Autres écrits : Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Chapitre VIII
Note [1]

Semence (Furetière) :

« corps humide, chaud, écumeux et blanc, fait des restes de la nourriture, qui est cuite et élaborée par les testicules pour la parfaite génération de l’animal. Ils {a} croient qu’elle se fait du plus pur sang de la veine cave et des esprits portés dans les vaisseaux, où elle se cuit, se blanchit et acquiert sa dernière consistance. Les Anciens l’ont définie un excrément bénin de la troisième coction, {b} provenant des restes de la dernière nourriture. »


  1. Les médecins.

  2. V. note [1] de la Conservation de santé, chapitre vii.

Cette définition n’entendait semence que dans son sens masculin ; mais, avant la découverte de l’ovule (pressenti par William Harvey, mais caractérisé au début du xixe s.), la physiologie y incluait aussi la semence féminine. Elle était figurée par le sang menstruel qui s’écoulait s’il n’y avait pas eu fécondation (v. note [17] de L’homme n’est que maladie), mais aussi, plus intimement encore, par les sécrétions génitales féminines, comme l’a expliqué Jean Fernel au chapitre vi, De la semence des femmes (pages 712‑719), livre vii de sa Physiologie (Paris, 1655, v. note [1], lettre 36) :

« Les femmes jettent de la semence d’autant qu’elles ont des testicules et des vaisseaux spermatiques entortillés de plusieurs plis et détours, {a} tout ainsi que ceux qui sont nés dans les mâles ; toutes lesquelles choses, si la nature ne les a pas faites en vain, elle leur a donné pareillement la faculté d’engendrer de la semence, et ils ont été faits pour cette cause. La vérité de cette chose est confirmée et prouvée par le témoignage des sens car, ouvrant les corps des femmes qui se sont longtemps abstenues du coït, l’on voit dedans leurs vaisseaux de la semence qui y est découlée et qui commence déjà à blanchir, ainsi que dans les mâles ; et dans les testicules, de la semence plus crasse, plus épaisse et plus parfaite. {b} Bien plus, elles avouent qu’en dormant, elles rejettent quelquefois de la semence, non pas avec moins de plaisir que dans le coït. Aux veuves et dans celles qui se sont longtemps retenues de la compagnie vénérienne, il leur sort, de même par le chatouillement de leurs parties honteuses qu’en dormant, une très grande abondance de semence très épaisse. {c} Ces choses étant confirmées par l’inviolable foi des sens, il n’en faut point chercher d’ailleurs des raisons pour montrer qu’il y a de la semence dedans les vaisseaux spermatiques des femmes, et qu’elles la jettent dans le coït avec très grand plaisir. Et elle n’a point été donnée aux femmes pour seulement leur donner un appétit, comme un aiguillon, afin de les exciter aux embrassements vénériens, mais aussi parce qu’elle sert à plusieurs choses, dont un peu ci-après nous parlerons.

L’on reconnaît qu’elle a une vertu générative et formatrice en ce qu’elle n’a point reçu une autre origine en icelles que dans les mâles, à savoir des testicules et des vaisseaux spermatiques, comme aussi d’autant que la femme qui est affectée du mal caduc, {d} de la gravelle ou de la goutte engendre des enfants sujets à ces maladies ; en après, d’autant que l’enfant ressemble bien souvent à la mère ; toutes lesquelles choses, le sang maternel ne saurait pas faire, mais la semence qui a été jetée par elle. Donc, la semence qui est découlée des parties similaires, de la femme a quelque certaine vertu pour la composition et la formation des parties similaires, {e} encore que, certainement, elle soit moindre, et plus faible et débile que celle qui provient de la semence du mâle. »


  1. Les testicules des femmes étaient les ovaires, et leurs vaisseaux (conduits) spermatiques, les trompes utérines dites de Fallope, avec leur infundibulum (entonnoir) festonné au contact de chaque ovaire.

  2. Description, fantaisiste aujourd’hui, du revêtement tubaire et du stroma [substance] ovarien.

  3. V. infra note [19] pour la description très explicite, donnée par Hippocrate, des sécrétions (d’origine principalement vaginale et vulvaire) et du plaisir féminins lors du coït.

  4. L’épilepsie.

  5. La reproduction (v. note [7], lettre 270, pour le sens exact des parties similaires). Plus loin dans le chapitre, Fernel cite l’avis opposé des Anciens (qui n’avaient pas tort) :

    « Aristote soutient le parti contraire par plusieurs raisons, pour montrer que les femmes n’ont et ne jettent point de semence. Il avait certainement assez bien remarqué cette humeur qui se voit manifestement dedans les vaisseaux des femmes et que quelques-unes jettent avec grand plaisir dans les embrassements vénériens ; mais, dit-il, cette humeur n’a point l’être et la nature de la semence car c’est une humeur qui est propre et particulière du lieu, et c’est une certaine effusion de matière sortant de la matrice, telle que bien souvent elle sort de soi-même aux hommes qui sont du tout [complètement] inféconds et stériles [spermatorrhée, v. infra note [11]]. C’est pourquoi, ayant auparavant défini la semence dont sortent premièrement les choses qui sont faites selon nature, il n’a point appelé cette humeur semence parce qu’elle n’est pas propre pour la génération. »


Furetière définissait le sang menstruel (menstrual), ou règles (en langue moderne), comme le « sang qui coule tous les mois dans les ordinaires purgations des femmes. Le sang menstrual est le reste du sang superflu qui surabonde en la femme. Les médecins le définissent un excrément du dernier aliment des parties charneuses, employé à la génération et nourriture de l’animal, quand il est dans la matrice, dont en autre temps la nature fait l’évacuation tous les mois. De tous les animaux, il n’y a que la femme qui ait ses purgations menstruales. Hippocrate dit que le sang menstrual ronge et mine la terre comme le vinaigre. Il brûle les herbes, gâte les plantes et les fait mourir, il ternit les miroirs, et on tient que les chiens qui en goûtent deviennent enragés. »

Dans le chapitre vii, Du sang menstruel, livre vii de sa Physiologie (pages 719‑726), Fernel n’a pas établi de lien direct entre les règles et la semence féminine. La menstruation est la purgation mensuelle du sang que la femme a mis en réserve dans son utérus pour nourrir l’éventuel fœtus qu’une fécondation y fera croître :

« Il faut nécessairement que les femelles de ces animaux {a} qui portent des fœtus ou des enfants vivants aient du sang menstruel en abondance, afin de nourrir et de sustenter entièrement le fœtus qu’elles portent dedans leur ventre jusques en un certain temps limité ; {b} et afin que la nature fournisse cette abondance d’aliment, elle a créé la femelle plus faible et plus froide que le mâle, et celui-là, d’autant plus qu’il abonde en grande chaleur, tout l’aliment qu’il prend, il le digère et le cuit parfaitement ; et s’il y a quelque chose de surabondant, il le dissipe puissamment. Mais la femelle, qui n’est pas peu différente du mâle, qui est parfaitement chaud, cuit et fait assez d’aliment ; toutefois, elle a une chaleur beaucoup faible et débile, et en telle quantité qu’elle peut digérer et résoudre ce qui y est en trop grande abondance : c’est pourquoi, de sa froide et imparfaite nature, il lui est venu l’utilité du sang menstruel. »


  1. Vivipares.

  2. Fernel a parlé plus loin (pages 724‑725) de l’impureté du sang menstruel :

    « C’est pourquoi, puisque sa malignité est si grande, et que sa vertu et puissance est si pestifère, à peine me puis-je persuader qu’il se puisse faire que l’enfant qui est dedans la matrice en prenne nourriture. Bien plus, la femme a pour accoutumée de très bien concevoir dedans sa matrice quand elle a été nettoyée et purgée de cette vilaine et sale ordure et immondice ; et quand la matrice est nette et pure, et le reste du sang qui est dedans le corps, duquel, puis en après, le fœtus est nourri. Et encore que, tout le reste du temps, il s’amasse et s’accroisse pareillement un sang vicieux et mauvais comme auparavant, toutefois, l’enfant n’est point contenu et ne vit point d’icelui, et il ne l’attire et ne se l’assimile point pour son aliment et pour sa nourriture ; mais bien le sang le plus pur et le plus agréable qu’il peut. »


Dans les anciens textes médicaux, la semence génitale, tant masculine que féminine, portait le nom de sperme, du grec sperma, semence. À présent, dans la langue courante, ce mot ne désigne plus que la semence masculine. Hormis quand Patin spécifie le contraire, son chapitre porte sur l’action vénérienne dans les deux sexes.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Chapitre VIII. Note 1

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(Consulté le 28.10.2021)

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