À Thomas Bartholin, le 22 juillet 1656
Note [1]

Les médecins de l’époque considéraient généralement le traitement de l’asthme comme difficile. Ils n’y conseillaient la saignée qu’avec réserve et prudence. Je n’ai pas trouvé le passage où Jean Duret recommandait moins de parcimonie.

Étienne Pasquier (v. note [16], lettre 151) a témoigné du contraire dans sa lettre xvi (non datée), au livre xix de ses Lettres (Les Œuvres d’Estienne Pasquier… Tome second, Amsterdam, Compagnie des libraires associés, 1723, in‑4o, colonne 586), écrite à Tournebus, conseiller au Parlement de Paris (probablement Étienne Tournebus ou Tournebu, reçu en 1583, Popoff 2367) :

« Il n’y a homme plus idolâtre des médecins que moi, quand je suis malade, ni qui estime leur art plus douteux, lorsque je suis sain. […]
Et afin que je ne sorte des termes de la saignée, il me souvient qu’en ma jeunesse, les médecins y étaient fort sobres et y apportaient de grandes circonspections avant que de l’ordonner, et plus encore avant que de la réitérer. Monsieur Duret, mien ami, médecin de singulière recommandation, me voyant en mes maladies et se jouant sur l’équivoque du mot saigneur, avait accoutumé de me dire qu’il était fort petit seigneur. Depuis arriva en France un Botal Piémontois, qui fut médecin d’Henri iii, lequel employa en toutes sortes de maladies la saignée, jusques au mal des gouttes, et ne doutait de la réitérer quatre et cinq fois sur un patient. Et comme je lui remontrasse {a} un jour (car je fus son avocat) qu’au lieu de guérir ses malades, c’était les allengourdir, {b} il me répondit que plus on tirait de l’eau croupie d’un puits, plus il en revenait de bonne, et plus la nourrice était tétée par son enfant, plus avait-elle de lait ; que semblable était-il du sang et de la saignée. Ce nonobstant, cette proposition fut lors condamnée par notre Faculté de médecine. Même fut composé un livre exprès contre lui par Granger, qui fut reçu d’un grand applaudissement de tous. {c} Toutefois, depuis le décès de Botal, {d} sa pratique a repris vie en l’opinion de nos médecins, qui ne mettent en épargne {e} la multiplicité de saignées, non seulement envers leurs malades étrangers, {f} mais envers leurs propres femmes, enfants et frères, dont ils ont rapporté de très heureux succès. »


  1. Remontrais (faisais remarquer) : comme commandait alors le subjonctif. V. note [47], lettre 104, pour Botal, Leonardo Botallo, et son livre De Curatione per sanguinis missionem… [Le traitement par la soustraction de sang (la saignée)…] (Lyon, 1577).

  2. Engourdir.

  3. De Cautionibus in sanguinis missione adhibendis Bonaventuræ Grangerii Parisiensis, Doctoris Medici, Admonitio. Ad Leonardum Botallum Astensem [Avertissement de Bonaventure Granger (ou Grangier), docteur en médecine natif de Paris, sur les précautions à employer dans la saignée, à l’adresse de Leonardo Botallo, natif d’Asti] (Paris, P. l’Huillier, 1578, in‑4o). Mort en 1590, Bonaventure Granger avait été doyen de la Faculté de médecine de Paris de 1582 à 1584.

  4. En 1587 ou 1588.

  5. Qui ne sont pas avares de.

  6. N’appartenant pas à leur famille.

V. note [43], lettre 150, pour le mot asthme qui couvrait alors l’ensemble des gênes respiratoires (dyspnées). L’œdème pulmonaire (orthopnée, v. note [35], lettre 216) est la seule catégorie de dyspnée où l’indication de la saignée a durablement résisté au temps (jusqu’à l’invention des diurétiques puissants au milieu du xxe s.). Dans tous les autres « asthmes », la phlébotomie s’est depuis longtemps montrée inefficace ou même dangereuse. On pourrait donc supposer que les asthmes de Jean ii Riolan étaient des poussées d’œdème pulmonaire, mais une survie de 25 ans impose le doute.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Thomas Bartholin, le 22 juillet 1656. Note 1

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(Consulté le 20.10.2019)

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