L. 886.  >
À André Falconet,
le 30 octobre 1666

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Monsieur, [a][1]

On dit ici que M. le cardinal de Retz [2] revient à Paris et que c’est M. Le Tellier [3] qui en est cause. [1] Un voleur, qui tuait et massacrait dans la forêt de Saint-Germain habillé en capucin[4] fut hier rompu tout vif et brûlé par sentence de M. le lieutenant criminel. [5][6] On continue de signifier des taxes à quelques particuliers qui se sont mêlés autrefois d’affaires, on dit que c’est un nouveau parti de sept millions. M. l’ambassadeur de Suède, le comte de Königsmarck, [7] enfin s’en est allé. J’eus l’honneur de lui dire adieu hier au matin et le vis partir. Le roi [8] lui a fait présent d’un bijou de 2 000 pistoles. On traite de la paix entre les Français, les Anglais, les Hollandais et leurs alliés, et les gens de bien espèrent qu’elle se fera cet hiver ; [9] mais on a peur qu’après cela nous n’ayons la guerre en Flandres [10] le printemps prochain. [2][11] Mme Fouquet, la mère, [12] est fort malade, et le pape [13] à Rome. Il est survenu à Londres un grand ravage d’eau qui a achevé de ruiner ce que l’on avait sauvé de l’embrasement. [3][14][15] Il y a ici un conseiller de la Cour qui se meurt, nommé M. Tudert, [16] qui a été ci-devant chanoine de Notre-Dame. [4][17]

On travaille diligemment à nettoyer les rues de Paris, qui ne furent jamais si belles. On parle aussi d’établir un grand ordre contre les filous et voleurs de nuit pour l’hiver prochain. Pour la suppression des fêtes, on la tient pour certaine, au nombre de 18. [5] On ne néglige rien au pavillon du Louvre [18] pour en avancer le bâtiment, on dit qu’il y a 2 000 maçons et 600 menuisiers. Ce n’est pourtant point encore là le Temple de Salomon [19] où les rabins disent qu’il y avait tous les jours plus de 20 000 ouvriers ; il me semble pourtant que notre roi est en meilleure condition que ne fut Salomon, bien qu’il eût l’esprit de Dieu et qu’il fût rempli de grande sagesse. Malo esse quam fuisse[6] ceux qui sont morts ne voient plus goutte, qui carent aliquo sensu, carent aliqua sententia[7] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 30e d’octobre 1666.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 30 octobre 1666

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(Consulté le 21.10.2019)