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Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 1. Présentation

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Les Commentaria saluberrimæ Facultatis Medicinæ Parisiensis [Commentaires de la très salubre Faculté de médecine de Paris] [1]

Pendant les deux années ordinaires de sa charge, chaque doyen écrivait, à la plume et en latin (ou en français pour les transcriptions des arrêts de parlement et de certains courriers), le journal de la Faculté dans un gros registre. Ses pages d’épais papier étaient solidement reliées avec du cuir, souvent renforcé par des coins et un fermoir en métal. La BIU Santé en conserve la série complète, composée de 24 tomes (cotés Ms 1 à Ms 24), couvrant sans interruption une période de quatre siècles (1395 à 1786). [1] Seize d’entre eux sont aujourd’hui (24 novembre 2018) disponibles en ligne dans la collection numérique Medic@. Ces volumes ont merveilleusement résisté au temps et procurent à qui s’y plonge, pour les déchiffrer et les traduire, un océan de renseignements sur la Faculté de médecine et sur l’Université de Paris à laquelle elle appartenait. [2]

Au xviie s., qui nous intéresse ici, chaque année contenait les Actes de la Faculté, ses Décrets et assemblées, les Affaires de l’Université et les Comptes annuels de la Faculté. Ces textes n’étaient en principe accessibles qu’aux doyens successifs, à qui il arrivait de censurer ce qu’avaient écrit leurs prédécesseurs ou d’y ajouter des remarques marginales. [3]

Plusieurs ouvrages ont proposé une analyse des Commentaires.

  • Les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1777 à 1786. Publiés sous les auspices du Conseil de l’Université, par A. Pinard, H. Varnier, H. Hartmann, F. Widal, G. Steinheil (Paris, G. Steinheil, 1903, 2 tomes in‑4o) : le premier explore et commente en grand détail le volume xxiv des Commentaria, mais n’en transcrit que des extraits, certes copieux, mais non traduits quand ils sont en latin ; le second tome contient de nombreuses et intéressantes annexes, dont une traduction des statuts de l’ancienne Faculté.

  • Les Commentaires de la Faculté de médecine de l’Université de Paris (1395-1516) publiés avec une introduction et des notes d’Ernest Wickerscheimer (Paris, Imprimerie nationale, 1915, in‑4o, Internet Archive) sont une transcription des quatre premiers volumes des Commentaria, enrichie d’une longue introduction, d’un index onomastique, d’une table des matières et de quelques annotations, mais sans traduction du latin en français.

    M. Jean-François Vincent, coordonnateur de notre édition, m’a signalé un second tome de cette série (Paris, Imprimerie nationale, 1964, in‑4o) couvrant la période (1516-1560) et réalisé par Marie-Louise Concasty selon les mêmes principes éditoriaux que le premier.

Ce qui suit est donc, à ma connaissance, la première transcription intégrale des Commentaria d’un décanat complet, accompagnée de sa traduction, de son indexation, et de notes explicatives (en lien avec la correspondance et autres écrits de son auteur, Guy Patin).

Les Commentaria de Guy Patin sur son décanat (5 novembre 1650-2 novembre 1652) [2]

Éditer ces deux années de commentaires a beaucoup enrichi ma connaissance de la Faculté de médecine et m’a initié à celle de l’Université de Paris : leurs règles, leurs actes, leurs débats, décrets, préoccupations et querelles intestines, leur vie quotidienne enfin.

Ma présentation est celle de tous les écrits latins de notre édition, avec insertion dans la traduction, avant chaque nouvelle page, de liens LAT et IMG qui donnent respectivement accès à la transcription latine et à l’image du manuscrit mis en ligne dans Medic@ (v. notre pièce liminaire intitulée Du manuscrit au texte moderne : choix éditoriaux).

Quelques remarques préalables à la lecture me paraissent utiles :

  • le recto des feuillets porte, en haut à droite, jusqu’à trois numéros différents écrits à l’encre noire ou rouge ; j’ai toujours opté pour le chiffre en noir non retouché qui correspond à la pagination d’origine ;

  • Patin n’a pas écrit son texte sur l’instant, mais rétrospectivement, sans doute à partir de notes prises au moment des faits, qu’il transcrivait à la fin de l’année (si on en juge sur la note [32] des Affaires de l’Université en 1650‑1651, sur l’homogénéité de son écriture et de sa présentation, et sur la rareté des ratures) ;

  • j’ai volontiers pris des libertés avec la mise en pages originelle du manuscrit, de manière à rendre ma traduction plus digeste ;

  • à quelques intercalations près (v. infra note [5]), chaque chapitre respecte son ordre chronologique propre, sans mêler les affaires de la Faculté à celles de l’Université, et en évitant les redites ;

  • les deux tableaux des docteurs régents rangés par ordre d’ancienneté (dressés le 24 novembre 1650 et le 23 novembre 1651) et les deux relevés de comptes annuels (présentés le 26 janvier 1652 et le 6 février 1653) figurent parmi les plus remarquables curiosités de l’ensemble.

Les Commentaires de Patin sont bien ancrés dans ses obsessions religieuses (haine des moines et des jésuites, qu’il partageait avec une majorité de l’Université parisienne) et médicales (vive opposition aux innovations, aux empiriques, aux charlatans et aux médecins « étrangers », c’est-à-dire exerçant à Paris mais gradués de Montpellier ou d’ailleurs), et dans les graves événements du temps (guerre civile de la Fronde, souffrance des pauvres, lutte contre le jansénisme).

On y voit clairement que le principal échec de Patin est d’avoir scindé ouvertement sa Compagnie en deux clans sur la question de l’antimoine. Sa maladresse obstinée permit aux antimoniaux de se compter pour se trouver en plus grand nombre que les antistibiaux ; [4] refusant toute forme de salutaire compromis, ceux-là allaient définitivement perdre tout crédit en 1666.

Ces Commentaires permettent au lecteur de s’asseoir véritablement sur les bancs de la salle haute des Écoles où se réunissait la Compagnie des docteurs régents pour entendre parler le doyen. Chaque fois que possible, j’ai essayé de lire entre les lignes pour mettre au jour quelques-uns des très nombreux sous-entendus et souvent inavouables non-dits.

Mon travail, modestement mené sur deux années de ces Commentaires, est à mille lieues d’avoir épuisé toutes leurs richesses. Je souhaite avoir donné une idée de l’apport qu’ils peuvent procurer à la connaissance historique, et incité des chercheurs à explorer méthodiquement les 389 années qu’il en reste à découvrir.

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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 1. Présentation

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(Consulté le 19.09.2019)