Fiche biographique
La Fosse, Jacques de

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En 1648, Jacques Carborand de La Fosse (Toul 1621-Sedan 1674) [1] avait été ordonné prêtre de la congrégation de Vincent de Paul, dite de Saint-Lazare. [2]

L’Abrégé de la vie de saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission, et des Filles de la Charité (par Mlle de Saint-Vast) (Paris, Charles-Pierre Berton, 1781, in‑12o) relate une édifiante historiette sur les talents de ce lazariste (pages 180‑183) :

« Jacques de la Fosse, orateur, philosophe, théologien et si bon poète que Santeuil le regarda souvent comme son maître, {a} s’avisa un jour d’aller à une tragédie qui devait se représenter dans un fameux collège de Paris, et d’y prendre une place qui était destinée à d’autres. Le principal lui fit dire par un domestique de se mettre ailleurs. La Fosse, qui était en belle humeur, dit en beau latin à ce valet, qui ne l’entendait point, qu’il se trouvait bien là et qu’il ne jugeait pas à propos d’en sortir. Le principal, sur le rapport de son député, le prit pour un Hibernois {b} et lui envoya un jeune régent qui lui fit en latin le compliment qu’il avait déjà essuyé en français : la Fosse, qui savait le grec comme Démosthène, lui fit en cette langue force compliments qui tous aboutissaient à lui faire sentir qu’il avait peine à déloger. Ce jeune professeur, qui n’était pas d’âge à en savoir tant, le prit pour un homme fraîchement arrivé du Liban et en parla sur ce pied à celui qui l’avait envoyé. Le principal, fatigué de ce manège, lui députa le régent de rhétorique, mais la Fosse lui parla hébreu. Ce fut alors qu’un savant homme de la Compagnie le reconnut et le plaça avec toute la distinction qui était due à son mérite.

Plein de cette aventure qui l’avait beaucoup diverti, il la raconta à son retour à Saint-Lazare, avec tout l’agrément dont le feu de son imagination la rendait susceptible. Notre saint en fut bientôt informé et quoiqu’il vît bien qu’il y avait dans le procédé de ce jeune prêtre plus de saillie que de mauvaise volonté, il crut cependant devoir le mortifier un peu. Après lui avoir représenté qu’un homme vraiment humble ne cherche ni les premières places ni à faire parler de lui dans les assemblées, il lui donna ordre d’aller demander pardon au principal et à ceux des régents qu’il avait pu mal édifier. Ce savant homme, que sa naissance et ses talents n’enflèrent jamais, obéit sans répliquer. Comme il avait affaire à gens qui savaient estimer le mérite, il en fut reçu avec toute sorte d’égards et on convint qu’il fallait allier beaucoup de vertu avec beaucoup de capacité. »


  1. Jean-Baptiste Santeuil (Jean de Santeul ou Santolius, 1630-1697), poète néolatin français.

  2. Irlandais.

Pour seule et unique apparition de La Fosse dans la Correspondance de Guy Patin, notre édition contient une lettre latine qu’il lui a écrite le 27 juin 1664.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Fiche biographique. La Fosse, Jacques de

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(Consulté le 27.10.2020)