À André Falconet, le 17 janvier 1668

Note [2]

Territoire espagnol, la Franche-Comté (v. note [6], lettre 29) fut du 2 janvier au 19 février 1668 la proie d’une conquête éclair par les troupes royales que menaient le Grand Condé du côté de Besançon et Louis xiv en personne du côté de Dole.

Le roi quitta Paris le 2 février. Il a lui-même relaté tout le soin qu’il mit à organiser cette dernière campagne de la guerre de Dévolution (Mémoires de Louis xiv, tome 2, pages 328‑329, année 1668) :

« La plus grande difficulté de l’entreprise était d’en conserver le secret parmi tous les préparatifs qu’il fallait faire. Mais après y avoir pensé, je trouvai moyen de faire assembler dix-huit mille hommes sans qu’eux-mêmes se pussent apercevoir de mon dessein car les uns étaient commandés pour aller en Catalogne avec mon frère, les autres pour se rendre à la Marche {a} où s’était faite une mutinerie de peu d’importance, les autres pour m’attendre à Metz où je feignais d’aller moi-même. Et leurs routes étaient tellement ajustées qu’à considérer le lieu dont ils partaient et celui où ils avaient ordre d’aller, la Bourgogne se trouvait naturellement dans leur passage. Je faisais même qu’ils y étaient arrêtés par M. le Prince sous prétexte d’un défaut de formalité ; car comme il était gouverneur de la province, il leur refusait son attache pour passer outre, feignant qu’il n’avait point eu avis de leur route.

Il n’y eut que les troupes de ma Maison avec lesquelles il fallut en user autrement, car je leur donnai d’abord une première route jusqu’à Troyes où je leur fis porter un second ordre pour se joindre aux autres ; mais cela ne se fit que dans le temps où il n’y avait plus rien à ménager.

Cependant le canon et les munitions, tant de bouche que d’artillerie, se portaient ou se préparaient dans la même province sous des noms supposés et des raisons apparentes, tandis que j’amusais ceux qui pouvaient y avoir le plus d’intérêt par des propositions fort éloignées de mon dessein. »


  1. Dans l’actuel département de la Creuse.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome ii, pages 542‑543, année 1668) :

« Le samedi 25 février, je fus à Saint-Germain faire ma cour, le roi y étant arrivé le jour précédent à dix heures du matin. Comme cette conquête de la Franche-Comté est fort belle et heureuse, il est bon d’en remarquer les circonstances. M. le Prince, sous prétexte d’être en Bourgogne aux états, avait pris connaissance exacte que la Franche-Comté était sans aucunes troupes et sans défiance parce qu’ils ne doutaient pas que le roi leur accordât la neutralité comme à la dernière guerre, les habitants ayant envoyé devers lui pour la lui demander. Il les amusa. Cependant le roi a fait marcher son armée sans découvrir son dessein et les habitants de la Franche-Comté se sont vu attaquer sans avoir su qu’ils le devaient être. Besançon et Salins se sont rendus à la vue des troupes. Le roi, en arrivant, est allé à Dole, a fait installer les contrescarpes et quelques demi-lunes, où il y a eu quatre ou cinq cents hommes tués. Les habitants étonnés, se voyant sans troupes et sans espérance d’être secourus, se sont rendus le mardi gras, 14 février. Le roi a marché en même temps à Gray. Le gouverneur a fait mine de vouloir se défendre, mais le marquis de Dien, gouverneur général sous Castel Ridrigo, qui est du pays et y a tout son bien, s’est venu rendre au roi, et étant allé à Gray, a persuadé au gouverneur de se rendre. Ainsi le roi y est entré le dimanche 19 février et y a fait chanter le Te Deum, ayant à sa droite le gouverneur général et à sa gauche le gouverneur particulier de la ville ; et le même jour, il est parti pour le revenir. Ainsi le roi est parti de Saint-Germain le 2 février, est arrivé le 8 à Dijon, a su en arrivant que, le 6, Besançon et Salins avaient été pris ; il a attaqué Dole le 12 et l’a pris le 14, est allé à Gray et l’a pris le 19, est parti aussitôt et est arrivé à Saint-Germain le 24 février. Ainsi, en 22 jours du mois de février, il est parti de Saint-Germain, a été en Franche-Comté, l’a prise entièrement, et est revenu à Saint-Germain. Cette conquête est grande et admirable dans ses circonstances. »


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 17 janvier 1668, note 2.

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(Consulté le 13/04/2024)

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