À Charles Spon, le 2 mars 1643

Note [18]

Mademoiselle était Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier (Paris 29 mai 1627-ibid. 1693), fille du premier mariage de Gaston d’Orléans avec Marie de Bourbon-Montpensier, et donc nièce de Louis xiii et cousine germaine de Louis xiv. La future Grande Mademoiselle (mais Guy Patin n’usa jamais pour elle que du titre de Mademoiselle dans ses lettres), filleule de Richelieu et d’Anne d’Autriche, était alors dans sa 16e année. Sa mère était morte en la mettant au monde, lui laissant des biens immenses accumulés dans la famille de Montpensier. Mademoiselle était une des plus riches princesse de l’Europe et elle crut que les souverains allaient se disputer sa main. Quoiqu’elle fût âgée de 11 ans de plus que Louis xiv, elle se mit en tête qu’elle l’épouserait et cette idée domina pendant longtemps toute sa conduite. Elle appelait le jeune dauphin son petit mari, mais Richelieu fit cesser ces jeux (G.D.U. xixe s. et R. et S. Pillorget).

La Grande Mademoiselle dit dans ses Mémoires (Mlle de Montpensier, première partie, volume 1, chapitre i, pages 3‑4) :

« La reine, ma grand-mère, {a} me donna pour gouvernante Mme la marquise de Saint-Georges, de qui le mari était de la Maison de Clermont d’Amboise ; elle était fille de Mme la marquise de Montglat, qui avait été gouvernante du feu roi, {b} de Monsieur, {c} de feu mon oncle le duc d’Orléans {d} et de toutes mes tantes ; et c’était une personne de beaucoup de vertu, d’esprit et de mérite, qui connaissait parfaitement bien la cour. Elle avait depuis été dame d’honneur de la reine d’Angleterre {e} et de la duchesse de Savoie, {f} et s’en était fait aimer si chèrement que sa seule considération fit presque tout le déplaisir qu’elles eurent lorsque les affaires de ces pays-là les obligèrent d’en chasser les Français qu’elles y avaient menés. »


  1. Marie de Médicis.

  2. Louis xiii.

  3. Gaston d’Orléans.

  4. Nicolas d’Orléans (1607-1611), frère puîné de Louis xiii.

  5. Henriette de France, fille d’Henri iv, épouse de Charles ier.

  6. Christine de France, Madame Royale, fille d’Henri iv, épouse Victor-Amédée ier.

Le récit de la mort de Mme de Saint-Georges se trouve un peu plus loin (chapitre ii, pages 64‑66) :

« Elle avait été malade tout l’hiver ; peu après le mariage de son fils, {a} elle fut contrainte de garder le lit et son mal augmenta ; le 13e de février, elle eut le transport au cerveau qui lui fit perdre connaissance. J’appris le matin, à mon réveil, l’état où elle était ; je me levai en grande diligence pour aller lui témoigner par quelques devoirs la reconnaissance que j’avais de ceux dont elle s’était si dignement occupée auprès de moi depuis que j’étais au monde. J’arrivai comme on employait tous les remèdes possibles pour la faire revenir ; on y réussit après beaucoup de peine, et aussitôt on lui apporta la viatique et l’extrême-onction qu’elle reçut avec tous les témoignages d’une âme véritablement chrétienne. Elle répondait à toutes les prières avec une dévotion admirable, ce qui n’étonnait pas ceux qui savaient comme elle avait pieusement vécu.
Cela fait, elle appela ses enfants pour leur donner sa bénédiction et me demanda permission de me la donner aussi ; elle me dit que l’honneur qu’elle avait d’être auprès de moi depuis ma naissance faisait qu’elle osait prendre cette liberté. Je sentais une tendresse pour elle qui répondait à celle qui paraissait dans tous les soins qu’elle avait eus de mon éducation. Je me mis à genoux auprès de son lit, les yeux baignés de larmes ; je reçus le triste adieu qu’elle me dit ; je l’embrassai. J’étais tellement touchée de sa perte et d’une infinité de bonnes choses qu’elle m’avait dites, que je ne la voulais pas quitter qu’elle ne fût morte. Elle pria qu’on me fît retirer, et ses enfants aussi ; elle s’attendrissait trop par nos larmes et nos cris, et témoignait que je faisais seule tout le sujet des regrets qu’elle était capable d’avoir. Je m’en allai dans ma chambre, où je ne fus pas plus tôt entrée qu’elle commença d’agoniser, et mourut un quart d’heure après. {b} […]
Je m’en allai le lendemain au couvent des carmélites de Saint-Denis pour attendre là que Monsieur m’eût choisi une gouvernante. »


  1. Le 8 février 1643.

  2. Dans la nuit du lundi au mardi 24 février 1643.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 2 mars 1643, note 18.
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(Consulté le 13.12.2019)

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