À André Falconet, le 29 août 1664

Note [6]

« fasse le ciel qu’il se rétablisse heureusement. »

Antoine Vallot (Journal de la santé du roi, Remarques pour l’année 1664) :

« Le roi ayant passé l’année précédente {a} assez heureusement et sans incommodité considérable, à la réserve de la rougeole que S.M. a contractée de la reine, comme j’ai ci-devant exposé, {b} nous donnait au commencement de la présente année de très belles espérances d’une meilleure disposition de la présente ; mais comme son sang s’était échauffé par l’assiduité d’un travail d’esprit et des soins qu’il prend de ses affaires, s’étant assujetti à tenir deux fois par jour son Conseil, outre les conférences particulières qu’il avait avec ses ministres et tous les ambassadeurs des pays étrangers, il se trouva au commencement de cette année incommodé d’une pesanteur de tête accompagnée de mouvements confus, vertiges et faiblesse de tous les membres. Comme cela lui était arrivé ensuite d’un exercice rapide et turbulent, pour avoir été en une glissoire, qu’il avait fait faire exprès dans son parc de Versailles pour son divertissement, je lui proposai d’abord de ne plus s’exposer à cette machine, {c} quoiqu’elle n’eût pas été la principale cause de cet accident. {d} Voyant que ces incommodités ne s’apaisaient point, ou du moins ne le quittaient que pour recommencer de temps en temps, je fus obligé d’en venir aux remèdes, commençant par la saignée et la purgation ; et ensuite de ces deux remèdes, j’ai ordonné les spécifiques, comme les opiats de conserve de fleurs de pivoine, roses rouges, magister de perles, corail et le diaphorétique ; ensuite, je me suis servi des préparations les plus exquises de Mars, {e} tantôt en opiats, d’autres fois en conserves, tablettes, liqueurs et autres préparations, entre autres mon esprit spécifique de vitriol, de cyprès, et celui qui se prépare avec la pivoine et la mélisse, après sa purification, qui ont toujours bien réussi à apaiser les accès de ces mouvements turbulents. Je me suis pareillement servi de sel de tamarisc, de cristal minéral, {f} et de tous les autres remèdes qui ont la vertu de désopiler {g} les parties nourricières et de fortifier l’estomac. Dans les chaleurs, je me suis servi de l’eau de pimprenelle, des bouillons rafraîchissants et des bains de rivière, en la saison et durant les grandes chaleurs. Mais comme j’ai remarqué que tous ces remèdes apportaient quelque soulagement sans toutefois produire une santé parfaite et assurée, j’ai conseillé de s’abstenir de toutes sortes d’exercices violents, de dormir davantage qu’à son ordinaire et de ne point s’attacher si fort à ses affaires ; ce que le roi ayant observé ponctuellement et durant quelque temps, il ne laissa pas de ressentir par certains intervalles les mêmes incommodités ; ce qui m’obligea de proposer les demi-bains et l’usage des eaux de Saint-Myon, desquels S.M. a usé dix jours seulement, ne les pouvant pas continuer plus longtemps. Enfin, après avoir pratiqué ponctuellement tout ce qui a été ci-dessus exposé, il s’est trouvé à la vérité un peu mieux ; mais à dire vrai, il a toujours ressenti par intervalles et lorsqu’il quittait ses remèdes, les mêmes incommodités, quoique plus légèrement et avec plus d’intervalles. Sur la fin de l’année, voyant que ses maux recommençaient, je lui fis prendre, l’espace de trois semaines, d’un opiat spécifique, auquel j’ajoutai du Mars et quelquefois, des purgatifs, donnant, au commencement, au milieu et à la fin, d’une médecine ordinaire. Cela ayant été pratiqué de cette manière, le roi se trouva entièrement soulagé et hors de ses incommodités, et en meilleur état qu’il n’avait été depuis le commencement de la présente année. »


  1. 1663.

  2. V. note [6], lettre 751.

  3. Sans doute une sorte de toboggan.

  4. Probable allusion aux galanteries du roi avec Mlle de La Vallière, qui lui valurent ce qui pouvait être une blennorragie (gonorrhée virulente ou chaude-pisse, v. note [14], lettre 514).

  5. De fer.

  6. V. note [2], lettre 308.

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Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à André Falconet, le 29 août 1664, note 6.
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(Consulté le 06.03.2021)

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