L. latine reçue 29.
De Reiner von Neuhaus,
le 1er juin 1673

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[Neuhaus, Centuria vii, Epistola ii, page 148 | LAT | IMG]

À l’illustre M. Guy Patin, médecin royal. À Paris.

Très célèbre Patin, [a][1][2]

Voilà longtemps que je n’ai rien reçu de vous en France, alors que nous avions coutume de nous écrire fréquemment. Il me semble qu’avec la suspension de la paix, [Neuhaus, Centuria vii, Epistola ii, page 149 | LAT | IMG] ont cessé les rites de notre ancienne amitié ; comme si la guerre que nous menons contre votre roi interdisait le commerce qu’entretiennent les Muses[1][3][4] Je suis sincèrement peiné, mon cher Patin, que ces funestes combats nous opposent avec rage, nous qui fûmes jadis soudés par le lien si sacré d’un très saint amour, quand les rois de France ont été toujours parfaitement disposés à l’égard des Flamands et des Bataves. Sous leurs heureux auspices et avec leurs secours, je le dis franchement, nous nous sommes élevés à tant de gloire et de splendeur ; mais maintenant, hélas ! les haines et les glaives s’entrechoquent avec une telle furie qu’on peine à imaginer d’honnêtes conditions qui puissent venir à bout d’un si profond embarras. Voici déjà deux ans que les armées des plus grands rois troublent si malheureusement notre tranquillité. [2] Quantité de villes et de places fortes se sont chez nous mobilisées ; je crois qu’en voir la liste écrite dans les annales ne provoquerait pas seulement les larmes et les gémissements légitimes de nos compatriotes, mais aussi ceux de nos ennemis. [3] Puisse-t-il m’être permis de voir et vivre un jour ce siècle d’or où les colères et la rage des princes et des rois se seront dissipées, et où les anciennes alliances, qui nous unissaient naguère si étroitement, se seront ressoudées ! Ainsi, toute l’Europe retrouverait-elle, sur terre comme sur mer, son éclatante splendeur, et en nos deux pays, les Muses, comme revivifiées par une nouvelle jeunesse, engageraient-elles le concert de leurs célébrations et de leurs actions de grâces. Je serai, moi, le premier panégyriste du roi de France, Louis le Grand. Mes vers seront bien meilleurs que ceux que je suppliai jadis ma Thalie de jeter aux pieds de ce personnage sacré. [4][5] Ce n’étaient alors que de petits ruisseaux s’écoulant de notre Hélicon ; [5][6] mais maintenant, s’il plaît aux dieux, ce seront toutes ses sources qui jailliront pour louer le roi très-chrétien. Au printemps prochain, puisse Dieu empêcher que, de part et d’autre, les terribles épées ne ressortent des fourreaux ; de la même façon, je pense, qu’il y a presque toujours eu une nation ou une autre pour nous faire la guerre au cours de ces dernières années. [6][7] Nous verrons si ce sera [Neuhaus, Centuria vii, Epistola ii, page 150 | LAT | IMG] pour notre gloire ou pour notre plus grand malheur. Si nous avons alors pu, par la grâce de la plus haute divinité du ciel, résister à un combat incertain, il y a espoir que nous serons dans la très glorieuse perspective d’une paix prochaine. Je pense, mon cher Patin, que vous partagez mes vœux, car vous savez bien que nos honnêtes Muses ne rechignent pas quand elles sont placées sous la protection de Pallas. [8] Dans cette confiante expectative et chemin faisant, je désirerais faire quelques vers de supplication.

Ut Pacem Ludovicus amet, Pacem inferat Orbi
Antiquam. Bellique minas Erebique furorem
Infames Martis titulos, cane pejus et angue
Oderit. Ac Batavos prisco dignatus honore,
Hunc iterum populum fido tibi jungas amore,
Borbonio de more Patrum, Regisque Britanni.
Et cessent inter gentes, et avita Potentum
Nomina, sic tote Bella exitalia Mundo.
Horrida Bella Mari, cunctis Bella horrida Terris
[7][9]

Tant que vous serez encore en vie, très célèbre Monsieur Patin, je tiens pour assuré que vous répondrez à ma lettre. Vous m’y direz comment vos affaires publiques suivent leur cours. Si votre vieillesse vous a conservé vigoureux et intact, Dieu tout-puissant fasse que nous puissions bientôt nous féliciter mutuellement de la paix avec les deux rois, le Français et le Britannique. [8][10] Portez-vous bien, très distingué Patin, vous qui êtes le délice et l’ornement de l’Europe ! 

D’Alkmaar, [11] le 1er de juin 1673.

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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Reiner von Neuhaus, le 1er juin 1673

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(Consulté le 16.10.2019)