À Hieronymus Bauhin, le 27 février 1661
Note [1]

Disputatio inauguralis medica de syphilide quam D.O.M.P. Ex Decreto, Authoritate et Approbatione Amplissimi ac Gratiosissimi Ordinis Medici in celeberrima Basiliensi Rauracorum Universitate pro summis in Universa Medicina honoribus ac privilegiis doctoralibus legitime consequendis publico examini subjicit Mauritius Grimm, Solodoro-Helvetius. In Auditorio Medico, die iv. Septembr. anno fundatæ Universitatis seculari secundo, et ab Æra Christiana, m. dc. lx.

[Thèse médicale inaugurale sur la Syphilis, que Moritz Grimm, Suisse natif de Soleure, par la permission de Dieu qui est très bon et très grand, et par la décision, l’autorité et l’approbation du très ample et très généreux Conseil médical en la très célèbre Université de Bâle des Rauraques, {a} a soumise à l’examen public pour obtenir légitimement les éminents honneurs et privilèges de docteur en toute médecine. En l’auditorium des médecins, le 4 septembre de l’an 200e après la fondation de l’Université, et 1660 de l’ère chrétienne]. {b}


  1. Riverains de l’Aar.

  2. Bâle, Georgius Deckerus, 1660, in‑8o, sans président identifiable.

  • L’introduction évoque une amusante fable :

    Lepide olim ad pedes Caroli viii. Galliarum Regis, ab expeditione Neapolitana in Galliam redeuntis, Chirurgus quidam, cujus effigies adhuc hodie in rei memoriam ad St. Dionysium prope Lutetiam Parisiorum cernitur, sese prosternens Regem veluti Deum ac unicum Chirurgicorum solatium elevatis manibus, proclamavit quod Veneream Luem Gallis antea incognitam, unde summum lucrum sperabant Chirurgi, cum exercitu suo in Galliam transportasset. Quod plane justiori titulo hodie non Chirurgi modo ac Barbitonsores, sed et Circumforanei, Sufflones et Agyrtæ, imo aniculæ, ac ατασθαλοι omnes faciunt, qui seculi nostri impunitate ad Sacram Artem Medicam solius lucri causa illotis manibus impudenter confugiunt.

    [Jadis, un chirurgien, se prosternant devant le tombeau de Charles viii, roi de France, qu’on voit encore aujourd’hui à Saint-Denis, près de Paris, se souvint du retour de son expédition à Naples et proclama plaisamment, les mains levées au ciel, que ce souverain était à tenir pour un Dieu et un incomparable réconfort des chirurgiens, car son armée avait transporté dans le royaume un mal vénérien, qui y était jusqu’alors inconnu, dont ils espéraient tirer très grand profit. {a} Il est aujourd’hui plus exact de dire que c’est ce que font non seulement chirurgiens et barbiers, mais surtout bateleurs de foire, souffleurs, {b} charlatans, et même petites vielles et autres fous imbus d’eux-mêmes : tous, dans l’impunité de notre siècle, jettent impudemment leurs mains souillées sur l’art sacré de la médecine dans le seul but de gagner de l’argent].


    1. Charles viii a regagné la France en 1495, un an après le début de la première guerre franco-italienne (1494-1497), v. note [20], lettre 211 ; il ne revint cependant jamais en Île-de-France et mourut à Amboise en 1498. Son tombeau a été détruit pendant la Révolution.

      Je n’ai pas trouvé d’où Grimm avait tiré sa référence historique, mais de nombreux chroniqueurs (comme la Liste funèbre des chirurgiens de Paris (1615-1722), page 68) ont rapporté la même anecdote à propos du barbier-chirurgien Thierry de Héry (mort en 1585 ou 1599), promoteur du traitement de la vérole par le mercure (v. note [9], lettre 122). Voici comment François Quesnay l’a contée dans son Histoire de l’origine et des progrès de la chirurgie en France (Paris, Barois, 1749, in‑4o, pages 242‑243 :

      « Animé par les premiers sucès, Héry consacra sa vie à la guérison des maladies vénériennes, et ces maladies ne furent pas stériles pour lui peu de chirurgiens y ont trouvé les récompenses que Héry y a trouvées. Elles lui donnèrent enfin plus de cinquante mille écus, somme considérable pour les rois mêmes dans ce temps-là ; mais cette haute fortune ne l’éblouit pas, elle ne lui communiqua point les vices qui la suivent, c’est-à-dire la hauteur et la dureté : au contraire, elle développa encore mieux dans cet homme illustre ses qualités bienfaisantes. Il fut compatissant, tendre, ami fidèle ; sa reconnaissance s’étendait même sur les morts, s’il en faut croire une tradition aussi ridicule que singulière. On dit qu’étant allé à l’église de S. Denis, il voulut voir d’abord le tombeau de Charles viii. Après s’être arrêté quelque temps dans un morne silence devant ce monument, il se mit à genoux, comme s’il eût été devant un objet de vénération ; ce mouvement de piété surprit ceux qui étaient autour de lui, ils s’imaginaient qu’il rendait à Charles viii. le culte qu’on rend aux saints. Un religieux crut qu’il fallait désabuser cet homme simple et crédule. Non, répondit Héry, je n’invoque pas ce prince, je ne lui demande rien ; mais il a apporté en France une maladie qui m’a comblé de richesses ; et pour un si grand bienfait, je lui rends des prières, que j’adresse à Dieu pour le salut de son âme. »

      Je confesse que ce récit plus tardif ma beaucoup aidé à donner son sens correct au latin ambigu de Grimm.

      Plus sûrement que ce conte (qui n’y figure pas), La Méthode curatoire de la maladie vénérienne, vulgairement appelée grosse vérole, et de la diversité de ses symptômes. Composée par Thierry de Héry, lieutenant général du premier barbier chirurgien du roi. Avec privilège du roi, et la Cour de Parlement (Paris, Matthieu David, 1552, in‑8o, réédité à Paris, 1660) a valu la célébrité à son auteur. Il y a ainsi résumé l’histoire « incertaine et douteuse » de la maladie (pages 2‑3) :

      « Disent aucuns qu’elle est nouvelle, et a pris naissance de ce temps ; les autres, qu’elle est vieille et a été connue des siècles passés, s’acquérant seulement par contagion ou attouchement ; et pour confirmation de leur dire, allèguent que si elle est récente, il n’y avait personne au précédent [auparavant] de qui, par contagion, elle pût être gagnée. Si elle est acquise par par contagion seulement, elle ne peut être nouvelle, parce qu’il était quelqu’un au précédent de qui elle serait venue. Pour répondre à ces opinions, aucuns maintiennent son origine être provenue d’une île inconnue aux Anciens et < qui a >, n’<y> a pas longtemps, été découverte par les Espagnols naviguant, environ le temps qu’elle nous est apparue, et qu’en cette île, telle maladie est toute commune ; dont aussi elle fut par eux apportée en ces pays ; et est l’opinion plus commune que lorsque le roi Charles huitième passa en Italie l’an 1493, pour la réduction de Naples, un gentilhomme lépreux < sic pour vérolé >, étant à Valence en Espagne, acheta la nuit d’une dame cinquante écus, laquelle, puis après, infecta plusieurs jeunes hommes qui eurent aussi compagnie d’elle, dont aucuns suivirent le camp du roi et y épandirent cette pernicieuse semence, qui depuis a régné non seulement en France et Italie, mais aussi en toute l’Europe, et quasi universellement par tout le monde. »

    2. Alchimistes.

  • Plus loin, le paragraphe iv de la thèse i (pages 6‑7) faisait rougir Guy Patin de plaisir :

    Ante duo aut plura retro secula ingens erat per totam Europam ægrorum turba, qui vulgo Elephantici habebantur, quorum deinde numerus adeo fuit imminutus, ut etiam nunc per totam fere Italiam, Galliam, et Hispaniam vix ullus Elephanticus, innumeri autem Lue Venerea correpti inveniantur, et id quidem ab eo tempore, quo Lues Venerea ab Elephantiasi accurata doctissimorum Medicorum sedulitate distingui cepit, quos inter primas tenuit Fern. qui primus adversus tetram illam à multis seculis vigentem barbariem caput extulit, et densissimas publicæ inscitiæ tenebras doctrinæ suæ fulgore dissipavit, quem deinde sequuti sunt alii in arte Medica præstantissimi, ut pulchre observavit D. Guido Patin Doct. Med. Paris. et Prof. Reg. in prælect. suis de Morb. cutan. Parisiis Anno 1655. habitis.

    [Depuis deux siècles au moins et par toute l’Europe, une grande multitude de malades a été réputée souffrir de ce qu’on tenait communément pour l’éléphantiasis. {a} Leur nombre est maintenant devenu si faible qu’il n’y a presque plus aucun éléphantiasique {b} par toute l’Italie, la France et l’Espagne ; mais ceux qui souffrent du mal vénérien {c} y sont innombrables ; et ce, bien sûr, depuis qu’on a établi la distinction entre le mal vénérien et l’éléphantiasis, par la diligence zélée de très savants médecins, en tête desquels s’est tenu Fernel : le premier, il s’est dressé contre cette horrible barbarie qui fleurissait depuis tant de siècles, et par l’éclat de sa doctrine, il a dissipé les très épaisses ténèbres de l’ignorance publique. Depuis lors, d’autres très éminents médecins l’ont suivi, comme l’a parfaitement observé M. Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal, dans les cours qu’il a donnés à Paris en 1655 sur les maladies de la peau]. {d}


    1. La lèpre (v. note [28], lettre 402).

    2. Lépreux.

    3. La syphilis.

    4. Les notes manuscrites de Guy Patin que conserve le Collège de France sur le programme de ses leçons ne répertorient pas celles de 1655.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hieronymus Bauhin, le 27 février 1661. Note 1

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(Consulté le 11.05.2021)

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