À André Falconet, le 21 janvier 1666

Note [3]

« Laissez les morts enterrer les morts », Matthieu (8:22), réplique de Jésus à un de ses disciples qui lui disait « Seigneur, permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père » :

Iesus autem ait illi sequere me et dimitte mortuos sepelire mortuos suos.

[Jésus lui répliqua : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. »]

Mémoires de Louis xiv (tome 1, pages 119‑123, année 1666) :

« Et pour faire que généralement tous ceux qui faisaient pour moi des levées {a} s’en acquittassent comme ils devaient, je leur fis entendre de bonne heure que je verrais de quelle manière ils m’auraient servi, et publiai que de mois en mois je ferais moi-même des revues. La première < revue des troupes > était assignée au 19 janvier à Breteuil, {b} mais je fus empêché de m’y trouver par le pressentiment que l’amour me donna du danger de la reine ma mère, contre l’opinion des médecins.

Cet accident, quoique préparé par un mal de longue durée, ne laissa pas de me toucher si sensiblement qu’il me rendit plusieurs jours incapable de m’entretenir d’aucune autre considération que de la perte que je faisais. […]

La vigueur avec laquelle cette princesse avait soutenu ma couronne dans les temps où je ne pouvais encore agir, m’était une marque de son affection et de sa vertu. Et les respects que je lui rendais de ma part n’étaient point de simples devoirs de bienséance. Cette habitude que j’avais formée à ne faire qu’un même logis et qu’une même table avec elle, cette assiduité avec laquelle je la voyais plusieurs fois chaque jour n’était point une loi que je me fusse imposée par raison d’État, mais une marque du plaisir que je prenais en sa compagnie. Car enfin, l’abandonnement qu’elle avait si pleinement fait de l’autorité souveraine m’avait assez fait connaître que je n’avais rien à craindre de son ambition pour ne me pas obliger à la retenir par des tendresses affectées.

Ne pouvant après ce malheur souffrir la vue du lieu où il m’était arrivé, je quittai Paris à l’heure même, et je me retirai premièrement à Versailles (comme l’endroit où je pourrais être plus en particulier) et quelques jours après, {c} à Saint-Germain.

Les lettres qu’il fallut écrire sur cet accident à tous les princes de l’Europe me coûtèrent plus qu’on ne saurait penser, et particulièrement celles à l’empereur, aux rois d’Espagne et d’Angleterre, que la bienséance et la parenté m’obligeaient de faire de ma main. »


  1. Enrôlement de troupes.

  2. À mi-chemin entre Beauvais et Amiens.

  3. Le 22 janvier.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 21 janvier 1666, note 3.

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(Consulté le 23/06/2024)

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