À Charles Spon, le 9 mai 1643

Note [12]

« que j’honore comme la grande étoile de l’Allemagne et mieux peut-être, comme le phénix unique ou à tout le moins, comme le prince de tous les érudits qu’il puisse y avoir en Europe. J’ai lu et relu tout ce qu’il a écrit : au sujet de Galien, L’Utilité des parties ; Les Os ; Le Thorax ; La Reproduction de l’homme ; L’Origine des formes ; Les Ichors [v. notule {b}, note [26], lettre 99] ; L’Utilité du cerveau et de la rate ; Les Lectures diverses ; Contre Erastus et le comte da Monte, au sujet des maladies ; Les Lieux affectés, etc. Sa Pathologie est la seule de ses œuvres que je n’aie pas vue. C’est véritablement un grand homme, mais il met trop de zèle à contredire, en particulier Galien, homme incomparable et que je place au-dessus de toute louange. Avec aussi beaucoup de méchanceté et une certaine jalousie perfide, il attaque notre Fernel dont il n’égale pas l’ombre ; tout comme il méprise tant qu’il peut, avec fort pédante arrogance, presque tous les auteurs contemporains. Je fais grand cas de Fernel lui-même, comme de juste, non tant parce qu’il a été mon compatriote ou un médecin de Paris, mais je le révère pour des raisons identiques à celles qui l’auraient tout de même fait honorer par Hofmann, si Hofmann lui-même n’avait exprimé de l’aigreur à son encontre : ainsi, je crois qu’il lui manque un souffleur pour juger de l’avenir, exercice où on l’a souvent pris sur le fait d’extravaguer. La gloire future de l’immortel Fernel n’a jamais et nullement eu besoin de ma défense contre de semblables détracteurs. Si pourtant il y en avait de tels dans l’avenir ou plutôt, si Hofmann persévérait après avoir été dûment averti et ne s’abstenait d’invectives contre les mânes fernéliens, ils ne proviendraient pas de notre École. Ses maîtres éminents et admirables non seulement rivalisent en faveur de la doctrine fernélienne, mais en sont les plus ardents défenseurs. Sous les applaudissements de tous les hommes de bien, ils frictionneront Hofmann de belle façon pour le débarrasser de sa lèpre et de sa gale opiniâtre. Si Fernel a eu quelque tort, c’est d’avoir été un homme ; pourtant, où il a fauté, là il s’est aussi montré tout à fait digne de la plus grande clémence ; et qui plus est, tous conviennent de cela, et même les meilleurs médecins et les plus distingués, à qui cet Hofmann ne sera jamais digne de présenter le pot de chambre. Pourtant, je l’aime sincèrement, et je l’honorerai toujours aussi longtemps qu’il restera dans son camp et qu’il tiendra ses griffes acérées loin de Galien, de Fernel et des autres auteurs savants dont les travaux nous procurent d’heureuses jouissances. »

Dans cette apologie de Jean Fernel, Guy Patin porte un jugement pour le moins réservé sur Caspar Hofmann ; v. la fin de sa lettre à Patin (printemps 1646), où il l’a défié de lui prouver qu’il avait tort.

Outre les nombreux commentaires d’Hofmann sur l’œuvre de Galien, Patin a mentionné ici :

Les Institutionum medicarum libri vi [Six livres d’Institutions médicales] d’Hofmann allaient être publiés à Lyon en 1645 (v. note [12], lettre 92).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 9 mai 1643, note 12.
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(Consulté le 02.04.2020)

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