À Charles Spon, le 22 juin 1655

Note [1]

Marie Mancini (alors âgée de 15 ans) a résumé son idylle avec le jeune roi dans ses Mémoires (chapitre v, pages 107‑108) :

« Cependant, {a} la manière familière avec laquelle je vivais avec le roi et son frère {b} était quelque chose de si doux et de si affable que cela me donnait lieu de dire sans peine tout ce que je pensais, et je ne le disais pas sans plaire quelquefois. Il arriva delà {c} qu’ayant fait un voyage à Fontainebleau avec la cour, que nous suivions partout où elle allait, je connus au retour que le roi ne me haïssait pas, ayant déjà assez de pénétration pour entendre cet éloquent langage qui persuade bien plus sans rien dire que les plus belles paroles du monde. Il se peut faire aussi que l’inclination particulière que j’avais pour le roi, en qui j’avais trouvé des qualités bien plus considérables et un mérite bien plus grand qu’à pas un autre homme de son royaume, m’eût rendue plus savante en cette matière qu’en toute autre.
Le témoignage de mes yeux ne me suffisait pas pour me persuader que j’avais fait une conquête de cette importance. Les gens de cour, qui sont les espions ordinaires des actions des rois, avaient, aussi bien que moi, démêlé l’amour que Sa Majesté avait pour moi et ils ne me vinrent que trop tôt confirmer cette vérité par des devoirs et des respects extraordinaires. D’ailleurs les assiduités de ce monarque, les magnifiques présents qu’il me faisait et plus que tout cela, ses langueurs, ses soupirs et une complaisance générale qu’il avait pour mes désirs ne me laissèrent rien à douter là-dessus.
Il vint une tempête qui troubla pour quelque temps la douceur de ces jours, mais elle passa bientôt. On parla de marier le roi avec la princesse Marguerite de Savoie, fille de Madame Royale, qui fut depuis duchesse de Parme, princesse assurément d’un grand mérite, et cela obligea la cour de faire le voyage de Lyon. {d} Cette nouvelle était capable de donner bien du trouble et de la peine à un cœur. Je le laisse à penser à ceux qui ont aimé quel tourment ce doit être la crainte de perdre ce qu’on aime extrêmement, surtout quand l’amour est fondé sur si grand sujet d’aimer ; quand, dis-je, la gloire autorise les mouvements du cœur et que la raison est la première à le faire aimer.
Comme mon mal était violent, il eut le destin des choses violentes : il ne dura pas longtemps et ce mariage du roi se rompit avec la même promptitude qu’il avait été entamé. »


  1. Pendant ce temps.

  2. Philippe, alors duc d’Anjou.

  3. Ensuite.

  4. 1658.

La liaison ne se brisa définitivement qu’en 1660, quand Louis xiv épousa l’infante Marie-Thérèse. Marie Mancini n’était peut-être pas tout à fait étrangère à la maladie (écoulement urétral) pour laquelle Antoine Vallot soignait alors le roi (v. note [8], lettre 402).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 22 juin 1655, note 1.
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(Consulté le 11.12.2019)

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