Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine

Note [39]

Questeur se disait « au Pays latin [v. note [19], lettre 15] des receveurs des revenus d’une Université » (Furetière) ; on lui donne aujourd’hui le nom d’agent comptable.

César Egasse Du Boulay (Factum, 1668, pages 91‑92) :

« Le 3e officier général de l’Université est celui qu’on appelle receveur, dont le nom fait assez connaître quelle est sa charge et sa fonction, qui est de recevoir tout ce qui appartient en commun à l’Université. M. Robert Goulet en a parlé de la sorte :

Receptor Universitatis, cuius Officium est bursas incorporandorum seu Iuratorum et alia quæ ad ipsam Universitatem spectant, recipere, Registrumque de Receptis facere, et quasdam Bulletas suo signo pro certificatione Receptæ ab Incorporando Bursæ per eundem Incorporandum D. Rectori mittere : quas quilibet Rector servare tenetur, et ad Computum Receptorum, quem semel ad minus in anno tenentur afferre, ut fidelis Iuratorum in Registro Rectorum et ipsius Receptoris inventorum fieri possit collatio. {a}

Quoi que donc quelques historiens, et entre autres Carion, disent que Charlemagne dota l’Université d’un fonds fort considérable, ils n’en parlent néanmoins qu’en l’air ; et ne saurait-on dire ce qu’il lui a laissé en propriété ou en fonds permanent. Car la donation du Pré-aux-Clercs, {b} que nous lui attribuons, n’était pas pour apporter du profit et un revenu à l’Université, comme il fait aujourd’hui, mais seulement pour servir de promenade et de lieu de divertissement, tant pour les maîtres que pour les écoliers, comme autrefois le Champ de Mars {c} à la bourgeoisie romaine.

Le seul fonds qu’a eu l’Université pendant plusieurs siècles n’a été autre qu’un certain droit d’incorporation et de bourse, que chacun était obligé de payer en se faisant immatriculer ou recevoir au nombre des écoliers, maîtres et officiers de l’Université. Et c’était ce qu’on appelait la bourse commune, qui se prenait sur les nouveaux venus, appelés béjaunes, {d} sur les actes de déterminance, de licence et de principe, {e} dont anciennement les procureurs et receveurs de chaque Nation faisaient recette, et rendaient compte au recteur, et le recteur à l’Université, ou à la Faculté des arts en particulier, si c’était une bourse qui la regardait privativement.

Les compagnies qui composent l’Université, les officiers et serviteurs n’ont longtemps subsisté que par ce genre de bourses. C’est pourquoi nos ancêtres en établirent de cinq ou six sortes : la 1re était affectée au recteur ; la 2e, au luminaire {f} de chaque Nation ; la 3e, au service de la Vierge, qui se faisait tous les vendredis et samedis ; la 4e, aux bedeaux ; la 5e, aux paiement et réparation des écoles ; et la 6e, à l’Université, pour les affaires communes. Et toutes ces bourses se levaient sur les actes susdits […]. »


  1. « Le récepteur de l’Université a la charge de recevoir les bourses {i} des nouveaux inscrits ou des jurés {ii} et les autres revenus qui regardent l’Université, de tenir le registre des recettes, et de signer les bulletins certifiant la bourse reçue d’un inscrit et la faire envoyer à M. le recteur par ledit inscrit ; toutes choses que tout recteur est tenu d’observer, tout comme d’inscrire dans le compte des recettes, qui doit être rendu au moins une fois l’an ; de sorte que puissent être exactement comparés les inventaires certifiés inscrits dans le registre du recteur et dans celui du receveur. » {iii}

    1. Au sens strict, une « bourse, en termes de collège, est une espèce de bénéfice ou de fondation faite pour entretenir de pauvres écoliers dans les études pendant cinq ou six années. Chaque bourse du Collège de Fortet à Paris vaut cent écus. Les bourses sont à la nomination des patrons et fondateurs » (Furetière). Les écoliers issus de familles aisées devaient sans doute aussi verser un droit d’inscription tiré de leurs fonds propres, et lui aussi appelé bourse.

    2. « On appelle un écolier juré celui qui a étudié six mois en l’Université de Paris, et qui en a lettres et certificat du recteur » (Furetière).

    3. Ces deux registres étaient d’une grande importance académique car ils permettaient d’authentifier la durée exacte des études suivies par un collégien.

  2. V. note [1] des Affaires de l’Université en 1650-1651, dans les Commentaires de la Faculté, pour l’historique du Pré-aux-Clercs qui fournit en outre l’explication et les conditions de la subvention que l’Université se disposait à verser aux professeurs de médecine pour augmenter sensiblement leur rétribution.

  3. Plaine de la Rome antique (Campus Martius), sur la rive gauche du Tibre, qui servait de promenade aux habitants de la ville.

  4. Novices (désormais bizuts) : « Ce mot a été dit par corruption de bec jaune, par métaphore des oisons et autres oiseaux niais qui ont le bec jaune, ce qu’on a appliqué aux apprentis en tous les arts et sciences ; et ainsi on faisait payer autrefois aux écoliers de droit leur béjaune, pour dire leur bienvenue ; et les clercs de la basoche [du Parlement] de Paris appellent encore les lettres de béjaune celles qu’on leur donne pour attestation du service qu’ils ont fait chez les procureurs, quand ils veulent être reçus à une telle charge » (Furetière).

  5. Actes disputés par les écoliers de la Faculté des arts.

  6. Éclairage des locaux.

La réticence de la Faculté de médecine de Paris sur la manière de percevoir la rente de ses professeurs ne s’expliquait probablement pas par une pointilleuse question de préséances académiques ; mais bien plutôt par le souci qu’avait le doyen de contrôler méticuleusement les recettes de la Faculté, dont il devait rendre un compte exact et dont le déficit lui était imputé (v. supra note [2]). S’ajoutaient à cela l’exigence protocolaire de ne pas laisser à un autre (le questeur de l’Université) le soin de remettre à ses docteurs ce qui leur était dû, et la possibilité disciplinaire de le refuser à celui qui n’aurait pas diligemment rempli les charges de sa chaire professorale.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine, note 39.
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(Consulté le 19.10.2019)

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