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Varia sur Guy Patin et ses lettres (ms BNF 9357)

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Cinq textes terminent le manuscrit Bnf fr no 9357.

  • Le premier (fo 377) est la transcription du jugement de Guy Patin sur le Religio Medici de Thomas Browne. [1]

  • Le fo 378 est une lettre de Johann Heinrich Samuel Formey, [1] secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Prusse, adressée « à l’auteur du Mercure de France », [2] datée de Berlin, le 28 octobre 1769 :

    « Monsieur,

    En relisant, il y a quelque temps, les lettres de Guy Patin, je trouvai qu’elles m’intéressaient encore plus qu’elles n’avaient fait il y a une trentaine d’années, sans doute parce qu’elles me fournissaient l’occasion de me rappeler un plus grand nombre d’anecdotes historiques et littéraires, dont j’ai acquis la connaissance depuis ce temps-là ; mais en même temps, je fus choqué de la multitude prodigieuse de fautes qui s’y trouvent, principalement dans les noms propres et dans les mots grecs. Cela m’a fait naître l’idée d’en procurer une nouvelle édition qui, si je ne me trompe, ne serait pas désagréable au public. Je la mettrais dans l’état le plus correct que je sois capable de lui procurer, et je l’enrichirais d’un bon nombre de notes de littérature et de critique. Je fondrais en même temps toutes les lettres, tant à M. Falconet et à M. Spon, qu’aux autres correspondants, en les rangeant suivant l’ordre. Les éditions que je possède sont :

    1. Lettres choisies etc., augmentées de plus de 300 lettres dans cette dernière édition, et divisées en 3 volumes, à Rotterdam, chez Reinier Leers, 1725, in‑12o
    2. Nouveau recueil de lettres choisies, qui font les tomes 4e et 5e de la collection précédente ; je crois cette édition faite en France ;
    3. Nouvelles lettres de feu Mr Guy Patin, tirées du cabinet de Mr Charles Spon, etc. à Amsterdam chez Steenhouwer et Uytwerf, 1718, 2 vol. in‑12o.

    Je vous prie, Monsieur, d’annoncer mon dessein, afin que Mrs les libraires en aient connaissance et se chargent de l’entreprise si elle leur convient. Je voudrais que l’exécution typographique fût aussi élégante qu’il se pourra. J’invite aussi ceux d’autres gens de lettres qui voudront bien me donner leurs conseils, ou me fournir leurs observations, à le faire : je profiterai de ces secours avec une reconnaissance dont je donnerai des témoignages publics ; et comme la correspondance directe serait trop coûteuse, les uns et les autres auront la bonté de s’adresser à mon ami et confrère Mr Demachy, de l’Académie royale de Prusse, maître apothicaire faubourg Saint-Germain, rue du Bac ; [3] il écoutera les propositions qui lui seront faites, et recevra les lettres qui lui seront remises à ce sujet. Je souhaite en particulier qu’on m’apprenne s’il y a des éditions de ces lettres meilleures que celles que j’ai indiquées.

    Si vous ne refusez pas, Monsieur, de vous intéresser au succès de cette annonce, j’augurerai bien de sa réussite et je vous en serai fort obligé. J’ai l’honneur d’être avec toute la considération possible,
    Monsieur
    votre très humble et très obéissant serviteur,

    Formey, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Prusse.
    À Berlin, le 28 octobre 1769.  »

  • Viennent ensuite (fos 379‑381) une note et une lettre de la même plume, non datées, en réponse à la lettre de Formey.

    La note, intitulée Remarques adressées à Monsieur Formey, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Berlin, par Mr Gobet, concerne les sources imprimées qui pourraient l’aider dans son projet : autres éditions des lettres, Patiniana et L’Esprit de Guy Patin ; avec ce post-scriptum :

    « Il me vient une idée, Monsieur, si vous faites imprimer Patin : c’est de me communiquer vos notes littéraires ; ou bien de me donner un état des choses que vous ne sauriez pas, parce qu’étant ici à Paris, et vous à Berlin, je puis savoir les faits peut-être plus commodément que vous, étant assez instruit des anecdotes littéraires ; je ne veux pour cela vous priver du plaisir de donner l’édition, mais vous dire ce qui m’est connu. Les livres sur la biographie, sur la géographie, l’histoire et la chronologie devraient être faits par tous ceux qui ont des connaissances relatives à ces sciences ; nous trouverions plus d’exactitude dans ces sortes d’ouvrages. »

    La lettre est incomplète, mais enthousiaste :

    « Monsieur,

    J’ai eu communication d’une de vos lettres adressées à l’auteur du Mercure de France, datée du 28 octobre dernier, par laquelle j’apprends avec plaisir que vous vous préparez à donner une nouvelle édition des lettres de Guy Patin, avec des notes littéraires. Je souhaite très fort, Monsieur, que votre projet s’exécute, quoique peut-être ce ne soit pas l’avis de beaucoup de gens de lettres qui ne paraissent pas partisans de Guy Patin. On le regarde ordinairement comme un gazetier littéraire qui annonce à ses amis tous les livres nouveaux et les bruits populaires, qui déclame sans cesse contre l’antimoine et ses adhérents ; il est vrai que cela est un peu fondé, mais en même temps, on peut dire à sa louange que ses lettres sont écrites d’un ton jovial et ouvert, qu’elles contiennent des anecdotes singulières, des idées plaisantes, et beaucoup de faits curieux aux yeux d’un philosophe et d’un historien. Ces nouvelles populaires dont son livre est rempli sont intéressantes : il est aussi curieux de connaître le peuple dans ses préjugés que la vérité d’un fait historique. Quand on fera l’histoire du Siècle de Louis xiv, on cherchera dans les dépôts publics les dates et la marche des grands événements de son règne, mais Guy Patin servira à donner le caractère d’un peuple ignorant les desseins du prince et de son ministère, et qui cependant veut les juger. On sait d’ailleurs par des exemples anciens et modernes que les sensations populaires souvent sont l’effet des intrigues sourdes d’un chef de parti. Les allures du cardinal de Retz, la conduite du duc de Beaufort dans Paris, démontrent assez ce que j’ai dessein de vous écrire : il est important de connaître à quel degré d’enthousiasme on peut entraîner une populace ; Guy Patin alors en sera historien ; que nous importe le caractère personnel de ce médecin ? s’il nous est utile à juger du ton des Parisiens dans leurs petites aventures avec le cardinal de Mazarin.
    Je crois, Monsieur, que ces lettres seront très utiles au public, surtout si vous corrigez les noms propres, les titres des livres, les mots grecs, etc. En quoi je vous donnerai tous les secours qui dépendront de moi, avec le plus grand plaisir du monde. J’ai lu plusieurs fois ces lettres ; elles m’ont toujours amusé ; mon projet était même d’en faire une édition dans la suite, ce que personne ne pouvait guère exécuter que moi en France, étant possesseur du manuscrit original de Guy Patin que M. Mahudel a publié en 1718 en deux volumes. [4] J’ai les lettres originales signées de Patin telles que Charles Spon les a reçues. J’ai plusieurs autres ouvrages qui sont relatifs à ses lettres, dont je vous envoie aussi la notice. Il y a quelques lettres du même auteur répandues dans différents recueils qu’il serait facile de chercher pour joindre à cette collection. Je vous offre, Monsieur, tout ce que j’ai en communication, et même je consens avec plaisir que vous en fassiez faire des copies, très aise de pouvoir vous obliger et être utile aux gens de lettres. Il y a dans ces lettres de Guy Patin une faute de tous les éditeurs, que j’ai remarquée il y a longtemps, et que le manuscrit original m’a ensuite démontrée : ces lettres étaient écrites par l’auteur en plusieurs intervalles à ses amis ; une lettre était huit ou quinze jours sur son bureau, tous les jours il écrivait et datait sa nouvelle ; on a mal à propos ôté ces dates pour en laisser une seule, autre occasion d’attribuer à Patin des anachronismes qu’il n’avait pas faits.
    Je ferais pour votre édition tout ce que j’ai fait pour la nouvelle édition de Leibnitz que Monsieur Dutens, ami de Monsieur de La Grange, votre confrère et le mien, a donnée chez les frères de Tournes, à Genève ; [5] et quoique mon nom ne soit pas encore connu dans la république des lettres, je n’en suis pas moins un curieux qui sera flatté d’avoir le plaisir de vous obliger dans toutes les collections littéraires que vous ou vos amis pourront donner, persuadé que vous voudriez bien me faire le même plaisir si l’occasion se présentait ; ce que vous et moi, Monsieur, ne pouvons prévoir, mais que le temps peut nous procurer à l’un ou à l’autre. Je suis très parfaitement » (la suite fait défaut).

    Le travail de Formey n’eut pas de suite immédiate, mais on en retrouve la trace dans une catastrophe survenue en 1895 (Vuilhorgne, page 87, appendice B) :

    « En ce qui concerne la correspondance autographe de Guy Patin, nous dirons qu’il y a quarante ou cinquante ans environ, il y eut parmi nos savants de premier mérite, une ardente émulation à qui donnerait au public le meilleur texte des lettres de G. Patin ; mais une fatalité désastreuse a mis tout à coup à néant tous les matériaux recueillis en vue d’une édition définitive de la correspondance patinienne. Copies de lettres, notes amassées en vue de cette publication, si impatiemment attendue, ont été détruites le 9 juillet 1895 dans l’incendie de la belle bibliothèque de feu M. Tamizey de Larroque (mort fin mai 1898), [2] correspondant de l’Institut.

    M. L. Delisle, membre de l’Académie des Inscriptions, toujours si empressé à seconder le zèle des laborieux chercheurs, a bien voulu nous adresser à ce sujet la très intéressante lettre que nous donnons ici en partie. Cette lettre, datée du 13 juillet 1895, quatre jours, par conséquent, après le déplorable événement dont nous parlions tout à l’heure, est de M. Tamizey de Larroque lui-même.

    “Je comptais donner à la Bibliothèque nationale un recueil manuscrit qui lui revenait de droit car il avait été préparé par trois savants de la Maison : MM. Benjamin Guérard, Ravenet et Taschereau. Je veux parler des Lettres de Gui Patin, transcrites d’après les autographes du département des manuscrits, de la main de M. Guérard, annotées par M. Taschereau et surtout par M. Ravenet. C’est ce dernier, avec lequel j’ai été très lié, qui m’avait remis ces précieuses liasses en vue de l’édition que je préparais avec mon ami M. de Montaiglon,  [3] et pour laquelle j’avais déjà réuni tant de notes qui complétaient celles de mes devanciers…” [6]

    Maintenant, on est en droit de se demander quand et comment surgira cette édition complète, véritablement princeps, préparée autrefois par Formey, terminée, quant à la copie sur les autographes, par M. Guérard, et qui est encore, on sait malheureusement trop pourquoi, à refaire ? Vienne ce patient éditeur : nous l’appelons, quant à nous, de tous nos vœux ! »

  • Le dernier feuillet (fo 382) est un portrait écrit de Guy Patin, sans signature :

    « Le fameux Guy Patin était satirique depuis la tête jusqu’aux pieds. Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses chausses, ses bottines, tout cela faisait nargue à la mode, et le procès à la quantité. Il avait dans le visage l’air de Cicéron, et dans l’esprit le caractère de Rabelais. Sa grande mémoire lui fournissait toujours de quoi parler, et il parlait beaucoup. Comme il savait quantité de choses singulières et qu’il divertissait aisément la conversation, on l’écoutait avec plaisir. Il était hardi, téméraire, inconsidéré, mais simple et naïf dans ses expressions. Grand ennemi des charlatans, plus savant qu’habile et heureux médecin. Sa bibliothèque était nombreuse et assez garnie de livres d’un certain genre, qui ont fait tort à sa réputation et à la fortune de son fils. Lorsque nous étions encore tous jeunes, nous nous excitions les uns les autres à aller écouter son beau latin et ses bons mots dans l’École de médecine où il professait. On a de son style dans la vie du médecin Piètre que le bonhomme Balesdens a fourrée sans examen parmi les Éloges des hommes illustres de Papire Masson. [7] Il avait promis plusieurs ouvrages au public, entre autres une Histoire des médecins célèbres, mais il n’a point exécuté ses promesses. Il ne reste de lui que ses lettres, qui sont le portrait au naturel de son cœur et de son esprit. C’est dommage qu’elles soient tachées d’impiétés et de médisances atroces. On pourrait mettre justement à leur tête ou sous le portrait de l’auteur ce mot des Anciens, Cavete canem ! [8] Ce qu’il dit du cardinal Duperron est une horrible calomnie qui n’a nul fondement : [9] ce grand homme était aussi sage et aussi vertueux qu’il était savant.
    Un des premiers exercices de M. Patin à Paris fut de corriger les épreuves chez les imprimeurs, en quoi il réussissait parfaitement. M. Riolan, [10] l’honneur des médecins de son temps, à la seule vue de quelqu’une de ses corrections, jugea avantageusement de son esprit et de sa sagacité, et lui donna son amitié. Au commencement qu’on eut trouvé l’art d’imprimer les livres, les plus grands hommes faisaient gloire d’être les correcteurs des habiles libraires. Les médecins, les jurisconsultes, les prêtres et les évêques mêmes s’en mêlaient. Ioannes Andreas, præsul Aleriensis, in Conradi Suveynheym et Arnoldi Pannarts libraria taberna επανορθωτης esse non dedignatus est[11] Pages 25, 26 et 27 des Mélanges d’histoire et de littérature recueillis par M. de Vigneul-Marville [4] du 1er volume des 3 in‑12o imprimés à Rouen en 1700.
    Le Dictionnaire de Moréri, page 132 du 3e volume de Paris chez Mariette. Il y a […] parlé de son humeur satirique et de ses mauvais sentiments sur la religion. » [12]

    Vigneul-Marville (volume 1, pages 32‑33) donne ce paragraphe supplémentaire :

    « M. Patin faisait profession d’une philosophie un peu forte, et qui approchait de celle des cyniques. Mais après tout, il ne put supporter la disgrâce de son fils Carolus ; ce qui avança ses jours. Sa famille était du Beauvaisis. Un de ses parents me fit remarquer par rencontre, à la porte du charnier des Saints-Innocents du côté des Halles, l’épitaphe de l’un de ses ancêtres qui s’était habitué à Paris. Cette épitaphe avait pour timbre un arbre gravé dans la pierre et de petits oiseaux qui s’envolaient, avec cette devise, ou plutôt ce Rebus de Picardie : Ils ne s’y sont pas teints[13] pour équivoquer à Patin. »

    Le Dictionnaire de Moréri (tome 8, page 119) consacre trois articles aux Patin : à Guy, à Charles, et à ses deux filles, Charlotte-Catherine et Gabrielle-Charlotte. Voici ce qu’il écrit de Guy :

    « Quelque réputation qu’il se soit acquise par sa connaissance dans la médecine, elle est encore moindre que celle dont il est redevable aux lettres satiriques de sa façon que l’on a données au public. Patin les écrivait à ses amis, et il n’y donnait pas sans doute toute l’attention qu’il eût pu prendre, s’il eût prévu qu’elles dussent un jour être exposées au grand jour. Il ne les faut lire qu’avec défiance, sur la plupart des faits qui y sont rapportés, et y observer en passant le caractère de Guy Patin, lequel, outre le penchant qu’il avait à médire, n’avait pas des sentiments fort exacts sur la religion. […]
    Les querelles de l’antimoine, qui s’élevèrent de son temps dans la Faculté de médecine à Paris donnèrent de l’exercice à Patin, qui mourut l’an 1672. […]
    On dit que Patin avait dans le visage quelque air de ressemblance avec les médailles antiques qui nous restent de Cicéron. C’est M. Hagudfau, [14] avocat de Lyon, ami de Patin, qui a fait le premier cette découverte. Patin eut deux fils, Robert Patin, docteur en médecine et professeur royal, mort avant son père en 1671 ; [15] et Charles Patin, dont nous allons parler. On prétend qu’il avait été correcteur d’imprimerie. »


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe. Varia sur Guy Patin et ses lettres (ms BNF 9357)

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(Consulté le 26.11.2020)