Autres écrits : Thomas Diafoirus (1673) et sa thèse (1670)
Note [1]

Celle-là est la plus fameuse, mais Molière avait mis des médecins en scène dans plusieurs autres de ses comédies : Le Médecin volant (1659), L’Amour médecin (1665, v. note [1], lettre 835), Le Médecin malgré lui (1666), Monsieur de Pourceaugnac (1669), etc. ; sans omettre le savoureux dialogue entre le libertin Dom Juan [DJ] et son valet Sganarelle [S] déguisé (acte iii, scène 1, Dom Juan, 1665) :

« DJ. – Il est vrai que te voilà bien, et je ne sais où tu as été déterrer cet attirail ridicule.
S. – Oui ? C’est l’habit d’un vieux médecin, qui a été laissé en gage au lieu où je l’ai pris, et il m’en a coûté de l’argent pour l’avoir. Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre, et que l’on me vient consulter ainsi qu’un habile homme ?
DJ. – Comment donc ?
S. – Cinq ou six paysans et paysannes, en me voyant passer, me sont venus demander mon avis sur différentes maladies.
DJ. – Tu leur a répondu que tu n’y entendais rien ?
S. – Moi ? Point du tout. J’ai voulu soutenir l’honneur de mon habit : j’ai rasonné sur le mal, et leur ai fait des ordonnances à chacun.
DJ. – Et quels remèdes encore leur as-tu ordonnés ?
S. – Ma foi! Monsieur, j’en ai pris par où j’en ai pu attraper ; j’ai fait mes ordonnances à l’aventure, et ce serait une chose plaisante si les malades guérissaient, et qu’on m’en vînt remercier.
DJ. – Et pourquoi non? Par quelle raison n’aurais-tu pas les mêmes privilèges qu’ont tous les autres médecins ? Ils n’ont pas plus de part que toi aux guérisons des malades, et tout leur art est pure grimace. Ils ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès, et tu peux profiter comme eux du bonheur du malade, et voir attribuer à tes remèdes tout ce qui peut venir des faveurs du hasard et des foces de la nature.
S. – Comment, Monsieur, vous êtes aussi impie en médecine ?
DJ. – C’est une des grandes erreurs qui soit parmi les hommes.
S. – Quoi? vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique ?
DJ. – Et pourquoi veux-tu que j’y croie ?
S. – Vous avez l’âme bien mécréante. Cependant vous voyez, depuis un temps, que le vin émétique fait bruire ses fuseaux. {a} Ses miracles ont converti les plus incrédules esprits, et il n’y a pas trois semaines que j’en ai vu, moi qui vous parle, un effet merveilleux.
DJ. – Et quel ?
S. – Il y avait un homme qui, depuis six jours, était à l’agonie ; on ne savait plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisaient rien ; on s’avisa à la fin de lui donner de l’émétique.
DJ. – Il réchappa, n’est-ce pas ?
S. – Non, il mourut.
DJ. – L’effet est admirable.
S. – Comment ? Il y avait six jours entiers qu’il ne pouvait mourir, et cela le fit mourir tout d’un coup. Voulez-vous rien de plus efficace ?
DJ. – Tu as raison. »


  1. « Faire grand buit dans le monde » (Littré DLF), par allusion aux fuseaux qui sont « les bâtons de la lanterne d’un moulin » (Furetière), c’est-à-dire les barres du tambour qui fait tourner (en bruyant) l’arbre de la meule.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Thomas Diafoirus (1673) et sa thèse (1670). Note 1

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8009&cln=1

(Consulté le 13.05.2021)

Licence Creative Commons