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À Claude II Belin,
le 24 mars 1660

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Monsieur, [a][1]

Je vous dirai pour réponse à votre dernière que l’abbé Aubry [2] est le nom d’un imposteur public, et rien davantage. Notre Robin [3] a été reçu bachelier, [4] mais il n’a eu d’amis que ce qu’il lui en fallait car peu s’en est fallu qu’il n’ait été refusé. Ils sont dix en tout, mais il est un des plus faibles et néanmoins, il paraît avoir 42 ans, puer 40 annorum semper erit puer[1] Quand notre arrêt [5] aura été tiré du greffe, on l’imprimera et puis après vous en aurez. Pour vos thèses, je vous en remercie de bon cœur. J’aimerais mieux les voir que de les avoir, j’en ai plusieurs de cette nature et plusieurs des vôtres seront dans le recueil que l’on imprime à Genève sous le titre de Theses Sedanenses ; néanmoins, si vous voulez m’en envoyer le paquet, je le verrais volontiers et puis après, je vous les renverrai sans y faire aucun tort. Le Zacchias [6] s’imprime à Lyon chez M. Huguetan ; [2] l’on m’a mandé qu’il y aura deux volumes, mais je n’en sais point la grosseur. Nous n’avons encore rien ici vu sur la paix [7] digne d’être admiré. L’on m’a dit que M. La Mothe Le Vayer [8] en écrit un recueil de lettres qu’il va mettre sur la presse. C’est le Plutarque [9] français, il est précepteur de M. le duc d’Anjou. [3][10]

Pour le mariage [11] du roi, l’on dit qu’il est reculé de 20 jours. Quelques-uns disent qu’il ne se fera que le mois de septembre prochain, sed non ego credulus illis ; [4] néanmoins, on tient ici pour certain que l’empereur [12] ferait bien volontiers quelque grand effort pour l’empêcher. On dit que l’infante d’Espagne [13] est tout à fait française et qu’elle veut être mariée à notre roi, et non pas à l’empereur, frère de sa belle-mère, qui est reine d’Espagne ; [5] [14] et de plus, que la reine, [15] mère de notre roi, a obtenu cette princesse pour sa bru future par une puissante intrigue, par laquelle le mariage lui a été promis et se fera. Plusieurs officiers sont partis d’ici pour se rendre à la cour au commencement d’avril.

On fait ici un grand bruit de la mort du roi de Suède, [16] il y a des lettres de Hollande qui le portent. Si la nouvelle est vraie, cela causera quelque changement à nos affaires du Nord. [6] Le roi a envoyé vers l’empereur un certain M. Colbert [17] pour obtenir de lui qu’on rende au roi de Suède les places à lui appartenantes, qu’on lui a prises dans la Prusse [18] ducale depuis quelques années. [7] Si l’empereur s’offre de les rendre, M. Colbert a charge de demeurer là ; si on lui refuse, il a charge de s’en revenir. Les Anglais sont en grand repos en attendant le nouveau Parlement [19] qui doit être assemblé et établi sur la fin d’avril. On attendait le roi pour les fêtes à Toulouse, [20] mais on dit qu’il les passera à Aix. [21] Le prince de Condé [22] a dit ici que, quelque chose qui arrive, le mariage du roi se fera avec l’infante d’Espagne, et c’est ce que nous devons tous souhaiter. Si vous me faites l’honneur de m’envoyer votre paquet de thèses, je vous en tiendrai bon compte, d’une façon ou d’autre et comme il vous plaira. Je vous baise les mains, et à Monsieur votre fils, et suis de toute mon affection, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin

De Paris, ce mercredi 24e de mars 1660.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 24 mars 1660

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(Consulté le 25.10.2020)