L. 276.  >
À Claude II Belin,
le 12 décembre 1651

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Monsieur, [a][1]

Si j’ai par ci-devant été longtemps sans vous écrire, je me persuade pourtant fort aisément que vous n’attribuez ce malheur ni à manque d’affection de ma part, ni à ma négligence, vu que pour le premier, il m’est impossible d’oublier un ancien ami de votre mérite ; et pour le second, vous savez bien que j’ai tant d’affaires qu’à peine ai-je le loisir de me coucher pour dormir, et même que je ne dors plus guère, adeo mihi somnus abiit in desuetudinem[1] Et à tout cela il n’y a point d’autre remède que de travailler encore onze mois pour les affaires de notre Faculté afin de voir la fin de mon décanat [2] et couler doucement tout ce qui nous reste de ce temps-là, Dieu nous en fasse la grâce. Je ne vous saurais rien dire de nouveau, sinon que le roi [3] et la reine [4] sont toujours à Poitiers. [5] On dit que le prince de Condé [6] a accordé avec le roi d’Espagne [7] qu’il ne mettra les armes bas que jusqu’à la paix générale, en fournissant audit prince de présent 800 000 livres et 400 000 livres chaque mois : voilà une convention laquelle nous fait bien connaître la grande faiblesse des Espagnols. Nous avons ici un de nos compagnons nommé M. Germain [8] qui fait imprimer un livre de l’antimoine, [9] et des qualités malignes et vénéneuses qu’il contient. [2] Nous attendons de Hollande tous les jours (mais le débordement de la Seine [10] nous reculera de beaucoup) un beau livre qui est une seconde édition fort augmentée du livre de M. Vossius [11] le père, de Historicis Latinis[3] L’auteur a été un excellent homme, lequel mourut il y a trois ans. On s’en va imprimer à Leyde [12] le livre de feu M. Grotius [13] de Bello Belgico, ab anno 1567 jusqu’à la trêve de 1608, [4] ce sera magnum opus viri maximi[5] M. Riolan [14] s’en va faire bientôt imprimer un livre in‑8o dans lequel seront contenus divers traités anatomiques, pathologiques, de la circulation du sang, etc. [6][15] Le bonhomme roule toujours et a l‘esprit aussi vert que s’il n’avait que 38 ans. [7] M. Moreau [16] songe à une nouvelle impression de son École de Salerne[8][17] Nous attendons de Padoue Fortunii Liceti de quinto et sexto, de septimo et octavo quæsitis per epistolam[18] in‑4o, avec son livre in‑fo, de Lucernis antiquorum[9] J’ai délivré depuis 15 jours à un libraire de Lyon [19] qui s’en retournait d’ici un beau manuscrit de feu M. Hofmann [20] pour y être imprimé in‑4o, ce sera un fort bon livre. [10] J’ai été obligé de me servir de cette occasion pour mettre au jour ces beaux ouvrages, les libraires de Paris n’ayant pas la hardiesse de rien mettre sous la presse. Voilà ce que je sais de nouveau. Je vous prie de continuer de m’aimer et de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 12e de décembre 1651.

Je vous supplie de me permettre que je présente ici mes très humbles mains à MM. Camusat et Allen, nos bons et anciens amis, comme aussi à MM. Blampignon, Maillet, Sorel et à tous Messieurs vos collègues. Le Mazarin [21] voudrait bien rentrer en France, mais il n’ose. On croit que le roi quitte Poitiers et s’en vient passer les fêtes de Noël à Tours. [22] On imprime ici un livre de Balzac [23] intitulé le Socrate Chrétien, dans lequel il se déclare fort contre les jansénistes. [24] Quelque savant de ce parti pourra bien lui river son clou, aussi bien qu’autrefois a fait le P. Goulu, feuillant[11][25][26]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 12 décembre 1651

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(Consulté le 12.11.2019)