L. 892.  >
À André Falconet,
le 30 novembre 1666

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Monsieur, [a][1]

Ce 25e de novembre. Je vous écrivis hier l’histoire de dom Jean de Vassan [2] qui avait compilé de la bouche même de Scaliger [3] les fameux Scaligerana, Dieu les veuille bien amener par sûre voie. Les Suédois continuent le siège de Brême, [4] mais on croit que c’est pour obliger l’empereur [5] d’entrer dans quelque traité de paix. Le roi [6] est à Saint-Germain [7] et on croit qu’il y sera encore tout le mois prochain, pour obliger d’autant plus la reine [8] à garder le lit encore longtemps et pour empêcher ainsi l’accouchement avant terme. [1][9] M. le premier président [10] et le Parlement ont revu la prétendue réformation de la chicane. Ils ont pourtant renvoyé le cahier à Saint-Germain avec très humble prière au roi de vouloir bien revoir quelques observations qu’ils y ont faites.

On travaille à un livre pour les droits de la reine sur le pays de Brabant [11] et le comté de Hainaut, [12] il sera imprimé en latin et en Français. Le résident de Danemark m’a dit céans aujourd’hui que les Suédois ont enfin levé le siège de Brême par accord fait avec les habitants, [2] et qu’il y a grande disposition pour voir une paix générale en l’Europe le mois d’avril prochain ; mais s’il arrive que les Anglais ne s’accordent pas, ils doivent attendre une rude guerre des Danois, Hollandais et Français qui tous sont bien puissants sur la mer. Il y a quelque temps que mourut ici M. Hinselin, [13] maître de la Chambre aux deniers. [3] Le bruit court que lui et un architecte maître bourgeois, [4] nommé de Verdun, [14] étaient morts en trois jours pour avoir trop mangé de cerneaux. [5][15] Cela fut aisément cru, mais depuis peu, un certain prêtre a déposé que le valet de chambre dudit Hinselin, au lit de la mort, lui avait confessé et donné charge de révéler, mais seulement un an expiré après son trépas, que c’était lui qui avait empoisonné son maître dans des cerneaux pour avoir 1 500 livres qu’il lui avait promises par testament. Le vénérable valet de chambre s’appelait, dans l’île Notre-Dame, [16] Genesson. [17][18] Ne voilà pas un cas bien étrange et bien capable de nous persuader l’immortalité de l’âme ? Quoi qu’il en soit, tous trois sont morts et quelque jour nous mourrons aussi, mais Dieu nous préserve de telle mort. [6] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 30e de novembre 1666.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 30 novembre 1666

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(Consulté le 19.10.2019)