L. latine 123.  >
À Johannes Antonides Vander Linden,
le 8 mai 1659

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[Ms BIU Santé 2007, fo 81 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

La gravité de votre maladie m’a épouvanté. Dieu fasse que vous vous portiez mieux et que je sois délivré de cette crainte. [1] La phlébotomie peut faire disparaître à la fois la maladie et sa cause, et ses bons effets peuvent rapidement vous soulager. Prenez donc garde à ne pas avoir d’aversion pour un si grand remède[2] La purgation douce, répétée deux ou trois fois, avec séné et sirop de roses pâles ou de fleurs de pêcher, mais sans du tout de scammonées, emportera heureusement les reliquats de votre mal. [3][4][5][6][7] Agissez donc en sorte qu’avant la fin de ce mois, je reçoive l’agréable nouvelle de votre meilleure santé. Votre dégoût des aliments est pour moi de mauvais présage s’il ne disparaît pas rapidement pour laisser place à un louable appétit. Je ne me soucie pas de votre portrait pour le moment : ne vous préoccupez que de mieux vous porter, et consacrez-vous-y tout entier ; mais après que vous aurez recouvré une parfaite santé, nous penserons à ce tableau. Mes deux fils vivent et se portent bien : ce matin, j’ai été appelé en consultation avec Robert pour une fièvre quarte, [8][9][10] et hier soir, avec Charles, pour une douleur néphrétique. [11][12] Tous deux étudient avec diligence et s’appliquent avec bonheur aux opérations du métier ; on m’appelle souvent en consultation avec eux et je me réjouis que beaucoup de gens les apprécient. Ils habitent des maisons distinctes de la mienne ; [13] chacun a sa propre maisonnée : valet, servante, cheval et bibliothèque ; mais aucun n’a encore d’épouse. [2] Nous ne penserons pas à mariage tant que la paix universelle ne sera pas rétablie ; il en est fortement question et tous les braves gens l’espèrent ; Dieu fasse qu’elle nous vienne vite. [14] L’éminentissime Mazarin, premier ministre de notre royaume, a récemment souffert de podagre ; [15][16][17] mais ensuite, il a été pris des douleurs néphrétiques les plus aiguës et les plus atroces ; [18] pour les apaiser, on l’a saigné six fois ; [19] enfin, il a expulsé un très gros calcul. On dit pourtant qu’il ne s’en trouve pas mieux, et certains suspectent qu’un autre plus grand calcul ne subsiste dans la vessie, qu’aucun autre recours que la lithotomie ne pourra retirer de là. [20][21] On dit que le Jupiter capitolin, ou ce pape qu’on appelle Alexandre vii, est devenu fou et qu’il est tombé en démence sénile. [22][23][24] Je ne me soucie aucunement que les grands de ce monde, les maîtres des affaires, soient ou non bien portants ; je m’inquiète seulement de vous, et prie à genoux Dieu tout-puissant de remettre vite en meilleure et plus solide santé. Portez-vous donc bien et envoyez-moi sans tarder la nouvelle de votre rétablissement.

De Paris, le 8e de mai 1659.

Votre Guy Patin de tout cœur.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 8 mai 1659

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(Consulté le 22.10.2019)