L. latine 111.  >
À Johannes Antonides Vander Linden,
le 22 novembre 1658

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[Ms BIU Santé 2007, fo 75 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre dernière, et médité dessus depuis quelques jours. La poste ordinaire m’a remis celle que vous aviez donnée à Elsevier [2] pour qu’il me l’expédie, c’est-à-dire votre avant-dernière ; et c’est bien ainsi, car nous n’importunerons personne en faisant passer notre commerce épistolaire par cette voie, et je ne voudrais en déranger aucun. Continuez donc à m’écrire par le même intermédiairie ; [1] à moins peut-être que vous ne remettiez vos lettres, comme vous avez fait naguère, à ce marchand de votre pays qui a ici un fils, dénommé Cornelius, chez M. Darli, le commerçant. [3] Votre dernière m’était parvenue par la même voie, savoir le courrier ordinaire, avec une lettre de M. Gronovius ; [4] je l’ai aussitôt envoyée à Saumur, à M. Tanneguy Le Fèvre, [5][6] lequel j’ai invité à répondre par une lettre que je renverrais aussitôt par voie sûre dans votre pays, s’il me l’envoyait. En attendant, vous saluerez de ma part, s’il vous plaît, M. Gronovius que je vénère comme une grande étoile dans le firmament littéraire. Il a jadis vécu à Paris et je me souviens avoir cherché à l’aller saluer et connaître dans le faubourg Saint-Germain ; mais pour mon malheur, il était alors déjà parti, de sorte que je n’ai pu trouver et voir chez lui cet homme fort illustre pour sa réputation de très vaste érudition. J’avais alors en tête de lui offrir toute sorte de services ; per literas animi mei interpretes[2][7] j’exécute simplement aujourd’hui ce que je n’ai pu faire en tête-à-tête car je désire qu’il m’inscrive dans l’album de ses amis, principalement par votre intermédiaire et votre entremise, si tel est votre bon plaisir. En attendant, je voudrais vous faire savoir que je le connais fort bien grâce à divers écrits qu’il a publiés ; je les ai tous ici à l’exception d’un seul, qui traite du système numéraire ou monétaire, que je n’ai pas encore trouvé à acheter. [3] Je le salue donc de tout cœur et le prie d’accepter de bonne grâce que je le tienne dorénavant pour mon ami. [Ms BIU Santé 2007, fo 76 ro | LAT | IMG] Il a jadis écrit ici quelque chose contre un certain Émeric Crucé, pédagogue émérite, qui mourut il y a sept ans, sed longe impar fuit congressus Achilli[4][8][9] Ce Crucé, parfaitement indigne d’un si grand adversaire, n’était en effet qu’enflé par l’arrogance et par l’orgueil d’un pédant. Le Gassendi qu’on vous a commandé nous viendra bientôt ; [5][10] M. Angot [11] a écrit à Lyon pour cela, et aussitôt qu’il lui sera parvenu, il assemblera un paquet auquel j’ajouterai certaines autres choses que j’ai ici à vous envoyer : une Dissertatio de succo Cyrenaïco qu’a tout récemment engendrée une dispute ou controverse entre deux docteurs encore jeunes, [6][12][13][14] ainsi qu’entre autres, le Simeo Seth[15] et le Scribonius de Johan Rhode, etc. [16][17] Dans votre dernière, vous ne m’avez rien répondu sur l’Eusèbe de Scaliger, son édition n’est-elle pas achevée ? [7][18][19] J’ai appris qu’Alexandre More est en notre ville, [20] j’ai cherché à le rencontrer chez lui et ne l’ai pourtant pas encore vu, mais j’espère le voir bientôt. J’attendrai votre portrait avant l’été prochain, je voudrais pourtant qu’il fût fait à votre avantage. Que nous reste-t-il à espérer des Epistolæ de Saumaise qu’il conviendrait d’éditer un jour ? [8][21] Apprenez-moi s’il vous plaît où demeure aujourd’hui un Parisien nommé Simon Moinet ; vous l’avez autrefois connu, il habitait jadis chez les Elsevier. [22] Je me réjouis extrêmement que le très savant Gronovius ait quitté Deventer pour enseigner chez vous ; [23] il sera un brillant ornement de votre Université qui a donné naissance à tant de distingués professeurs. Mes deux fils vous saluent, [24][25] ainsi que M. Van Hoorne ; [26] tout comme moi, qui fais de même pour M. Utenbogard, médecin d’Utrecht et excellent homme. [27] Je vous ai naguère envoyé, à vous ou du moins en votre nom à l’un de vos amis, [28] le Théophraste de Heinsius grec et latin, corrigé par la propre main de Caspar Hofmann : [9][29][30][31] que puis-je en espérer, ne le publiera-t-on pas chez vous ? Sinon, qu’on me le renvoie car j’ai trouvé un libraire qui ne répugnerait pas à lancer l’édition des manuscrits que j’ai en ma possession, et qui ne prend pas la fuite à l’énoncé de mon projet et de mon intention. [32] Un jeune Allemand de Berlin, fils du premier médecin de Brandebourg, nommé Martin Weiss, [33] qui a été votre auditeur, m’a raconté ici avoir appris de vous que cette Empirica rationalis, qui a été publiée en Italie il y a cinq ans, n’est pas de Giulio Cesare Claudin. [10][34][35] Est-ce bien vrai ? Certe communi cudit carmen triviale moneta[11][36] et ce livre n’a pas grande valeur pour moi, bien qu’il porte le nom d’un savant homme ; et je ne doute pas qu’un tel titre, fardé et mensonger, n’aille en tromper beaucoup, en particulier les moins clairvoyants et ceux qui montrent peu de sagacité à discerner les œuvres des grands hommes. On trouve ici, imprimées depuis un mois, des Opérations de chirurgie, par un chirurgien de très grand renom nommé Thévenin : il s’appuyait beaucoup sur la cystotomie pour guérir le calcul et il s’évertuait à être tenu pour le meilleur connaisseur des maladies des yeux ; son livre est entièrement en français, in‑fo ; [12][37][38][39] écrivez-moi si vous voulez que je vous l’envoie. Les imprimeurs lyonnais se préparent à mettre au jour de grands ouvrages : les uns commencent le Cardan complet qui sera en huit tomes ; [40] d’autres pensent aux Annales ecclesiastici de Baronius en 12 tomes ; [41] d’autres encore ont en vue une nouvelle édition de Ciaconius de Vitis pontificum Romanorum cum elogijs cardinalium (bon Dieu, que voilà d’honnêtes gens !), mais cette édition sera bien plus ample, et achevée cette présente année ; au moins servira-t-elle de référence historique. [13][42] Nos Parisiens sont étonnamment transis et n’exécutent rien d’utile : ils ne s’appliquent qu’à de quelconques romans pour l’agrément des femmes de la cour, qui en font leur passe-temps ; sauf espoir de profit, ils négligent d’autres ouvrages de meilleure qualité, jusqu’à ce qu’ils trouvent une conjoncture plus favorable et plus paisible ; à moins peut-être qu’en attendant, à l’usage des gens crédules, ils ne publient des livres de théologie loyolitique, monastique, sorbonique. Je n’écris rien de nos affaires politiques : notre roi, avec toute la cour, partira dans quelques jours pour Lyon, où il séjournera pendant 15 jours. [14][43][44] Ensuite, on dit qu’il ira à Marseille en vue de réprimer certains tumultes, non sans grand préjudice, ou du moins non sans grande incommodité pour les Provençaux. L’impatience des affaires danoises et suédoises nous occupe ici entièrement : quelques-uns croient en effet que le roi de Suède est en un très grand embarras, pour ne pas dire qu’il a été capturé ou même tué dans un combat naval. [15][45] Veuille Dieu nous procurer des jours meilleurs, ou plutôt la paix universelle. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

Votre G.P. de tout cœur.

De Paris, le 22e de novembre 1658.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 22 novembre 1658

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(Consulté le 16.10.2019)