L. 213.  >
À Charles Spon,
le 10 janvier 1650

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Monsieur, [a][1]

Pour répondre à celle que M. Du Prat [2] m’a aujourd’hui délivrée de votre part, datée du 4e courant, je vous dirai que tant s’en faut que m’ayez aucune obligation ; qu’au contraire, je me tiens très particulièrement obligé à votre bonté, amitié et courtoisie de me donner la connaissance de tant d’honnêtes gens comme vous faites, mais particulièrement de celle de M. Du Prat qui est un excellent homme et digne de toute sorte de faveur. Je le servirai en son nom et au vôtre tant qu’il me sera possible et en toute telle occasion qui se pourra présenter.

Vous avez fait une belle remarque sur le passage de Celse, [3] qui est une expérience particulière qu’il a prise de quelques médecins (neque enim Celsus ipse fecit unquam medicinam). [1] Je pense que c’est que quelque médecin a remarqué que ceux qui avaient été mordus du scorpion [4][5] en étaient heureusement échappés avec la seule saignée, [6] sans l’application d’aucun topique [7] alexipharmaque. [2][8] An quia Natura lenata phlebotomiæ beneficio, quod superfuit reliquiarum morbi facile superavit ? an quia eiusmodi scorpio veneno carebat ? an quia eiusmodi theriacorum et alexipharmacorum usus in eiusmodi vulneribus neque adeo tutus est, nec adeo necessarius quam multi putant ? [3] Quoi qu’il en soit, ad hoc inventa videtur theriaca apud Galenum, ut venenatis ferarum norsibus medeatur a causa frigida ; [4][9] elle est trop chaude pour un venin chaud et même, j’aurais de la peine à m’y fier. Galien [10] n’a loué la thériaque qu’en ce cas-là, hormis qu’il s’en est servi quelquefois de la nouvelle, mais très rarement, comme d’un narcotique. [5] J’excepte de ses œuvres le traité de Theriaca ad Pisonem et ad Pamphilianum[6] qui ne sont non plus de lui que je suis le roi Numa. [7][11] La réputation de la thériaque est sans effet et sans fondement, elle ne vient que des apothicaires [12] qui font ce qu’ils peuvent et omnem movent lapidem[8][13] afin de persuader au peuple l’usage des compositions, et d’ôter ou d’abolir s’ils pouvaient la connaissance et l’usage des remèdes simples, qui est bien le plus sûr et le plus naturel. Si j’avais été mordu d’un animal vénéneux, je ne m’en fierais pas à la thériaque, ni à aucun cardiaque [14] interne ni externe des boutiques ; je me ferais profondément scarifier la plaie et y appliquerais des attractifs puissants, et ne me ferais saigner que pour la douleur, la fièvre ou la pléthore. [15] Sed bene est quod Gallia nostra non alit ista monstra venenata[9] En récompense, nous avons en France des Italiens favoris de nos reines pour ministres d’État[10] nous avons des princes enragés, trop de moines des deux tiers, la cherté du pain, [16] force charlatans [17] et force antimoine. [18] Ne voilà pas assez de maux domestiques, sans avoir encore des serpents [19] et des scorpions comme en Italie ? combien que M. Naudé [20] m’ait bien assuré qu’il n’a point vu en Italie tant de serpents venimeux comme l’on dit. Mais en récompense, ils ont en ce pays-là le pape, [21] la Signora Olympia, [22] force petits principions qui sont autant de tyrans, [11] environ 60 cardinaux, [12] trop de moines, force pédérastes [23] et autres pestes du genre humain. Ne voilà pas assez de malheurs ? mais c’est assez. Je vous baise les mains de tout mon cœur et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce lundi 10e de janvier 1650.

Je vous prie de faire rendre la présente à M. Ravaud. [13][24]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 janvier 1650

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(Consulté le 20.11.2019)