L. reçue 47.  >
De François de Mallevaud,
le 26 décembre 1656

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Monsieur, [a][1][2]

J’ai reçu celle que m’avez fait l’honneur de m’écrire, remplie de témoignages de tant de bonté envers des personnes qui n’ont jamais eu le pouvoir ni le bonheur de vous rendre aucun service, que je jugerais qu’il y avait de l’excès ou de la moquerie, si la haute réputation que toute l’Europe a de longtemps conçu de votre probité et de vos éminentes qualités ne vous exemptait de l’un et de l’autre. La connaissance que j’ai de mon peu de mérite et l’insuffisance de mon fils, [3] qu’il vous a plu recevoir avec tant de courtoisie, me font attribuer ce bonheur à l’incomparable amour que vous avez pour la nature humaine qui, ne pouvant se rendre éternel en votre personne, comme en vos ouvrages, cherche des successeurs en l’instruction de jeunes écoliers qui, marchant sur vos pas, armés de vos salutaires préceptes, s’opposent courageusement aux deux plus puissants ennemis de la vie : les maladies et les chimistes, [4] stibiaux[1][5] affronteurs, [2] cruels bourreaux de la santé, qui bâtissent leur criminelle fortune sur les tombeaux de ceux qu’une crédulité courtisane et mortelle a empoisonnés du mauvais air qu’exhale ces maudits fourneaux dont le maître de Paracelse [6] allume les charbons. Nous avons plus de peine à détruire ces funestes opinions dans l’esprit de notre noblesse revenant de la cour qu’à guérir les maladies qu’ils y ont contractées, si trahissant notre honneur et notre conscience, nous les voulions faire mourir et tirer les métaux de leur coffre pour les verser dans leur estomac ; [3] mais nous aimerions mieux abandonner la profession que nous servir de ces remèdes criminels qui tuent l’âme de celui qui les donne et le corps de celui qui les reçoit. Et quand on nous objecte leurs effets prodigieux en l’évacuation des humeurs corrompues, nous leur répondons : Id Naturæ beneficio fit insurgentis adversus venenatam medicamenti qualitatem, et simul etiam cum ea humores pravos aliquando reiicientis ? [4] C’est une maudite méthode < d’ >empoisonner les hommes pour les guérir : Maius periculum a remedio, quam a morbo ; [5] d’où vient que ces imposteurs n’osent nommer leur remède qu’après son opération. Quand ils le donnent, c’est un petit julep cordial [7] avec le suc de limon : [6][8] seulement, si le malade succombe, il demeure Julep ! et Æger morbi non medicamenti crimine raptus est ! [7] Si la Nature, en repoussant ces vénéneux antidotes par un heureux effort se décharge de l’humeur morbifique ; ce n’est plus du suc de citron, mais un secret antimonial que les hippocratistes, galénistes, riolanistes, et patinistes ignorent. Pardonnez-moi, Monsieur, si j’allume une bougie au soleil, et si je donne un petit coup aux stibiaux en présence d’Hercule leur destructeur. Loué soit le Dieu de la Nature que ces monstres sont accablés sous votre massue, et le prie qu’ils ne s’en relèvent jamais puisqu’en les exterminant, vous avez plus sauvé de monde que si vous aviez chassé la peste de l’Italie. Pour n’occuper votre précieux temps en un si mauvais entretien, je finis par les très humbles remerciements de tant de faveurs qu’avez témoignées à mon fils, et à moi, par la vôtre, [8] que je conserverai comme une glorieuse marque d’avoir été connu de vous. Je commande à mon fils de se servir avec humilité et reconnaissance de l’honneur que votre bonté lui fait, et de recevoir dignement les bonnes teintures qu’il vous plaira lui donner ; en récompense de quoi nous verserons des vœux aux pieds des autels pour votre longue et heureuse prospérité, et serai inviolablement toute ma vie,

Monsieur,

votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

De Mallevaud.

À Bellac, [9] ce 26e de décembre 1656.

J’ai fait tenir la sienne à M. Meynard, mon bon ami.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De François de Mallevaud, le 26 décembre 1656

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(Consulté le 18.01.2020)