L. reçue 51.  >
De N. Thibault,
le 25 février 1657

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De Joigny, [1] ce 25e de février 1657.

Monsieur, [a][2][3]

Si tant de monde, et de tant de différents endroits, accourt à vous comme à un autre Esculape, j’ose me permettre de votre bonté qu’un de vos écoliers recevra la même faveur que vous avez accoutumé de faire à toute sorte de personne. Monsieur Courtillier, de Cézy, [1][4] pour qui je prends la liberté de vous écrire, depuis un mois ou cinq semaines est menacé d’hydropisie qu’on nomme ascite, s’il n’y est déjà : l’on y connaît dès à présent la fluctuation, [2][5] au ventre supérieur, la tension et dureté à l’hypocondre droit, quoique le gauche n’en soit pas exempt ; et comme la tension est vers la partie gibbeuse du foie, [3] on ne lui touche point sans lui faire douleur. Il ne peut se tenir sur le côté gauche, les autres viscères étant pressés par le foie. Il est âgé de quarante-huit à cinquante ans, chaud et sec de sa constitution naturelle et præterea indulgit genio et vino præsertim ; [4][6] cependant, il n’a pas d’altération qui l’oblige de boire outre les repas ; et quoique ses eaux soient teintes et hautes en couleur, je ne lui trouve apparemment point de fièvre. Il est bien vrai qu’il y a un peu de fréquence en son pouls, mais il n’y a aucune inégalité au reste. Il souffre tous les mois un flux hémorroïdal en quantité médiocre et présentement que je vous fais ces lignes, il va à l’ordinaire. [5] Il n’y a point de fièvre, soit continue ou intermittente, qui ait précédé son mal. J’appris pourtant de lui, hier que je le vis, qu’il avait été presque en même état il y a deux ans, en suite d’une quarte, [7] mais qu’on l’avait guéri par les remèdes dont on s’était servi. Cette récidive néanmoins fait justement craindre que les obstructions, du foie principalement, et des autres viscères, étant invétérées, contumaces et opiniâtres, qu’il ne tombe tout à fait dans le squirre [8] et hors d’espoir de guérison, si l’on n’y met promptement remède. Vous savez si parfaitement les moyens de la garantie de ces fâcheux accidents que je ne doute point que l’issue n’en soit heureuse si vous voulez vous donner la peine de m’en écrire : c’est ce que j’espère de votre bonté que j’ai éprouvée si souvent à mon avantage, quoique je n’aie que le regret de n’avoir pas mérité la centième partie des grâces que vous m’avez faites avec tant de profusion, vous promettant que je suivrai ponctuellement vos avis, aussi bien que je tâche de profiter des thèses que vous-même prîtes la peine de m’acheter, étant à l’École de médecine à Paris ; puisque je suis et serai toute ma vie,

Monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur et écolier plus obligé,

Thibault. [6]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De N. Thibault, le 25 février 1657

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(Consulté le 03.06.2020)