L. 862.  >
À André Falconet,
le 9 avril 1666

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Monsieur, [a][1]

On continue de prendre des faux monnayeurs [2] ensuite de M. Delcampe [3] qui est prisonnier dans la Bastille. [4] Je parlerai de votre procès à M. le premier président [5] en son temps, quand il aura été distribué à M. Le Boults [6] qui est un fort bon juge. Je le lui ferai aussi recommander par son médecin qui est M. Matthieu. [7] Les charlatans [8] ont trop de crédit au monde et les bons juges n’en savent pas assez l’importance. L’Œconomia de Foesius [9] est pour l’Hippocrate seulement, mais c’est un excellent livre, aussi bien que celui de Marinellus. [1][10] Feu M. Nicolas Piètre [11] avait peu de livres, mais ce dernier mort [12] en avait encore moins de la moitié ; [2][13] je crois que la bibliothèque [14] fut divisée et partagée entre les enfants de M. Nicolas Piètre. Les savants comme lui n’aiment guère les livres nouveaux. Nicolas Piètre avait l’esprit doux et mansuet, [3] mais Jean son fils l’avait dur et âpre, et trop échauffé ; aussi n’a-t-il guère vécu, après s’être donné beaucoup de peine, cito raptus est ne malitia mutaret intellectum[4][15] C’est une mauvaise et malheureuse constitution que l’atrabilaire, [16] elle fait trop de peine à son sujet.

Le roi [17] ira au Parlement lundi prochain pour faire passer une déclaration qui lui apportera plus de seize millions. [5] On n’en sait pas encore le détail, quoique les intéressés s’en doutent. J’ai appris aujourd’hui que la bibliothèque de feu M. Piètre n’avait point été vendue 400 écus. Feu Monsieur son père ne lisait, après Hippocrate et Galien, que Cicéron, [18] Plutarque, [19] Pline [20] et Sénèque, [21] Virgile [22] et Horace, [23] et de tous les modernes, que Scaliger [24] et Turnèbe. [25] La Cour des monnaies [26] se trémousse fort à faire prendre des faux monnayeurs. Le sieur Delcampe est toujours en prison, son affaire est bien dangereuse et il n’y a pas d’apparence qu’il en échappe. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 9e d’avril 1666.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 9 avril 1666

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(Consulté le 16.10.2019)