L. 47.  >
À Claude II Belin,
le 14 mai 1639

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Monsieur, [a][1]

C’est pour vous apprendre une partie des nouvelles de ce pays que je vous trace la présente, combien qu’il n’y en ait pas de fort bonnes, si ce n’est que la fièvre a quitté fort heureusement le roi, [2] Dieu merci. On dit qu’il s’en va prendre les eaux de Forges dans peu de jours. [3] On parle ici de quelques voyages de Lyon ou de Picardie, mais cela est fort incertain. C’est chose vraie que les Espagnols ont levé le siège de devant Turin, [4] du jour de Pâques ; mais delà ils s’allèrent camper devant Villeneuve d’Ast, [1][5] qui s’est rendue à eux. Le bruit court qu’ils vont assiéger Casal, [6] duquel, s’ils viennent à bout, adieu toutes nos conquêtes d’Italie. M. de Longueville [7] y est allé en poste pour y commander les troupes qu’on y envoie de tous ces côtés-là, de Provence, de Guyenne et de Bresse. On y a envoyé aussi M. de Chavigny [8] et M. le comte de Guiche. [9] Le bruit a couru de la mort du pape, [10] mais il se porte bien. Il est seulement mort à Rome le connétable Colonne [11] et trois cardinaux, savoir Ginnasio [12] (doyen de tous, âgé de 92 ans, qui était fils du médecin de Clément viii), [13][14] Verospi [15] et Gessi. [2][16] Les chevaliers de Malte [17] se rangent de votre parti car, si vous ne voulez point des jésuites (comme vous faites fort bien de chasser cette vermine espagnole et loyolitique), [18] aussi ont-ils chassé les leurs à ce carnaval dernier, [19] les ayant tous mis dans un vaisseau et envoyés à la garde de Dieu. [3][20] On verra ce qui en arrivera et si leur Maître Ignace [21] fera quelque miracle pour leur rétablissement. La nouvelle en est très vraie, j’en ai lu lettre écrite de la main d’un chevalier qui a aidé à l’expulsion de ces bons pères : tenez le fait pour très assuré. On dit qu’il est arrivé ici des passeports pour traiter de la paix, tels que le roi les demandait du roi d’Espagne [22][23] et du roi de Hongrie. [4][24] Je pense que vous avez un Perdulcis ; [25] je vous envoie un nouveau traité qu’on a depuis imprimé de lui, qui est de morbis animi[5] M. Citois [26] fait ici imprimer un recueil de ses Petites œuvres de médecine[6] M. de La Meilleraye, [27][28] grand-maître de l’Artillerie, [7][29] est allé en Flandres [30] avec une armée de 25 000 hommes. [8] M. le maréchal de Châtillon [31] partira incontinent avec une autre pour le même pays. Les Écossais ne sont pas encore d’accord avec le roi d’Angleterre. [9][32][33] M. de Feuquières [34] partira incontinent pour le Luxembourg. [10][35] Je vous baise très humblement les mains, à Madame votre femme et à Messieurs vos frères, avec désir d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 14e de mai 1639.

Je pense vous avoir par ci-devant remercié de votre pâté de poisson. [36] Je vous en remercie derechef, mais je vous prie aussi de vous souvenir que m’aviez promis de ne m’en plus envoyer. Je vous en prie derechef et vous en conjure. Adieu, Monsieur et cher ami. M. Mentel [37] a été fort malade d’une fièvre continue [38] pour laquelle nous l’avons fait saigner [39] 32 fois. Il est parfaitement guéri, dont je loue Dieu.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 14 mai 1639

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(Consulté le 13.11.2019)