitement le foie.

14.

René Moreau avait dû être l’un des maîtres de François Rassyne qui, à l’instar de bien d’autres médecins (français comme européens), fit sans doute une partie de ses études à Paris.

15.

Les mécanismes de la maladie que supposait François Rassyne sont aujourd’hui désuets (sans du tout mériter d’être tournés en dérision) ; mais l’observation qu’il relatait fort méticuleusement mène aujourd’hui, sans l’ombre d’une hésitation, au diagnostic de thrombose veineuse iliaque (phlébite inguinale) dans les suites immédiates d’un accouchement (post-partum), compliquée d’embolie (migration du thrombus, alors appelé « tubercule cru », v. note [10], lettre 725) avec infarctus (nécrose) pulmonaire et pleurésie, secondairement surinfectés, provoquant la mort.

On admire qu’un humble et obscur médecin de Gisors ait procuré en 1656 une description (princeps, à ma connaissance) aussi magistrale, clinique et anatomique, d’une maladie qui est devenue et demeure un grand classique de la pathologie médicale.

16.

V. note [10], lettre 33, pour la réédition, alors en cours, des Prénotions coaques d’Hippocrate, traduites et commentées par Louis Duret.

Ce frère de François Rassyne pouvait être Louis Rassyne, grenetier à Gisors, mentionné dans un billet de recommandation dont Guy Patin a utilisé le recto pour le brouillon de sa lettre latine du 10 septembre 1655 à Johann Georg Volckamer (v. sa note [8]).

a.

Autographe d’une lettre latine de François Rassyne (Ms BIU Santé 2007, fos 331 ro‑332 vo) « À Monsieur Monsieur Patin, conseiller et médecin du roi, professeur royal en l’Université de Paris » ; sa lettre française du 10 janvier 1657 complète celle-ci.

s. ms BIU Santé 2007, fo 331 ro.

Apprime Gavisus sum, vir clarissime, per amicum nostrum,
D.D. Dehors, Curatum sancti Gervasij, nuper de bona tua
valetudine certior fieri. Eamdem tibi faustam ac fælicem
precor toto vitæ curriculo, hocque potissimum futuro anno.
Novi tuum animum qui si semel alicui Beneficium contulerit
eidem semper et cuivis alteri conferre paratus est in iis
maximè quæ ad hominum salutem et Medicinæ illustrationem
spectant : quocirca lubens hæc ad te scripsi, tamq.
insuper ausus sum, deprecari sententiam.

Honestissima honestissimi viri conjux 33 annis nata nudius
tertius e vivis decessit. peperat illa triginta sex anteà
diebus fæliciter admodum, præterquam quod non integra cum
fœtu exiit secundina. Sed tota tamen frustulatim exclusa est
primo aut altero die, adeo ut nihil inde mali supervenerit
quin immo omnibus rite se habentibus post debitum et
convenientem lochiorum fluxum puerperio defuncta mulier
videbatur. Solidiores cibos capessebat puta post vigesimum a
partu diem. In inguine dextro obortus est dolor, isque sensim
inverne sursum tenderet cum renitentia quadam, circa regionem
hepatis, donec tandem magna successit oppressio, spirandique
difficultas cum æstu interiorum partium, animi deliquio
extremorum frigiditate, pulsu admodum parvo, siti quidem mediocri,
hinc genarum rubor, tussis, adeoq. febris indesinens quæ sub vesperem
et noctem solebat exacerbari : procedente vero die paulatim mitescebat.

Convocatus medicus modo in unam modo in alteram ferebatur
sententiam, modo apepsiam ab ostreis et botello prius comestis,
modo præfocationem illam ab utero oriundam suspicabatur.
Injecti sunt plurimi clysteres identidem repetiti, et unus quidem
in quo stibiale illud emeticum, nullo prorsus effectu, aut
ægrotantis levamine, secta deinde adhibito medici Bellovacensis
consilio saphæna paulo magis profuit. Nihilominus tamen

t.

ms BIU Santé 2007, fo 331 vo.

postridie accessit punctorius lateris dolor, sputum cruentum,
vera pleuritis assidentibus soli medico stibialistæ supra
communem captum philosophanti hepatitis credita est. Secta
proinde basilica e directo cessavit quidem dolor, non desiit
tamen anaphorica mulier sanguinem sincerum et floridum
tussiendo reijcere. In hocce morbi statu ægrotans aliquot
exegit dies, quicquid adhiberetur auxilij quod totum in
pharmaceuticis nescio quibus ponebatur. Sputum postea sanie
permixtum erat, frequens manebat tussis, gravis existebat
præfocatio oppressio. Et cum sub initio dolor in latere dextro percipieretur,
e contra tunc temporis major in sinistro aderat præfocationis
sensus. Turgidula demum evasit facies, totusque corporis
habitus, veram dixisses leucophlegmatiam, exhibebatur alternis
diebus infusum sennæ cum sale prunellæ et manna, aquosæ
sequebantur dejectiones, sed augescentibus continuo symptomatis
brevi tempore occubuit, 16o nimirum morbi die.

Quicquid hactenus dixerim : quotidie mihi renuntiabatur, quæ
vero dicturus sum, vidi his oculis.

Aperto cadavere, quo me traxerant mulieris defunctæ
necessarij vel invito medico ordinarrio qui præsens aderat. In
abdominis spatio inventa aqua pellucida ad pintam
Parisiensem, præsertim circa lienem, qui tamen optime constitutes
apparuit, nec minus constitutum jecur complexionem
habens firmam nullo tumore, nulla duritie, nulla diaphtora
intus aut extus inæqualem. Valde anxius erat medicus
qui prius tumidum, aquisve inebriatum, lienem splenem
omnimodamque jecinoris corruptelam visum iri prædicabat.
Immisso statim in sinistram thoracis partem scalpello erumpit
magna vis serosi humoris loturæ carnium similis. flaccidus
in eadem parte pulmo, in dextra autem ille cum inferioribus
costis connexus erat, e rubro quidem livescens, ac veluti
de cælo tactus, quem dum chirurgus de pleura divellere
tentaret, copia puris albicantis prodiit. Cor in suo pericardio

u.

ms BIU Santé 2007, fo 332 ro.

pariter aquis immergebatur. Cæterum matrix admodum sana
et adeo constricta, ut ne constrictior in virgine invenui potuisset.

Ea sunt de quorum causis et generationis modo edoctus
per te fieri cupio, si prius liceat aliquid prælibare. Monebo
inprimis mulierem illam fuisse
υδαταινουσην, cujus καταμηνια
pro septem dies ferebantur. Copiosa pariter solebant esse lochia
et fuerant quidem ultimo illo partu quo fœminam enixa erat.
Elapsi erant viginti dies cum morbus invasit, tuncque forsan
in illa muliere quæ multis et euchymis et polytrophis
invitabatur edulliis. superflui sanguinis adhuc erant relliquiæ
aut menstrua appetebat purgatio ; et propter nimiam vasorum
uteri constrictionem, per venas hypogastricas et pudendas facta
est anadrome ad partes superiores potissimum circa cor et
pulmonem. Unde gravis illa oppressio et animi deliquium, quod
quidem cum repente acciderit, gravatas potius quam exolutas vires
arquebat : (ideoque minime abstinendum a venæ sectione) quia vero
imbecillus iamdudum erat pulmo, anhelabat enim mulier si quando
conctatius ambularet, ibi firmatus est abscessus, ut loquar
cum Hyppocrate, hoc est a sanguine genita est phlegmone, et
per epigenesim orta pleuritis ad hypochondrum vergens ; et propter
exudantem cum ex pulmone tum ex tunica costas succingente
saniem contigit harumce partium connexio, nisi talis iam antea
fuerit. Hinc etiam hæmoptysis et suppuratum. sed manet
difficultas, quomodo hydrops supervenerit. An credideris ex
inflammato pulmone, forsan quoque ulcerato per tunicas quasdam
stillasse serum sanguinis saniosi in cavum pectoris, indeque provocatum
illum thoracis hydropem de quo loquitur Hipp. 2o de morbis. Non
secus ac ex fisso iecinore ascitis materiam derivari contendit
Fernelius. Impletum simili humore pulmonem et thoracem olim vidi
Monspelij aperto cadavere amatissimi Collegæ qui peripneumonicus
interierat. Hinc opinor in hacce muliere aquositatis illuvie portio
subtilior per cæca spiracula in ventrem effusa est, vel per arterias

v.

ms BIU Santé 2007, fo 332 vo.

transgresso corde quemadmodum et in reliquum corpus :
plura non addam, sed de his quid senseris aperiri mihi velim
pro tua humanitate et doctrina qua totam tibi devinctam habes
iatricam Rempublicam. Inprimis observo ut scribas an (quod
ille medicus dictitabat) alij sunt affectus qui puris in hac
parte constructionem adferre potuerit præter abscessum vel ulcus.
Memini siquidem ni fallor audiisse a D.D. Moræo omne
suppuratum esse a sanguine, ac proinde non ex alio quovis
humore verum pus, quamvis ex pituita puriforme aliquid
generari. Monebis interim si placet fratrem nunc de novo
typis excussa sunt dureti opera in coacas, ubi et quanti
emantur, ut illa ad me mittenda curet. Vale,

vir præstantissime,

Tibi addictissimus, Franciscus
Rassyne medicus Gisortiensis.

Præsexto Kalendas Januarij 1657.

A Monsieur
Monsieur Patin Coner et
Médicin du Roy professeur Royal
en l’Université de Paris.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de François Rassyne à Guy Patin, le 27 décembre 1656.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=9067
(Consulté le 23.09.2020)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.