À Claude II Belin, le 28 octobre 1631

Note [6]

Entraient ici en scène les deux héros antiques (sinon mythiques) de Guy Patin et de presque tous ses confrères de l’époque. Seuls en effet s’étaient écartés de cette vénération aveugle les médecins chimistes, tels Van Helmont (v. note [11], lettre 121), qui se référaient à Paracelse (v. note [7], lettre 7), et que Patin tenait ouvertement pour impies et hérétiques.

La médecine occidentale n’a pas hérité en ligne directe des enseignements hippocratiques et galéniques : recueillis par les Arabes (v. note [4], lettre 5) au viie s., ils mûrirent entre leurs mains à Bagdad, en Perse, au Maghreb et en Espagne, pour pénétrer lentement l’Europe grâce à l’École de Salerne qui commença à fleurir au sud de l’Italie au xe s. (v. note [4], lettre 12).

Hippocrate et Galien n’ont surtout exercé leur immense influence en Europe qu’à partir du xvie s., avec l’invention de l’imprimerie. Adulés ou contestés, ils ont été les indiscutables géants de la Renaissance médicale. Pour éviter les anachronismes, en croyant qu’au temps de Patin, tout le monde avait accès à leurs œuvres, il est utile d’avoir en tête une liste de ce qui en avait été traduit en français au xvie s. :

  1. Le deuxième livre de Claude Galien intitulé l’Art curatoire à Glaucon, auquel est spécialement raité des différences d’inflammation et de leur cure (Lyon, Guillaume de Guelques, 1538, in‑8o) ; v. note [6], lettre latine 412), pour l’inflammation ;

  2. Le Quatorzième livre de la Méthode thérapeutique de Claude Galien (Lyon, Guillaume de Guelques, 1538, in‑8o) ;

  3. Le livre des Présaiges, Prévisions ou Prénostiques du Divin et Maîtres des Médecins Hyppocras de l’île dite Cos divisé en trois parties ou particules. Translaté de latin en français. Par M. Pierre Verney de Semur en l’Auxois, professeur en Médecine et Astrophile concordant les trois translations et comment. de Claude Galien. Item la protestaion promesse et jurement dudit Hyppocras qu’il faisait aussi faire à ses Écoliers. Dont est faite mention en sa légende, précédant ledit jugement… (Lyon, Jean Monsnier, 1539, in‑8o) ;

  4. Du Mouvement des muscles, livres deux. Auteur Galien. Nouvellement traduit de latin en français, par Monsieur Maître Jean Canappe, docteur en médecine (Lyon, Étienne Dolet , 1541, in‑8o, )v. note [47] du Patinian 1 pour Étienne Dolet) ;

  5. L’Œuvre de Claude Galien des choses nutritives, contenant trois livres, traduit en français par Maître Jehan Massé, médecin champenois, habitant de Saint-Florentin. Le lecteur pourra aisément connaître par ces livres les viandes propres pour le temps de santé et de maladie, et les qualités d’icelles (Paris, Vivant Gaultherot, 1552, in‑8o) ; v. notes [2] (notule {d}) et [46] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii pour deux échantillons de cette traduction, aujourd’hui devenue très difficile à comprendre, et qui m’ont dissuadé de me référer aux autres versions anciennes ;

  6. Deux livres des simples de Galien. Le ve et le ixe. Traduits par Monsieur Maître Jean Canape, docteur en médecine (Paris, Jean Ruelle, 1555, in‑8o) ;

  7. Le Médecin chirurgien d’Hippocrate le Grand. Par M. François le Fevre docteur en médecine de Bourges en Berry… (Paris, Jacques Kerver, 1559, in‑8o) ;

  8. Les six principaux livres de la Thérapeutique de Claude Galien, avec le deuxième de l’Art curatoire à Glaucon, auxquels est ajouté le livre des Tumeurs contre nature, necessaires à tous chirurgiens. Revu et corrigé de nouveau (Paris, Jean Ruelle le Jeune, 1570, in‑8o) ;

  9. Les Aphorismes d’Hippocrate, avec le commentaire de Galien sur le premier livre. Traduits de grec en français par M. J. Breche. Avec Annotations sur ledit premier livre, ensemble certaines paraphrases servant de bref commentaire, depuis le second livre, jusques à la fin du septième, par ledit Breche. Plus les Aphorismes de J. Damascène, médecin arabe. Ensemble une Épitomé sur les trois livres des Tempéraments de Galien (Paris, Jean Ruelle, 1570 ou 1571, in‑4o).

Cette liste ne s’est guère allongée au xviie s. Sans la connaissance du grec ou du latin, l’accès direct au Corpus hippocratico-galénique était alors impossible.

Les Belles Lettres (Collection des universités de France, série grecque, dite Collection Budé), ont entrepris des éditions bilingues (grec et latin) des œuvres complètes :


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Claude II Belin, le 28 octobre 1631, note 6.
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(Consulté le 29.11.2021)

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